‹ Description des mammifèresChapitre 76 sur 125 · La même que le Money · texte numérisé non relu

La même que le Money

4. « Larger than the largest crania hitherto received », Owen, loc. cit., p.75.

premier de ces deux caractères du nombre de ceux sur lesquels reposerait la distinction de la prétendue variété de la rivière Danger. On trouve, sur la rivière du Gabon, de vieux mâles, aussi grands que sur la rivière Danger. Je citerai entre autres un des premiers Gorilles que l’on ait vus, un de ceux dont le crâne nous a été envoyé en 18/9 par M. Gautier-Laboullay : ce crâne, ayant été, lui aussi, scié longitudinalement et verticalement, j'ai pu le superposer sur la coupe donnée par M. Owen, et la coïncidence s’est trouvée presque exacte : ce crâne ne vient pas cependant, comme on le verra, (et il s’en faut de beaucoup) du plus grand des individus tués au Gabon. Ce même individu a aussi les crêtes craniennes énormes, sans cependant qu'elles égalent tout à fait celles de l'individu de la rivière Danger; mais un zootomiste et physiologiste aussi éminent que M. Owen sait mieux que personne qu'une légère différence, à ce point de vue, est d’une importance trèsfaible, et peut s'expliquer par des circonstances tout individuelles, même à égalité d'âge; et il faudrait posséder des faits plus nombreux pour établir avec certitude l'existence, sur la rivière Danger, d'une variété constante, encore plus gigantesque et plus vigoureuse, même proportion gardée avec sa taille, que ne le sont les Gorilles du Gabon.

$ 2. Différences relatives à la taille.

Le Gorille est le plus grand des Primates connus. S’il n’a pas la taille d'un homme, c’est-à-dire s’il est inférieur en hauteur à un homme ordinaire, il lui est très-supérieur par les dimensions de la tête, du col et du corps. La différence de la taille résulte de la brièveté relative des membres inférieurs que l'animal, en outre, tient habituellement plus ou moins fléchis. Voici les principales dimensions de l'individu envoyé au Muséum par M. Franquet; dimensions prises par M. Franquet en Afrique sur le cadavre encore entier de l’animal ! :

= Hauteur totale. ...:.::.... sesossesseereessersereeeseeseseessesoescos A7, 67 Distance du=SINCiputIAU COCCYX er seen n eee ent 4, 03 GIRCONTÉTENCEAUL CON ere Ne Re En A ST ER TRE EE RIT ERUE 0, 75

Id. AMAPPOILFINE ER Reel ee eee ee ee ET R NIU 4, 35

4. Ces mesures font partie d’une note qui a été insérée dans le journal le Constitutionnel, n° du 9 janvier 1852.

Circonférence au niveau des lombes.....,....,......4s.e.s.essesseoos.e 4, 40 Distance de l’acromion à l’extrémité du doigt médius...........ooososse.ve.e 0, 90 Circonférence de l’avant-bras dans son tiers supérieur. ............o.....eo. 0, 36 Pioirboutanvaobtdodunnacacbunobontosuononouébbbodndddonobn eds Ule) Distance de lasymphise du pubis au talon.......,....,:..... Hodao once 6 de (UC Circonférence de la cuisse au-dessus du genou. .....,.........;e..sees..s 0, 43

Id. de’lajambelausmollets "trente ee-ceeeerrpere-ceeccetiec-el0, 0

Nous avons aussi des mesures prises au Gabon sur un autre individu entier, par un missionnaire américain déjà cité M. Walker; et ce second individu, d'après ces mesures, n’aurait pas eu, quoique femelle, moins de « 5 pieds 8 pouces de hauteur ». Il s’agit manifestement ici de mesures anglaises, et la taille de l'animal (le pied anglais ne valant que 0",30479) devrait déjà être réduite à 1°,73: ce qui donnerait 6 centimètres seulement de plus que lindividu de M. Franquet. Mais il est certain que cette femelle avait été mesurée la tête élevée et les jambes étendues outre mesure; car son squelette qui est au Muséum, prouve que cette femelle était un peu moins grande que le vieux mâle envoyé par M. Franquet.

Des réductions analogues doivent être faites sur les dimensions de plusieurs individus successivement tués au Gabon, et qui, d’après les témoignages de plusieurs voyageurs, auraient eu jusqu'à 6 pieds et même 6 pieds 3 pouces ?; nombres résultant non d'évaluations plus ou moins arbitrairement faites, mais de mesures prises. Il y a lieu de croire qu'ici encore, le Gorille avait été mesuré dans une attitude forcée, et qu'il y a exagération, Toutefois, ces mesures, si elles ont besoin d'être rectifiées, ne doivent pas non plus être comptées pour rien; et d'apres les renseignements que j'ai recueillis, je regarde comme certain que le vieux mäle, envoyé par M. Franquet, ne représente pas encore le zzaximum de la taille du Gorille.

Je tiens aussi pour certain, malgré la taille si considérable attribuée à uue femelle par MM. Walker et Gautier-Laboullay, que ce 727axünuin ne

4. Ces mesures se trouvent dans une notice de M. Gautier-Laboullay, encore inédite dans son ensemble (voyez à la fin de ce Mémoire), mais dont quelques passages ont déjà été cités par M. Dureau de la Malle et par d’autres auteurs.

2. Un des chefs du Gabon, le roi Louis, « un des Nègres les plus dignes de confiance », dit M. Franquet, a parlé à ce voyageur de Singes noirs encore plus grands, qui existeraient dans le haut de la rivière Como. Ceux-ci auraient « de 6 à 7 pieds ».

se rencontre que parmi les mâles; la femelle est généralement, chez le Gorille, comme dans notre espèce, plus petite que le mâle, et aussi moins remarquable par le développement de son squelette et de son système musculaire. La femelle adulte dont le Muséum possède la peau (et cette femelle est très-certainement adulte, car elle a été tuée avec son petit qu’elle allaitait), est haute d'environ 1 mètre À : mesure que je ne saurais d’ailleurs rendre plus précise, à cause du mauvais état dans lequel nous est malheureusement parvenu ce précieux individu !,

$ 5. Différences relatives au pelage.

Des différences de pelage que présente le Gorille, les unes tiennent trèscertainement à l’âge ; je ne saurais encore rendre raison des autres.

Les premières sont celles qui se rapportent à l’état plus ou moins velu du corps. Notre vieux mâle, dont les poils sont très-longs sur une partie du corps, et ont Jusqu'à un décimètre et plus sur quelques portions des membres, est dénudé, outre la face et les paumes, sous le col, autour des mamelons, à la partie supérieure et latérale de la poitrine, aux aisselles, et surtout sur le dos, dans la portion médiane où une vaste nudité s'étend depuis le niveau inférieur des omoplates jusque dans la région lombaire. Sur la partie correspondante du dos, notre femelle adulte a les poils usés, comme râpés, sans que l'usure aille jusqu’à la nudité. Les jeunes sont velus sur le dos aussi bien qu'ailleurs ?.

Le Gorille Gina, comme coloration, ressemble au Chimpanzé , non-seulement par sa teinte générale noire ou noirâtre, mais par un détail très-caractéristique. On retrouve chez lui, à la région anale, et même tout autour de l’anus, les petits poils blancs dont M. Lesson avait fait un instant le trait

1. Selon M. Gautier-Laboullay, le mâle aurait jusqu’à 8, 10 et même 12 pouces de plus que la femelle,

2. Le grand Singe du Musée du Havre (mentionné p. 5) a aussi le dos velu, comme me l’a fait remarquer M. Lennier, conservateur de ce Musée, qui considère le Singe rapporté par M. Thouret comme appartenant à une espèce distincte. Cet animal, dont la dépouille est malheureusement trèsincomplète, comme je l’ai dit, venait du Gabon comme les Gorilles du Musée de Paris.

Il y à aussi au Musée du Havre un jeune Grille, rapporté du Gabon par feu le capitaine Cousin, qui a fait de nombreux voyages dans ce pays, et l’a habité durant plusieurs années. M. Cousin a assuré à M. Lennier qu'il avait vu lui-même des individus hauts de deux mètres. II croyait à l’existence de plusieurs espèces.

distinctif d’une seconde espèce de Troglodyte, mais qui existent chez tous les Chimpanzés en bon état de pelage.

Chez le Gorille, ces poils plus clairs ne sont pas les seuls qui s’écartent de la teinte générale. Il y a toujours sur la tête assez de poils roux, mélangés avec les noirs, pour donner à cette région une teinte roussâtre, et celle-ci peut même être très-marquée. Ces poils roux sont surtout abondants sur le dessus de la tête ; mais on en retrouve aussi sur le pourtour de la face qui, lui aussi, présente parfois une teinte rousse. En outre, des poils gris ! sont ordinairement disséminés parmi les autres, principalement dans la région dorsale, et notre grand individu a une portion de la face antérieure et externe de la cuisse d’un gris blanchätre, sans qu'il y ait passage entre cette couleur claire et la couleur foncée des parties voisines.

Malgré la présence de ces poils blanchâtres , roux et gris, le Gorille, dans cet état qui est le plus ordinaire, peut être dit généralement noir, ou mieux noirâtre ; car il est d’une nuance sensiblement moins foncée que le Chimpanzé, ayant d’ailleurs, comme celui-ci, le visage ridé, mais noir ou noirûtre, couleur qui est aussi celle des autres parties nues. Le Chimpanzé a au contraire, comme chacun sait, la plus grande partie du visage d'une couleur beaucoup plus claire, intermédiaire entre ce qu’on appelle la couleur de chair et celle du tan, d’où les Nègres disent qu'il a la figure d’un blanc ?.

Cette couleur générale noirâtre est, sauf quelques légères différences, celle de quatre des individus que possède aujourd’hui le Muséum, et par lesquels se trouvent précisément représentés les quatre états principaux de l'animal comme sexe et comme âge. De ces quatre individus à pelage noirâtre, deux, les premiers arrivés au Muséum, sont, en effet, deux mâles, un adulte et un jeune; et les deux autres, ceux que nous avons reçus il y a

4. J'ai parlé précédemment (p. 5 et 47), du grand Singe du Musée du Havre ; chez lui aussi, des poils gris sont mêlés au pelage généralement noirâtre.

Les caractères de la coloration concordent donc avec les dimensions véritablement humaines du corps, pour faire rapporter au Gorille ce Singe, considéré par la plupart des naturalistes qui l'ont vu, comme l'adulte ou du Chimpanzé ou d’une espèce nouvelle, voisine et du même genre.

2. Depuis que ceci est écrit et même composé, le Singe destiné au Muséum par M. le capitaine Bouet, et dont j'ai fait mention p. 47, note 2, est arrivé à la Ménagerie. Ce Singe a l’ensemble des caractères, et notamment les grandes oreilles du Chimpanzé (et non les petites oreilles attribuées au Tr. Tschégo); mais il a la figure foncée. Je reviendrai sur ce curieux animal à la fin de l'explication des planches, à l’occasion de la pl. VIT représentant le Chimpanzé adulte.

SINGES. — GORILLE. 49 quelques mois de M. Gaillard!, sont des femelles, l’une adulte, et son enfant, femelle comme elle. Celui-ci, très-jeune encore, a le poil beaucoup plus court, encore laineux, beaucoup plus clair à la base? que dans sa seconde portion ; mais celle-ci, et par conséquent l'ensemble du pelage, est d’un brun noirâtre, sensiblement le même que dans le pelage de la mere.

Le Gorille, s’il ne nait pas noirâtre, ce que nous ignorons, le devient donc au moins très-prom ptement, et cette même couleur se conserve jusque chez les individus Jes plus adultes. N'y a-t-il cependant que des Gorilles noirs, noirâtres ou brun foncé?

Sur ce point, une première réponse négative a été faite depuis plusieurs années par M. Gautier-Laboullay, dans le travail inédit que j'ai déjà cité. La femelle adulte qu’il a décrite, et dont il a envoyé le squelette au Muséum, avait, dit-il, «le poil gris de fer en avant et plus foncé au dos; » et c'est aussi une « couleur sombre ou gris de fer » que M. Ford attribue au Gorille, dans la note qu'il a adressée sur ce singe à l’Académie des sciences naturelles de Philadelphie $.

Ces mots gris de fer pourraient toutefois être considérés comme exprimant un gris très-foncé ; couleur qui tiendrait de près au noirâtre un peu nuancé de gris que présentent, sur diverses parties de leur pelage, quelques-uns de nos Gorilles, et qui est surtout celle de l'individu adulte qu'ont possédé MM. Verreaux, le mème qu'on voit maintenant au Musée de Vienne.

Mais il y a des variétés beaucoup plus prononcées. Outre ses quatre individus noirâtres, avec quelques parties teintées de roux et d’autres gris, le Muséum en possède un cinquième qui est très-décidément et franchement gris, et d’un gris assez éclairci; il n’y a pas bien loin de la couleur de ce Gorille à celle de l’ylobates leuciscus (dont il diffère d’ailleurs considérablement par la nature des poils, secs, un peu durs, nullement laineux). C'est à M. Aubry-Lecomte que nous devons ce dernier individu, dont la taille est d'environ 9 décimètres, et qui, par conséquent, n’est pas adulte #.

. Voy. p. 11.

. Caractère dont on ne retrouve ordinairement qu’une indication chez l'adulte.

. Rev. z00l., loc. cit., p. 505.

&. Aussi n’est:1l dénudé sur aucune partie du corps. La teinte grise résulte du mélange, parmi des

poils bruns, de poils d’un gris très-clair ou même blancs. Le dessus de la tête et de la nuque est ArGHivEs DU Muséum, T. X. 7

Il y aurait même, selon M. Ford, des Gorilles blancs; et M. l'amiral Penaud m'a donné quelques détails sur un individu à « cheveux et barbe blanche, « comme chez un vieillard », qui aurait été tué il y a quelques années, et dont le squelette aurait été envoyé en Angleterre. Toutefois, ces Gorilles blanes ou à barbe blanche, n’ont été vus ni par M. Ford ni par M. Penaud : ces voyageurs en ont seulement entendu parler par des personnes qu'ils croient dignes de confiance, et qui ont assuré à M. Ford que l'animal blanchit en vieillissant !.

Faits qui peuvent se résumer ainsi :

La couleur normale est un noir-brunâtre où brun-noirâtre plus ou moins foncé, teinté sur quelques parties, et notamment sur la tête, de roux, et pouvant l'être aussi sur d’autres parties de gris.

Il existe des variétés grises, et il paraît en exister aussi de plus ou moins blanches, celles-ci par albinisme sénile ou accidentel.

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