I. VERRERIE DANS L' ANTIQUITÉ
L'art de la verrerie remonte à la plus haute antiquité. Sui- ^^t Pline, des marchands phéniciens , étant descendus à ^«rreprès de l'embouchure du fleuve Bélus, tirèrent de leur
navire des blocs de uatron pour supporter le vase qui devait servir à cuire leurs aliments ; l'action du feu ayant fondu ces blocs de natron avec le sable sur lequel ils étaient posés, il en résulta un liquide qui n'était autre que du verre*. Bernard Palissy, dans son Traité des eaux et fontaines, rapporte, d'frprés Flavius Joseph, une autre fable qui n'est pas plus croyable : « Aucuns disent que les enfans d'Israël ayant mis le feu *< en quelque bois, le feu fut si grand qu'il eschaufiTa le nitre •• avec le sable, iusques à le faire couler et distiller le long des *« montaignes, et que deslors on chercha l'invention de iam » artificiellement ce qui avoit esté fait par accident pour faire " le verre*. •»
Que le hasard ait fourni la première donnée de la Cobrication du verre, c'est fort possible ; mais il est plus certain encore que l'industrie humaine a dû longtemps s'exercer avant d'avoir obtenu une matière qui pût se pétrir sur une table de marbre, se distendre par le soufflage à l'aide de la canne de fer et se colorer par des oxydes métalliques. Du moment que ces procédés eurent été trouvés, l'art vint nécessairement en aide à cette invention, soit pour donner à la matière des finrmes élégantes, soit pour la décorer de peintures, de ciaelures, et l'embellir d'ornements de toutes sortes.
Nos recherches sur l'intervention de l'art dans l'industrie
de la verrerie s'appliqueront uniquement à la fÎEtbrication et à
l'ornementation des vases de verre.
oeUTerrerie Ce fut en Egypte et en Phénicie que s'établirent les pre-
en Egypte nji^i.eg fabriques de verre. Pline vante l'habileté des verriers
ei en Phenicie. , *
de Sidon ; Hérodote et Théophraste nous ont donné connaissance des merveilleuses productions des verreries de Tyr. M. Boudet, membre de la commission d'Egypte', s'ap-
(1) 0 Quibus accensis , permixta arena lUtoris, translucentes novi H" quoris fluxisse rivos. et hanc fuisse originem vilri,* Pline, I. XXVI, cap. XXV.
(2) Bernard Palissy. Paris, 1777, p. 271.
(3) Notice sur Vart de la verrerie né en Egypte; Description de l^Egypte, t. Il, 3« livre, 2* section.
P^^tsurrautoritédeStrabon, etM. de Paw^ préiendeotque
* Egypte est le berceaa de l'art de la Yerrerie ; les Phénicien»
^ fondent établi leurs fabriques que sur le modèle de celles de
-'ItibeB et de Memphis ; la découverte de verre appartiendnût
*^ prêtres de Vulcain, les premiers chimistes de l'antiquité.
Si les Phéniciens ont pour eux le témoignage de quelques
•nteuTB sur leur habileté à fabriquer le verre, les Égyptiens
ont mieux encore. Les fouilles faites en Egypte, et principale-
Bwat celles du temple de Kamac à Thèbes, en mettant au jour
<1^ produits de leur fabrication, ont démontré qu'ils avaient
P^BBé à une grande perfection les différentes branches de
Vttt de la vitrification.
l^B Phéniciens et les Égyptiens portèrent leur industrie ^ Sicile, dans les fies de l'Archipel et en Étrurie, et il paraît ^^"^^^ que des fabriques de vases de verre se sont établies ^^ft ees contrées à des époques très reculées.
Suivant quelques auteurs, le verre n'aurait été importé à
^^^6 qu'à l'époque de Sylla, à la suite des conquêtes de la
r^Ublique en Asie, et lorsque l'art de la verrerie était déjà
^^''^ avancé. Il y obtint aussitôt une grande faveur. Auguste,
^^^^ avoir soumis l'Egypte, exigea que le verre fit partie du
^^(>Ut imposé aux vaincus. Cet impôt, loin d'être une charge
^^^icles Égyptiens, fut pour eux une source de fortune. Le
^^i^x^ devint tellement en vogue qu'ils en firent à Rome des im-
P^'X'^ations considérables. Sous Tibère, des fabriques de verre
'^"^^lirent dans le voisinage de la grande ville, et cette con-
^'^^^'^^^^^eùee dut nécessairement éveiller l'émulation des verriers.
-I^-^es Romains trouvèrent bientôt le moyen de teindre le De la Terrerie ^®*'>^, de le souffler, de le travaUler au tour et de le ciseler. <^»^«»»»o°»**"- D^ Savaient fidre des coupes d'un verre aussi pur que le crist^ * «t Pline nous apprend que Néron en paya deux, de médio- Ct^ grandeur, 6,000 sesterces. L'engouement pour les vases â^ verre fut porté à un tel point qu'on les préféra, pour ytv^age, aux vases d'or et d'argent*.
(i) Recherches philostfphiqueSy p. 304.
(t) • VUH usus ad potandum pepulit auri argentique metalla,* Pline, filit. nat., I. XXXVl, c. xxvi.
Néron, Adrien et ses successeurs jusqu'à Gallien protégèrent rindustrie du verrez Celui-ci se dégoûta du verre et ne voulut boire que dans des vases d or ; mais Trebellius Pollion, qui nous a fait connaître ce fait, ajoute que les fiibriques de verre, qui étaient entrées en décadence sous cet empereur» se relevèrent sous Tacite, qui accorda aux verriers une considération toute particulière'.
Les premiers chrétiens savaient décorer les vases de verre ;^ on en a trouvé un grand nombre dans les catacombes et dan quelques cimetières de Rome enrichis d'ornementations di verses. Buonarotti en a publié de fort curieux^. La déco tion de plusieurs de ces verres était obtenue par un p que d'Âgincourt décrit ainsi : •* Sur une feuille d'or, app - quée au fond d'un verre à boire, on traçait des lettres, *« bien on dessinait des figures au moyen d une pointe « fine; puis, afin de mieux conserver le travail, on appliq «• par-dessus une couverte de verre, de manière que, sou " au feu l'un contre l'autre, ces verres laissaient voir les *« res et les inscriptions *. **
D reste un assez grand nombre de vases de l'époque maine dans les collections. La célèbre coupe de Pordand, a été si malheureusement brisée par un fou, il y a peu temps, dans le musée britannique, aurait suffi seule démontrer à quel degré de perfection l'art de la verrerie a été porté chez les anciens. Ce vase, composé de deux <^ ches de verre, présentait des figures blanches ciselées^ relief sur un fond bleu, à l'imitation d'un camée en onyx ^ telle façon que, pendant longtemps, on a pris cette mi fique production de la verrerie pour une production de nature.
Les monuments antérieurs provenant des fabriques <f^ l'Egypte ou de la Phénicie sont plus rares. Le fondateur d^
(1) Levieil, Art de la peinture sur verre, 1771, in-fol., p. 8.
(2) Fl. Vopiscus, ap. Hist. roman, script, (a/., 1621, t. 11, p. 461.
(3) Osservazioni sopra alcuni vasi di vitro. Pirenze, 1716.
(4) Hist, de rArt, t. V, pi xii, et t. Il, p. 27.
^ <^Ilection ayant rassemblé ce que la verrerie a fait de plus ^u au XV* et au xvi® siècle, a, par exception, et pour établir ^ terme de comparaison, collecté quelques-unes des productions de ces fabriques antiques, qui ont créé et développé '^ de la vitrification.