LES GRACES. — Groupe en marbre, pur Germa!!* Pilon
Haut. 1 ,453 m *— 4 p. 5 po. 9 I.
Ce joli groupe , l’une des plus agréables productions de la sculpture française, faisait partie du monument élevé ù la mémoire de Henri II par Catherine de Médicis, qui, par l’allégorie des trois Grâces, avait voulu représenter l’union qui avait régné entre clic et le ëoi son époux, dontle cœur , auquel le sien devait un jour être réuni, était renfermé dans un vase de bronze doré que Supportait le groupe , et qui a été remplacé par celui que Ton voit. Cette allégorie, tirée de la mythologie, était peu convenable à un mausolée chrétien , destiné h être placé dans une église (celle des Célestins) : cependant ces trois Grâces, telles que celles de Socrate, sont vêtues et remplies de décence ; sans l’habitude de voir ainsi groupées les trois déesses compagnes de Vénus, on eût pu y voir l'union des trois vertus théologales, la foi, l’espérance et ht charité, si l’inscription gravée sur le piédestal ne disait pas positivement que cc sont ies trois Grâces. Ce
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groupe , et l’endroit où il était , rappellent que Ton voix dans la sacristie de la cathédrale de Sienne celui des trois Grâces entièrement nues. Germain Pilon a tire avec beaucoup d'habileté' celui-ci d’un seul bloc de marbre, et il a déployé' dans la manière dont ces trois jeunes beautés se groupent, et dans leurs poses, toute l’e’ie'gance et le charme de son talent; les lignes, bien combinées, sont vurie'es sans nuire à I’unite' de l’ensemble , et les formes , fines et sveltes , sont en harmonie avec la grâce du sujet. Les draperies, très-légères, ne sent qu’un voile transparent, à travers lequel brillent des charmes qu’elles découvrent avec art. On peut reprocher à ces draperies d’être un peu sèches et cassées; mais c’est un défaut de cette époque , qui tient sans doute beaucoup au costume du temps et au genre d'étoffes qu’avaient sans cesse sous les yeux les sculpteurs , et dont lia se servaient pour draper leurs mannequins. Quelques parties du nu, telles que les mains et les pieds , sont un peu maigres de forme , et accusent des détails d’anatomie que ne présente pas la jeunesse dans toute sa f raîcheur. Ces trois Grâces offrent , dit-on, les portraits de Catherine de Médicis, de la marquise d’Etampes et de M. mc de Villeroi.
Les formes contournées et les ornemens du piédestal montrent qu’à cette époque on ne suivait pas dans ces détails les modèles de l’antiquité, et qu’ou était loin de sa noble simplicité.
Germais Pilon , que pendant long-temps on o er« de Paris , parce qu’il y passa la plus grande partie de sa vie , était de
Loué sur la Vuugre , il six lieues du Mans , ainsi que Ta prouvé M. Rcnouard , dans une lettre à M. Alexandre Le Noir. La ville du Mans avait déjà vu naître plusieurs sculpteurs de talent, entre autres Germain Pilon , père de celui dont nons nous occupons, et dont Tannée précise de la naissance est ignorée; murs on sait qu’il mourut eu 1590, et qu’il vécut fusqu’à un âge
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3mci avancé; el fon peut croire qu'il n’était que de quelque* année* plus jeune que Jean Goujon. Ce fut dans l'atelier de son père que Germain Pilon puisa les premières leçons de son art , et développa les germes du talent que depuis , dans on voyage qu’il fit à Paris, il perfectionna , par les conseils et les exemples de Jean Cousin, dn Primatice , de Jean Goujon, dont il devint Témule et l’ami. Avant de quitter une seconde fois le Maine , vers 1560, il avait exécuté avec succès, en pierre de liais, plusieurs des quarante statues de l'abbaye de Soulesmes , près de Sablé, connues sous le nom des Saints de Soulesmes. Une partie de ces statues existaient avant Pilon , et il est probable que quelques-unes étaient l’ouvrage de son père. Attire' à Paris par scs liaisons avec d’Iiabiles sculpteurs et par le désir de coope'rcr à de grands travaux, il y retourna et s’y fixa jusqu'à sa mort. On lui confia des parties importantes du mausolée de François I. CT , qu’il exécuta avec une habileté qui lui mérita d’être entièrement chargé du tombeau élevé par Catherine de Médicis à Henri II. II y déploya toute la richesse et la grâce de son talent, soit dans les statues , soit dans de grands bas-reliefs qui représentent les oeuvres de charité ; les figures de ces belles compositions sont en grande partie nues, ainsi que les statues couchées de Henri II et de Cuthcrine de Médicis , ce qui offrit à Pilon les moyens de développer sa science en anatomie. Parmi les nombreux ouvrages de ce grand sculpteur, Tun de ceux à qui la sculpture française dut ses plus beaux temps, on cite le tombeau du chancelier de Birague et de sa femme , Valentine Balbiani ; celui qu'il éleva, eu 1557, dans la cathédrale du Mans, à Guillaume Langei du Bellay; et. plusieurs autres belles statues et des bas-reliefs de différentes églises de Paris, dont ou trouve le détail dans Sauvai et dans Piganiol de la Force. Germain Pilon sut allier la force avec l'élégance; mais ses figures n'ont pas autant de grandeur et de caractère que celle de Jean Goujon : on peut aussi quelquefois lui reprocher de la manière , par où pèche Primatice , qui eut une grande influence sur ses ouvrages: souvent aussi ses draperies sont lourdes et ne sont pas ajustées avec le goût que Jean Goujon savait mettre dans les siennes.
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