‹ Description des mollusques terrestres et fluviatiles du PortugalChapitre 16 sur 66 · PIRE · texte numérisé non relu

PIRE

C'est une découverte curieuse dans l'histoire des mollusques terrestres, que celle d’un être qui habite une coquille au début de son existence, qui y trouve-un abri complet pendant un certain temps, et qui, dépourvu toutà-coup de l'énergie créatrice nécessaire au développement de cette coquille, estobligé d'en porter pendanttoute

(1) Le lobe antérieur du manteau est libre chez la Parmacelle, mis il n’est

pas contractile,

PNEUMOBRARCIHES, il

sa vielerudiment imparfait; ce berceau, si l’on me permet une image, qui nerenferme plus qu’une faible portion de son corps. Pendant cette première période, à la fragilité, à l’expansion de sa coquillle, on le prendrait pour une Vitrine; mais cette coquille ne doit plus s’accroitre; le rudiment testacé particulier aux mollusques nus commence à se montrer et se développe rapidement; bientôt tout disparaît sous l'invasion du manteau, et cette Vitrine n’est plus qu’une Limace! mais une Limace qui nous conduit par une transition inattendue aux mollusques testacés, et qui nous montre, comme l’a fait observer Férussac, le premier effort de la nature pour rejeter dans le test les organes importans de la vie(r).

Après la description de MM. Webb et Van Beneden, il reste peu de chose à ajouter sur la Parmacelle portugaise; je renvoie donc au Magasin zoologique que ces naturalistes ont rendu dépositaire de leur travail. Peut-être ne sera-t-il pas sans intérêt, dans un genre aussi curieux et aussi peu connu, de comparer les différentes espèces qui ont été observées jusqu’à ce jour ; cet examen résumera succinctement les renseignemens épars dans un grand nombre d'ouvrages, et donnera une idée de l'importance que cette tribu, long-temps réduite à un membreiïsolé, a conquise depuis peu d’années.

1° FARMACELLA OLIVIERI. Cuv. (2).

La premiere Parmacelle fut rapportée: par Olivier des

(r} Ferussac, Supplém, à la fam, des Limaces, P. 96.

(2) Ann, du Museum, 1804,1, 4, p. 435.

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plaines de l'Euphrate, et décrite par Cuvier dans les /nnales du Muséum. La dissection de ce mollusque qui empruntait aux proportions de sa cuirasse une physionomie particulière, développa les rapports intimes qui l’unissaient aux autres Gastéropodes pneumobranches, et mit en évidence un rudiment testacé d’une forme caractéristique, dont l'illustre savant négligea la description, et qui devint important plus tard par les conjectures dont il fut l’objet. En effet, quoique l’organisation de la Parmacelle fut désormais établie et qu’il fut aisé de la reconnaître, il n’en était pas ainsi de la coquille isolée, comme le prouve l'erreur de Férussac, qui l’attribua après quelque hésitation à un genre voisin, et en fit une Testacelle sous le nom spécifique d’Æmbigua (x). A-peupres à la même époque, un naturaliste anglais, saisissait avec plus de bonheur les relations d’un élément analogue, et le rapportait à sa véritable origine en créant une nouvelle espèce qu’il nommait Parmacella calyculata (>). Au surplus, ces rudimens testacés ayant été observés isolément, ne montrent que des rapports d’analogie; et comme nous savons aujourd’hui qu'ils offrent quelquefois une grande similitude chez des espèces différentes, il nous est impossible d'attribuer à ceux-ci une détermination positive.

(1) Il est probable que la coquille de la Parmacella Olivieri, que Férussac chercha inutilement dans la collection d'Olivier et dans celle du Muséum , est précisément celle qu'il trouva chez Lamarck, et dont il fit sa estacella ambigua. L'ambiguité n’existant plus, il conviendrait de restituer à l'espèce Canarienue le nom spécifique que MM. Webb et Berthelot lui avaient imposé dans l'origine, Voir Férussac; Æist, des Pulm, sans operc. p. 79.

(2) Sowerby ; Genera of shells, n° 13.

PNEUMOBRANCHES.

2° PARMACELLA PALLIOLUM. ler, (1).

I n’en est pas ainsi de la Parmacella palliolum dont la description et les figures ne laissent rien à désirer. La découverte de ce mollusque à une distance aussi éloignée du premier, dut faire penser avec raison que cette tribu remarquable, qui avait échappé jusqu'alors à l’observation, n’était pas renfermée dans des limites aussi étroites qu’on l'avait d’abord supposé.

3° PARMACELLA ÂLEXANDRINA. Ehrenb, (2).

Les voyageurs prussiens Hemprich et Ehrenberg observèrent à leur tour dansles jardins d’Alexandrie,une Parmacelle qu’ils ont décrite sous le nom d’Ælexandrina.Malheureusement , les Symbolæ physicæ se bornent à un spécimen qui n’a pas été continué, et l’on y chercherait vainement la figure qu’ils ont promise de l'animal vivant.

4° PARMACELLA AMBIGUA. Webb. et Berth. (3).

Quelques années plus tard, l'exploration des iles Canaries signala sur un point intermédiaire une quatrième espèce aussi remarquable par sa forme que par sa couleur. Préoccupés sans doute du rudiment testacé qui leur apparaissait sous une forme nouvelle, et de la cavité

(1) Férussuc , Prodr,, p. 25, pl. vin A , fig. r à 9, el Supplém. à la fam, des Limaces, p. 96.

(a) Symbolæ physicæ, decas prima, Berlin, 1628.

(3) Ann. des Sciences naturelles, t. xxvur, p. 307. Magas, zool., 1835, t, vais, Histoire naturelle des iles Canaries, 1, 11, p. 50.

&es

MOLLUSQUES CÉPHALÉS.

triangulaire qui détache le bouclier de larète caudale, MM. Webb et Berthelot instituérent un genre nouveau sous le nom de Cryptelle. La Cryptella Canariensis mentionnée d’abord dans le tome xxvrn1 des /rnales et plus longuement décrite dans le Magasin zoologique, prit dans leur ouvrage sur les iles africaines (par égard pour Férussac sans doute), le nom impropre d'arrbigua. Rien en effet de moins ambigu si les figures et la description sont exactes. \

5° PARMACGELLA VALENCGIENNII. Webb, et Van Bened, (1),

Nous arrivons à l’espèce portugaise recueillie pour la première fois aux environs de Lisbonne, par M. Webb, qui, frappé cette fois de l’analogie, lui assigna sa véritable place dans une description publiée en 1836 de concert avec M. Van Beneden. Ce travail est exact et complet; mais les figures dessinées sur des animaux conservés sont détestables. La couleur est bonne, mais la raideur des formes, le développement anormal des mâchoires, la contraction du reste et notamment des tentacules, donnent une idée tres fausse de l'animal.

6° PARMACELLA. Spec. nov.

Enfin , nous devons aux recherches de la commission

scientifique d'Algérie la découverte d’une dernière Parmacelle abondamment répandue dans la province d’O-

(1) Magas, 5001, 1836,

PNEUMOPBRANCHIS, 45

ran, et qui sera décrite dans le grand ouvrage quele gouvernement français prépare sur cette région (1).

Ainsi, voilà un genre borné pendant long-temps à un type isolé, qui dans un petit nombre d'années, grâce à l’ardeur exploratrice de notre époque, s’est accru de cinq espèces distinctes. Une seule se rattache à l’Europe; une seule jusqu'à présent » appartient au continent américain, et vit dans les forèts séculaires du Brésil, qui réservent au naturaliste aventureux bien d’autres découvertes; une seule habite l'Asie, dont les richesses zoologiques sont encore imparfaitement connues; les trois autres sont africaines. Il en existe sans doute un plus grand nombre que des circonstances favorables nous révéleront plus tard, et qui nous offriront peut-être d’intéressantes modifications dans le développement de leur rudiment protecteur (2). Apres cette énumération des différentes Parmacelles connues, nous allons examiner rapidement, en rapprochant les espèces voisines, les caractères principaux qui les différencient.

Nous ne savons rien de positif sur le test de l'espèce qui a constitué originairement le genre; néanmoins, d’après la fig. 12 de la planche anatomique de Cuvier, qui en conserve l’empreinte, on doit présumer qu’il offre beaucoup d’analogie avec ceux que nous avons observés sur les trois Parmacelles d'Oran, du Portugal et des Canaries. La couleur de ce mollusque nous est également

(x) Les matériaux de cette publication sont prêts depuis trois années; mais hélas ! la question financière a dominé jusqu'à présent l'intérêt scientifique,

(2) Je doute fort cependant que nous assistions aux prodiges que M. Denys de Montfort a sisnalés dins son ouvrage, Conchyl, System. Paris, 1810 ,t,1r, p, 98,

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inconnue; nous ne pouvons donc pas le comparer à la Parmacella Alexandrina qui ne présente, dans la description d'Ehrenberg, que des caractères à-peu-près communs à toutes les Parmacelles.

Quant à celle des Canaries, on la reconnait au premier aspect à sa nuance tranchée et aux accidens qui en dépendent; au développement remarquable de l’appendice caudal et à l’absence de rides sur le manteau. Le rudiment testacé ressemble beaucoup à tous ceux que nous connaissons (en exceptant celui de la P. palliolum). C'est une petite coquille verte et brillante dont la spire est peu distincte et qui adhère à une lame blanchätre, elliptique et concave. Le crochet dentiforme dont on a fait un caractère spécifique me parait un aCccident de l’âge qui n’est point particulier à cette espèce.

La ressemblance est plus intime entre la Parmacelle d'Oran et celle du Portugal. On est tenté d’abord de les considérer comme variétés d’une même espèce. Cependant je les crois distinctes ; la première est plus grosse, plus brune et d’un ton uniforme ; elle exhale en outre (circonstance très singulière), une odeur nauséabonde qui saisit lodorat; celle du Portugal est plus effilée et d’un jaune rougeâtre. Le bouclier, d’un brun chaud, est orné de taches brunes irrégulières, dont le système est assez constant. Souvent il est parsemé vers sa limite inférieure et dans le voisinage de la cavité branchiale de granulations d'un jaune paille, qui s'étendent jusque sur le prisme caudal et donnent à l’animal un certain éclat, surtout lorsqu'il est humecté.

Une autre différence résulte de l'examen des mû-

PNEUMOPRANCHES. 47

choires; l’osselet de la Parmacelle d'Oran a la forme d’un croissant très mince; l'autre plus élargi, ressemble en miniature au sabot d’un cheval. Son bord libre offre une proéminence médiane qui est à peine sensible sur celui de l’espece africaine; le bord d'insertion ne diffère pas moins. Dans celle-ci; il paraît dédoublé pour recevoir les fibres musculaires; dans la nôtre, au contraire, il n’offre qu’une lame simple, épaisse, anguleuse, légèrement recourbée en dedans, et qui s'implante dans les faisceaux charnus.

La Parmacelle Brésilienne montre dans ses caracteres généraux une grande similitude avec les espèces du vieux monde ; il résulte du travail anatomique de M. de Blainville, qu’elle ne présente guère dans son organisation interne que des modifications peu importantes de l'appareil générateur. Les différences extérieures roulent sur la forme de l’appendice caudal, les proportions de la cuirasse et celles du rudiment testacé, dont la portion spirale plus développée et moins masquée que dans les autres espèces, la rapproche davantage de la famille des Vitrines.

J’ajouterai, pour compléter les observations qui ontété publiées sur la Parmacella V'alencienni, que la coquille proprement dite, qui fait saillie au point où le tortillon se sépare du plan locomoteur, est entièrement recouverte par la membrane fine et blanchâtre qui tapisse le crypte intermédiaire. Elle engaine l'extrémité de l’animal qui se termine comme celle des hélices. Le test qui lui est adhérent n’est fixé au manteau que par une couche très fine de tissu cellulaire qui s’en détache pour s’im-

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planter sur le bord antérieur. Le mucusestblanc argenté.

Je l’ai trouvée abondamment répandue dans le Portugal méridional, depuis la latitude de Lisbonne. Dans les plaines de Béja, par une matinée d’avril, je les comptais par centaines. Au lever du soleil, elles cherchaient un abri sous la tige des plantes; la présence d’un individu en annonçait infailliblement un second ; cependant je ne l’ai jamais surprise dans laccouplement.

GENRE TESTACELLE. Cuv.

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