‹ Description des mammifèresChapitre 30 sur 125 · Le NYCTIPITHÈQUE FÉLIN, Nyctipithecus felinus · texte numérisé non relu

Le NYCTIPITHÈQUE FÉLIN, Nyctipithecus felinus

Car. Pelage cendré supérieurement, d’un jaune orangé inférieurement (y compris la gorge). Queue rousse dans sa première moitié environ, puis noire. Une tache médio-frontale noire, assez étendue, à peu près aussi large que longue; au-dessus de chaque œil, une tache blanchätre, et plus en dehors, deux raies noires. Oreilles courtes.

Hab. Le Para et Moxos.

Syn.—SINGE DE NUIT A FACE DE CHAT, JV. FELINUS, Spix, Sun. et Vesp. sp. nob., 1823; Geoffroy St.-Hilaire, Cours; Lesson, Compl. de Buffon ; Is. Geoffroy, Comptes-rendus, loc. cit., p. 1151.—Douroucouürt, Moc- THORA TRIVIRGATA, Fr. Cuvier, Mammuf., 1824, et d’après lui la plupart des auteurs modernes.

Entre les trois noms successivement proposés pour ce genre, Æotus(1811), Nycüpithecus (1823), Nocthora (1824), j'ai dû adopter le second, conformément aux règles générales de nomenclature ailleurs exposées. (Voyez les Notes à la fin du premier Mémotre). Nocthora a dû être rejeté comme relativement récent (Règle IV), et Æotus”* à la fois, comme tombé en désué-

1 Ces mots haud prehensilis ne doivent pas êlre pris à la lettre : la queue est certainement (l’analogie ne permet pas d'en douter) très-faiblement prenante. M. de Humbolüt, plus bas, en développant sa pensée, dit lui-même : cauda sub-prehensilis.

* Par une circonstance singulière, les auteurs. eux-mêmes qui ontles premiers érigé en genre les Nyctipithèques sous le nom d’Aotus, loin de revendiquer pour eux-mêmes ce progrès, l’attribuent à d’autres. Le genre Aôte, selon M. de Humboldt(Observ. zoologiques , p. 357 et 358), appartient à mon père et à Illiger ; et au contraire, selon mon père (Tabl. des

tude (Règle II), et comme contradictoire avec les faits qu'il est destiné à exprimer (Règle 1).

Cette espèce, bieu loin d’être inédite, a été deux fois figurée et plusieurs fois décrite; mais elle l’a été sous des noms et selon des déterminations dont la diversité rend nécessaire une révision des principaux éléments de la question.

Voici la caractéristique qu'avait donnée Spix de son N. felinus, lorsque , le premier, en 1823, il le fit connaitre d’après des individus venant du Para.

€ Sub-barbata, mystace ad latera malæ disticho; corpore toto villoso-lanuginoso, supra olivaceo-cineraceo, subtüs pallidè ochraceo ; caudà corpore multù longiore, suprà radium cinerascente, subtàs et versùs latera usque ad medium rufescente, reliqud nigrä, fascid nigré utrinque à malis verticem versùs elongatà, alià migrä frontis intermedid cum lateralibus confluente ; maculis duabus supra oculos albicantibus. »

Depuis que cette caractéristique, et la description plus détaillée, mais trop peu précise, qui y est jointe, ont été publiées par Spix, deux individus de cette espèce sont venus successivement prendre place dans les collections du Muséum; l’un, en 1824, arrivé vivant par la voie du commerce, et dont l’origine est restée inconnue ;

Quadr., loc. ci.) et selon Illiger (p. 72), il appartient à M. de Humboldt. Le fait est que ces teis auteurs ont contribué à l'établir. M. de Humboldt a succinetement indiqué dans son Mémoire sur les Singes de l'Orénoque (loc. cit., p. 306) une nouvelle famille de Singes que l'on pourrait, dit-il, désigner sous le nom d’Aôles (äwroi). Quelques mois plus tard, Illiger a introduit dans le système le nouveau genre sous le nom d’Aotus. Enfin, en 1812, mon père à rectifié les caractères sur un point important. M. de Humboldt, dans sa description , avait dit les oreilles externes presque nulles (auriculæ feré nullæ), et de là le nom d’Aôte. Illiger, substituant à une indication inexacte une expression erronée , avait dit : auriculæ nullæ. Au contraire, mon père, et depuis, M. de Humboldt, dans son Tableau des Singes de l’Amérique, se sont tenus dans les limites de la vérité, en disant seulement les oreilles rés-petites..

l’autre , quelques années plus tard, envoyé de Moxos par M. d'Orbigny.

M. Frédéric Cuvier, qui, en 1824, ne connaissait point encore la description de Spix, crut avoir retrouvé dans le Nyctipithèque de la ménagerie, le Douroucouli de M. de Humboldt; Singe découvert à Cassiquiare par cet illustre voyageur, et décrit dès 1811, par lui-même’, par Illiger*, depuis par mon père? et par plusieurs auteurs, sous les noms de Simia trivirgata, Aotus trivirqatus, Nyctipithecus trivirgatus. Le N. felinus de Spix fut donc décrit et figuré de nouveau par M. Frédéric Cuvier, sous le nom de Douroucouli, Simia ou Nocthora trivirgata. Et comme la description et la figure de M. Frédéric Cuvier sont aussi bonnes que celles de Spix étaient imparfaites, les zoologistes ont généralement suivi M. Frédéric Cuvier, et admis comme lui lidentité du Singe de la Ménagerie et du Douroucouli de M. de Humboldt.

Aucune difliculté ne s'élève à cet égard, en ce qui concerne la détermination générique; mais il n’en est pas de même en ce qui concerne la détermination spécifique.

Le Douroucouli de M. Frédéric Cuvier est bien comme le Douroucouli de M. de Humboldt, d’un cendré argenté supérieurement, et d’un jaune assez vif inférieurement. Mais il existe plusieurs différences notables :

1° La queue ne fait guère, chez le premier, que la moitié de la longueur totale;

2° Il n'existe point de ligne foncée médio-dorsale ;

3° Il existe bien trois taches noires sur le devant de la tête, mais

Ÿ Loc. cit., p. 357. Voyez aussi, à la fin du volume, le Tableau des Singes de © Amérique.

2 Loc. cit.

5 Tableau des Quadrumanes , 1812, t. XIX.

les latérales peuvent seules être dites des raies, la tache centrale, qui est d’une assez grande étendue, étant aussi large que longue;

4° Le nez est entièrement noir, et les côtés de la face sont, ainsi que le menton et une tache au-dessus de chaque œil, d’un roussâtre brun-clair;

5° La queue, loin d’être de même couleur que le dos, est d’un roux ferrugineux, qui peu à peu passe au noir, le tiers terminal environ étant de cette dernière couleur.

En présence de toutes ces différences, il y avait au moins lieu d'examiner si le Singe observé par M. Frédéric Cuvier était bien le véritable Douroucouli de M. de Humboldt.

L'origine de l'individu de M. Frédéric Cuvier, venu par la voie du commerce, est restée inconnue; mais le même Nyctipithèque a été, comme je lai dit plus haut, envoyé de Moxos par M. d’Orbigny. Sa patrie est donc aujourd’hui déterminée ; et il est établi que ce Singe et le Douroucouli de M. de Humboldt sont originaires de deux régions fort différentes. La diversité de patrie vient donc ici à l’appui de la diversité des caractères extérieurs.

En comparant de même, pour achever sa détermination, le Douroucouli de M. Frédéric Cuvier, aux autres Nyctipithèques décrits, on trouve de même qu'il diflère beaucoup, soit du Miriquouina d’Azara, soit du N. vociferans de Spix, mais qu'il doit être, tout au contraire, considéré comme spécifiquement identique avec le N. felinus du même auteur. La comparaison très-minutieuse que j'ai faite entre la description et la figure de Spix, d’une part, et de l’autre, l’individu lui-même qu’a décrit et figuré M. Frédéric Cuvier, ne me laisse aucun doute sur cette détermination. Voici quelquesunes des similitudes qui lui servent de base :

1° La coloration caractéristique de la face est la même. Il existe, en effet, chez l’individu de M. Frédéric Cuvier, une tache médio-

frontale, assez étendue, noire , ayant la forme d’un triangle dont la base serait en arrière. À droite, de chaque côté de cette tache noire, au-dessus de l'œil, est une tache jaunâtre-clair; plus en dehors, une ligne noirâtre, commençant sur la joue, remontant vers le haut de la tête, et venant se terminer à l’angle postérieur de la tache médio-frontale.

L'individu envoyé de Moxos par M. d'Orbigny diffère seulement en ce que les taches super-oculaires sont d’un blanc sale, un peu jaunâtre, et non d’un jaunâtre-clair, différence qui est absolument insignifiante ;

2" Le pelage, chez l’individu de la ménagerie, est d’un cendré presque pur, un peu argenté sur les parties latérales du dos, d’un cendré olivâtre sur le milieu. L’individu de Moxos offre de même ces deux couleurs, mais la première seulement sur les épaules et la face externe des membres, et la seconde sur toutes les parties supérieures, sauf le devant de la tête. L'individu de Spix ressemble plus sous ce point de vue à ce dernier, qu'à lindividu de M. Frédéric Cuvier, peut-être parce que celui-ci est mort en cage après une assez longue captivité ;

3° Cette explication rend également compte, et ici je puis être beaucoup plus affirmatif, d’une différence existant entre la coloration de la queue chez l’individu de Spix et chez celui de M. Frédéric Cuvier. Chez le premier, sauf quelques poils gris à la base, la queue est rousse dans sa première moitié, noire dans le reste ; chez le second, le roux passe un peu moins promptement au noir; le dernier tiers environ est seul tout à fait de cette dernière couleur; mais il existe aussi, dans la partie qui précède, des poils noirs, seulement en plus petit nombre. Le mauvais état du pelage de la queue explique cette légère différence; et je retrouve d’ail-

leurs, dans l’individu de M. d’Orbigny, tous les traits de la description de Spix ;

4” Quant à la couleur des parties inférieures, la description de Spix est également applicable de tout point aux deux individus que j'ai sous les yeux.

Ces analogies, et d’autres encore, relatives, soit à divers détails de coloration, soit à l'étendue des oreilles, prouvent d’une manière positive que le Douroucouli de M. Frédéric Cuvier n’est point le véritable Douroucouli, N. trivirgatus, mais le N. felinus de Spix.

C’est par conséquent aussi à cette dernière espèce qu'il faut rapporter les résultats des diverses observations faites par plusieurs zoologistes français, sur le squelette du Nyctipithèque de la ménaserie. Ces observations, par suite de l’erreur commise à l’égard de ce Singe, ont généralement été rapportées au Douroucouli, N. trivirgatus. Ce dernier mwa point été, à ma connaissance du moins, revu depuis M. de Humboldt; et la description et la figure que nous devons à illustre voyageur sont les seuls éléments authentiques que nous puissions consulter à son égard.

3. Le NYCTIPITHÈQUE LÉMURIN, Nycthipithecus lemurinus. (Planche 2 )

Car. Pelage d’un cendré lavé de roux supérieurement, cendré sur les flancs et la face externe des membres, d’un jaune orangé sous le ventre et sous la poitrine (mais non sous le col). Queue d’un noir plus où moins mélé de roux, avec la base rousse en dessous et d’un cendré roussâtre en dessus. Une tache médio-frontale noire , peu étendue, entre deux taches blanchätres, et plus en dehors, deux raies noires. Oreilles très-courtes.

Fr

Obs. Il existe dans cette espèce des variétés chez lesquelles le pelage présente des nuances un peu différentes, par exemple, plus lavées de roux, ou plus lavées de noir : mais la distribu-

tion des couleurs est constamment la même.

Hab. La Nouvelle-Grenade.

Syn. — Mico dormilon (Singe dormeur) des habitants de la Nouvelle - Grenade. — NYCTIPITHÈQUE LÉMURIN , /V. LEMURINUS, Is. Geoffroy , Comptesrendus, loc. cit., p. 1151.

J'ai d’abord déterminé cette espèce d’après les peaux et les crânes de plusieurs individus des deux sexes et de différents âges, que le Muséum d'histoire naturelle avait recus de Santa-Fé de Bogota. Depuis, plusieurs autres sont encore arrivés en Europe par diverses voies, et sont venus confirmer ma détermination.

Le nom spécifique de lemurinus que je donne à cette espèce, est destiné à rappeler, non-seulement les analogies qui existent entre les Nyctipithèques et divers genres de la famille des Lémuridés en général, mais aussi et surtout les caractères particuliers que présente le pelage chez le N. lemurinus. C’est le même poil, long, touffu, laineux, qui existe chez les Lemur, et c’est même aussi, quant aux parties supérieures, la couleur la plus fréquente dans ce genre, notamment dans les plus communes de ses espèces. Ajoutons que c’est aussi la même tendance à la production de variétés individuelles qui, sans apporter aucune modification importante à la distribution des couleurs, change du moins d’une manière assez prononcée la nuance de celles-ci.

Dans le plus grand nombre des individus, les parties supérieures sont d’un cendré plus ou moins lavé de roux et légèrement tiqueté. Cette couleur cendrée se montre plus pure sur les parties latérales du corps, plus rousse tout-à-fait en dessus.

Arenives pu Musiux, roue 1V. î

Les poils de cette région, longs de 5 à 4 centimètres, ont tous leur bout noirâtre, puis une portion assez étendue cendré-roussâtre, et la pointe annelée de fauve, ou de roussâtre, et de noir.

La couleur cendrée des flancs s'étend, sans changer très-sensiblement de nuance, sur les côtés du col et sur la face externe des épaules, des bras et des cuisses.

Le dessus de la tête est d’un cendré plus ou moins lavé de roussatre. En avant, au milieu du front, il existe une petite tache noire ou noirâtre, placée entre deux taches blanchâtres, plus étendues qu’elle. Le dessous des yeux et le menton sont blancs, le nez étant au contraire couvert de poils ras très-foncés.

Le dessous du corps et la face interne des bras et des cuisses sont d’un jaune orangé ou roussâtre, plus vif sous le ventre, un peu moins sous la poitrine et en dedans des membres. Le dessous du col est seulement d’un cendré pâle roussâtre.

Les membres sont cendrés en dehors jusqu'aux mains; ils sont, en dedans, de la couleur de la poitrine ou du ventre, jusqu'aux coudes ou aux genoux, puis cendrés. Les mains sont couvertes de poils ras cendré-fauve et noirs.

La queue, près de sa base, est, en dessous, rousse ; en dessus, d’un cendré plus ou moins roussâtre qui se confond avec la couleur du dessus du corps. Le reste de la queue, couvert en dessus et en dessous de longs poils à base jaunâtre et à extrémité noire, parait tantôt dun noir pur, tantôt d’un noir mélé de jaune, selon qu’on aperçoit ou non la portion jaune des poils sous la noire.

Sous la base de la queue, au milieu de la partie rousse, on remarque des poils noirs ou noirâtres, secs, roides et comme agglutinés par la présence d’une matière grasse dont ils sont fortement imprégnés. Ces poils, qui forment dans leur ensemble une tache étroite et allongée, attestent la présence dans cette partie d’une

elande assez développée. J’ai trouvé cette disposition chez tous Îles individus adultes soit mâles, soit femelles. L’analogue de cette glande existe chez le N. felinus, mais elle parait moins développée chez ce dernier, et les poils qui la couvrent sont roux, comme ceux qui les entourent.

Les oreilles sont, dans cette espèce, beaucoup plus courtes que chez le N. felinus. Je trouve la distance de la base au bord libre de Poreille, au point où l'oreille est la plus longue, égale à 4 millimètres seulement, tandis que je trouve 3 millimètres de plus chez le N. felinus, bien que ce dernier soit de plus petite taille”.

Nos individus adultes ont en effet tous de 36 à 38 centimètres du bout du museau à l’origine de la queue, celle-ci ayant aussi à peu près celte même dimension. Je ne trouve au contraire que 51 à 32 centimètres chez les individus du AN. felinus que j'ai sous les yeux.

J'ai dit au commencement de cette description que quelques individus m'ont présenté des variétés.

L’un d'eux est remarquable par ses couleurs, généralement plus pâles et plus lavées de ronx. Il est plutôt fauve-roussâtre supérieurement que cendré-roussâtre, avec le dessous d’une couleur moins vive que chez les autres individus, et la queue, dans la plus grande partie de son étendue, d’un roux qui, même vers la fin, ne passe pas tout-à-fait au noir. La tache et le dessin de la partie antérieure de la tête sont les mêmes, mais la nuance diffère également : le dessus et le dessous des yeux, qui sont ordinairement blanchâtres, sont presque fauves. Cet individu est femelle, mais une autre femelle m’a présenté les teintes ordinaires : il s'agit donc bien ici d’une variété individuelle, et non d’une différence sexuelle.

n ÿ DE Fe ä . GR i i Dans l’état frais , les oreilles eussent été, sans nul doute, trouvées plus grandes ; mais le rapport subsisterait.

Chez d’autres individus, la variété résulte de l'étendue plus grande de la partie noire de Pextrémité des poils. J’ai observé cette modification sur le dos et les mains chez un adulte, et sur le dos chez un très-Jeune sujet, également remarquable par l’extrême mollesse de son pelage et par la couleur presque noire de son dos.

Ces variétés, quoique assez différentes pour la couleur, sont facilenent réductibles à leur espèce, en raison des caractères très-constants que fournissent l'abondance et le mode de coloration des poils, la taille et les proportions, la distribution des couleurs, et notamment la disposition des taches de la face et du front.

C'est en ayant égard à ces caractères qu’on distinguera toujours le N. lemurinus et ses congénères, savoir :

1° Du N. vociferans, chez lequel le corps est entièrement d’un brun qui seulement pälit sous le ventre ;

2" Du N. trivirgatus, qui a la queue beaucoup plus longue que le corps, une raie médio-nasale blanche, et le pelage supérieurement dun cendré argenté, avec une ligne foncée sur le milieu du dos;

#4 Du Miriquouina, qui serait beaucoup plus grand, et aurait la queue proportionnellement beaucoup plus longue ;

# Du N. felinus, qui a la tache médio-frontale beaucoup plus étendue, le pelage généralement beaucoup plus court, et notamment la queue beaucoup moins touffue; chez lequel la couleur orangée ou roussâtre couvre inférieurement la gorge, aussi bien que la poitrine et le ventre; enfin, chez lequel aussi les oreilles sont plus grandes, ou plus exactement , moins courtes que chez le N. felinus.

A l'égard des N. felinus et N. lemurinus, je puis confirmer la différence réellement spécifique de ces deux Singes par la comparaison de leurs crânes. Quelque grande que soit analogie de l’un et de Vlautre, les différences suivantes peuvent. être si-

gnalées :

Le N. lemurinus a les orbites sensiblement plus larges que hautes; elles sont, par suite, proportionnellement un peu plus larges que chez le N. felinus, qui a le diamètre orbitaire transversal et le diamètre inféro-supérieur égaux entre eux : la différence est d’ailleurs peu marquée.

La boîte cérébrale est, chez le N. felinus , très-sensiblement moins large en arrière qu'en avant; chez le N. lemurinus, elle conserve presque en arrière la même largeur qu’en avañt. Ici encore la différence est d’ailleurs légère, et offre elle-même une confirmation de l'intimité des rapports qui unissent les deux espèces.

La mâchoire inférieure présente une diversité beaucoup plus inarquée. Chez le N. felinus, sa branche horizontale a les deux bords presque parallèles, la mâchoire présentant presque la même largeur au-dessous des dernières molaires et au-dessous de la canine. Chez le N. lemurinus, la mâchoire dont, par suite, le bord inférieur est très-sinueux, est, au contraire, dilatée en arrière, beaucoup plus étroite en avant. J’essaierai de rendre cette différence sensible par quelques mesures.

N. FELINUS. N, LEMURINUS.

Distance entre les deux bords, prise au dessous de la seconde molaire. 9 8 millim. Distance au-dessous de la quatrième. . . . . . . . . . . 9 10 Distance au-dessous de la sixième. . . . . . . . . . : . 10 14

Cette inégalité, très-marquée, est un caractère tellement inhérent à cette espèce, que je la trouve déjà indiquée chez un très-jeune individu, n'ayant encore que les vingt-quatre dents de la première dentition.

L'espèce que je viens de décrire habite les Andes de la Nouvelle- Grenade, où elle parait être fort commune, à en juger par le grand nombre d'individus qui nous sont tout à coup parvenus par diverses voies.

Parmi les voyageurs qui ont les premiers apporté en France le N. lemurinus, Van d'eux, M. Goudot, qui l’a plusieurs fois chassé, et qui l’a observé avec soin, a bien voulu, à ma demande, rédiger sur lesmoœurs de cette espèce une note, dans laquelle se trouvent plusieurs détails fort intéressants. Je ne saurais mieux faire que de la citer ici textuellement.

« Ge petit quadrumane habite les grands bois de la région tempérée du Quindiù, dans la Nouvelle-Grenade, depuis 1400 mètres, et même bien plus haut. Il ne sort ordinairement! qu’à la nuit tombante, vit en petits groupes ou familles, et ne parait pas s’éloigner beaucoup de certains sites où il semble qu’il trouve facilement sa nourriture. Ces animaux font entendre presque continuellement, de nuit, lorsqu'ils vont dans les bois, un petit cri sourd, qui se trouve assez bien rendu par la parole douroucou, sourdement et faiblement prononcée, sans y ajouter lo (ainsi qu'il est écrit par M. de Humboldt). Ils sont très-agiles. J’en ai vu qui venaient régulièrement chaque nuit dans les mêmes parages se nourrir des fruits de goyaviers, qu'ils paraissaient rechercher. Lorsqu'on leur tirait un coup de fusil, ils se retiraient, mais ne tardaient pas à revenir. De:jour, ils restent cachés, et se trouvent réunis en petits groupes au sommet des arbres, non les plus élevés, mais les plus touffus. Peut-être même les amas de petites branches et feuilles sèches qu’on trouve dans les lieux où ils se tiennent, y sont-ils réunis par eux. C’est dans ces sortes de nids qu’ils restent toute la journée à dormir. On a de la peine à découvrir ces gites, et lors même qu’on frappe contre l'arbre, ils ne se dérangent pas : ce n’est qu’en leur tirant des coups de fusil que je les faisais sortir de leur retraite; leurs

1 Je dis ordinairement parce que, bien que je n’en aïe jamais trouvé de jour, un chasseur m'a rapporté le fait, qu'il en avait vu allant dans après-midi. (No'e de M. Goudot.)

mouvements ne paraissaient pas alors aussi vifs que pendant la nuil. La femelle porte, comme celle de plusieurs autres quadrumanes, son petit sur le dos. Les habitants le désignent sous le nom de Mico-dormilon.

« Bien que je n’aie pas vu ce même petit animal dans la Cordilière orientale, il parait hors de doute qu'il s’y trouve. M. le docteur Roulin en a vu un individu à Bogota, qui y avait été apporté des environs de la Mesa ( village situé à une journée de la capitale), où ils sont aussi connus sous le nom de Hicos-dormilones. »

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