Description des objets d'art qui composent la collection Debruge Dumenil
Le fityle de la renaissance italienne et le gciût pour les arts •le l'antiquité s' étant répandus en Europe au commencement du seizième siècle, tous les èditîccs élevés depuis la décadence del'erapire romain, toutes les productionsartistiquesdu moyen &ge tombèrent dans le mépris, et, à quelque époque qu'ils apjpartinssent, furent également confondus sous la dénomination impropre As gofhiqttes . Bientôt il passa pour constant que l'art avait été anéanti durant tout le cours du moyen Age, ou du moins qu'il ne s'était montré que dans un état de dégradation complète. On supposa sans examen qu'il n'y avait plus aucune utilité, aucun enseignements tirer des immenses travaux de cette longue période. Les artistes en toutes choses ne chercheront leurs inspirations que dans les ouvrages antiques, et toute la science archéologique fut réservée à l'étude et à l'interprétation des monuments des anciens.
Les édifices du moyen &ge eurent cruellement 4 louffnr pendant les trois cents années que subsistèrent dans toute
leur force ces injustes préjygés. Néanmoins, à la fin du dernier siècle, les châteaux de la féodalité, bien que poursuivis pai* la politique des rois et affreusement démantelés pour la plupart, laissaient encore sur le sol des preuves gigantesques de leur existence; quelques-uns des monuments de Tarchitecture civile avaient pu échapper à la reconstruction dans plusieurs de nos vieilles cités, et les églises, protégées longtemps par leur destination et ensuite par leur solidité, avaient résisté en grand nombre aux atteintes de toutes sortes qu elles avaient eu à subir : nos grandes, cathédrales étalaien)| encore toute leur magnificence. , ,- -y
Aussi, au commencement de la Restauration, lorsque les exagérations de Técole de l'Empire eurent amené une réaction dans les idées, cette réaction s'opéra d'abord en faveur de Tarchitecture , qui pouvait fournir à l'étude de nombreux matériaux. Les grands édifices du moyen &gc, devant lesquels où passait indifférent tout le temps qu'ils furent réputés barbares, apparurent dans toute leur beauté, et l'on reconnut aussitôt l'intérêt qu'il y avait à étudier et à suivre, sur ces monuments encore debout , la marche de l'art à travers les siècles passés. Des hommes studieux se mirent à explorer nos provinces pour découvrir les édifices subsistants; des sociétés se formèrent pour en assurer la conservation; des érudits purent en retracer l'histoire, et l'on vit s'ouvrir sur plusieurs points de la France des cours d'archéologie nationale, utilité de l'étude On comprit alors que le sentiment de l'art n'avait pas dû ^, ****»... se manifester seulement dans l'architecture, dans la sta-
objels mobiliers
du moyen à«e tuairo et dans la peinture monumentales ; que les instruments Cl de ^^ culte, les meubles, les armes, les joyaux et même les
la renaissance. ^ ^ ^ .
ustensiles domestiques devaient porter aussi l'empreinte du talent et de l'imagination des artistes des anciens temps, et pouvaient servir de témoignage irrécusable du caractère de chaque époque. On regarda comme évident que la connaissance des monuments de la vie privée de nos aïeux devait être d'un grand secours aux historiens de cette période si peu connue du moyen âge, vers laquelle se dirigeaient toutes les études historiques , et qu'elle était indispensable à l'artiste qui ,
INTRODUCTION. ;i
abandonnant les sujets grecs et romains, voulait reproduire les scènes de notre histoire nationale.
Le style grec de l'Empire avait eu d'ailleurs une influence plus flSk^heuse sur les meubles que sur les édifices ; rien n'était moins approprié à l'ornementation des objets mobiliers que les emprunts faits à l'antiquité grecque et romaine. On sentait donc aussi la nécessité de retremper à d'autres sources toutes les productions de notre industrie artistique, et de faire revivre les monuments de la renaissance dont le style s'adaptait d'une manière si heureuse à la décoration des meubles, des armes, des vases et des bijoux.
Tous ces motifs, qui rendaient la connaissance des objets meubles du moyen âge et de la renaissance aussi nécessaire que celle des édifices, furent parfaitement appréciés, mais les matériaux manquaient complètement à l'étude. Les meubles n'avaient pu, comme les édifices, résister à l'action destructive du temps. D'autres causes d'ailleurs en avaient amené l'anéantis* sèment presque complet. Pour les productions des arts industriels du moyen âge, ce n'était pas seulement du seizième siècle qu'il fallait en dater la perte : chaque siècle à son tour, dominé par l'empire de la mode et par le goût du changement, avait méprisé, détruit et transformé en objets nouveaux, lorsqu'il était possible de le faire, le mobilier civil et religieux des âges précédents. Ainsi Suger, au commencement du douzième siècle, qualifiant de barbares les artistes qui, dans les siècles antérieurs, avaient exécutas plus précieux morceaux du trésor de son église de Saint-Denis^ substituait à leurs œuvres celles des premiers mattres de son temps ; et ceux-ci , trois siècles plus tard, recevaient à leur tour la dénomination de barbares que le célèbre abbé avait donnée à leurs devanciers. Quant aux objets mobiliers du seizième siècle, leur forme si pure et si graci ^use, les ornements si fins, si délicats qui les décoraient, les arabesques si spirituellement composées, les figurines si capricieuses dont ils étaient enrichis, tout cela avait paru mesquin an siècle de Louis XIY, qui traita la renaissance comme la renaissance avait traité le moyen âge. Sous Louis XV, la noblesse du style, à laquelle visaient lep artistes du grand roi.
fut taxée (le louitleur, et les objets niobilici^s subirent une nouvelle transformation, d'où résulta le maniéré et la profusion des ornements. Enfin Tamour exclusif de l'art grec et le • mouvement révolutionnaire et anti-religieux de la fin du dixhuitième siècle portèrent le dernier coup aux productions des arts industrielt de toutes les époques antérieures.
Avant donc de remettre en lumière les arts du moyen âge et de la renaissance dans leur application aux monuments de la vie privée et d'en pouvoir tirer des enseignements profitables, il fallait chercher et recueillir les débris dispersés de ces monuments. Dédaignés depuis plusieurs siècles, ils se trouvaient enfouis dans les réduits les plus obscurs des sacristies, relégués dans les greniers, employés aux usages les plus vulgaires, livrés aux enfants et répandus dans une foule de mains qui en ignoraient la valeur.
Les difficultés attachées à ces recherches ne rebutèrent pas cçrtains esprits studieux, actifs et patients, qui prirent à cœur tout à la fois de compléter la réhabilitation des antiquités du moyen âge, et de substituer à la monotone imitation des modèles de l'antiquité grecque des conceptions variées qui pussent s'appliquer, suivant le besoin, aux instruments du culte, aux meubles, aux armes, aux vases, à tous les objets usuels que l'art se plait à embellir.
ArchéoiogiicB Déjà dans les premières années de ce siècle, à une époqui 86 BODt ^Q ^^ l'école française était prédominante et professait le
occupés * ^ ' ...
les premiers pIus profond dédain pour tout ce qui s'éloignait des tradi- ** wir^atei!* ^^*^^^ classiques, quelques hommes avaient commencé à recueillir les monuments meubles de l'antiquité des sociétés modernes. C'est un devoir que de rappeler les noms de ces savants, qui furent les promoteurs de la révolution artistique opérée de nos jours.
M. Alexandre M. Alexandre Lenoir mérite d'être placé au premier rang. Lenoir. jj^yg jg Dovcn, il avait cultivé la peinture jusqu'en 1 790. A cette époque il conçut l'idée, aussi patriotique qu'elle était heureuse, de réunir dans un seul dépôt tous les monuments des arts de l'ancienne monarchie française qui se trouvaient exposés H la destruction par suite do la suppression des mai-
INTRODUCTION, sons religieuses. Son projet, soumis à Bailly, premier maire de Paris, fut accepté par l'Assemblée nationale, et le comité d'aliénation des biens nationaux nomma l'auteur du projet conservateur de ces monuments. On ne pouvait faire un meilleur choix. M. Lenoir n'épargna rien durant la tourmente révolutionnaire pour remplir la noble mission qu'il avait reçue. Souvent ce fut au péril de ses jours qu'il arracha de précieux monuments aux coups du vandalisme. Ce zélé pieux de M. Lenoir lui a valu d'être cité avec honneur dans les annales de notre époque*. En 1796 le riche dépôt où M. Lenoir avait réuni près de cinq cents objets fut érigé en musée dans l'ancien couvent des Petits- Augustins, sous le nom de Musée des monuments français. Tout y fut disposé par les soins du savant archéologue. Six salles renfermaient tous les monuments du moyen &ge ; les magnifiques mausolées de Louis XII, de François I" et de Henri II, qu'il avait arrachés à la destruction en 1793, s'y trouvaient aussi rétablis.
En rassemblant ainsi les plus beaux morceaux de la sculpture nationale des temps passés, M. Lenoir n'aurait pas osé braver le goût et les opinions de son époque jusqu'à placer dans son musée des objets mobiliers du moyen &ge et de la renaissance, et, sauf quelques magnifiques émaux de Limoges dont il avait décoré le tombeau de Diane de Poitiers, le Musée des monuments français n'avait reçu que des morceaux de sculpture et d'architectiure. Mais M. Lenoir comprenait trop bien tout l'intérêt qui 8*to;achait également aux monuments de la vie privée des anciens temps pour négliger de les recueillir, et tout en remplissant le mandat que l'Etat lui avait ' .
confié, il sut aussi sauver de la destruction une foule d'objets ^^
de cette nature, pour en former une très belle collection. Cette collection a été vendue en 1837, peu de temps avant sa mort ; on en retrouvera plusieurs pièces des plus curieuses ^ dans le cabinet dont nous allons donner la description.
M. Vivant Denon, directeur des musées sous l'Empire, m. nciion commença dés sa jeunesse à réunir des objets d'art pendant ^ -
f I) M. Thiers, Histoire du Consulat et de l'Empire, t. II, p. 148. - — :;
un séjour de plusieurs années qu'il fit en Italie. Plus tard, ayant suivi le général Bonaparte en Egypte, il trouva dans ce curieux pays de nouveaux objets à ajouter à ses collections. Les antiquités égyptiennes, grecques et romaines, les médailles, les beaux dessins des grands mattres de l'Italie étaient en majorité chez lui ; mais bien que M. Denon, intimement lié avec David, fftt attaché à l'école classique, il avait su apprécier le mérite des monuments du moyen &ge et du seizième siècle, et lutilité qu'on pouvait retirer de leur étude. Aussi il avait donné à ces monuments une place honorable dans son cabinet. En 1826, après la mort de M. Denon, toute sa collection fut vendue aux enchères.
M. wiUomin. M. WiUcmin, artiste graveur, avait publié, dans les dernières années du dix-huitième siècle, sous le titre de Meubles et ustensiles des Grecs et des Romains, et sous celui de Choix de costumes et de meubles des peuples de V antiquité, deux ouvrages qui devinrent, dès leur apparition, le manuel des peintres, des sculpteurs et des ornemanistes de l'école de David. En pénétrant ainsi jusque dans les détails les plus minutieux des arts industriels de l'antiquité, M. Willemin s'aperçut que les modèles empruntés aux arts des anciens peuples de rÉgypte, de la Grèce et de l'Italie ne pouvaient suffire à l'activité de la génération nouvelle ; qu'il fallait songer à exhumer tous les monuments de l'art national du long oubli dans lequel ils étaient plongés, et que g était une œuvre éminemment utile que de les faire connaître par la gravure. Pour y parvenir, il se fit antiquaire, et rassembla une grande quantité di'objets d'art du moyen âge et de la renaissance ; puis il commença, en 1806, à publier par livraisons, sous le titre do Monuments français inédits, une suite de monuments de tous les arts libéraux et industriels de ces deux époques. Cette publication, pour laquelle M. Willemin n'épargna ni soins, ni sacrifices, ni voyages multipliés, dura trente années. Le bon choix des pièces reproduites, la scrupuleuse fidélité qui carac> térise toujours ses illustrations et leur bonne exécution firent apprécier cet ouvrage, qui répandit plus qu'aucun auti*e, parmi les artistes et dans le public, la connaissance do nos anti-
Du Sommerard.
quités nationales ' . La collection de M. Willemin a été vendue pièce à pièce et dispersée avant sa mort, arrivée en 1 839 .
M. Revoil, bien qu'élève de David, guidé par un goût natu- m. nevuii rel et par la fréquentation du Musée des Petits-Augustins, se passionna pour les objets d'art du moyen âge et de la renaissance, et commença à Paris une collection qu'il transporta ensuite à Lyon. Cette collection, qu'il n'avait cessé d'augmenter, était devenue considérable et très précieuse par le choix des objets, lorsque le roi Charles X en fit l'acquisition pour la placer dans les salons du Louvre, où elle est exposée aujourd'hui.
M. Du Sommerard, à son retour de l'armée d'Italie, entra m.
en 1807 à la cour des comptes. Il put alors se livrer à son penchant pour les arts des temps anciens, et se mit à la recherche des monuments du moyen âge et du siècle de François I*^ Sa collection, à laquelle il consacrait tous ses loisirs et qu'il augmentait chaque jour, était devenue en 1832 l'une des richesses archéologiques de Paris. Ce fut alors qu'il eut l'idée de la transporter dans l'ancien hôtel de Cluny, qui devint, grâce à l'amabilité extrême avec laquelle il accueillait tous les amateurs, un véritable musée public. Tous les dimanches il y avait foule chez lui comme au Louvre. Ce n'était pas assez pour le savant archéologue d'abandonner à la curiosité et souvent à l'indiscrétion du public les reliques historiques qu'il avait rassemblées avec tant de peine; il se plaisait encore à expliquer toutes choses, et répandait autour de lui la science qu'il avait acquise par de longues études. Par là M. Du Sommerard a véritablement popularisé le goût de nos antiquités nationales*.
(I) La variété de sujets et de motifis que M. Willemin a jetée dans sa publication et le défaut de classification méthodique auraient rendu son ouvrage insufiSsant dans Tétat actuel des connaissances archéologiques ; mais le texte précis, exact et instructif dont M. André Pottier a accompagné les planches, en a lait un livre du plus haut intérêt, qu'on peut regarder comme une savante histoire de Part pendant les deux grandes époques que M. Willemin s^était proposé de faire connaître.
(1) La collection de M. Du Sommerard est devenue la propriété de TËtat, en vertu d'une loi du 29 juillet 1843, qui a également autorisé
8 INTUODUCTION.
M. sauvageoi. M. Sauvageot, intimement lié avec M. Willemin et M. Revoil, puisa dans la société do ces savants antiquaires le goût pour les belles productions du moyen âge et de la renaissance. Guidé par les conseils de ses deux amis, il commença vers la même époque que M. Du Soramerard à former une collection. Ses recherches se portèrent de préférence sur les monuments des arts et de l'industrie du seizième siècle qui présentaient une forme agréable et un dessin pur et correct. Cette collection possède d'excellents portraits de Janet, de ravissantes miniatures à l'huile, de très belles pièces de ce service de faïence exécuté, dit-on, pour Henri II ; nulle autre ne renfenne une suite aussi complète de terres émaillées de Palissy. Les émaux, les verreries, les fines sculptures sur pierre et sur bois, les armes, tout en un mot est de premier ordre dans cette précieuse collection chérie des artistes. Depuis près de trente ans. M. Sauvageot n'a jamais cessé de l'augmenter avec amour et persévérance.
M. currwid. M. Carrand préluda àla recherche des antiquités par de profondes études sur nos anciennes chroniques, sur les ouvrages que nous ont laissés les savants bénédictins et les traités de diplomatique. Aussi les vieux manuscrits et les monuments du moyen âge, surtout ceux dont la connaissance et l'interprétation exigeaient des recherches scientifiques, furent principalement l'objet de ses investigations. A la suite de plusieurs voyages en Italie et dans diverses provinces de la France, il parvint à réunir des objets de choix, tous précieux, nonseulement par leur exécution, mais encore par les documents intéressants qu'ils fournissent à l'histoire de l'art, aux usages religieux et aux habitudes de la vie domestique durant la période du moyen âge.
Nommé au concours, en 1826, archiviste de la ville de Lyon, sur quatorze prétendants, M. Carrand put fouiller &
l'acquisition de Thôtel de Cluny, où cette collection se trouvait conservée. Cet hôtel, réuni au palais romain des Thermes, forme aujourd'hui un musée d'aiilîquitôs nationales, musée qui, sous Thabilo direction de M. Edmond Du Sommerard, s'est déjà augmenté, depuis trol< ans seulement qu'il est ouvert, de monuments très précieux.
son aise dans les trésors confiés à sa garde. 11 puisa de nou- Telles connaissances dans les documents que lui fournirent ces vieux manuscrits , ces chartes délaissées depuis longtemps, et acquit ainsi, sur les antiquités du moyen âge, une science dont il n'est point avare, et qui donne à ses opinions archéologiques une puissante autorité.
M. le comte de Pourtalès, possesseur de très beaux anti- M.iecumic ques, de vases grecs et étrusques de premier ordre et d'une ^^ ^*^'^^^'^magnifique galerie de tableaux des grands mattrcs italiens , idlemands et flamands, comprit, en amateur éclairé des arts, toute la portée du mouvement archéologique qui se manifestait, et s'empressa d'ajouter à ses collections de nombreux objets du moyen âge et de la renaissance, parmi lesquels se trouvent des pièces d'un grand prix et du plus haut intérêt.
M. le comte de Monville, M. Brunet-Dcnon et M. Fiérard m. de Monviiie avaient également collecté un assez grand nombre d'objets *^^*"^*^^précieux.
Tels étaient avant 1830 les antiquaires qui, dans le but que nous avons indiqué, luttèrent d'efforts pour arracher à un anéantissement complet les monuments de la vie privée de nos aïeux * .
(1) Les souverains , depuis quinze ans , ont suivi le mouvement imprimé par de modestes archéologues. Le roi Louis de Bavière, zélé protecteur de's arts, a fait réunir dans un musée particulier, qui a reçu le nom de Vereinigten Sammlungen,des sculptures en ivoire, en pierre tendre et en bois du moyen ftge et du seizième siècle, des émaux de Limoges et des pièces d^orfévrerie sculptée. Les bijoux et les pierres dures travaillées qui sont conservés dans deux endroits différents de son palais, la chambre du trésor et la riche chapelle^ seront sans aucun doute exposés dans un local plus vaste, lorsque ce palais sera terminé.
Le roi de Prusse Frédéric-Guillaume III avait rassemblé des monuments meubles du moyen âge et de la renaissance dans plusieurs salles de son palais de Berlin , qai ont reçu le nom de KonigUche Kunstkammer, Ce local trop resserré n'étant pas en rapport avec Timportance de la belle collection qu'il renferme , le roi actuel Frédéric-Guillaume IV fait préparer dans le nouveau musée des salles où elle sera plus convenablement placée.
A Vienne , plusieurs salons du palais du Belvédère , faisant suite à
Daménil.
M. Debrugo A Cette époque, M. Debruge Duménil vint apporter son concours à leurs utiles travaux. Séduit par la beauté de l'exécution et par l'exquise délicatesse des productions de l'industrie artistique des peuples de l'Orient, il avait commencé par collecter une grande quantité d objets provenant de la
cenx qui contiennent les armures provenant du château d' Ambras , et le trésor impérial, renferment une grande quantité d'objets d'art du moyen âge et du seizième siècle.
A Dresde, deux établissements, le Musée historique (Dos historische Muséum ) et le Griine Gewolbe présentent de précieuses collections d'objets de même nature.
En France , le gouvernement s'est occupé plus tard de former des collections de ces précieux monuments ; ce n'est que tout récemment que l'érection du musée do Cluny a été décidée. Charles X, il est vrai, après avoir acheté les objets qui composaient la collection de M. Revoit , les a fait déposer au Louvre avec ceux que possédait déjà la liste civile ; mais, il faut le dire avec regret, tous ces beaux monuments de l'industrie des anciens temps sont restés dispersés sans classification méthodique dans les divers endroits du musée du Louvre, où Ton doit supposer qu'ils n'avaient été placés que provisoirement. Des bijoux, des pièces d'orfèvrerie du plus grand prix, des matières dures travaillées , des laques de la Chine sont exposés dans l'espèce d'antichambre qui précède le musée Charles X ; les émaux , les faïences d'Italie et de Palissy, les ivoires, les pierres tendres, les bois sculptés, et les autres monuments du moyen âge et de la renaissance sont répartis dans deux pièces fort éloignées l'une de l'autre ; la première, sur la cour, se trouve placée entre les salles qui réunissent les antiquités grecques et romaines et celles qui renferment les monuments antiques de l'Egypte ; l'autre, du côté du quai, coupe en deux parties la série des tableaux de l'école française. On reconnaît tout de suite le double inconvénient de semblables dispositions : les monuments du moyen âge et de la renaissance étant divisés perdent toute la valeur, tout l'intérêt d'une collection, et les antiques, comme les tableaux, subissent dans leur classification une interruption qui est presque un contre-sens.
Que toutes les productions des arts industriels de ces deux époques, réparties aufjourd'hui dans trois salles du musée , soient réunies aux nombreux objets de cette nature que la liste civile possède encore dans ses magasins, et que le tout soit disposé méthodiquement dans quelques salons du second étage du Louvre, alors la France possédera l'une des plus riches et des plus intéressantes collections de l'Europe.
Chine, de l'Inde et de la Perse ; mais la connaissance qu'il fit de messieurs Du Sommerard et Carrand, et l'amitié qui Tunit bientôt à ces savants donnèrent à ses études une autre direction. Comme eux, il se mit à la recherche des monuments meubles du moyen âge et de la renaissance. Doué d'un goût fin et d'un diagnostic très sûr, esprit persévérant, travailleur infa* tigable, ennemi du luxe et des plaisirs des salons, tout son temps, tous ses soins, toutes ses économies furent employés à atteindre le but qu'il s'était proposé.
Son plan avait pris, il est vrai, de vastes dimensions. Il But voulait non-seulement offrir à Thistoricn des témoignages du ^® ^*^®"«^'»**"goût, des mœurs et des usages des anciens temps, et fournir à l'artiste des types et des modèles , mais encore réunir des objets en assez grand nombre et d'une variété telle qu'on pût étudier dans sa collection les diverses applications do l'Art i lomementation des productions de l'industrie chez les différents peuples de l'Europe, depuis le commencement du moyen âge jusque vers le milieu du dix-septième siècle, époque à laquelle le stylo do la renaissance avait été complètement abandonné. Il avait l'intention au surplus de conserver en appendice, comme terme de comparaison, quelquecHins des meilleurs produits de l'industrie orientale qui avait obtenu ses premières affections.
Partant de ce point de vue, qui présentait un immense développement, et sans s'attacher de préférence aux monuments de telle ou telle époque, aux productions de telle ou telle industrie, M. Debrugo Duménil rassembla une foule d'objets très divers, n'en admettant aucun néanmoins qui ne tdt d'une parfûte conservation et que l'art n'eût empreint de son cachet. Il se promettait de faire plus tard une classification méthodique, lorsqu'il en aurait recueilli une assez grande quantité pour constituer un ensemble qui pût répondre à ses vues.
Huit années furent employées par M. Debruge Duménil à cette œuvre immense avec une activité et une constanco que rien ne pouvait altérer. Malgré sa mauvaise santé , il fit pluï^ieurs voyages en Belgique et en Angleterre . La vente de
quelques-unes des plus riches collections, comme celles de MM. Alexandre Lenoir, de Mon ville, Fiérard , Durant, de Renesse d'Anvers, lui offrit aussi l'occasion de se procurer des objets d'une liante importance ; enfin son fils, qui habitait l'Italie, la parcourut à plusieurs reprises, et y fit des acquisitions considérables
A la fin de 1838, il avait réuni plus de six mille objets ; il se disposait à faire une épuration sévère pour ne laisser subsister dans sa collection que les plus intéressants et les plus précieux ; déjà il avait désigné le local qui devait les recevoir, lorsque la mort vint l'arracher à ses travaux ^
Poursuivant l'œuvre que M. Debruge Duménil avait entreprise, ses enfants ont fait choix des pièces qui devaient constituer définitivement la collection, et par des acquisitions nouvelles ils se sont efforcés de compléter les productions de certaines industries artistiques. Tous ces monuments ont ensuite été classés et disposés dans une galerie où depuis 184.0 un grand nombre de savants, d'artistes et d'amateurs ont été reçus.
Utilité Ces premiers soins remplis, nous avons pensé qu'il serait
d'uu catalogue ^^ j^ f^^ ^^ cataloguc dcscriptif et raisonné pour les perla coiiecUoo. sonnes qui prennent plaisir à visiter cette collection, sans avoir fait aucune étude des arts et de l'industrie des temps passés, et que ce serait doubler l'intérêt qu'elles pouvaient prendre à tous ces monuments, que de leur en indiquer, autant que possible, l'âge, l'origine et l'usage. ciassiocation Après avoir séparé les monuments européens des producadoptée. tions artistiques qui appartiennent à l'Orient, il nous restait à choisir entre plusieurs modes de classification applicables à chacune de ces deux grandes divisions. D'une part, l'ordre chronologique a le grand inconvénient de mêler les productions de tous les arts, de toutes les industries, et de rapprocher des objets hétérogènes ; de l'autre, l'ordre par nature de matière ne présente réellement qu'un intérêt secondaire.
(1)M. Debruge Duménil laissait un fils, M. Marcel Debruge Duménil, et une fille mariée à M. Jules Labartc; ils sont aujourd'hui seuls propriétaires de la collection.
INTUODUCTiON. 13
Nous avons donc pensé qu'il était préférable de réunir ensemble toutes les productions du même art ou de la môme industrie ; c'était d'ailleurs rentrer dans les idées du fondateur de la collection. Cette classification une fois établie, nous ayons eu égard, lorsque cela était nécessaire, à la nature de la matière pour faire des sous-divisions ; enfin les objets qui composent chaque division ou sous-division ont été classés chronologiquement.
Restait à fixer l'ordre à établir entre les différents arts, entre les différentes industries. Nous avons placé naturellement en première ligne les productions des arts libéraux : la sculpture, la peinture, la gravure.
La sculpture a été divisée en plusieurs sections, eu égard à la matière employée par l'artiste. Plaçant d'abord les matières tendres, comme le bois, la pierre calcaire, l'ivoire, sur lesquelles le sculpteur a dû commencer à s'exercer, nous avons mis & la suite les métaux et les pierres dures, qui, demandant une technique et des préparations particulières, n'ont pu être travaillés qu'alors que l'art était déjà fort avancé.
Pour les monuments de la peinture, nous avons commencé la classification par ceux qui sont exécutés au moyen de l'application de matières colorantes fluides et molles de leur nar ture, les faisant suivre de ceux qui sont le produit de l'assemblage de diverses matières colorées. Tous les portraits , à quelque genre de peinture qu'ils appartiennent, ont formé une section particulière par les motifs que nous déduirons plus loin, Après les arts libéraux, nous avons classé les arts industriels qui ne peuvent avoir d'existence que par l'intervention d'un artiste : la calligraphie, qui exige le concours du dessinateur et du peintre ; l'émaillerie sur métaux, qui réclame un ciseleur pour ses émaux incrustés, un peintre pour ses émaux peints ; la damasquinerie, qui veut un graveur pour buriner les intailles que l'orfèvre remplit d'or et d'argent; l'art du lapidaire, qui demande au dessin la forme de ses vases. Enfin, nous avons placé à la suite les industries qui pouvaient subsister sans le secours de l'art, mais qui l'ont appelé à embellir leurs productions : l'orfèvrerie, l'art céramique, la
t4 INTRODUCTION.
verrerie, l'art de l'armurier, la serrurerie, Thorlogerie, la fabrication des meubles et des objets usuels. Réunion La classificatiou une fois terminée, nous nous sommes des documcnu ^perçu que, si nous pouvions par quelques courtes notices et les indostries appeler lattcntion des visiteurs sur un certain nombre d'obrcpnépcniés j^^ q^j présentent un intérêt tout spécial, il nous fallait la coiieciioo. étendre beaucoup nos articles descriptifs et souvent tomber dans des redites, pour pouvoir donner un aperçu des caractères généraux et particuliers de chacun des arts, de chacune des industries représentés dans la collection. Nous avons pensé qu'il était préférable, lors de la description des objets, de nous en tenir à une simple énonciation à l'égard de ceux qui n'ofi&ent rien de particulier, et de rassembler sous forme d'introduction quelques documents sur l'origine, le développement et la technique de ces arts et de ces industries.
Pour atteindre ce but, après avoir étudié les monuments jusqu'à présent recueillis dans les musées et dans quelquesunes des meilleures collections particulières de France, d'Allemagne et d'Italie, afin de comparer ces monuments avec ceux de notre collection, nous avons consulté plusieurs inventaires manuscrits des quatorzième, quinzième et seizième sièeles, qui nous ont fourni de précieuses ressources, et interrogé lea^ anciens auteurs qui ont donné des renseignements sur les arts et les artistes du moyen âge et de la renaissance ; nous avons surtout largement usé des travaux publiés par les érudits qui depuis quinze ans se sont occupés des antiquités de ces deux époques ; nous n'avons pas négligé non plus de puiser de précieux enseignements auprès de plusieurs de nos savants et des hommes qui possèdent des connaissances techniques.
Néanmoins l'étude des monuments de la vie privée de nos aïeux est beaucoup trop récente pour que nous ayons pu sans doute éviter de tomber dans plusieurs erreurs, et notre travail, ne devant comprendre que des documents qui se réfèrent aux objets conservés dans la collection, est nécessairement fort incomplet. Ces documents, au surplus, n'ont été rassemblés ni pour les savants, ni môme pour les connaisseurs : les uns n'y trouveraient que ce que leurs écrits nous ont appris,
que ce qu'ils ont lu dans les écrits do leurs devanciers ; les autres, que ce qu'ils savent déjà. Notre but, nous le répétons, a été de donner aux nombreux amateurs qui chaque hiver visitent notre collection des renseignements capables d'exciter leur intérêt et de satisfaire leur curiosité.