Et déjà même, dans le même volume des Proceedings, p
2. J'aurai à revenir plus loin sur un second Mémoire de M. Owen, dont il me suffira de citer ici le titre : Description of the Cranium of an Adult Male Gorilla from the River Danger, indicative of a variety of the Great Chimpanzee (Troglodytes Gorilla); dans les Transact. zool. Soc., t. IV, part. 1, p. 75; 1853.
Ce Mémoire a été communiqué à la Société zoologique le 411 novembre 1854.
3. Extrait, ainsi que les passages qui suivent, d’une Notice rédigée par M. Gautier-Laboulay en avril 4849 ; Notice qu’on trouvera, en grande partie, reproduite à la suite de ce Mémoire.
rait d’avoir jamais en sa possession le squelette si désiré de lui, lorsque d'heureuses circonstances procurerent presque simultanément à MM. Walker et Wilson les corps de deux Gorilles adultes. M. Walker destina le sien à Boston; mais l'autre ! fut généreusement donné par M. Wilson à M. Gautier. L'état de putréfaction déjà avancé de ce second Gorille, et l’impossibilité de se procurer au Gabon la quantité considérable d'alcool qui eùt été nécessaire à la conservation d’un animal d'une aussi grande taille, ne permirent pas à M. Gautier, quelque désir qu’il en eüt, de rapporter en Europe l'animal entier : il dut se borner, apres l’avoir décrit avec soin, à préparer le squelette qui est aujourd’hui un des ornements de nos collections d’anatomie comparée. M. Gautier voulut bien, aussitôt après son retour en France, le donner au Muséum, avec deux crànes provenant l’un d’une femelle, l’autre d'un mâle, tous deux adultes, et celui-ci d’une taille et d’une force considérables. Le squelette était celui d’une femelle également adulte. Ces objets, d’un si grand prix pour la science et pour nos collections, arrivèrent au Muséum dans les premiers jours d'avril 1849; et leur étude fut aussitôt commencée, avec le soin dont elle était digne, par tous les naturalistes de l’établissement, et particulièrement par lillustre savant qui y occupait alors la chaire d’anatomie comparée !. M. de Blainville annonça l'intention de décrire et de figurer le squelette et les crânes donnés par M. Gautier, dans un travail spécial, destiné à être publié comme supplément au second fascicule de l'Ostéographie. Déjà, en effet, les descriptions étaient faites, et le squelette était, non-seulement dessiné, mais gravé, lorsque M. de Blainville fut enlevé à la science par une mort subite. Espérons qu’une main pieuse à laquelle nous devons déjà la publication de plusieurs des travaux laissés par M. de Blainville, pourra restituer aussi à la science ces derniers fruits d’une vie si pleine !
Le don de M. Gautier nous avait mis à même d'étudier par nous-mêmes, outre la tête du mäle adulte, déjà décrite et figurée en Amérique et en Angleterre, le squelette entier, encore inconnu, de la femelle adulte. La recherche du squelette d'un mäle adulte et du squelette ou du crâne d’un jeune sujet,
1. Dans l’organisation actuelle de notre établissement, les squelettes et les crânes des animaux font partie des collections dépendant de la chaire d'anatomie comparée, et non de celle de zoologie. Je n’ai pas à examiner ici si ce partage d'attributions est le plus rationnel et le plus favorable à la science ; il me suffit de l'indiquer pour l'explication de quelques-unes des circonstances que j'ai dû rappeler ici.
ARCHIVES DU Muséum. T. X. 2
devint alors l’objet de nos pressantes recommandations adressées aux officiers et aux médecins résidant ou de passage au Gabon; car, d’après les renseignements qui nous étaient parvenus, nous ne croyions pas pouvoir de longtemps prétendre aude là. Notre étonnement fut donc aussi grand que notre satisfaction, lorsque nous apprimes, à la fin de 1851, l'arrivée à Lorient, des deux Gorilles mâles, l'un adulte, l’autre jeune , dont les figures sont jointes à ce travail; tous deux conservés dans l'alcool, et par conséquent ouvrant un large champ à nos explorations anatomiques, en même temps qu’ils nous faisaient enfin connaître les formes extérieures de l’animal. Et même, il s’en était fallu de peu que nous ne fussions plus heureux encore : un des Gorilles, le plus jeune, nous était ramené vivant, avec un jeune Chimpanzé : tous deux par les soins de M. l'amiral Charles Penaud qui avait voulu réunir à la Ménagerie, pour faciliter nos comparaisons, le Troglodytes niger et le Troglodytes Gorilla. Tous deux, malheureusement, périrent dans la traversée qui eut lieu dans les dernières semaines de 1851.
Nous ne devons pas seulement à M. Penaud le don du jeune Gorille màle; nous lui devons la conservation du mâle adulte, donné à notre établissement par M. le docteur Franquet. M. Franquet avait acquis ce gigantesque animal des Nègres qui, selon toute apparence, l’avaient trouvé mort; car il portait les traces de plusieurs anciennes blessures, quelques-unes très-graves !, mais toutes cicatrisées, et sans aucune trace de lésion récente. Le cadavre fut successivement offert à plusieurs Européens qui refusèrent de l'acheter, à cause du prix élevé qu’on en exigeait d’abord; mais la putréfaction rendit bientôt urgente la conclusion du marché; les vendeurs devinrent plus traitables, et M. Franquet put acquérir l'animal qu'il voulut bien des lors destiner au Muséum d'histoire naturelle. Mais comment conserver cet énorme cadavre? Où trouver l'immense quantité d'alcool qui était nécessaire? Heureusementi la frégate à vapeur l’Z/dorado se trouvait alors en station au Gabon, et elle avait pour commandant M. l'amiral Penaud (alors capitaine de vaisseau), animé, pour notre établissement, d’une bienveillance qui ne s'est jamais démentie. M. Penaud voulut bien pourvoir à tout; il mit à la disposition de M. Franquet un tonneau de 367 litres de jauge pour recevoir le Gorille, et
4, La mâchoire supérieure avait été horriblement mutilée : la portion qui porte la canine, et la seconde incisive gauche, avaient été brisées, et manquaient.
SINGES. — GORILLE. 11 la quantité d'alcool nécessaire pour remplir cet immense récipient, et il voulut bien le recevoir à son bord et le ramener en France ; en sorte que nous avons reçu, tout à la fois, de ses mains, en janvier 1852, le jeune Gorille et le jeune Chimpanzé dont il enrichissait personnellement nos collections, et le Gorille adulte, bien plus précieux encore, que nous donnait M. Franquet.
Ce sont ces deux individus que tout Paris, et nous pourrions presque dire toute l'Europe, a vus avec un si grand intérêt soit dans nos Galeries zoologiques, soit à l'Exposition universelle de 1855, où nous avions été invités à faire transporter nos deux Gorilles, montés avec le plus grand soin et avec un plein succès !, par l’habile préparateur du Muséum, M. Poortmann.
M. Franquet ne s’en est pas tenu à l'envoi du grand Gorille qui, à lui seul, assurerait à ce médecin une place parmi les plus généreux donateurs dont nous ayons à garder le souvenir. Il a enrichi aussi le Muséum d’une tête et de plusieurs os d’une jeune femelle qu'il avait possédée quelque temps vivante, et aussi du squelette d’un Singe, nommé N'ichégo par les Nègres du Gabon, et dans lequel il avait cru reconnaître une troisième espèce africaine de singe anthropomorphe ; opinion qu'a pleinement adoptée, mais incomplétement justifiée, mon savant collègue, M. Duvernoy ?.
Les années 1853, 1854 et 1855 n’ont rien procuré au Muséum qui puisse être cité après les dons de M. le docteur Franquet et de M. l’amiral Penaud : mais, en 1856, nous avons reçu presque simultanément trois autres Gorilles; ceux-ci en peau. Le premier nous a été rapporté par M. Aubry-Lecomteë, à son retour du Gabon où il avait rempli, durant plusieurs années, les fonctions d’aide-commissaire de la Marine; ce même voyageur à aussi enrichi nos collections de trois Chimpanzés, un mâle et une femelle, les premiers adultes que nous ayons possédés, et un très-jeune individu; nous lui devons aussi plusieurs squelettes. Les deux autres Gorilles, l’un adulte et femelle, l’autre femelle aussi et très-jeune (la mère et l'enfant, ce qui ajoute beaucoup à leur intérêt), et de plus, un squelette, celui de la mére, sont les dons très-précieux de M. Gaillard, commissaire de la Marine au Gabon, où il a succédé à
1. Malgré l’état très-défectueux de la peau de l'adulte. 2. Voyez plus bas, p. 47.
3. Au mois d'avril, avec une multitude d’autres objets du plus grand prix, qu'il n'y a pas lieu de mentionner ici.
M. Aubry-Lecomite, et où il se montre, comme lui, très-désireux de contribuer aux progrès de la science et d'enrichir nos collections nationales!
$S 3. Travaux auxquels ont donné lieu les divers envois faits au Muséum.
Le travail que M. de Blainville s'était empressé d'entreprendre sur le premier squelette et le premier crâne envoyés au Muséum ?, et qu’allait bientôt interrompre une mort si regrettable pour la science, est resté si complétement inédit, que j'ignore même l'opinion de l’auteur sur les rapports naturels du Gorille avec les autres Singes africains de la première tribu.
J'ai lieu de croire cependant que M. de Blainville adoptait la détermination de MM. Savage et Owen; car c’est sous le nom de 7roglodytes Gorilla qu’il avait fait inscrire le squelette et le crâne envoyés par M. Gautier- Laboullay.
J'aurais pu trouver dès lors, etmême a priori, en m'appuyantsur les résultats de quelques-unes de mes premières recherches sur la zoologie générale, des motifs de révoquer en doute cette détermination. Le Gorille est de taille gigantesque; le Chimpanzé est seulement de dimensions moyennes : l'identité générique de ces deux singes serait donc en contradiction avec un fait général que j'ai établi il y a un quart de siècle *, et qui, à l’égard des mammifères terrestres, n’a pas rencontré depuis lors une seule exception #, savoir : la conformité de la taille chez les espèces, assez voisines, par leurs caractères organiques, pour être placées dans les mêmes genres véritablement naturels. Mais le Gorille ne m'était pas alors connu par un de ses plus grands individus; car le squelette dû à M. Gautier est celui d’une femelle ; et d’une autre part, nous étions loin de posséder alors sur le Chimpanzé les notions nécessaires
4. Le précieux envoi de M. Gaillard nous est parvenu en décembre 1856, par les soins de M. le capitaine Bouet, commandant supérieur au Gabon.
2. Outre les Gorilles et les pièces ostéologiques qu'a reçus le Muséum, des squelettes et surtout des crânes ont été envoyés du Gabon à diverses maisons de commerce de Paris, notamment à celles de MM. Verreaux frères et Vasseur. MM. Verreaux sont parvenus à se procurer aussi la dépouille d’un adulte, qu’ils ont fait monter, et qu'on voit aujourd’hui dans le Musée d'histoire naturelle de Vienne.
3. Recherches zoologiques et physiologiques sur les variations de la taille chez les animaux sauvages et domestiques, et dans les races humaines (1831 et 1832), dans le recueil de l’Académie des Sciences, Mémoires des savants étrangers, t. IT, p. 503 et suiv., et dans mes Æssais de zooloqie générale, p. 331 et suiv.
4, À part les Marsupiaux, exception très-remarquable sur laquelle j'avais appelé l'attention dès 1831.
pour fixer avec une entière certitude la limite supérieure de sa taille à l’état adulte. C’est donc sans idée préconcue que je procédai à l'étude du Gorille, aussitôt après l’arrivée des individus de MM. Penaud et Franquet, auxquels nous devions enfin, et pour la première fois en Europe, le moyen de joindre observation des caractères extérieurs à l'examen du squelette. Cette observation extérieure me conduisit aussitôt à une conclusion différente de celle qu'avaient admise, d’après les caractères craniens, MM. Savage, Wyman et Owen; je vis dans le grand Singe du Gabon, non une seconde espèce de Troglodyte, mais le type d’un second genre africain de Singes anthropomorphes. L'étude des mains, celle des organes des sens, me firent, en effet, apercevoir chez le Gorille, comparé au Chimpanzé, des différences de valeur plus que spécifique, et en indiquant dès lors le nouveau genre sous le nom de GORILLA, je le présentai comme « intermédiaire, à quelques « égards, aux genres Troglodytes et Sünia; à d’autres, et notamment par la « conformation des mains antérieures, plus voisin de notre espèce que ceux-ci « eux-mêmes.» Cette conclusion, énoncée après quelques jours d'étude, est encore aujourd'hui la mienne, et une grande partie de ce Mémoire sera consacrée à la justifier.
Ma première communication à l’Académie ?, faite trois jours après l’arrivée des deux Gorilles à Paris, n’était qu'une simple note de quelques pages.
4. Dans une note intitulée : Sur le Gorille, insérée dans les Comptes rendus des séances de l’Académie des Sciences, t. XXXIV, p. 81 (séance du 19 janvier 1852).
Cette note (sans parler ici des diverses reproductions partielles, ou extraits donnés par les journaux), a été réimprimée dans la Revue et magasin de Zoologie, année 1852, p. 37, et dans les Annales des sciences naturelles, 3° série, Zoologie, t. XVI. (Il est à peine besoin de faire remarquer que ce volume, quoique daté de 1851, appartient à l’année 1852).
Ma note est suivie dans les Annales des sciences naturelles de quelques extraits et traductions partielles des Mémoires de MM. Owen et Savace sur le Gorille, dus à M. Jules Harme, et de trois figures indiquées, dans l'explication des planches, comme des reproductions des daguerréotypes que j'avais fait faire pour le Muséum aussitôt après l’arrivée des Gorilles (voy. p. 14). Je dois faire remarquer que cette indication n’est vraie que pour la figure 4 (buste du grand Gorille), et la fig. 2 (jeune Gorille entier): la fig. 3 est la copie très-réduite d’un dessin de M. Werner, fait aussi à ma demande pour le Muséum.
2. Le passage que je viens de citer n’est pas extrait du texte même de cette communication, mais d’une note que j'y ajoutai lorsqu'elle parut, le dimanche suivant, dans les Comptes rendus de l Académie. 5
3. J'ai dit (p. 3, note) quels motifs de convenance, bien plus que le défaut de temps, m’avaient imposé cette extrême concision.
Mais elle était déjà accompagnée d’une série de figures que j'ai fait compléter depuis par plusieurs antres, et qui seront toujours des documents très-précieux pour les naturalistes. Avant de toucher aux deux Gorilles pour les préparer zoologiquement et anatomiquement, avant d’altérer des objets aussi rares et d’un aussi grand intérêt pour la science, il était indispensable, malgré l'habileté si éprouvée de nos taxidermistes, et quelque assurés que nous pussions être d’une restitution très-exacte des deux animaux, de conserver leurs caractères, leurs formes, leur physionomie; de les reproduire tels qu'ils nous avaient apparu à l'ouverture des tonneaux qui les contenaient. Je jugeai même utile, pourobtenir plus complétement cette reproduction, de la demander à trois arts différents, la photographie, le dessin et le moulage. M. Terreil, préparateur de chimie au Muséum, voulut bien se mettre aussitôt à l'œuvre, et faire les daguerréotypes de face et de profil du grand Gorille, dans sa moitié supérieure, et du petit tout entier. Ces daguerréotypes, mis sous les yeux de l’Académie en janvier 1852, ont été des le lendemain exposés dans nos galeries zoologiques, où ils sont restés depuis, et où ils ont été consultés très-souvent et très-utilement par les naturalistes, et parfois copiés par les artistes en tout ou en partie !. Après M. Terreil, j'ai recouru à notre habile peintre d'histoire naturelle, M. Werner, et à M. Stahl, chef des travaux de moulage au Muséum, qui n'ont pas moins heureusement répondu à mon attente : le premier a fait de la face, du profil, de la main et du pied du Gorille adulte, des dessins de grandeur naturelle que je reproduis à la suite de ce Mémoire ?; et nous devons au second des moules des mains et de tout le buste, dignes à tous égards du talent si apprécié de cet artiste, J’ajouterai que nous possédons aussi au Muséum une statuette du Gorille adulte, réduite au quart en diamètre, et qui a été exécutée avec beaucoup de soin et d’exactitude par M. Poortmann, le même auquel nos Galeries de zoologie doivent la difficile préparation taxidermique des deux premiers Gorilles 5.
1. Deux. d’entre eux, comme on l’a vu, p. 3, note 1, ont été reproduits dans lès 4nn. des sc. nat., à la suite de ma première note sur le Gorille.
2. L'auteur de ces dessins a été ‘malheureusement enlevé par la’ mort, il y a quelques mois, aux arts et à la science à laquelle il a rendu de nombreux services: M: Bocourt, jeune peintre d’un trèsgrand mérite, s’est chargé de suppléer M. Werner, de lithographier les dessins de Gorille qu'il avait laissés, et de les compléter par des figures d'ensemble de l'adulte-et du jeune.