‹ Description des mammifèresChapitre 45 sur 125 · P- IO · texte numérisé non relu

P- IO

Lorsque jai décrit pour la première fois cette très-singulière

1 Je ne puis partager ici l'opinion de M. Jean-Edouard Gray : ce savant considère le Brachyurus Ouakary de Spix et mon B. calpus comme devant constituer un genre nouveau qu'il appelle Ouakaria ; dénomination tirée du nom de pays Ouakary, érigé par Spix en nom spécifique. M. Gray sépare, avec juste raison, ces deux Singes si remarquables, des espèces si curieuses aussi, à d’autres égards, que tout le monde connaît sous le nom de Pithecia Satanas et de P. chropotes : à cet égard le travail de Gray réalise un véritable progrès dans la classification,

Mais la nomenclature admise par M. Gray me semble inadmissible. Autant le nom de Brachyurus convient parfaitement au B. Ouakary, au B. calvus, et à l'espèce qui va être décrite ci-après sous le nom de B. rubicundus, autant il serait mal à propos appliqué aux Püthecia Satanas et P. chiropotes, dont l’un, P. Satanas, a encore la queue plus longue que le corps. Ceux-ci ne sont pour moi que des Sakis, plus singuliers que les autres par

espèce de Singes, deux individus seulement étaient connus : l'un faisant partie du Musée de Rio-Janeiro, et qui était regardé comme lun des objets les plus rares et les plus précieux de ce Musée: l'autre, tué avec le précédent dans l'intérieur du Brésil, province de Para, et donné au Muséum par M. d’Alcantara Lisboa, attaché à la légation brésilienne à Paris. Cest en mars 1847 que ce don précieux nous à été fait, et, en avril, que j'ai fait connaître le Brachyurus calvus. J'étais loin alors de me douter que, dans la même année, le Muséum allait recevoir, par MM. de Castelnau et Deville, une belle suite d'individus de cette espèce, et, avec eux, plusieurs représentants d’une espèce voisine, plus eurieuse, ou, pour mieux dire, plus étrange encore, celle qui va être décrite ci-après sous le nom de Brachyurus rubicundus. L'existence d'une longue queue avait été regardée, depuis Buffon, comme l'un des caractères constants des Singes américains. M. de Humboldt a, le premier, fait connaître ! un Cébien à queue très-courte, qui est aux Saimiris, aux Sajous, aux Ouistiüs, dit l'illustre voyageur, ce que le Magot de Barbarie est, parmi les Singes de l’ancien monde, aux Macaques et aux autres genres à longue queue. Le Cacajao, Pithecia melanocephala, ainsi que l'on nomme ce Singe à courte queue, ne paraît point avoir été

leur barbe et leur coiffure, mais en ayant d’ailleurs tous les caractères essentiels. Quand ces caractères manquent, c’est-à-dire dans le jeune âge, les P. Satanas et chiropotes ressemblent presque complétement aux Sakis ordinaires, et particulièrement à notre P, albinasa, dont un jeune P. Satanas, rapporté par MM. de Castelnau et Deville, reproduit presque exactement les caractères.

Si mon opinion sur la nécessité de réunir génériquement aux Sakis ordinaires les P. Satanas et chiropotes était ultérieurement contredite par les faits, il n’en résulterait nullement que le nom de Brachyurus dût être adopté pour ces deux derniers Singes. D’une part, le nom de Brachyurus serait fort improprement appliqué à des espèces qui ont la queue si longue encore; de l’autre, M. Lesson a proposé, depuis 1844, dans son S pecies des Mammifères, la création d’un genre Chiropotes, comprenant le Chrropotes proprement dit et le Satanas.

© Observations zoologiques , t. I.

ARCHIVES pu Muséum, rome V. 71

revu depuis le jour, déjà si loin de nous, où il a été découvert par M. de Humboldt, dans les forêts du Cassiquiare et du Rio- Nepro.

Vers 1520, un autre Singe à queue très-courte a été découvert par Spix, dans l’intérieur du Brésil, sur les bords de la rivière d'Ica, latérale au fleuve des Amazones; c'est le Brachyurus Ouakary de cet auteur, qui l'a figuré dans son ouvrage, déjà plusieurs fois cité, sur les Singes et les Chauves-Souris du Brésil ', Malheureusement, ce très-remarquable Primate, de même que le précédent, est resté peu connu jusqu'à ce jour : on sait combien laissent à désirer les descriptions et les figures de Spix.

De là l'intérêt que j'ai attaché, en 1847, au Singe, d’ailleurs nouveau spécifiquement, que M. Lisboa venait de donner au Muséum , et l'empressement que j'ai mis à le faire connaître.

J'annonçais alors l'intention de revenir plus tard sur ce Singe, pour en donner une description plus détaillée?. Je dois d'autant plus réaliser cette intention que je puis le faire aujourd'hui d'une

orâce aux riches matériaux

manière plus profitable à la science,

dus à MM. de Castelnau et Deville.

Le Brachyure chauve est, comme le Brachyure Ouakary de Spix, fort voisin des Sakis; il a les mêmes formes crâniennes, le même système de dentition, et particulièrement les incisives proclives qui fournissent à ce dernier genre un caractère si remarquable.

Ses couleurs rappellent, pour une partie du corps, celles du B. Ouakary ; sur la tête, la poitrine et les membres, elle est fort

1 PL. VIIL. Voy. aussi le texte, p. 12.

? J'avais annoncé aussi l’intention de faire figurer le Brachyurus calvus, J'ai cxu devoir substituer à la figure que je me proposais de joindre à mon travail, celle de la nouvelle espèce due à MM. de Castelnau et Deville, le B. rubicundus, dont les formes et les proportions sont les mêmes, mais dont la coloration, fort différente, serait plus difficilement exprimée par une description.

FAMILLE DES SINGES. 563 différente. Le Brachyure chauve est beaucoup plus uniformément coloré : on peut presque dire que son pelage est généralement fauve; la nuance varie d’ailleurs du fauve-doré au fauve grisâtre ou blanchôtre. Ces dernières nuances occupent presque toutes les parties supérieures du corps, couvertes de longs poils qui sont, les uns, et c'est de beaucoup le plus grand nombre, presque uniformément d’un fauve très-clair ou même presque blanchâtres; dont quelques autres, au contraire, ont leur portion terminale noire sur une plus ou moms grande étendue.

Cette même couleur fauve - blanchâtre, soit avec la même nuance, Soit même avec une nuance encore éclaircie, se retrouve sur la nuque et l'occiput, région où l'on voit les poils de la tête et du col diverger à partir d’un point central.

Les flancs, la face externe des membres, la queue, sont d’une couleur un peu plus foncée et plus vive que le dessus du corps, fauve où même fauve-doré au lieu de fauve grisâtre ou blanchâtre. Le dessus des pieds et des mains est tantôt de même couleur que la face externe des membres, tantôt d’un jaune doré.

Cette dernière couleur est celle aussi des parties inférieures du ventre et de la partie postérieure de la poitrine. Le devant de celle-ci est roux, et le dessous du col et la gorge, d’un rouxmordoré foncé, passant même parfois au noir. Les poils forment, dans cette région, une barbe plus ou moins prolongée selon les individus.

Le caractère le plus remarquable de cette espèce, après l’extrême brièveté de la queue, qui est seulement de la longueur du pied, est celui que rappelle le nom spécifique Cabvus. De locciput au front, la tête semble rasée; tantôt elle est revêtue seulement de poils excessivement courts, couchés en avant; tantôt elle se trouve tout à fait dénudée, soit sur le front, soit en même temps sur le front et toute la partie supérieure de la tête; ce dernier caractère

sobserve seulement chez les adultes, et 1l existe surtout d’une manière très-complète chez les vieux mâles.

Toutes ces parties dénudées, les joues et toute la face sont, chez l'animal vivant, d’un rouge intense qui donne à cette espèce une physionomie des plus singulières. On peut en juger par la figure que je donne du B. rubicundus, qui, sous ce rapport, ressemble complétement au B. calvus.

Les dimensions de nos individus adultes sont les suivantes : longueur du corps et de la tête, 4 décimètres à 4 1/2; lonoueur de la queue, 1 décimètre seulement. Il est à remarquer que cette queue, si courte, est couverte de poils longs (4 centim.) et très-abondants. La queue est aussi très-touffue, et tellement que, chez les individus où elle est le plus fournie, elle se trouve à peu près aussi large que longue, et presque de forme sphéroïdale.

C’est du Para, comme je l'ai dit plus haut, qu'est venu le type de cette espèce. Les individus que le Muséum a reçus, quelques mois plus tard, de MM. de Castelnau et Deville, viennent du Pérou, Haut-Amazone, environs de Fonteboa. Malgré la différence des localités, les mêmes caractères se retrouvent presque exactement chez tous. L'individu du Para, qui est un mâle adulte, mais non encore très-vieux, ressemble plus, malgré la différence des localités, à tels des individus de MM. de Castelnau et Deville, que ceux-ci aux individus tués sur le même point de l'Amérique, mais d’un autre âge ou d'un autre sexe. Parmi ces derniers, il est une femelle qui a quelques poils roux sur le dos, caractère qui la rapproche un peu de l'espèce suivante.

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