VI. PORCELAINE
Les Portugais importèrent les premiers la porcelaine chi- ^oiie vers 1508. C'était une poterie bien différente et bien suit) D^ GusTAV Klemm, Die Kbniglich Sdchsische Porcellan-und Gef^f^Sammlung, Dresden, S. 39-106. Nous saisissons l'occasion que ^^ avons de citer un ouvrage de M. le docteur Klemm, conservateur du Basée céramique établi dans le palais japonais de Dresde , pour exprimer notre reconnaissance de Taccueil plein de bienveillance quMl D<His a fait lorsque nous avons visité ce musée et des documents qu'il nous a donm'S sur les productions céramiques de la Saxe.
périeurcà tout ce que Tart céramique avait produit jusqu'alors cancières en Europe. Elle était caractérisée par une pâte fine, dore, Tr^ilî^.*' compacte, imperméable, et surtout par la translucidité , quar lité qui la distinguait essentiellement de toute autre poterie antérieurement connue • .
(1) L'étymologie du nom de Porcelaine, donné à cette .classe de poterie, a été le sujet d^opinions très différentes. On est seulement d'accord sur ce point, que ce mot ne dérive pas du chinois : dans la langue chinoise, la porcelaine est nommée Tsee ou Tsee-ki; au Japon, Jakimono-no. On supposait généralement que le mot de porcelaine venait de Porçolanat nom que les Portugais donnent à une tasse, à une écuelle ou à toute autre vaisselle de terre. M. Brongniart ( Traité des arts céramiqtAes, t. II, p. 474) croit que ce mot dérive de la coquille nommée porcelaine, qui, par son éclat et sa blancheur, ressemble à la poterie de ce nom. Il pourrait bien se faire que cette étymologie ne fût pas encore la véritable, car le mot porcdame existait dans la langue firançaise bien antérieurement au xvi* siècle, et antérieurement, par conséquent, à P introduction de cette poterie en Europe. En effet, si Ton consulte les vieux inventaires du mobilier des rois et des princes du xiv® siècle, on y trouvera ce nom de porcelaine appliqué à une matière précieuse taillée en coupes, en vases^ ou disposée de manière à former un fond sur lequel se détachent des objets en métal ciselé et émaillé. En voici quelques exemples : « Une escwUe d'une pierre appelée pourcellaine^ etc. (Inventaire du duc d'Anjou, de 1360, f^ 149); Ung tablea\^ de pourcelaine carré de plasieurs pièces H au milieu Vymage de Notre Dame garnye d*argent (Inventaire de Charles V, f^ 184) ; Ung tableau carré de pourcelaine où d'un costéest Vymage de Notre Dame en ung esmail d'azur, etc. (Même inventaire, f* 220) ; Une petite pierre de pourcelaine entaillée à six petiz ymages garnye d'or (Môme inventaire, (^ 258) ; Ung petit tableau de pourcelaine où est intaUlé un crucifiement sans gamyson (Inventaire de Charles VI de 1 399).> Cette pierre, nommée pourcelaine, devait ôtre une matière précieuse ; car l'objet auquel elle est employée est presque toujours richement monté en or émaillé, avec des perles et des pierres fines : c^était sans doute une espèce d'agate, la calcédoine peut-être, qui de sa nature est nébuleuse, d'un blanc mat ou blanc de lait, ou mieux encore la calcédoine saphirine, qui montre un ton bleuâtre. Toutes ces pierres ont, comme la porcelaine chinoise, une semi-translucidité : elles en affectent la couleur, et il n'est pas étonnant dès lors qu'on ait pris le nom de la pierre qui se nommait j[>ource2a»ne pour l'appliquer à la nouvelle poterie introduite par les Portugais. Ce mot se sera ensuite transformé
ART CÉRAMIOUE. 3i7
Aussi, dès son apparition, fut-elle recherchée avec passion par les princes et les grands seigneurs, et elle était déjà si répandue dans le troisième quart du xvi® siècle , que son introduction fut une des causes de la décadence des fabriques de majolica en Italie ^ ; au commencement du siècle suivant, elle &vaât complètement remplacé cette belle faïence sur les riches dressoirs .
Les grands voyages de mer n'étaient pas à cette époque ^^lasi &ciles qu'aujourd'hui ; les Portugais et les Hollandais fi^uentaient seuls les mers de la Chine, et la porcelaine con- *e^ait un prix très élevé. Aussi tous les industriels céraiitistes un peu instruits et les savants initiés aux connaissances chimiques cherchaient-ils avec ardeur les moyens d'ar- ^▼er à imiter cette belle poterie. Cependant il se passa près invention fe cent ans encore avant môme qu'on eût découvert l'art de**®'* po"»*»'"©
• - • . . tendre.
wriquer , par des moyens très compliqués , une porcelaine
^ut artificielle, qui n'avait aucun des éléments constitutifs
^ la véritable porcelaine naturelle chinoise , mais qui par sa
l^laiichear, sa translucidité , sa couverte brillante, en avait
^ut Taspect et possédait une grande partie de ses qualités.
Côtte nouvelle poterie, qui a reçu le nom de porcelaine tendre,
*été fabriquée pour la première fois à Saint-Cloud en 1696.
Nous en expliquerons plus loin les procédés, en parlant de la
ïD^ïiiifikîture de Sèvres , où elle a été perfectionnée ; pour le
BW^ïnent, nous avons seulement voulu constater la priorité de
la France dans cette invention , et donner à cette poterie le
TWigqui lui appartient dans Tordre chronologique.
^tte porcelaine artificielle, d*une fabrication difficile, no composition pouvait remplacer la véritable porcelaine chinoise. Celle-ci ^^'"P^"'"**"'" èvut composée de deux éléments principaux tirés de produits n^tarels : Tun argileux, infusible, le kaolin, qui est la terre à la<juelle, en Europe, on a conservé le môme nom; l'autre aride,
CD porcelaine, comme pour traitiare, qu^on vient de lire dans les extraits des mémoires de Palissy, s'est changé en portraiture. Nous n'ehtendons pas néanmoins décider la question d'étymologie ; mais nous soumettons ces documents aux savants qui s'occupent de linguistique. (1) Passbri, ouvrage cité, p. 99.
fusible, ïepetun-tsé, qui est le feldspath broyé. Laglaçure ou couverte, en chinois yen, se composait d'un feldspath choisi. finement broyé , auquel on ajoutait une petite quantité de che-kao, espèce de gypse, et quelques autres matières, mais jamais ni plomb ni étain ^
On avait bien fait venir des matières premières de la Chine, mais elles arrivaient en poudre fine, indéterminable ; il fallait donc reconnaître les matières dont cette pftte de porcelaine était composée, découvrir dans quelles proportions le mélange s'opérait, et par-dessus tout rechercher les gisements de oes différentes matières en Europe. Les efforts d'un grand nombre de savants étaient tournés vers ce double but.
Jusqu'aux premières années du xvm^ siècle les recherches n'avaient abouti à aucun résultat; c'est à la Saxe qu'était^i réservé l'honneur de fabriquer la première porcelaine péenne: Johann-Friedrich Bottcher fut l'auteur de cette découverte.
Bôitcher Comme notre Palissy, Bottcher fut en butte à de rodi ^^*J^^^'®*^ épreuves avant d'atteindre le but qu'il s'était proposé. Si un^ fermeté de caractère et une ténacité qu'aucun obstacle ne put^. vaincre, si un courage inébranlable donnèrent à Palissy force de supporter la misère et les chagrins de toute dont il fut accablé, une inaltérable gaieté remplaça Bottcher toutes ces grandes qualités, et lui fit endurer se plaindre, et peut-être même sans avoir à en soufirir, h plus rudes travaux et une captivité longue et rigoureuse.
Né le 4 février 1682 à Schlaiz en Voigtland<, Bottcher foi placé très jeune chez Zorn, pharmacien à Berlin. Déjà initié par son père dans les sciences occultes, il s'occupait beanoonp moins de pharmacie, dans le laboratoire de son patron, quede travaux d'alchimie. Le bruit s'en répandit dans Berlin, et la renommée, qui ne manque jamais d'enfler les bonnes comnie les mauvaises réputations, lui décernait déjà le titre de fabricant d'or. Ses travaux sur la transmutation des métaux lui
(1) M. Brongniabt, ouvrage cité, p. 255 et 429.
(2) D' GusTAV Klebum, ouvrage cité, p. 32.
collaboratear de Bôttcher.
ayaient même, malgré son jeune âge, donné une certaine importance aux yeux de Frédéric-Guillaume P^ Bôttcher, s'apercevant que l'intérêt que le roi lui témoignait allait dégénérer en persécution, quitta secrètement Berlin , et pendant trois ans voyagea en Saxe. Néanmoins il ne se crut pas encore en sûreté, et pour échapper aux poursuites du roi de 1^886, qui aurait voulu s'emparer de sa personne afin de lui iinaclier ses précieux secrets, il se mit, en 1701, sous la protection de rélecteur de Saxe, roi de Pologne, Frédéric- AugDste I*, qui lui permit de s'établir à Dresde.
Exx accordant sa protection à Bôttcher, l'électeur de Saxe comptait bien profiter pour son compte des talents de ce fabric&xit d or ; il ordonna à Tschimhaus de le recevoir dans son laboratoire et de surveiller très attentivement ses travaux.
Elarenfried Walter de Tschimhaus était un savant très Tschimbaui distingué. Après avoir parcouru presque toute l'Europe, il vint J^ Paris en 1682, et l'Académie des sciences, à laquelle il Boumit plusieurs de ses travaux scientifiques, l'admit au nombre de ses membres. De retour en Allemagne, il s'appliqua k perfectionner l'optique, et établit trois verreries, d'où V<A Tit sortir des nouveautés merveilleuses de dioptrique et de physique, et notamment un miroir ardent qui lui fit une gi^de réputation. Tschirnhaus , très bon chimiste , avait d^erché à {aire de la porcelaine ; mais comme il supposait qadle n'était qu'une vitrification, ses opérations furent condnites de manière à n'amener pour résultat qu'un verre ^^, qui n'avait aucune des qualités de la vraie porcelaine. An moment où Bôttcher fut placé par Frédéric- Auguste ^P^ de ce savant, il était fort inquiet de sa position, car il ^'^'Ottfionçait à reconnaître que les recherches qu'il avait en- ''^BpriBes de bonne foi ne pouvaient aboutir à rien. Mais aup^ d'un honmie aussi distingué que Tschirnhaus, les tra- ▼aoz de Bôttcher devaient prendre une direction plus utile, et SCI connaissances en chimie ne pouvaient manquer de se porter vers un but plus réel. Les premiers travaux de Tschimliaas disposèrent Bôttcher à s'occuper de la recherche de la porcelaine ; mais au lieu de suivre, comme son surveillant, la
voie de la vitrification, il se dirigea sur la voie céramique, q devait le conduire au succès. Tschîmhaus, dont les connai sances en minéralogie étaient fort étendues , et qui ari bien étudié les argiles de la Saxe, avait fourni à Bottcher a terre rouge d'Okrilla, près Meissen, pour en fabriquer d creusets de fusion. Bottchcr reconnut à cette terre des pr priétés particulières, et après divers essais il obtint en 17< une poterie rouge, dense, solide , très dure , qui avait p cela même quelques-unes des qualités de la porcelaine, nu ne possédait pas la plus essentielle de toutes, la translucidit Cette poterie n'était autre chose qu'une espèce de grèsK^ram ainsi que nous Favons expliqué plus haut. Elle reçut cepei dant le nom de porcelaine rouge.
Comme les hommes abandonnent difficilement leurs erreoi on pensa que cette invention de Bottcher pouvait le menei la découverte bien plus importante de la teinture d*or. L'él« teur, sous le prétexte de le soustraire à la curiosité du pub et lui assurer une tranquillité nécessaire à ses travaux, loL ériger un laboratoire avec un grand nombre de fournée dans le château de Meissen. On lui donna tout ce que m goût pour le luxe et le plaisir pouvaient lui faire désine bonne table, chevaux, équipage; mais il était gardé à vue, jamais il ne pouvait sortir du château sans qu'un officier d rélecteur ne l'accompagnât et ne s'asstt auprès de lui dan sa voiture lorsqu'il allait à Dresde, tant on craignait qu*il n< s'enfuit, emportant avec lui ses précieux secrets.
En 1706, Charles XII ayant envahi la Saxe, l'électeur £ conduire Bottcher et ses ouvriers, accompagnés de Tschim haus, sous une escorte de cavalerie, dans la forteresse impn nablc de Kônigstein, qui reçut toujours en dépôt les trésoi de la Saxe chaque fois qu'elle a été menacée. Là un labon toire fut élevé, et les expériences continuées pendant pk d'une année. Bottcher était soumis dans cette forteresse à nx surveillance encore plus sévère qu'à Meissen. Ses ouvriers i pouvaient supporter sans chagrin cette dure réclusion ; ma elle n'avait pu altérer en rien l'inépuisable gaieté de Bôttchei qui, tout en se livrant à ses travaux, faisait des vers et chei
^Wt à 8*amuser le mieux possible. Au mois de septembre n07, l'électeur le fit ramener à Dresde. On lui éleva un nou- ^^ laboratoire sur la belle terrasse de Bruhlsche baignée Pv FElbe. De nouvelles expériences furent alors entamées ^ suivies avec ardeur pour arriver à la fabrication de la véritable porcelaine blanche. On se servait pour fondre les macères du miroir ardent de Tschimhaus, qui participait à tous ^ travaux. Les recherches furent longues et pénibles. Dans ^ essais de cuisson, qui duraient quatre et cinq jours, Botter ne quittait pas son fourdeau, et par sa gaieté et ses jojeux propos il savait entretenir Tardeur de ses ouvriers, et leor fiûsait supporter, sans qu'ils se plaignissent, les plus iides fatigues. Les nouvelles expériences furent interrompe» par la mort de Tschimhaus, arrivée en 1708.
Bottcher, resté seul, se remit bientôt à l'œuvre. On fit une four^^ dont le feu dura cinq jours ; elle réussit parfaitement, ®t a QQ^ la joie de retirer du four, en présence de Frederich- ^^^Suste, une théière qui fut jetée à Tinstant dans l'eau ^îde sans en éprouver aucune altération ^ Cette poterie ^ *tait encore que ce grès-cérame rouge, perfectionné, il est ^^^» et pouvant résister à une haute température, mais non P*® la véritable porcelaine.
La matière première manquait; il fallait la trouver : le hasard Découverte P*t>curace que la science n'avait pu découvrir. Jean Schorr, ^'""g'»^^"'
• « * * , de kaolin,
^^oe maître de forges, passant sur le territoire d'Aue, prés en saxe.
^"Ueeberg, remarqua que les pieds de son cheval entraient
^^•^^ une terre blanche et molle. Cette particularité frappa
^^orr, qui, en industriel habile, imagina de réduire cette
^^fï^ en poudre impalpable et de la vendre à Dresde, pour
^^^placer la poudre à poudrer les cheveux, qu'on fabriquait
avec de la farine de froment, et dont on faisait alors un grand
osage. Il en eut un débit considérable. Le valet de chambre
de Bottcher s'en servit un jour pour poudrer la perruque de
son maître, qui remarqua qu'elle avait un poids inaccoutumé ;
(f) D' KuBMM, ouvrage cité, p. 35. M. Brongniart regarde ce fait non comme impossible, mais comme très douteux.
ayant interrogé son valet de chambre sur l'origine de cette poudre, il apprit qu'elle était terreuse, l'essaya, et, à sa grande joie, reconnut la matière si longtemps cherchée, le kaolin, qui sert principalement de base à la porcelaine blanche ^ Fabrication EInfin, après quelques travaux, Bottcher réussit, en 1709» de la porcelaine^ obtenir une porcelaine blanche et translucide, ayant tcms
blanche. * , ^
les caractères de celle de la Chine.
L'exportation du kaolin fut alors défendue sous les peines les plus sévères ; on le faisait transporter à la fabrique dans des tonnes scellées. Les précautions les plus minutieuses fdrent employées pour assurer le secret de la fabrication ; toua^ ceux qui en étaient occupés promettaient le silence jusqu'i tombeau, et quiconque trahissait son serment devait être fermé pour la vie, comme prisonnier d'Etat, dans la deKônigstein.
Maniifaciure Le 6 juiu 1 7 1 0, la fabrique de porcelaine fut installée dj «loMeiHRen. |g châtoau d'Albert, à Meissen ; Bëttcher en fut nommé le recteur.
Le but des travaux de Bottcher avait été d'obtenir une terie semblable à celle de la Chine : aussi ne jugea4-on de mieux à faire dans Torigine que de copier le plus fidî ment possible, soit pour les formes, soit pour les eouleuTB^ belles porcelaines de ce pays. La manufacture de Meisparvint à une imitation si parfaite, qu'il faut un œil exercé pour distinguer les porcelaines qui y étai^it £Etbriqué^<^^ dans le style chinois, des véritables porcelaines chinoises, premières porcelaines sont au surplus marquées d'un A d'un R entrelacés {Avgusttis Rex). Cette marque a subsîsié jusqu'en 1730. On sait qu'après cette époque la £abfiq«e de Meissen adopta pour marque les deux épées en croix,
(1) Ce fait a été quelquefois donné avec la date de 17t 1 ; mais la fih brication de la première porcelaine remontant à 1709 et ayant été faite, suivant le docteur Rlemm, avec le kaolin d^Âue (ouvr. cité, p. 107), il faut qu'il y ait erreur dans cette date de 171 1. On ne connaît d*tiU leurs aucun autre kaolin avec lequel Bottcher aurait pu Caire sa poroa* laine.
ART CÉRAMIOUE. 323
4l*Al)ord encadrées dans un triangle, puis sans encadrement.
£ottcher n'était pas un bon administrateur, et l'électeur
de Saxe, malgré les grandes dépenses qu'il fit, ne tira que
peu de profit des premiers produits de sa fabrique. Il faut dire
wiseique Bottcher, une fois arrivé au but de ses efforts, ne
mit plus la même suite, la même ardeur dans ses travaux ; il
^vait avec magnificence, tenait table ouverte, et menait une
joyeuse vie, qui paraît avoir abrégé ses jours. Il mourut
Après sa mort, J.-G. Hôroldt, peintre et modeleur, fut
^^bargé de la direction de la manufacture. Il améliora les pro-
^^Més de fabrication, et perfectionna surtout les porcelaines
bUuuihes. En 1 731 , on lui adjoignit le sculpteur KandIer, qui
^t chargé spécialement de donner une nouvelle impulsion
travaux d'art. Jusque - là on n'avait fabriqué que des
is; KandIer fit exécuter d'abord des animaux en porce-
^^ine blanche, presque de grandeur naturelle. On peut en voir
^Udques-uns dans le musée céramique de Sèvres. En 1732,
* ^lecteur voulut faire modeler les statues des douze apôtres,
I^tir la chapelle du palais japonais ; celle de saint Pierre,
^^^<2te de 36 pouces, fut seule terminée ; on la voit au musée
^^^v^unique que renferme aujourd'hui ce palais. Il ne fut pas
^«o^aé suite k ce travail, à cause des difiicultés qu'il présen-
^^t. KandIer cependant avait entrepris la statue équestre
^'Auguste m, de grandeur colossale ; elle devait être élevée
^^tt* on piédestal, autour duquel auraient été groupées de
limandes figures allégoriques. La tête seule du monarque a été
^te, la guerre de sept ans ayant arrêté les travaux de cet
^iiQnense monument. Le modèle en porcelaine, auquel KandIer
^^^ travaillé quatre années, existe dans le musée céramique
^Br^e. La direction de cet artiste fut surtout signalée par
1^ création de ces jolies figurines si gracieuses, d'un coloris
^latant et souvent plein de vérité, qui portent le costume de
l'époque, et se ressentent du goût du temps qui les a vues
luttre. Les amateurs les recherchent avec empressement, lors-
qn elles sont d'une belle exécution. On peut voir dans notre
^Ilection trois groupes représentant allégoriquement la vue,
le toucher et lodorai, qui sont des meilleurs que Kandli ait faits*. Ce genre de fabrication* fut en pratique de 173 à 1750.
Les travaux qui, pour la plupart, avaient été interrompt par la guerre de sept ans (1756-1763), furent repris à lapa avec une nouvelle activité. Alors, sous l'influence des écri de Winckelmann, le goût et les études en Allemagne s'étaiei reportés vers les chefs-d'œuvre de l'antiquité. Une école < l'on enseignait les arts du dessin avait été établie à Meissi dès 1754; le célèbre peintre Dietrich en fut nommé le dire teur. Le modeleur Luck, le peintre Brecheisen de Vienne eti sculpteur François Acier de Paris continuèrent l'œuvre entK prise par Dietrich' : la réforme était complète en 1765. * voit dans le musée céramique de Dresde une collection statuettes en biscuit d'un dessin très pur qui appartienne à cette école. Le style grec régnait exclusivement dans travaux d'art de la fabrique de Meissen, à la fin du siS dernier.
Antres Une fois quc les procédés de la porcelaine dure de la
miQufiictures eurent été introduits en Saxe, les princes et les villes d*
d'AUemagne. . .
magne voulurent à Tenvi établir des fabriques de cette
rie si recherchée. Deux voies pouvaient conduire à la naissance des procédés : Tune, longue et difficile à parconrai
(1) D'' Rlemm, ouvrage cité, p. 112.
(2) La fabrication de ces statuettes dans le goût de l'époque Louis XV a été reprise depuis quelques années. Lorsque nous dr^* visité la manufacture royale de Meissen, en septembre 1845 , no0 avons remarqué plusieurs ateliers remplis d'un nombre considéra'' d'ouvriers occupés à modeler, a peindre, à décorer ces charma^ figurines. Elles sont répandues à profusion dans toute rAllemagno* France et surtout en Angleterre, et la reprise de cette fabrication, B^ l'habile direction de M. Kuhn, procure à la manufacture de Meissen ^ profits considérables. M. Kuhn ne s'est pas borné à reproduire ces ^ dèles du dernier siècle, il a apporté sous tous les rapports des amtf^ rations importantes dans les anciens procédés de fabrication ; aoaB direction, la manufacture royale de Saxe s'est placée de nouveau ^ifl^ les premières de l'Europe.
<3) D' Ki.EMM, ouvrage cité, p. 41.
ART CfîRAMlQUE. 335
^Ue que présentait la science et un travail opiniâtre; l'autre,
t>Qaiicoup plus facile, mais peu honorable, la corruption des
ouvriers de Meissen. Ce fut la dernière qu'on employa de pré-
^i^nce. Dès 1720, malgré toute la surveillance exercée sur
ces ouvriers, Stiibzel, chef d'atelier à Meissen, parvint à se
•■^ndre à Vienne, et fonda dans cette ville une fabrique de por-
^ï^Iaine dure. Plusieurs transfuges s'en échappèrent quelques
^k>Kiiiées après, et établirent des manufactures dans différents
^ziclToits de TAlIemagne. Aussitôt qu'un atelier s'élevait, on
oberchait par des moyens de séduction à en détacher les ou-
qui paraissaient connaître les procédés de cette fabrica-
très productive. C'est par de tels moyens* que furent
la plupart des manufactures de porcelaine dure en
Allemagne de 1720 à 1775.
Bln France les choses se passèrent autremenjt. Nous avons Fabrication Ait que dès 1695 on était parvenu à faire une porcelaine arti- *° J^^ ficielle qui a reçu le nom de porcelaine tendre^. La composi- porcelaine tendre. tlon de la pâte de cette porcelaine avait exigé des recherches ^ des combinaisons bien plus difficiles que celles qui avaient <^uduit à faire la porcelaine dure qu'on obtient par l'association de deux matières fournies par la nature. Le kaolin et le feldspath n'entraient pour rien dans la composition de cette POTcelaine tendre ; on lui donnait la transparence par des sels, ^ plasticité par du savon ; le vernis était un verre, dit cristal, ^^^ïinposé de silice, d'alcali et de plomb'.
C'est à Saint-Cloud, près Paris, que fut établie la première
(l) On peut lire dans le traité de M. Brongniart rhistoire de toutes ^ séductions auxquelles furent en butte les ouvriers porcelainiers et '^ trahisons dont ils se rendirent coupables, t. Il, p. 491.
()) L^expression de tendre ne s'applique pas à la dureté de la pâte, ^U à la foible résistance de ces porcelaines à Faction d'une haute ^•"ïipérature, comparativement à celle qu'y présente la véritable porce- ^i^, et à la tendreté de leur vernis, qui âe laisse rayer par l'acier. (V- BBONGmABT, ouvr. cité, t. Il, p. 444.) La véritable porcelaine a reçu ^opposition la qualification de dure.
(3) 11 n'entre pas dans notre plan de nous étendre sur les procédés ^^ fiibrication ; on pourra sur ce point consulter le savant Traité des ^^^mamiqnes de M Brongniart, t. Il, p. 458 et suiv.
manufacture de porcelaine tendre par un sieur Morin, qui avait poursuivi pendant vingt-cinq ans le secret de composer la pâte dont elle est faite. Martin Lister, qui visita cette manufacture en 1 698, vante beaucoup ses produits * . Cette fiibrication existait en 1 7 1 8 sous la direction d'un sieur Chicoinean. En 1735, les frères Dubois, ouvriers de celui-ci, avaient élevé une fiibrique à Chantilly ; ils proposèrent, en 1740, à M. Orry de Fulvy, intendant des finances, de lui révéler le secret de la composition de la porcelaine ; mais leurs essais n ayant pas répondu aux espérances qu'ils avaient fait concevoir, M. de Fulvy rompit avec eux. Gravant, honmie actif, intelligent, leur succéda; il fit de la porcelaine tendre, et en vendit le secret à M. Orry de Fulvy, qui, en 1746, forma pour l'exploitation de cette porcelaine, sous le nom de Charles Adam, une compagnie qui obtint un privilège de trente ans. Cette manufiusture était établie à Vincennes. En 1753, Louis XV s'y intéressa pour un tiers, et lui donna le titre de manufieu^ture royale. Le fabrication était arrivée en 1754 à un haut degré de perfection, et les bâtiments où elle s'exploitait à Vincennes étant beaucoup trop étroits, elle fut transférée 4 Manufacture Sèvros, daus uu vastc édifice construit tout exprès. En 1760, lie Serres. Loijjg XV remboursa la compagnie , et devint seul propriétaire de la manufacture, à laquelle il accorda un fonds de près de 100,000 livres. La fabrication de la porcelaine tendre a cessé à Sèvres depuis 1804; les pièces, qui datent de l'époque de Louis XV et de Louis XVI , sont très recherchées des amateurs.
Cependant depuis soixante ans on fabriquait en Saxe de la véritable porcelaine dure, et la France n'avait encore pro* duit que cette porcelaine artificielle qu'on ne pouvait regarder comme une porcelaine semblable à celle de la Chine; aussi cherchait-on toujours les procédés de fabrication de cette poterie. Le gouvernement, qui voulait soustraire la France à l'importation très considérable des porcelaines aile-
(I) D. Martin Lister, A journey to Paris in ihe year 1698. London, 1699, p. 1^8.
Découverte
en France.
^^de«, avait fait en 1761 , avec un sieur Pierre- Antoine
^^nnong de Strasbourg, qui exploitait dans le Palatinat une
^fiqaede porcelaine, un traité pour Tacquisition de ses pro-
^és ; mais on reconnut l'impossibilité de s en servir par dé-
^t de matières premières, le kaolin et le feldspath, dont
ttcaa gtte n'était connu en France.
Bft 1 765 Guettard donna enfin connaissance d'un gisement de kaolin et de feldspath, auprès d'Alençon. Les premières "^'^fu^r pof^l «ines qu'il fabriqua avec ces matières avaient une teinte F^ » elles ne pouvaient donc encore fournir une porcelaine 8eniblaJ)le à la porcelaine chinoise, but de toutes les recherches. 1^ hasard fit bientôt après découvrir un gtte de kaolin bien plus l>eau, bien plus abondant, et qui devait enfin donner à ^France une très belle porcelaine dure. Une dame Damet, »Bmiiie d'un chirurgien de Saint-Yrieix, ayant remarqué dans ''^ t^vin aux environs de ce bourg une terre blanche, pensa ^^^ cette terre pouvait remplacer le savon dans le blanchisde son linge. Son mari, qui probablement avait entendu ler des recherches auxquelles on se livrait pour obtenir de ^ terre à porcelaine, se rendit à Bordeaux, pour montrer à un ^l^cumacien cette terre blanche que sa femme voulait employer savonnage. Celui-ci en envoya des échantillons au chimiste Ler, qui reconnut aussitôt le kaolin. Après avoir constaté, ^ 1768, l'importance du gisement de Saint-Yrieix, Macquer, •l«^ sotte de quelques expériences , établit à Sèvres la fabrication ^^ la porcelaine dure ; elle y fut bientôt en pleine activité. La ^^^^Kkie Damet, qui avait ainsi par sa découverte, toute fortuite, porcelaine dure. ^ ^st vrai, mais d'une conséquence très avantageuse pour la F*^toee, soustrait son pays à un tribut onéreux envers l'Allema^ ff^^» et lui avait fourni les moyens de se placer au premier rang p^^ la fabrication de cette belle poterie, vivait encore ignorée ^^daas la misère en 1825. A cette époque, elle vint trouver 3^- Bi^ngniart pour demander un secours, afin de retourner Apied à Saint-Yrieix. Il sufiisait à son infortune d'être connue OT Bf^Ygnt directeur de la manufacture de Sèvres pour être *^ttlfi,gée. On lui remit immédiatement un premier secours, et ^- lirongniart ayant informé le roi de la triste position de
Mau^
Fabrication
àSèvreu
delà
la dame Damet, Louis XVIII paya la dette de la France, lui accordant une pension sur sa liste civile.
La direction do la manufacture de Sèvres passa successiT ment dans les mains de Boileau et de Parent, puis dans ceU do Régnier, qui fut destitué et emprisonné en 1793. Les vaux ne furent pas cependant interrompus, même pendant E~ terreur; des commissaires, membres de la Convention, fîire mis à la tète de l'établissement ; trois directeurs leur suce dérent sous le gouvernement du Directoire ; enfin en 1 80^ M. Brongniart fut nommé par le premier consul seul dire^ teur do la manufacture.
Les produits de la manufacture de Sèvres ont été nature! ment empreints du goût de l'époque où ils ont été fàbriqu mais quelle que soit l'opinion individuelle de chacun sur les férents styles qui tour à tour ont été en vogue depuis Tétab sèment do cette manufacture jusqu'à présent, il faut rec naître que les formes de ses vases ont toujours été belle pures, les ornements dont ils sont enrichis très gracieux les couleurs qui les rehaussent d'une suavité parfaite et d' éclatante beauté.
Des artistes très distingués, peintres ou modeleurs, fi attachés à l'établissement dès 1753. On confia d'abord la» rection artistique des travaux à Falconnet et Bacheliesr successivement ensuite à Boizot, Lagrénée et Corneille Spaendonck. Parmi les artistes qui s'y distinguèrent sous
règnes de Louis XV et de Louis XVI, on peut citer Méran '*•
Bouillat, Parpette, Micaud, Pithou jeune, Niquet et Sio^:^^^-^ pour la peinture des fleurs ; Armand etCastel, qui encellsiec:^^
à peindre les oiseaux ; Cliulot et Laroche, les arabesques ' Rosset et Ëvans, les paysages ; Dodin, Caton, Âsselin et Pi-- — thou atné, les figures, les portraits et les sujets.
Falconnet a fourni les modèles de plusieurs statuettes charmantes : on peut voir dans notre collection, n*^ 1207, une épreuve de sa baigneuse.
Depuis 1753 jusqu'en 1769 ou 1770, la manufacture royale n'a fabrique que de la porcelaine tendre ; depuis cette époque jusquVn 1804. les deux sortes do porcelaine ont été fabri-
H^ées concurremment. Depuis 1804 la porcelaine dure est ^de en pratique.
De 1753 à 1793, la manufacture royale a eu pour marque deux L opposés et enlacés, tracés en bleu au revers cfes pièces. Une lettre, placée au centre des deux L, indi- 92xe Tannée dans laquelle la pièce a été décorée. L'année i7& 3 est indiquée par un A, 1 754 par un B, et ainsi de suite JQi» qu'en 1776, indiquée par un Z; 1777 est désignée par <l»YSjx A, et ce mode de marque par deux lettres s'est continué dft^K^^ l'ordre alphabétique jusqu'en 1793, qui est marquée de
Xl^ monogramme ou le signe placé au-dessous des deux
^ ^xilacés est celui du peintre ou du décorateur. Ces rensei-
£>^^(]nents suffiront aux amateurs pour leur faire reconnaître
^^ date de fabrication des pièces de vieux Sèvres ; au surplus,
tnrouveront des détails très étendus et les marques des ar-
de Sèvres dans la Description du musée céramique de
[. Brongniart et Riocreux.
Aucun des monuments de la vie privée dont se compose
collection ne dépassant par son âge les dernières an-
t8 du xvm* siècle, nous ne devons pas porter plus loin cet
^>^Tçu de l'histoire des arts céramiques. Terminons seule-
iitej[2t en exprimant le désir de voir bientôt rétablir dans la
'l'i^^xiafacture de Sèvres, par son savant directeur, la fabrica-
^os^ de cette porcelaine tendre, si belle, si riche, si recherchée,
«t dont la France fut le berceau. Ce vœu sera partagé par tous
je» «mateurs de belles productions céramiques.