DÉCRITS PAR M. LE DOCTEUR PUCHERAN ET PAR M. ÉMILE DEVILLE
Comme complément de ce Mémoire, j'ajoute ici les descriptions de trois autres espèces d'Hapaliens qui font partie de la collection du Muséum, et que MM. Pucheran et Deville ont caractérisées et dénommées, mais qu'ils n’ont pas encore fait connaître avec le détail nécessaire.
Cette addition est d’autant plus nécessaire que l’espèce décrite par M. Deville, Midas Weddellii, et l'une des espèces établies par M. Pucheran, M. Illigeri, sont très-voisines de celles que je viens de faire connaître : il importe donc aux zoologistes de pouvoir comparer à celles-ci, avec une pleme connaissance de leurs caractères, le M. Weddelli et le M. Iligeri. C’est surtout dans cette pensée que j'ai invité MM. Pucheran et Deville à vouloir bien me remettre les notes qui suivent, et qu’il n’a paru utile de reproduire ici en entier.
NOTE SUR DEUX NOUVELLES ESPÈCES DE SINGES DE LA TRIBU DES HAPALIENS, par M. le docteur PUCHERAN :.
1° Le TAMARIN GEOFFROY, Midas Geoffroy.
Car. — Pelage des parties supérieures de couleur noire, offrant cà et là des espaces occupés par des poils blonds. Nuque et dessus du cou roux-marron. Hab. — Panama.
Syn. — Hipare Grorrror:, Puch., dans la Rev. z00!,, ann. 1845, p. 336.
Dans ce Singe, donné à notre collection nationale par M. l'ingénieur
? J'ai inséré plus haut une autre note de M. Pucheran, relative à une espèce nouvelle de la tribu des Cébiens, Cebus versicolor. (Voy. p. 551.)
Courtine, la face et la tête en entier sont couvertes de poils blancs qui s’allongent sur la partie médiane de la tête et forment une tache longitudinale disposée en arrière en une petite huppe. La nuque et le dessus du cou sont roux-marron. Le dessus du dos et les flancs, la face externe de tout le membre postérieur et du bras antérieur, sont de couleur noire, offrant cà et là des espaces occupés par des poils blonds. Toutes les parties inférieures du corps, les faces internes des membres et l’avant-bras antérieur, sont entièrement de couleur blanche. Les poils qui couvrent les pattes, sont blancs en avant, blonds en arrière. La queue est à sa base, dans un très-petit espace, colorée de rouge pourpre et de noir; elle est noire dans le reste de son étendue. Cette espèce est très-voisine du Simia œdipus dont elle se distingue par l'absence de la crinière blanche, par la coloration différente dela face externe des bras et des cuissés, par la couleur rousse de la nuque et du dessus du cou, par la grande étendue qu'occupe la coloration noire sur le prolonge-
ment caudal. È
2° Le TaMaRiN ILLIGER, Midas Illigeri.
Car.—Dessus du corps noir flamméché de blond; dessus du cou, nuque, face interne et externe des membres, de couleur rougeûtre.
Hab. — Ta Colombie (?).
Syn. — Haras Irieemr, Puch., dans la Rev. z001., ann. 1845, p. 336.
Chez ce Tamarin, la tête est noire ainsi que la presque totalité de la face, la lèvre supérieure étant, au contraire, couverte de poils blancs. Le dessus du cou et la nuque, les quatre membres sur leurs faces interne et externe (jusques aux mains ) sont rougeûtres ainsi que tout le dessous du corps. La queue, noire d’ailleurs jusques à sa pointe, est aussi, à sa base, dans une petite étendue, colorée de rougeâtre. Les quatre mains sont noires, tiquetées de roux, assez obscurément en avant, mais très-visiblement en arrière.
Cette espèce, très-semblable au Midas labiatus, Geoff. S.-H., s'en distingue par la coloration différente de la face externe des quatre membres et du
dessus du cou.
NOTE SUR UNE NOUVELLE ESPÈCE DE SINGE DE LA TRIBU DES HAPALIENS, par M. ÉMILE DEVILLE.
Le TaMariN WEDDELL, Midas Weddellu.
Car. — Partie antérieure du corps noire; le front, l’arcade sourcilière, le tour des lèvres, blancs; les poils latéraux de la mâchoire inférieure, plus allongés et formant une moustache; parties postérieures d’un roux vif, cannelé de noir sur la partie inférieure du dos; mains, pieds et queue noirs.
Hab. — Ta Bolivie.
Syr. —Tamari Wennecz, Miss W/epoer, E. Dev., dans le Magas. de 2001, ann. 1849, p. 55.
Cette jolie petite espèce a été rapportée par M. le docteur Weddell de Bolivie, province d’Apolobamba.
Elle est parfaitement distincte de ses congénères par son mode de coloration, et surtout par la couleur blanche du front et de l’arcade sourcilière. Les poils latéraux de la mâchoire supérieure et inférieure forment une moustache très-prononcée; les bords des lèvres de la mâchoire supérieure et inférieure sont également blancs, mais les poils ÿ sont très-courts.
Toute la partie antérieure du corps, les bras et les mains sont noirs. La partie postérieure du dos est d’un roux assez vif annelé de noir; les poils étant colorés d’un jaune d’or à leur base, de noir dans la plus grande partie de leur longueur, de roux, puis de noir dans leur partie terminale. Les cuisses et les jambes sont d’un roux vif; les poils de ces parties sont roux à leurs racines, puis noirs sur une petite étendue, puis d'un roux vif à leur terminaison.
Les pieds et la queue sont noirs.
Cette charmante petite espèce, qui mesure un décimètre et demi de longueur, est très-voisine du M. rufo-niger; elle a à peu près la même disposition générale de couleurs; le tour des lèvres est également blanc; mais il manque, chez le M. rufo-niger, le blanc de l’arcade sourcilière.
Nous avons dédié cette espèce à notre ami M. Weddell, l’un de nos compagnons dans l'expédition de l'Amérique du Sud dirigée par M. de Castelnau.
Mœurs.— La démarche de ces charmants petits animaux, qui est très-vive et très-précipitée dans les arbres, l’est infiniment moins lorsqu'ils sont à terre. Au premier aspect, ils ressemblent plus à des Écureuils qu’à des Quadrumanes.
Les femmes indiennes aiment beaucoup ces petits Singes, et les portent presque toujours dans leurs cheveux. De même que les Saëmiris, ils se plaisent à se faire porter par d’autres Singes plus gros qu'eux ; ils s’accrochent fortement au dos de ces derniers, qui, après avoir fait de vains efforts pour s’en débarrasser, finissent généralement par s’habituer à ce léger fardeau. Tous deux vivent alors dans une sorte de camaraderie très-curieuse entre Singes d'espèces différentes. Dans le commencement, le plus petit montre une grande défiance, et ne veut même pas quitter prise pour aller chercher sa nourriture ; mais bientôt il s'établit entre eux une entente si cordiale, que lorsque le plus gros veut se déplacer, il appelle son compagnon par un petit cri.
Ces animaux s’apprivoisent assez facilement; la chaleur leur est très-nécessaire, et il faut les couvrir la nuit. Lorsqu'on leur présente quelque chose de leur goût, ils poussent des cris aigus, et se jettent dessus avec voracité. Ils sont d’un caractère très-irascible. Lorsque plusieurs sont réunis, ils se mettent en boule pour dormir.