ESCLAVE. — Statua en marbre, par Michel-AKce
Haut. 4,213 m — 6 p. 9 po. 10 I. '
II est difficile de considérer cette statue sans se sentir touche de compassion. La tête de ce prisonnier , comparable à ce que- l’antique nous offre de plus parfait , est d’une grande vérité d’expression ; accablé des souffrances du corps et des tourmens de Fesprh, ce beau jeune homme la laisse tomber sur son épaule , et l’on croirait qu’il cherche dans un Instant de sommeil * quelque relâche à ses maux. Toute cette figure , d’un dessin noble et soutenu, offre les mêmes beautés de détails que le n.° 5 , et toutes les grandes qualités , la vigueur de Michel-Ange : mars clic parle plus à l’ame; sa douleur parait plus morale qne physique 1 ; sn pose, plus noble, présente un plus beau développement dans toutes ses parties. De quelque côté qu’on la regarde, ia tête est empfehitc d’un sentiment admirable de dignité, de courage et de résignation. Si ce sont deux esclaves ou deux prisonniers, certainement celui-ci,, avant que le sort T eut réduit à cet état , était le maître ou le ohef de son compagnon d’infortune, qui n’offre que fc caractère d’un esclave : la main même, par sa délicatesse, indique une position plus élevée dans la société que celle de l’autre prisonnier, et décèle une vie plus recherchée; Michel-Ange l’a traitée avec un grand soin. Les pieds et quelques parties de cette statue n’ont pas été terminés. Je ne sautais dire ce que pouvait exprimer cette figure de singe ébauchée, qui tient au
tronc de l’arbre servant d’appui au prisonnier. Quoique à peine dégrossie , elle est pleine de caractère. Peut-être est-ce un jeu do Michel-Ange , ou peut-être a-t-il voulu , sous cet emblème , exprimer le génie du mal.
Ces deux prisonniers, différens de nature et de caractère, o firent à l’étude des artistes de beaux modèles de force et de cette expression qui convient à la sculpturë, et l’on y admire cette science profonde de d’anatomie que Michel-Ange faisait briller dans tous ses ouvrages. Les attitudes, quoique peut-être un peu forcées, sont saisies avec tant de justesse , le jeu des muscles est si bien étudié et si vrai , la chair si bien rendue sans détails superflus, que c,es figures font l'effet d’avoir été moulées sur la nature. Elles sont d’autant plus précieuses, que hors de l'Italie les statues de Michel-Ange sont très-rares; et où pouvaient-elles être mieux placées • que dans le Musée français ? Ce grand maître s’y trouve , pour ainsi dire , an milieu ou à la tête de ses élèves ; car c’est à ses leçons, à ses modèles ou à ses principes, que la France doit scs plus grands sculpteurs, les Jean Cousin, les Jean Goujon, et plusieurs autres dont nous parlerons. Ils furent ses contemporains , et , animés par l’influence qu’il exerça sur son siècle , ils reçurent et communiquèrent i’élan qu’il donna à la sculpture.
Ces deux belles statues, dont Robert Strozzi avait fait présent à François I. cr , furent données par ce prince au connétable Anne de Montmorenci, qui en orna son château d’Ecouen , d’où , après la mort de Henri de Montmorenci, son lits, elles furent enlevées parle cardinal de Richelieu; qui les transporta dans son château ; elles passèrent de là dans les jardins du maréchal de Richelieu, à Paris. Pendant la révolution, délaissées et méconnues, elles étaient sur le point d’être vendues à des marchands : M. Le Noir l’apprit et les sauva.
DES XVI. e , XVII.' ET XVlII.® SIECLES.