DEUXIÈME ORDRE
CÉPHALOPODES TENTACULIFÈRES.
ire Fame: NAUTILIDES.
Caractères. Coquille spirale ou droite, à cloisons simples ou onduleuses, jamais foliacées sur leurs bords. Siphon central ou situé contre le retour de la spire, jamais dorsal.
Cette famille contient des genres nombreux qui différent par leur enroulement ; mais tous ces genres, sauf les aganides et les nautiles, sont spéciaux à l'époque primaire, celui des nautiles a seul été trouvé dans les terrains crétacés.
DES GRÉS VERTS. 13 GENRE NAUTILUS Linné.
Caractères. Coquille discoïdale, enroulée sur le même plan
. en spirale régulière composée de tours contigus. Loges aériennes nombreuses, séparées par des cloisons droites ou simplement arquées ou sinueuses. Siphon central ou subcentral.
Les nautiles ont apparu dès les temps les plus anciens du globe et se retrouvent dans tous les terrains; ils paraissent moins nombreux aujourd'hui qu'ils ne l'ont été dans les époques antérieures à la nôtre, car ils ne sont représentés dans les mers actuelles que par deux espèces de l'Océan Indien. Ces mollusques présentent des modifications dans leurs formes qui concordent le plus souvent avec leur distribution géologique. Le groupe le plus commun dans les grès verts est celui que M. d'Orbigny nomme les Radiali, groupe tout à fait spécial au terrain crétacé et composé d'espèces plissées ou sillonnées en travers dans l’âge adulte. On y trouve aussi quelques espèces lisses, appartenant au groupe des Lœvigati du même auteur.
La distinction des espèces de nautiles présente, en général d'assez grandes difficultés. car ces espèces se ressemblent beaucoup entre elles. Les ornements extérieurs peu variés. et le mode d’enroulement toujours le même, fournissent des caractères d’une appréciation d'autant plus difficile que, dans la plupart des terrains, les échantillons sont médiocrement conservés. Aussi la synonymie des espèces est-elle souvent accompagnée d’incertitudes ; la plupart des auteurs ont rapporté
les nautiles qu'ils trouvaient dans divers terrains crétacés aux espèces décrites par Sowerby d'une manière assez incomplète, et ces rapprochements sont loin d’être toujours justifiables. Aïnsi le NW. rudiatus de Sowerby, à été cité dans presque tous les terrains crétacés, et en particulier à la perte du Rhône, quoique les échantillons de cette localité n’appartiennent certainement pas à la même espèce que ceux de Rouen et d'Angleterre, auxquels on a donné le même nom spécifique.
J'indiquerai plus bas, en décrivant les espèces, la manière dont j'ai cru devoir résoudre ces difficultés, et Je montrerai, en même temps, qu'il est probable que les paléontologistes ont imparfaitement connu les nautiles du terrain albien et les ont ordinairement confondus, à tort. avec les espèces du terrain turonien. Je crois, en particulier, que les nautiles sillonnés (Radiati d'Orb.) du gault doivent être considérés comme tout à fait distincts, et qu'en conséquence ce groupe des Radiati doit être composé des espèces suivantes : 1° le N. pseudoelegans d'Orb. et le neocomiensis d'Orb., du néocomien inférieur; 2 le V. Requienianus d'Orb. qui n'est autre chose que le N. plicatus Fitton. du terrain aptien ; 3° les NW. Saussureanus Pict. et Veckerianus Pict. décrits dans cette monographie, du terrain albien, auxquels il faut peut-être ajouter le N.undulatus Sow. pl. 40. espèce remarquable par ses grosses côtes en même nombre que les cloisons; 4° les NW. radiatus Sow., elegans Sow. et Deslongchampsianus d'Orb. des terrains turoniens. Quant aux espèces lisses (Lævigati d'Orb.) je ne connais, comme trouvé dans nos environs, que le NW. rhodani
DES GRÈS VERTS. 15 nouvelle espèce de la perte du Rhône. Les W. Bouchardianus et Clementinus, si ils s’y trouvent, auront été confondus avec les moules lisses des espèces sillonnées.
Les caractères qui peuvent servir le mieux à la distinction des espèces me paraissent être les suivants: 1° la position du siphon, qui varie très-peu entre les individus d’une même espèce et sur laquelle l'âge n’influe presque pas, comme on peut s’en assurer par l'étude des nautiles actuels ; 2° la grandeur proportionnelle de lombilie, caractère qui paraît trèsconstant, mais qui échappe souvent à une mesure rigoureuse, parce que cet ombilic est rempli de matière terreuse dont on le dégage diflicilement; 3° la forme, l’inclinaison et le nombre des côtes. Je me suis, en particulier, servi d’un caractère qui est très-commode et qui me parait constant: savoir, l'angle que forment les côtes sur le milieu du dos en s'infléchissant en arrière. Je crois, par contre, qu'il ne faut attribuer qu'une importance secondaire à la largeur de la bouche, car. en comparant un grand nombre d'échantillons d'une même localité dont tous les autres caractères sont identiques, on trouvera des différences notables, soit sion mesure cette largeur de la bouche par rapport à sa hauteur (1), soit si on la mesure par rapport au diamètre total.
Je dois aussi prévenir, qu'à cause de ces difficultés de dé-
(1) Je mesure constamment la hauteur de la bouche par une ligne médiane, passant par le siphon, terminée en avant au dos de la coquille, et en arrière par une ligne perpendiculaire à sa direction et passant par les points Jerminaux de la bouche sur les côtés. Cette mesure n’est, par conséquent, pas influencée par l’échancrure que produit le retour de la spire.
termination, je n'ai tenu compte que des échantillons clairement caractérisés, et qu'il ne serait pas impossible que nos grès verts renfermassent des espèces lisses qui m’eussent échappé. Je dois dire, cependant, que le peu de certitude des caractères tirés des moules exige une grande prudence à cet égard, et que je n’ai vu aucun échantillon qui présentât claïrement un test lisse.