‹ Description des objets les plus remarquables de la collection de sculpture antique de Mr. A. de MontferrandChapitre 15 sur 77 · Tête de Muse · texte numérisé non relu

Tête de Muse

(PL IXe N° 5.)

Ce beau monument en marbre de Paros est un fragment d’une statue colossale. La tète est laurée et rapportée sur un buste, orné d’une draperie en albâtre oriental, beau travail du seixième siècle, où on recommença à apprécier les monuments antiques. Le nez est restauré.

L’expression noble et inspirée de la tète et son excellente exécution prouvent qu’elle appartient à une belle époque de l’art grec, probablement à celle des successeurs d’Alexandre le Grand, où on représenta déjà les neuf Muses au lieu des trois anciennes, figurées par Agelados d’Argos, par Kanachos de Sicyone et par d’autres sculpteurs avant Périclès. Peut-être notre tête laurée a-t-elle appartenu à un des groupes célèbres de Lysippe, de Strongylion et d’autres grands sculpteurs, mentionnés chez les auteurs anciens

Un des attributs les plus ordinaires des Muses est la couronne de laurier, qui leur était commune avec Apollon Musagète Dans les célèbres peintures dHcrculanum, toutes les Muses sont ornées de cette couronne, mais plus ordinairement elle n’est portée que par Clio * 2,

‘ Muller, Handbuch, II, § 393 N° 2.

2 Nous ne pouvons citer dans notre but que des statues tout à fait bien conservées ou dont les restaurations sont authentiques, p. e. la statue du Vatican, Clarac, pl. 500, N°

Euterpe * 1 et Terpsichore 2; rarement par Melpomène 3 et Erato 4. Les anciens n’avaient pas l’habitude de donner la couronne de laurier à d autres divinités féminines, pas même aux Victoires; les exceptions, à cette règle, si elles sont authentiques, sont fort rares.

Les monuments où les Muses portent des plumes de Sirènes en signe de leur victoire sur ces dernières, datent tous du temps de l’empire romain.

H. de la tête antique: 6^ w. = 10^ pouces angl.

et du buste entier 1 a. 6 w. = 3 pieds 2^ pouces angl.

1 8 . Claude.

(PL IXe N° 3.)

Buste lauré de l empereur Claude en porphyre rouge, semé de taches blanchâtres.

H. 9| w. = 1 pied pouces angl.

Ce beau buste , dont les cheveux ne sont pas terminés, est une pièce très-précieuse , non seulement parceque les monuments en pierre de cet empereur sont en général fort rares, mais surtout parce que le nôtre est le seul connu en porphyre.

986, celle de Madrid, Clarac, pl. 501 N° 990. Beaucoup de statues sont à tort restaurées en Muses, surtout les statues à portraits du temps des premiers empereurs; par contre, d’autres statues, erronément restaurées en personnages différents, ne sont que des Muses, p. e. la Prétresse de la collection Giustiniani, à Rome, v. Clarac pl. 773 N° 1925&C.

1 Les statues du musée de Stockholm, Clarac, pl. 506 N° 1010 et de Paris, ibid N° 1011 &c.

2 p. e. la statue de Stockholm. Clarac, pl. 518 N° 1002.

3 p. e. la statue de l’Académie de Mantoue, ibid. pl. 513

4 p. e. la statue du Vatican, ibid. pl. 520 N° 1068. —

Comp. aussi d’autres statues de Muses, mais dont les emblèmes

sont modernes, p. e. Clarac, p. 530 1102, pl. 532 JN°

Cette matière précieuse provenait principalement de l’Arabie et de l’Egypte, surtout de carrières, situées sur les bords de la mer Rouge. Le porphyre vert était employé rarement et jamais pour représenter des figures. Le porphyre rouge , le leploscphe 1 des Anciens , était employé en Egypte 2 depuis bien longtemps; des artistes grecs du temps des Ptolémées, s’en servirent probablement pour les draperies de statues , dont les parties nues étaient en marbre blanc 3 4. En Italie cette matière ne fut pas en usage, jusqu’au temps de l’empereur Claude, Vitrasius Polbo envoya de l’Egypte à son souverain plusieurs sculptures exécutées en porphyre A Mais ces ouvrages n’eurent pas un grand succès à Rome, probablement, comme le pense le comte Chirac, parce que Pollio avait fait aussi représenter de cette matière les tètes et les autres parties nues. La tète de Claude, dont nous nous occupons, est le fragment d’une statue, peut-être même une des pièces envoyées par Pollio. Comme dans la suite on eut le bon sens de ne pas employer les matières coloriées , pour les parties nues, il est probable qu’on a remplacé cette tête par une autre en marbre de Claude ou d’un de ses successeurs , en conservant le torse , dont l’armure et la draperie , exécutées en porphyre, étaient d’un bel effet, et c’est pour cette distinction ainsi que pour des sarcophages , pour des cistes cinéraires, pour des colonnes et pour d’autres

1 Pline, 1. XXXVI, Ch. XI, 3. Ferriow, oeuvres de Winckel-

mann, notes, III, p. 360, 446. Clarac I, p. 184. Celte

pierre est probablement le même que le syénite ou pyropoicilos de Pline, 1. c. Ch. XIII,

2 P. e. le fragment d’une statue de prêtre, dans la collection Nani, à Venise, v. Winckelmann, III, p. 36 1 , note 45 1 .

3 Winckelmann , 1. c. p. 128, et la note de Fernovv, p. 361, N° 453.

4 Pline, 1. XXXVI, Ch. X.

ornements d’architecture, que le porphyre restait en usage. C’est nommément Constantin le grand qui eut le goût marque de mettre en œuvre le porphyre et d autres pierres coloriées l. Les objets en granit, en marbres colories, etc., que nous connaissons avant l’epoque de cet empereur, offrent la plupart des sujets etrangers, tels que, des divinités égyptiennes 2, des prisonniers barbares 3 etc.

Notre buste , d une authenticité' incontestable et provenant de la collection de S. A. R. le prince Alexandre de Wurttembcrg, est la pièce romaine la plus ancienne en porphyre , que 1 on connaisse, car Winckelmann et Visconti ont prouvé avec raison, que les bustes en porphyre des empereurs antérieurs et meme de Vespasien, sont de travail moderne.

Claude, le second fils de Drusus et dAntonia, frcre cadet du grand Germanicus, fut tiré d’une cachette obscure , où il s’était retiré à la mort de Caligula , pour lui succéder (41 de J. C., 794 de Rome). Il signala son avènement par beaucoup d actions justes et utiles; mais d’un caractère faible et timide, il devint 1 instrument de caprice de ses femmes et de vils débauchés, qui le poussèrent à beaucoup d’actions odieuses. Lorsque enfin il reconnut la conduite licencieuse de sa seconde

1 Clarac, I, 172, 181 etc.

2 Les musées divers offrent un grand nombre de figures égyptiennes en basalte, en diorite, en porphyre, en granit etc.

3 P. e. deux rois barbares dans la Villa Borghèse, deux autres dans la Villa Médicis, etc. v. Winckelmann, III, p. 128. — Les exceptions sont fort rares; il faut citer surtout le fragment d’une statue cuirassée, trouvée sur le Campo Marzo de Rome et conservé au palais Farnèse , le torse de Pallas du Capitole, la Junon de la villa Borghèse, l’Apollon du Musée Borbonico de Naples , la Dea Roma du Louvre, etc. tous en porphyre, la statue de Pescennius Niger en basalte, mentionnée chez Spartien (v. Boze, Mém. de l’Académie des Inscr. XXIV, p. 117), etc.

femme Agrippine et ses intrigues pour exclure de la succession Britannicus, le fils de Claude de sa première e'pouse Messaline, Agrippine craignant la vengeance de son mari, lui donna la mort à l’aide de champignons; Claude périt ainsi en 54, âgé de 63 ans, après 13 ans de règne.

Notre buste offre d’une manière excellente les traits stupides et insignifiants d’un vieillard qui laissa en son fils Britannicus et en Octavie, la femme de son fils adoptif Néron, les derniers rejetons de la maison d’Auguste.

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