Le Bracuyure RurIcoND, Brachyurus rubicundus. (PL XXX
Car. — Queue très-courte (environ 1 décim.) et touffue. Le dessus de la tête, et surtout le front, plus ou moins dénudé ou
couvert seulement de poils très-courts et très-ras, couchés en avant. Pelage d'un roux vif sur la presque totalité du corps et des membres; col d'un jaune fauve; nuque d’un jaune pâle.
Hab. — Le Brésil, Haut-Amazone, près Saint-Paul.
Syn. — AGARI ROUGE des Indiens de l’Amazone. — BRACHYURE RUBICOND ,
BD. ruBIGUNDUS , Is. Geoff. et E. Deville, dans les Comptes rendus de l' Acad. des Sc.,t. XX VIE, p. 498, 1848; et Is. Geoff., Catal. des Primates, pPo7 85.
Les détails dans lesquels je suis entré sur l'espèce précédente, vont me permettre d'être très-bref sur celle-ci, pour laquelle je puis renvoyer d'ailleurs à la figure jointe à mon mémoire; fisure dessinée avec beaucoup de soin par notre habile peintre-naturaliste M. Werner, et coloriée, quant aux parties nues, d’après les indications précises et les notes des deux voyageurs auxquels nous devons la très-singulière espèce qu'elle représente. MM. de Castelnau et Deville, qui ont rapporté au Muséum une belle suite d'individus préparés, non-seulement les avaient observés et peints à l'état frais, mais ils avaient entrepris d'enrichir la Ménagerie d'une espèce quils regardaient avec raison comme une de leurs plus précieuses découvertes, et ils avaient presque réussi dans cette tâche difficile : un individu est arrivé vivant non-seulement jusqu'au port d'embarquement, mais jusqu'à Brest même, où malheureusement il a succombé aux fatigues du voyage !.
* On a cité La Condamine comme ayant déjà, au dix-huitième siècle , ramené vivant jusqu’en vue des côtes de France , un Singe soit de cette espèce, soit de la précédente. C’est une erreur. La Condamine, dans sa Relation abrégée, p. 166, 1745, parle, il est vrai, d’un Singe à poil argenté, et qui avait, dit l’auteur, «une autre singularité plus » remarquable; ses oreilles, ses joues et son museau étaient teints d’un vermillon si vif, » qu’on avait peine à se persuader que cette couleur fût naturelle, » Ces derniers détails s’appliqueraient très-bien à nos B. calpus et rubicundus; mais on voit plus haut qu’il s’agit ici d’un Midas. Le passage auquel je renvoie n’en est que plus intéressant, puisqu'il nous apprend l'existence, dans un autre groupe, de cette même singularité qui rend si remarquables nos deux nouvelles espèces de Brachyures.
Le Brachyure rubicond ressemble au Brachyure chauve par tous les caractères qui rendent celui-ci si remarquable : la brièveté de la queue, la presque nudité et la rougeur de la face et d’une partie du crâne. Il est aussi de la même taille que celui-ci, et il lui ressemble par la longueur et la disposition de ses poils. Mais sa coloration est très-différente. Le fauve-clair ou fauveblanc, qui forme la couleur dominante chez le Brachyure chauve, ne se retrouve, chez le Brachyure rubicond, qu'à la nuque, sur le col et un peu sur les joues. Le reste du pelage est d’un roux vif, qui passe au roux-mordoré au menton et à la barbe, au rouxdoré, parfois même au jaune-doré, sur la partie antérieure du dos et sur les quatre mains. Cette différence de teinte résulte, sur le dos, du mode de coloration des poils, qui sont, dans la plus grande partie de leur longueur, de ce même roux que l'on retrouve dans presque toutes les répions du corps et des membres, mais qui ont leurs pointes d'un fauve ou d'un roux-clair doré. Il existe aussi sur le dos, comme chez le B. calvus, quelques poils à extrémité noire; mais ceux-ci sont très-peu nombreux, et, comme ils ne sont plus ici en contraste avec une couleur très-claire, ils sont très-peu apparents.
Je ne saurais omettre de dire que, parmi les individus rapportés par MM. de Castelnau et Deville, il en est un, long de moins de deux décimètres, et manifestement tout jeune encore : on ne peut lui attribuer plus d’une ou de deux semaines, en estimant son âge d'après les notions déjà acquises sur le développement des Primates. Ce tout jeune individu est une acquisition très-précieuse pour la science; il permet de constater un fait que l’on eût peut-être été disposé à rejeter, par analogie avec ce que l’on sait de divers autres Singes américains. En comparant ce petit Singe à sa mère et aux autres individus adultes, on voit quil en a déjà les vives et riches couleurs. Son pelage est déjà,
sur le corps et les membres, d'un roux très-intense; le dessus de la tête n'est couvert que de poils très-ras, couchés en avant; et la face et le front, avant d'être décolorés par la dessiccation, étaient déjà rouges comme chez les adultes.
Ce fait confirme bien la différence spécifique des deux Brachyures que je viens de décrire, et montrent que, malgré les affinités intimes qui existent entre eux, leurs caractères distinctifs sont constants, quels que soient le sexe ou l’âge des individus.
Leurs patries, quoique très-voisines, sont aussi bien distinctes. Je laisserai parler ici M. de Castelnau, qui, dans l’histoire de son Expédition, a résumé en ces termes les faits recueillis par lui sur l'habitat des deux Acaris, c'est-à-dire des B. calvus et rubicundus ! :
« Les Acaris forment un groupe curieux parmi les Quadru- » manes américains, et Viennent confirmer ce que j'ai dit plus » haut de la distribution des animaux sur les rives de Amazone: » car ils n'en habitent que la rive septentrionale, où ils semblent
» cantonnés en groupes qui diffèrent les uns des autres par la » couleur du pelage. Ainsi, l'espèce à poils roux? habite assez » communément les bois qui s'étendent en face d'Olivenca, et ne
> paraît pas dépasser le Putumayo. Là se présente l'espèce à pe- » lage blanc*, qui sarrête, je crois, au Japura. Au dire des In- » diens, il existe dans la région du Rio-Nesro une troisième » espèce, de couleur noire “, mais je n'ai pu l'obtenir. »
M. Deville, dans un travail inédit sur le B. rubicundus, repro-
? Expédition dans les parties centrales de l'Amérique du Sud; Histoire du voyage, t. V, p. 69; 1851. On trouve dans ce passage quelques détails intéressants sur les mœurs des deux Brachyures.
2? C'est-à-dire notre B. rubicundus.
5 B. calvus.
# Vraisemblablement le B. Ouakary de Spix.
5 Le passage que l’on vient de lire, n’est pas entièrement d’accord avec les indications que j'ai données, dans le Catalogue des Primates, sur l'habitat des deux Brachyures, d’après de premiers el inexacts renseignements.
duit en partie ces détails et en ajoute d'autres, principalement relatifs aux mœurs du B. rubicundus. Je transcris l'un des passages de ce travail :
« Les animaux auxquels les Indiens de l'Amazone donnent le » nom d'Acari, assez semblable à celui de Huakary par Spix, ont » la face d'un rouge-vermillon éclatant qui disparaît après la » mort. Pendant la vie, cette couleur paraît avec plus ou moins » d'intensité, suivant l'état des passions qui agitent l'animal. Lors- » que l'on applique le doigt sur les joues, elles deviennent blanches.
» Ces Singes vivent en petites troupes sur les arbres, et y restent » silencieusement pendant les heures chaudes de la journée.
» L'individu que nous avons eu vivant pendant sept mois, et » que j'ai ramené avec moi jusqu à Brest, où J'ai eu le malheur de » le perdre, a donné lieu aux observations suivantes.
» Lorsque ce Brachyure était en colère, il se frottait les mains » l'une contre l’autre avec une rapidité extrême. Il se levait sou- » vent droit sur ses pattes de derrière, sur lesquelles il marchait » fort bien. Il était très-doux pour moi et pour les personnes qu'il » connaissait, mais il n'aimait pas notre petit Indien. Il acceptait » avec beaucoup de plaisir les bananes mûres, les confitures, le » lait, et en général toutes les choses sucrées. Il buvait régulière- » ment deux fois par jour à même un gobelet qu'il tenait très- » bien avec ses mains. Il n'aimait pas à être couvert la nuit, à » moins qu'il ne fit très-froid. Il naimait pas non plus la fumée » de tabac; je l'ai vu plusieurs fois arracher le cigare de la bouche, » lorsqu'on lui envoyait de la fumée, et le mettre en poussière. » Quand le canot s’'approchait de terre, il faisait de violents efforts » pour se dégager et s'enfuir. Lorsqu'on lui donnait plusieurs ba- » nanes, il en gardait une dans ses mains, et plaçait les autres » sous ses pieds. Il aimait à lécher les mains et la figure des per- » sonnes qu'il affectionnait. »