SECOND SUPPLÉMENT
Par M. Isinore GEOFFROY SAINT-HILAIRE
Les trois Mémoires que J'ai successivement publiés sous ce même titre et dans ce même recueil, en 1843", 1845 ? et 18523, compren-
A. Dans le tome Il, p. 485 à 592. Ce Mémoire comprend les généralités sur la famille des Singes, et traite spécialement des Singes de l’ancien continent.
2. Dans le tome IV, p. 5 à 42. Ce Mémoire est entièrement relatif aux Singes américains.
3. Dans le tome V, p. 529 à 584. Ce Mémoire, supplémentaire aux deux premiers, comprend des espèces des quatre tribus de la famille des Singes, mais surtout des deux tribus américaines que venait d'enrichir considérablement le voyage de MM. de Castelnau, Weddell et Deville.
Je dois avertir, dès le commencement de ce travail, que le mot Srmrens y est partout substitué au mot PrTHÉCrENs, souvent employé dans les divers Mémoires qui viennent d’être cités, pour la première des quatre grandes tribus des Singes. J'avais cru devoir conserver pour le genre Orang, comme le faisaient généralement les zoolosistes, le nom latin de Pithecus ; d'où dérivait, pour la tribu à laquelle il appartient, le nom de Pithéciens, Pithecina. Mais les auteurs, par une juste application de l’une
ARCHIVES DU Muséum, T. X. : 1
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nent, avec des considérations générales sur les Primates, la description de trente-neuf espèces de Singes, savoir : vingt-deux de l’ancien monde, appartenant aux genres Simia, Hylobates, Semnopithecus, Miopithecus, Cercopithecus, Macacus, Cynopithecus, Theropithecus et Cynocephalus, et dix-sept américaines, faisant partie des genres Lagothrix, Cebus, Saimiris, Callithrix, Nyctipithecus, Pithecia, Brachyurus et Midas.
J’ai résumé les caractères de toutes ces espèces et de celles que J'avais antérieurement décrites, dans la première partie du Catalogue méthodique des Mammifères du Muséum d'histoire naturelle, que J'ai publiée il y a quelques années, et qui comprend, avec les Singes, les trois autres familles de l’ordre des Primates ?.
Dans le présent Mémoire, je m’occuperai spécialement du Singe gigantesque et à quelques égards si voisin de l’homme, le Gorille Gina (Gorilla Gina), dont la découverte a produit, il y a quelques années, une si vive sensation parmi les naturalistes, et même en dehors de la science.
L'intérêt hors ligne qui s’attachait, sous divers points de vue, à la découverte du Gorille, me faisait un devoir de me livrer à l’étude de ce Primate, dès le jour où J'en avais les moyens. C’est dans les derniers Jours de 1851 que la frégate à vapeur l’Eldorado, commandée par M. l’amiral Penaud (alors capitaine de vaisseau), apportait à Lorient les deux premiers individus, l’un adulte, l’autre jeune, qu’on eût vus en Europe #; le 16 janvier 1852, ils arrivaient au Mu-
des règles principales de la nomenclature zoologique, ont successivement repris pour Île genre Orang, et ils emploient aujourd’hui presque unanimement l’ancien nom Simra ; et à celui-ci doit nécessairement correspondre pour la tribu le nom de SImrens, Simiina. J'ai déjà adopté ce nom dans le Catalogue des Primates du Muséum, ainsi que dans mes travaux ultérieurs, et dans les divers cours que j'ai faits depuis au Muséum et à la Faculté des sciences.
A. Paris, in-8°; 1854.
2. Et de plus, une introduction générale sur les collections mammalogiques et ornithologiques du Muséum d'histoire naturelle, sur leur origine et leurs principaux progrès, sur les développements nouveaux qu’elles doivent recevoir, et sur la nomenclature qui y est adoptée.
3. Ils étaient conservés dans l'esprit de vin. Mais les viscères avaient été enlevés.
Il existait déjà depuis quelques années en Europe, comme on le verra bientôt, outre une peau mu-
séum; et dés le 19, je communiquais à l’Académie des Sciences les résultats de mes premières observations, dans une note que reproduisaient aussitôt, en entier ou par extrait, non-seulement tous les recueils qui rendent habituellement compte des séances de lAcadémie, mais les journaux eux-mêmes les plus étrangers à la science.
On s’étonnera peut-être qu'après avoir mis tant d’empressement à commencer l'étude du Gorille, j'aie tant tardé à publier sur ce remarquable Primate un travail plus étendu : cinq ans, en effet, se sont écoulés depuis ma première communication à l’Académie jusqu’au jour où je rédige ce nouveau travail. Un motif de convenance et de justice scientifique m'avait décidé à suspendre, non mes études sur le Gorille, mais la publication deleurs résultats. Des deux Gorilles arrivés au Muséum, le plus précieux, l’adulte, était un don de M. le docteur Franquet, chirurgien de la marine iMmpé— riale; et je pensais qu’à son retour, annoncé comme prochain, ce voyageur, aussi instruit que zélé, voudrait décrire lui-même l’espèce dont il venait d’enrichir nos collections 1.
Mes prévisions ne se sont pas justifiées. M. Franquet à eu le regret de ne pouvoir pas séjourner assez longtemps à Paris pour exécuter sur le Gorille un travail complet et digne de l'importance du sujet; et lui-même témoigna le désir que les naturalistes du Muséum missent à profit, comme ils le jugeraient convenable, les matériaux qu’ils venaient de recevoir de M. Penaud et de lui, comme ceux qu'ils avaient antérieurement reçus de M. Gautier. C’est alors que M. Duvernoy, qui venait de remplacer M. de Blainville dans la chaire d'anatomie comparée, entreprit sur le Gorille et les autres Singes voisins de l’homme par leur organisation, ces longues et
tilée de Gorille, des crânes et un squelette entier : celui-ci avait été envoyé au Muséum de Paris, par M. Gautier-Laboullay, chirurgien de la Marine impériale ; voy. p. 9.
4. « Je crois remplir un double devoir, » disais-je à la fin de ma première communication à l’Académie, « en annonçant, dès cette séance, l’arrivée d’un objet aussi précieux, et en réservant à M. le « docteur Franquet, qui est attendu à Paris, le soin de le décrire, et de faire connaître lui-même à « l’Académie les résultats des observations et des recherches dont le Gorille va devenir le sujet. » (Comptes rendus de l'Académie des Sciences, t. XXXIV, p. 84.)
consciencieuses recherches dont il s’occupait encore sur son lit de mort, et dont les résultats, successivement présentés à l’Académie des Sciences, en mai et décembre 1853, ont été depuis, dans les Archives du Muséum , développés et illustrés par de nombreuses figures. Je m'étais mis aussi à l’œuvre; mais j'ai bientôt interrompu mon travail pour laisser les matériaux que J'avais déjà réunis, à la disposition du savant collègue et ami que je voyais poursuivre avec une louable ardeur, dans un âge si avancé, un travail, sinon très-diflicile, du moins très-complexe et d’une étendue considérable?.
Je devais cette explication aux zoologistes qui liront ce Mémoire, afin qu’ils sachent comment, ayant commencé mes études sur le Gorille en janvier 1852, je n’en ai donné les résultats, durant cinq années, que dans mes cours au Muséum et à la Faculté des sciences; comment, ayant pu faire ici, le premier, de riches moissons, je viens tardivement glaner dans un champ presque partout exploité, et où je ne serais même Jamais rentré après M. Duvernoy, s’il lui eût été donné de remplir jusqu’au bout la tâche qu’il s'était imposée. Naturaliste autant qu’anatomiste, mon vénérable collègue n’eût pas manqué de donner lui-même à ses Mémoires le complément zoologique dont je m'étais plu à lui abandonner le soin, et que sa mort si regrettable m’impose le devoir de reprendre.
Je commencerai ce Mémoire par un exposé historique de la découverte du Gorille (sans examiner d’abord s'il a été trouvé pour la première fois ou seulement retrouvé de nos jours), et par l’indication des divers envois, qui ont été successivement faits au Muséum, et auxquels je dois les matériaux de ce travail.
Je traiterai ensuite des caractères distinctüifs du Gorille, de sa détermination soit générique soit spécifique, de ses rapports naturels, de ses mœurs et de son habitat.