L. 2 w. = 4 pieds 8 pouces angl
Sarcophage byzantin.
(Pl. XIe.)
Dans un médaillon rond et concave, on voit le buste du personnage dont les dépouilles étaient déposées dans ce tombeau. Ce personnage paraît avoir une trentaine d’années; les cheveux tombent sur ses épaules et sont surmontés du tympanion , ayant le forme d’un beau diadème à neuf pointes, enrichies de pierres précieuses ou de perles fines. Le costume consiste en une tunique et un pallium.
Dans la main gauche, l’individu tient un rouleau, qu’il désigné de la main droite.
Le médaillon est tenu par deux ge'nies funèbres, tels qu’on les voit sur beaucoup de monuments de ce genre 1 ; ils portent des chlarnydes , et des anneaux autour des chevilles. Entre leurs pieds, on remarque une panthère et un bélier, couchés et tournés à droite. Au-dessous du médaillon, sont deux cornes d’abondance placées en sautoir et liées ensemble par une bandelette : elles sont remplies de fleurs et de fruits.
A droite, et séparé de la première scène par un chêne, un génie de la chasse, vêtu d’une tunique, d’une chlamyde et d’endrornides , tient de la main droite, une paire d’oiseaux, et de la gauche un pedurn. Entre ses pieds, est couché une chèvre, tournée à droite. Au pied de l’arbre, un petit génie accroupi, porte les mains à une corbeille renversée et remplie de fruits.
A gauche, l’artiste a figuré un arbre de laurier au pied duquel un enfant assis, joue avec une corbeille de fruits et regarde un quatrième grand génie, vêtu comme le précédent et tenant un thyrse, orné d une bandelette, ainsi qu’un lapin tué. Entre ses pieds, un bélier couché et tourné à droite.
Le costume du buste accuse le temps de Justin I ou de Justinien I; le tyrnpanion surtout est tout à fait de l’époque de ces empereurs, comme le prouvent plusieurs monuments, entre autres la célèbre mosaïque de la basilique Saint-Vital de Ravenne, où l’empereur Justinien I et sa femme, la comédienne Théodora, sont représentés, couverts de diadèmes, enrichis de pierreries et ayant la même forme que celui qu’on voit sur notre sarcophage 2.
1 V. p. e. Clarac, II, pl. 191.
2 V. Revue archéologique, VII année, I, p. 351. pl. 145, 146. — Ce diadème était en usage jusqu'à l'époque des Paléo-
Il n’est pas facile de décider si ce monument a été sculpte' pour un homme ou pour une femme. Le diadème et une partie du côte droit de la poitrine me feraient pencher pour ce dernier parti, mais le rouleau, que portent les empereurs byzantins sur la plupart de leurs monnaies et surtout les génies munis d’emblèmes de la chasse, semblent indiquer cependant que le personnage dont il est ici question était un homme. On trouve pourtant le volurnen dans les mains de femmes, p. e. sur le monument de Claudia ltalia , conserve' au musée du Louvre * 1 et notamment sur les médailles de plusieurs impératrices; ce sont des législatrices ou des femmes lettrées, qui se sont servies de cet emblème; notre personnage offre donc peut-être le buste d’une princesse impériale qui aimait les belleslettres.
La composition du relief même n’est pas de son époque : ces beaux emblèmes se trouvent employés très souvent et sont imités du prototype d’un excellent artiste, qui peut-être a vécu du temps même des empereurs de la maison de Sévère. Le monument est d’une époque où le christianisme était déjà généralement répandu; cependant notre sarcophage paraît être travaillé peut-être pour un personnage payen, puisqu’il n’offre pas un seul emblème chrétien. La jeune panthère et le thyrse dans la main d’un des génies ont rapport au culte de Bacchus, qui s’est maintenu encore plus d’un siècle après Constantin le Grand.
Néanmoins les emblèmes du paganisme sont si peu prononcés dans notre relief, qu’il permettent de supposer que le personnage était chrétien, d’autant plus qu’on
logues; on le voit p. e. sur la tète de Théodora, femme de Michel Paléologue, dans une peinture byzantine, chez Du Cange, hist. Byz. p. 233.
i Clarac, II pi. 14 7, N° 330.
connaît des monuments, dont l’origine chrétienne est constatée, mais qui sont ornés de sujets mythologiques, p. e la pixis d une dame romaine, travail probablement du Ve siècle, gravée dans l’atlas de l’ouvrage de Mr. Du Sommerard, Ie série, pl. Il N° 3; l’urne en porphyre avec scènes bachiques, de Constantia, fille de Constantin le Grand et femme de Constantius Gallus, monument, conservé aujourd’hui au musée Pio Clementino, à Rome ' ; différents monuments chrétiens des catacombes de Rome avec Orphée et autres sujets du paganisme, 1 2 etc.
Mais quel était le personnage à qui le monument a été érigé? Nous ignorons malheureusement la provenance de ce relief: une notice vague dit, qu’il a été trouvé en Grèce. Le diadème fait supposer que la personne était trèsdistinguée, peut - être même un membre de la famille impériale, soit la fille de Justinien et de Théodora, née probablement avant leur mariage, soit Vigilantia, soeur de Justinien, femme de Dulcissimus, ou leur fille Præjecta, mariée à Areobmdus, ou bien enfin ïiéiéna, la petitefille de Justin qui eut une statue à Constantinople, à côté de celles de Justin et de Sophie. V. Du Gange, p. 98 etc.