Description des plantes vénéneuses du canton de Neuchatel à l'usage des écoles et des gens de la campagne
On sentait depuis longtemps le besoin d’un Traité tel que celui que nous offrons au public Neuchâtelois, spécialement destiné aux instituteurs et aux gens de la campagne ; c’est à la demande (lu Gouvernement, toujours disposé à répondre aux vœux utiles et d’un intérêt général, qu’il a été rédigé. îl l’est sans aucune prétention scientifique; au contraire, nous nous sommes attachés à le rendre aussi simple que possible et à éviter autant que nous l’avons pu, la nomenclature technique, afin de le rendre intelligible aux personnes auxquelles il est surtout destiné.
Si nous n'avons pas cru devoir nous borner à traduire un des ouvrages populaires qui ont paru en Allemagne sur les plantes vénéneuses indigènes, [c'est que nous n'en avons trouvé aucun ^ qui répondît spécialement à notre but ; ils nous ont paru ou trop étendus, ou trop scientifiques , ou donnant trop peu de place à la partie anecdotique, celle surtout qui est propre à intéresser des lecteurs : nous avons néanmoins tiré de ces différens ouvrages tout ce qu'ils nous ont semblé contenir d'utile et d’intéressant.
On nous fera sans doute un reproche, celui de n'avoir point parlé des champignons, qui jouent cependant un si grand rôle parmi les poisons végétaux ; mais c'est après mûre réflexion , qu'ils ont été exclus de ce Traité. Donner les caractères et les figures de quelques champignons vénéneux seulement, serait faire présumer que les autres sont innocents, tandis que tous, à peu d'exceptions près, doivent inspirer de la défiance; d'ailleurs les caractères qui séparent les espèces mangeables de celles qui sont dangereuses, sont souvent très-délicats et difficiles à saisir, et ne peuvent l'étre dans certains cas que par des botanistes exercés. On ne doit donc manger des champignons que quand ils ont été cueillis par des personnes qui les connaissent par une longue expérience, connaissance qu'aucune figure ni aucune description ne peut donner à des gens étrangers à la science botanique.
A défaut d’autre valeur, peut-être cet ouvrage aura-t-il au moins le mérite secondaire de faire naître , parmi nos populations, le goût de l’histoire naturelle et de donner de bonne heure , a
Tesprit des jeunes gens de nos campagnes, une direction utile qui les porte vers Tobservation de la nature, trésor inappréciable et l’un des plus propres, par les nobles goûts qu’il inspire, à les garantir des tentations du vice et des écarts où la paresse et le désœuvrement en entraînent un si grand nombre.
Nous ne finirons pas, sans adresser nos remerciemens à M. le professeur Agassiz , qui a bien voulu nous aider de ses conseils et surveiller l’exécution des planches, ainsi qu’à M. Louis Chapuis, pharmacien à Boudry, qui nous a fourni plusieurs notes intéressantes dont nous avons fait usage, sur plusieurs des plantes contenues dans cet ouvrage.
Neuchâtel, le 13 février 48^6.
Ch. Godet.