‹ Description des ouvrages de la sculpture francaise des 16.e, 17.e et 18.e siècles, exposés dans les salles de la Galerie d'Angouleme. Par M. le Comte de ClaracChapitre 6 sur 65 · PHILIPPE DE CHABOT, amiral de France, mort en · texte numérisé non relu

PHILIPPE DE CHABOT, amiral de France, mort en

1543 .—Statue en albâtre de Lagny, par Jean Cousin.

Long. l,577 m — 4 p. 10 p. 4 I.

Vêtu de sa cotte d’armes, qui recouvre son armure et sur laquelle sont brodées ses armoiries, ayant au cou le cordon de Saint-Michel et tenant à la main son sifllet en signe de commandement, l’amiral est couche', appuyé sur son casque , et semble se reposer, par un doux sommeil, de ses longues fatigues; son casque dont il a déchargé sa tête, et ses gantelets qui sont près de lui et n’arment plus ses terribles mains, prouvent qu’il n’est pas mort au milieu des combats , ce que l’on indique, sur les moniunens de cette époque, par le casque en tête, les mains couvertes de leurs gantelets et armées de l’épée. Cette statue , suivant Piganiol de la Force ,- a été attribuée à Paul Poncé ; mais il paraît positif que c’est l’un des beaux ouvrages de Jean Cousin, et, par la fierté de sa pose et la hardiesse de l’exécution , elle est digne du ciseau de Michel- Ange, dont elle rappelle le style. Malgré l’armure, le corps a beaucoup de souplesse; la tête , pleine de force et de caractère , est d’un bon travail; on y retrouve un peu du style des têtes antiques d’Hercule , et la manière simple et large dont cette ■figure est drapée , a beaucoup de rapport avec celle de la belle statue connue sous le nom de Phôcion. Une partie des armoiries dont est blasonnce la cotte d’armes ,

S • Ml'SLE DE LA SCULPTURE FRANÇAISE pSt partante. Le petit poisson à grosse tête plate sc nomme chabot clans le Poitou, à ce que nous, apprend MifFin, dans ses Antiquités nationales , liv. i, png. 55. Les chevaliers déployaient nn tel luxe dans leurs oottes <Tarmo9, qu’on fut oblige’ de le restreindre : elles étaient souvent de drap d’or ou d’argent, relève de broderies en bosse et d’armoiries, et ornées de pierres précieuses et de perles; il y en avait aussi fartes de petits annènux 0*1 mailles d’acier, quelquefois entremêlées d’or, et qui étaient plus propres au combat, U est facile de recon. naître dans la forme de la cotte d’armes celle du sagum des anciens Gaulois , ceDfe de la saie et du sayon des anciens chevaliers , dont les blouses peuvent donner une parfaite idée. Le monument de Philippe de Chabot lui fut élevé, ata Célestins , par Léonor de Chabot, son fils. Philippe, fils de Jacques de Chabot et de Madeleine de Luxembourg, était très-airac de François I. er , à qui il rendit de grands services par ses talens militaires et par sa valeur : il fut fart prisonnier avec lui à Pavie , en 1525. ï! était sur Te point de faire la conquête du Piémont, lorsque les intrigues du connétable Anne de Montmorcnci et du cardinal de Lorraine l'arrêtèrent au milieu de 9es succès. Ils parvinrent même à Iefaire condamner, comme concussion narre, à une forte amende qu’il ne fut pas en état de payer , et pour laquelle on le fit languir deux ans en prisoo. Cependant François F." Fen fit sortir et lui rendit ses emplois. Après sa mort, son procès fut revu, l’arrêt qui le condamnait cassé ; et son innocence pleinement reconnue* Parmi les belles peintures en émail -de Limoges qui ornaient le tombeau de François I. or , aux Petils-Aûgustins, on en voyait une de Léonard de Limoges, d’après les dessins de Jannet, peintre célèbre du temps do Henri II, qui représentait Philippe de Chabot en S. Paul. Il fallait <pi’il eût unç affection particulière

des xvi*', m* et xvm.-' eifcaE*. 9

pour oc saînt , car Jean Cousîn l’avoft placé , avoc Molchisédech, sous son tombeau; Hs soutenaient une petite figure de femme qui représentait la Fortune.

10. Le BAS-RELIEF du piédestal ofire un des anoetres de Philippe de Chabot et sa femme, La composition et Pexc'cution ne manquent pas de mérite ; la poso des personnages est bonne, et , par son abandon , convient bien au sommeil dans lequel ils sont plonges.

Long. 1,350™ — 4 p. 1 po. 1 1.

Dans les petits côtés du sodé, on a enoastré des couronnes sculptées par Anguier.

Jean Cousin , selon les uns, naquît Ton 146J, à Soucy, près Sens } selon d’antres , on ne sait pas l'année de sa naissance , ot celle de sa énort Ost placée, tantôt en 1550, tantôt en 1589. Cette dernière daté paraît la pins jnatc ; et en effet, le monument de Charles - Quint , mort en 1 558 , lo mausolée de Diane de Poitiers, morte en 15G7, deux ouvrages cxe'cutés par Jean Cousin , no permettent pas do rapporter à fan 1550 l’époque de ' sa mort. Donc? d’un vaste ge'nie! pour toutes les parties des heaux-arts, ce grand homme fut un des premiers, sous l'influence de François 1.", à Tes relever en France, et à leur donner cet essor qui Tes porta h un si haut degré. Dans sa longue carrière, que Ton peut comparer à celle de Michel Ange, il put, ootnmo lui, diriger long-temps par ses conseils et ses exemples l’école française , dont on peut le regarder comme le fondateur. On sait très-peu do choses do sa vie ; mais il. est à croire qu’il voyagea en Italie et qu’il y profita des leçons *" de Michel - Ange. Il so pénétra si bien de son style et de sa manière , qu'au premier coup-d’œil ses ouvrages , soit eu peinture , soit en sculpture , paraissent être sortis de la main de ce grauJ maître ; et l'on doit se féliciter d’avoir pu réunir dans la même salle le maître et Télèvc , chefs tous deux, l'un de WeoT#dc sculpture de France , l'autre de Celle d’Italie.

Grand sculpteur, peintre habile,- savant anatomiste, Jean Cousîn fut aussi fun de nos jneilleurs peintres sur verre, et, ne

dédaignant aucune partie des ails, il fit de charmantes sculptures en ivoire. Au reste , on sait que les artistes de cette époque féconde en talcns ne négligeaient aucune branche des arts : Albert Durer , Michel-Ange , Jean de fioiogne , exécutèrent en bois et en ivoire les ouvrages les plus soignés , les mieux étudiés et les plus délicats. Parmi les plus beaux morceaux qui nous restent de Jean Cousin , on doit citer, en peinture, son Jugement dernier, que l’on voit au Musée royal; composition comparable , pour l’énergie et la fierté du dessin , à celles de Michel-Ange ; les peintures sur verre qu’il fit pour Auet, Yincennes, Sens, sont mises au premier rang. Quant à ses travaux en sculpture , outre la statue de Philippe de Chabot , les plus remarquables sont celles qu’il fit pour le tombeau de Diane de Poitiers; le beau monument quelle fit c'Icver à son époux , Louis de Brézc' , à Rouen, et le monument de Charles- Quint, en bronze. Il fut aussi chargé des arabesques et des vitraux du château d'Anet. Son S. Sébastien en ivoire , de quinze pouces de haut, que l’on voyait aux Petits-Augu^tins, est d’une grande beauté. Jean Cousin a laissé, sur l’anatomie et sur les proportions du corps humain , des ouvrages qui sont encore estimés. Il n’est pomt parlé de cet habile sculpteur dans IV) ü- ’ vrage de d’Argenville intitulé Vies des fameux sculpteurs depuis da renaissance des arts. Bec. Paris, 1787.

1 1 . DIANE AU BAIN , par Allegrain. — Marbre. •

Haut. 1,650*“ — 5 p. 1 po.

La déesse, entièrement nue, le corps penche' en avant, paraît effrayée de quelque bruit qui alarme sa pudeur. Le sculpteur a probablement choisi le moment où elle s’aperçoit qde le téméraire Actéon a violé le mystère de sa retraite. L’attitude est un peu tourmentée ,' mais il y a des parties traitées avec souplesse et assez bien modelées. Cette statue et celle du n.° 1 , placées autrefois à Luciennes, ont eu dans leur temps beaucoup de célébrité, de même que le Narcisse du même sculpteur; elles n’ont

cependant été placées dans cctlc salle que faute d’en

DES XVI. c , XVII.* ET XVIII. 1 ' SIÈCLES. 11

avoir de plus anciennes, et qui cussènt été plus en harmonie avec celles de Michel-Ange et de Jean Cousin.

Alléguai!» , né à Paris en 1710, mort en 1795, avait une bonne cxe'cution; il eût eu du talent et aurait produit de bons ouvrages, s’il fût né à une époque où le goût eût été meilleur et les études plus sévères.

Page 1