César
Statue colossale de bronze.
(PL I et II.)
Jules César , représenté debout , avec barbe naissante et la tête laurée. La chlamyde qu’il porte sur l’épaule gauche, est retroussée sur l’avant-bras. Il est chaussé de crépides, dont on voit les détails sur la pl. IIe; elles sont ornées en haut d’un masqueron, surmonté d’une coquille. De la main droite , qui est élevée, César tenait une lance ou un sceptre d’or ou d’ivoire.
Hauteur: 3 archines 2j werchoks=7 pieds 4 pouces angl.
Ce chef-d’œuvre de l’art ancien est la seule statue en bronze de César, qu’on connaisse jusqu’à présent; elle a etc' déterrée du temps du pape Pie VII à Rome, dans une vigne, non loin de Saint-Jean de Latran, pendant des fouilles, qu’avec la permission du pape, Mr. N. N, de De'midoff avait fait exécuter. Au milieu d’une salle, qui fut mise au jour, on trouva notre statue , renversée de son piédestal et gisant en morceaux. Dans la crainte que la Direction des musées pontificaux , reconnaissant l’importance de cette découverte , n’usât de son droit d’acquérir ce beau monument, on s’empressa d’en expédier les morceaux à Florence, où, par les soins d’un artiste très-habile ils furent assemblés et le peu de pièces qui manquaient remplacées par un mastic, auquel on sût donner la couleur du bronze. Longtemps et jusqu’en 1848 ce beau monument resta là, admiré par tous les connaisseurs auxquels la maison de Mr. de De'midoff était ouverte. Le fils du premier propriétaire, Mr. A. de Démidoff, en fit cadeau à Mr. de Montferrand, qui lui assigna la place d’honneur de sa belle maison.
Les statues de César sont fort rares: à l’exeplion de celle-ci, elles sont toutes en marbre; et quant à la beauté du travail, ces dernières ne sauraient être comparées avec la notre. Une de ces statues , en costume pontifical et très-restaurée, se trouve à Rome dans la collection Mattéi 1 ; une autre, dans la même collection , offre le dictateur nu2: c’est une statue du genre de celles, qui, selon Pline 3, étaient apele'es Achillées et où le personnage était représenté nu, tenant une lance à la main Le globe dans la main de César est le produit d’une
1 Clarac, musée de sculpture, Atlas, Y, pl. 910 N°2318C.
2 Ibid N° 2318 B.
3 Hist. nat. XXXIV. Ch. X. 5.
restauration moderne, car la statue, brisée en nombreux morceaux a été aussi rétablie et recomposée.
Les statues du Musée Capitolin 1 et du Musée Borbomco de Naples 2 montrent César , en cuirasse , ornée de deux griffons affrontes, et couvert du paludamentum; la statue de Naples tient l’epee de commandement , 3 à pointe arrondie, qu’on voyait probablement autrefois aussi dans la main gauche de la nôtre. Cette épée était ou en ivoire, ou en or, ou en une autre matière précieuse, ainsi que le sceptre; ces objets sont tombés en décomposition ou ont disparu d une autre manière.
Les bustes de César ne sont pas moins rares; Visconti en cite un, colossal, à Naples et un en basalte, autrefois à St. Cloud 4 : le Musée royal de Berlin en possède deux, dont l’un, provenant de la collection Polignac , est rapporté sur le torse d’une statue togate , déterrée en 1824 à Colonna , près de Borne5. Un cinquième, mais très-restauré , se trouve au nouvel Ermitage de St. Pétersbourg; un sixième, en costume de pontife, est au Louvre.
Nous ne parlons pas d’autres marbres , attribués au fondateur de l’empire romain , mais dont l’authenticité n’est pas tout à fait incontestable. Toutefois on en doit pas présumer que tous ces monuments soient du temps
1 Clarac, 1. c. pl. 912 B 2318 A.
2 Ibid., pl. 916, N° 2318 D.
3 Les antiquaires Mongez et d’autres appellent cette épée, parazonium. Mais ce mot, provenant du grec napaCwvYj } la ceinture, signifie une arme qu'on portait à la ceinture; l’épée de commandement des statues d’empereurs romains a une forme trop pesante pour avoir été portée de cette manière. Elle paraît plutôt avoir été suspendue au moyen d’un baudrier.
4 Iconographie romaine, Atlas, pl. 17, 18.
5 Tieck, Verzeichniss der antiken Bildhauerwerke des Kôniglicben Muséums zu Berlin, p. 26, N° 167, 169.
de César ou aient été' faits bientôt après sa mort : au contraire , le style de la plupart d’entre’eux accuse le ciseau d’artistes bien postérieurs , car les successeurs de César aimaient à s’entourer des images de leurs ancêtres, surtout du divin Jules , avec lequel l’empire avait commencé.
Parmi toutes les statues de César, la nôtre est incontestablement de son époque. Elle n’est pas la statue cuirassée dont parle Pline 1 et que César permit d’ériger en son honneur sur le forum ; c’est probablement au bas de cette même statue, que plusieurs ennemis du grand homme avaient fixé un écriteau avec ces mots :
«-Brutus quia reges ejecit , Consul primus factus est;
«hic, quia Consules ejecit, rex postremo factus est 2.
Notre statue n’est pas de celles, qui furent consacrées à César immédiatement après sa mort. On ny remarquerait pas la barbe naissante.
Celte barbe semble être en contradiction avec la description que donne Suétone de la personne du dictateur, dans ces termes:3 «il était de grande stature, il avait le teint blanc, les membres sveltes, le visage assez plein; ses yeux étaient vifs et noirs et sa santé bonne; il prenait grand soin de sa personne, se faisait couper les cheveux avec soin, raser et même épiler.» On sait que César employait beaucoup de temps à sa toilette: mais, seulement sans doute en temps de paix et de tranquillité, car pendant ses campagnes, le dictateur devait bien souvent être forcé de déroger à ces habitudes. Suétone nous apprend aussi dans un autre passage 4 qu’après la défaite de Titurius , César se laissa croître la barbe
* Hist. nat. L. XXXIV, g 10.
2 Suétone, Ch. LXXX.
3 Ibid. Ch. XLV.
4 Suétone, Ch. LXVII.
et le peu de cheveux* qu’il avait; il fit le vœu de ne les couper qu’après avoir venge' son général.
Notre magnifique statue représentant Ce'sar en vainqueur, il est fort naturel que l’artiste l’ait sculpte, tel que l’armée était accoutumée à voir son chef, car César est figure' ici en héros, conque'rant de l’univers; il ne porte ni la toge du Consul , ni le costume et les emblèmes du Pontife x maximus.
Il existe encore un autre monument, non moins authentique, sur lequel Ce'sar est représente de la même manière. C’est une me'daille de bronze , frappc'e dans les Gaules du temps d’Auguste , et dont nous donnons ici l’empreinte *.
Elle offre d’un côté, le buste lauré et légèrement barbu de César, tourné à droite et entouré de la légende: DIVOS IVLIVS. Sur le revers on voit la tète d Auguste, laure'e également, légèrement barbue et tournée à droite, avec l’inscription: CAESAR * DI VI • F (ilius).
N’est-il pas très-probable que l’artiste gaulois a gravé César comme il l’a vu pendant ses campagnes et qu’il a donné à son successeur des traits, qui ressemblent beaucoup à ceux du grand-oncle?
Aucun des monuments de marbre ne nous offre César, ainsi lauré, tel que le représentent et notre statue et la
1 L’original fait partie de la belle collection de Mr. Sabatier.
plupart des médailles. Ceci prouve peut-être qu’à l’exception de la statue, où César porte le costume de pontife, tous ces monuments sont d’une époque postérieure , car le dictateur, contrarié d’être chauve, était heureux du droit que le Sénat lui accordait, de porter toujours une couronne de laurier. 1 Les monnaies des familles romaines: Livineia 2, Sepullia, &c. offrent toujours le buste de César, orné d’une couronne de laurier.
Le costume de notre statue est la chia my de grecque, qui seule est convenable aux représentations héroïques. Les brodequins ne sont pas les caligae des soldats, consistant en une simple semelle épaisse, attachée avec des courroies qui entouraient la jambe jusqu’au-dessus de la cheville. Ces caligae, d’où les soldats tiraient le nom de milites caligati , étaient très-grossières et garnies de clous pointus, tandis que la chaussure de notre statue est fort élégante.
Elle parâit être plutôt une crepide grecque, correspondant avec la chlamyde et convenant aussi à une statue héroïque, La planche IIe offre quelques détails de cette belle chaussure; celle de la statue de Naples sont des caligae , mais qui différent par leur élégance de celles des milites gregarii.
1 Suétone, Caesar, Ch. XLY. César préférait cette marque de distinction à toutes les autres : « ex omnibus decretis sibi a Senatu populoque honoribus, non aliud aut recepit aut usurpavit libentius, quam jus laureae perpetuo gestandae».
2 Ibid. Ch. LXXX.
L’auteur de notre statue paraît être un des Grecs qui s’étaient établis à Rome , où la passion artistique des grands seigneurs leur donnait beaucoup d’occupations. Pline cite plusieurs de ces artistes, tels que Pasiteles, originaire de la Grande Grèce, statuaire, qui travailla pour le temple de Marcellus 1 ; ses élèves Kolotes et Stephanos; l’élève de ce dernier, Menelaos; Arkesilaos, Coponius et d’autres 2. Mais les notions fournies sur ces sculpteurs sont peu exactes et il est impossible de dire, lequel d’eutr’eux peut avoir été l’auteur de notre statue, qui parait même être la seule en bronze de cette époque qui nous soit parvenue. Le métal n’a qu’une bien faible épaisseur et est couvert d une patine magnifique.
Chacun connaît l’immense rareté des grands objets en bronze antique; par la valeur de leur matière ils étaient bien plus soumis à la destruction que les pièces de marbre. Aussi beaucoup d’objets de bronze ont été fondus par les barbares qui envahirent l’Italie depuis le quatrième siècle; d’autres périrent au moyen-âge, on sait qu’à une époque, où l’art antique n’était pas encore estimé et regardé comme le prototype des travaux pour les artistes modernes, des princes italiens mêmes ont fait employer de magnifiques monuments de bronze pour en faire des ornements d’églises, des pièces de canon &c. 3 Le peu de beaux objets de bronze que les musées renferment, est, à peu d’exceptions près, le produit de trouvailles récentes, depuis la seconde moitié du XVIIe siècle , et dans ce nombre, notre statue occupe sans contredit une des premières places.
1 1. c. XXXVI, 4, 10, 12.
2 V. leurs noms chez Müller, Handbuch der Archâologie der Kunst, § 196, 2.
3 Qu’on se rappelle ce jeu de mots: Quod non fecerunt barbari fecerunt Barberini, ayant rapport au dépouillement du Parthénon de tous ses ornements de bronze.
Caïus Julius César, fils de Caïus et d’Aurélia, naquit eu l’an 100e avant J. G., 654 ou 653 de Rome, le 12e jour du mois Quinctilis, qui plus tard fut appelé d’après lui, le mois de Juillet. Sa carrière publique commença après la mort de Sylla, dont les poursuites l avaient forcé de se retirer en Asie. Pompée, Crassus, et lui, devenus chefs absolus de la République, se partagèrent les provinces; César, ayant reçu les Gaules, y déploya des talents militaires rares, en soumettant les Gaulois, les Bretons et les Germains. Mais en 49, sa rupture ouverte avec Pompée et Crassus l’engagea à passer le Rubicon pour aller au devant de ses adversaires. Vainqueur partout, débarrassé de Pompée, son ennemi le plus dangereux, qui fut assassiné en Egypte, César, chargé des trésors de b Asie et de l’Afrique, rentre à Rome pour rester, avec le titre de dictateur à vie, l’arbitre de l’univers. C’est à cette époque, en 45 avant J. C., 709 de Rome, que doit avoir été faite notre statue; César paraît avoir 5 5 ans.
Mais son bonheur fut de courte durée : malgré ses nombreux bienfaits envers le sénat et le peuple, malgré l’ardeur qu’il mit à se réconcilier avec ses adversaires et son désir de rendre la paix à la République, ses ennemis * conjurés, l’ingrat Brulus à leur tète, percèrent de trentetrois coups de poignard le dictateur dans la curie, au pied de la statue de Pompée i . César mourut le jour des ides du mars en 44, 710 de Rome.