‹ Description des ouvrages de la sculpture francaise des 16.e, 17.e et 18.e siècles, exposés dans les salles de la Galerie d'Angouleme. Par M. le Comte de ClaracChapitre 39 sur 65 · COLONNE D’ANNE DE MONTMORENCI. · texte numérisé non relu

COLONNE D’ANNE DE MONTMORENCI.

Marbre, par BabthÉlemi Prieeb.

Haut. 2,935™ • — 9 p.

Cette colonne torse, en marbre blanc, incruste'e de campan isabelle, faisait partie du monument eleve', dans l’e'glise des Celestins, à la mémoire du connétable Anne de Montmorenci ; elle supportait une urne de bronze dans laquelle devaient être renfermes son cœur et celui de Henri II , qui avait voulu que le sien fût reuni à celui du ge'ne'ral qui l’avait si bien servi. Ce monument , du 'travail le- plus soigne' et le plu9 délicat, mais d’un goût peu se'vère, fut dessine' par Jean Bullant, et cxe'cute', ainsi que le reste du monument , par Barthelemi Prieur , sculpteur qui avait de grandes obligations au conne'table, et qui mit, dit -on , vingt ans à terminer ce morceau et trois statues de bronze placées aujourd’hui dans la dernière salle de cette galerie , et qui fe'taient autrefois au pied et de chaque côte' de la colonne.

Anne de Montmorenci, né en 1463, fait mare'chaf de France en 1521, pour la belle de'fense de Mézièrcs contre Charlcs- Quint , fut nommé conne'table en 1 538 , et il exerça cefte première charge de France sous François l . a , Henri H , François II et Charles IX. Guerrier du plus grand courage , sévère jusqu'à la cruauté , la victoire ne le favorisa pas toujours, et plus d’une fois il fut battu et fait prisonnier. II finit, en 1557 , sa brillante carrière à la bataille de Saint-Denis , où il fut tué après des prodiges de valeur. On rendit les plus grands honneurs à sa mémoire ; ses funérailles furent aussi magnifiques que colies des rois ; plusieurs monumens publics et particuliers s’érigèrent à sa gloire , et entre autres on lui éleva une statue équestre en bronze à Chantilly. Amateur et protecteur des beaux-arts, Anne de Montmorenci leur rendit de grands services, et, en secondant le goût de François I. er et de Henri II, il contribua à les faire fleurir. Disgracié de 1540 à 1545, il adoucit son exil eu embellis- <

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avec luxe et élégance Éeoucn , qu’il avait fait bâtir par Jean Huilant, et que Germain Pilon, Barthelemi Prieur et Bernard Palissy ornèrent de sculptures et de beaux vitraux : ce fut pour ce château que ce dernier fit roux qui représentent l'histoire de Psyché , d’après lés dessins de Raphaël.

^-Jean Bullant, architecte çt sculpteur d^nn rftre mérite, fit scs efforts pour ramener l'architecture ans principes des Grecs, et pour s’opposer k Tinfluence du goût gothique , qui régnait depuis long-temps en France. H bâtit non-seulement Écouen, mais il en exécuta en grande partie les sculptures d’ornement, remarquables par leur grâce et la pureté de leur dessin ; il travailla aussi aux Tuileries. Parmi ses antres ouvrages , on cite la colonne de la Halle au blc , que Catherine de Médecis fit élever pour servir à ses observations astrologiques, et fhûtel de Carnavalet , terminé par du Cerceau , et où l'on voit encore des sculptures de Jean Goujon. On consacra aussi dans la belle église de Saint-Martin , à Montmorenci, une chapelle et un mausolée au connétable. Jean Bullant et Prieur furent chargés de ce beau monument , qui , commence par François dnc de Montmorenci et Jean Bullant, fut continué par le connétable Henri de Montmorenci et sa veuve, Marie-Félix des Ursins, d'après les dessins de cet habile architecte. On y avait employé des colonnes de vert antique (Tune beauté remarquable , et dont plusieurs décorent aujourd'hui le musée des antiques.

La vie de Barthelemi Prieur est peu connue ; on sait seulement qu’il fut élève de Germain Pilon , et que le connétable Anne de Montmorenci le protégeait cTnnc manière particulière et le fit beaucoup travailler. Si Ton ne connaissait de ïni que cette colonne torse et celle qu’il fit dans Téglise de Saint-Cloud pour le monument de Henri III , elles ne Toffriraient que comme tin praticien habile dans le genre de romement; mais on a de lui quelques statues qui ne sont pas sans mérite. Celles du connétable Anne de Montmorenci et de sa femme Madeleine de Savoie, qui ornaient leur monument, étaient très-belles. Deux beaux bustes de Henri III et de Henri IV ( n. os 14 et 26 ) prouvent que Prieur rendait la nature avec vérité et sentiment , et que sou exécution étaitfranchc et facile. Ce sculpteur fit plusieurs copies de statues

antiques , et il paraît qü'r! fut le premier qui restaura la Diane k la biche. ' '

LA JUSTICE. — Statue en marbre, par François

AnGUIER. . • • ;

Haut. 1,483™ — 4 p. fi po. 10 1.

La déesse, représentée sous la figure d’une femme d’une beauté sévère, la tête couverte d’un voile qui enve. loppe une partie du corps et se confond avec le manteau , tient à la main les faisceaux et la hache , et semble jeter un regard de compassion sur les malheureux qu’elle est forcée de condamner. On pourrait reprocher à cette figure » qui offre de bons détails, sur-tout dans les draperies, d’en être trop surchargée , et de n’étre pas assez simple de pose ; elle faisait partie du monument de Longueville.

La cheminée qui fait un des principaux ornemens de cette salle , est remarquable par la richesse de ses détails et de ses arabesques , d’un beau travail , où l’on retrouve le goût d’ornemens du temps de François I. or et de Henri IL Elle est composée de divers fragmens raccordés par M. Fontaine dans un ensemble bien combiné et qui offre un bel accord avec l’architecture qui l’accompagne.

72. Dans le BAS-REHEF supérieur, S. George, armé de toutes pièces , la visière haute , monté sur un vigoureux coursier , combat et perce de sa lance un énorme dragon ; dans le lointain , une femme à genoux invoque le ciel pour l’heureuse issue du combat. Ce bas-relief, d’une grande saillie et d’un travail soigné, offre des détails précieux du costume des chevaliers : il est attribué à Paul-Ponce, et \ient du château de Gaillon, où il se trouvât très-bien placé, comme offrant le patron du cardinal George d’Amboise. On l’avait fait entrer aux Petits-Augustins comme ornement du soubassement du mausolée de Philippe de Commines, ministre de Louis XI.

Le même sujet a été traite, mais avec plus rie mouvement, par Raphaël, dans son joli tableau de 8. George. Voyez le Musée de Filhol, v. 1, pi. 19.

liant. 1,838"* — 3 p. 0 po. 10 I.} larg. l,848 m — 5 p. 8 po. 4 I.

73 . Le BAS-RELIEF infe'rieur repre'sente Je'sus-Christ prêt à être mis au tombeau. Il est en pierre de liais, et sculpte' par Jean Goujon.

Hant. 0,677°* — 9 p. 1 po.; larg. l,848 m — 5 p. 8 po. 4 I.

Joseph (TArimathie et un disciple de Je'sus-Christ, après l’avoir descendu de la croix, le soulèvent pour Penvelopper d’un linceuil. Ce groupe est place' en avant comme sujet principal; mois la Sainte-Vierge, sur le second plan , occupe le milieu de la composition et attire aussi les regards; elle este'vanouie de douleur , et S. Jean fa soutient : auprès d’elle , de saintes femmes laissent on libre cours à leur affliction. L’on ne peut trop faire remarquer et trop louer dans ce bas-relief, l’une des meilleures productions de Jean Goujon, le talent avec lequel ce grand maître a su disposer ses groupes et les lier, ordonner ses plans et leur donner leur effet avec très-peu de saillie : cet effet doux et calme convient à cette scène de douleur. Les expressions des têtes , leur ajustement , sont varies , et remplis de cette dignité' et de cette grâce que Jean Goujon savait si bien re'pandre sur tous les sujets qu’il traitait. Le dessin des figures, noble et pur, présenté un beau modèle dans le corps de Je'sus-Christ : les plans en sont savamment dessine's ; la tête doucement penche'c , les bras et le torse, sont empreints de tout l’abandon de la mort, et d’une mort calme et qui ressemble au sommeil fia tète a conserve' toute la beaute' et la douceur qui convenaient à l’homme - dieu s’offrant comme une victime volontaire pour le salut du monde. La douleur de la Suinte-

DES XVI.*, XVII.* BT XVUI,* SIECLES. 55

Vierge est au comble, mais elle e6t résignée. Si l’on passe à quelques autres details , on remarque les mains des femmes , qui ont une grâce particulière à Jean Goujon : l’agencement et le travail des draperies sont trèssoigne's ; elles sont traitées dans ce style que ce maître s’e'tait fait, et qui n’est ni l’antique ni ce que l’on faisait de son temps : on pourrait les trouver un peu trop égales dans la disposition des masses de leurs plis , et pas assez variées de caractère ; mais peut-être , dans cette occasionci, Goujon avait-il voulu porter l’elfet et fixer l’attention sur la figure de Jésus-Christ et sur l’expression des personnages de cette soène , plutôt que sur les autres détails de la composition.

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