‹ Description des plantes vénéneuses du canton de Neuchatel à l'usage des écoles et des gens de la campagneChapitre 2 sur 17 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

On comprend, sous le nom de poisons végétaux, non-seulement les plantes dont le suc, introduit dans l’économie animale, peut donner la mort , mais encore toutes celles qui , mises en contact avec le corps, intérieurement ou extérieurement, agissent sur lui d’une manière délétère et peuvent produire des lésions plus ou moins graves sur les divers tissus.

Si quelques-unes , comme la Jusquiame , repoussent déjà par leur seul aspect ou leur odeur, il en est aussi qui , soit par leurs fleurs, comme l’Aconit, soit par leurs fruits , comme la Belladone, séduisent facilement les personnes imprudentes, surtout les enfans, habitués par instinct à tout cueillir et à porter à la bouche tout ce qu’ils tiennent à la main. D’autres de ces plantes dangereuses, comme la Ciguë , par leur fatale ressemblance avec des plantes usuelles alimentaires , sont souvent confondues avec celles-ci par des cuisinières ignorantes , et de graves accidens ne sont que trop souvent le résultat de cette fâcheuse confusion. Il importe donc.

surtout aux habitaus de nos campagnes , d’apprendre à connaître d’une manière certaine les végétaux dangereux de la contrée qu’ils habitent; ce qui n’est ni long, ni difficile, attendu que, dans la Flore de notre pays , le nombre des plantes nuisibles est très-peu considérable, en comparaison de celui des plantes utiles ou de celles qui n’exercent aucune action quelconque sur l’économie animale.

On peut diviser les poisons végétaux , d’une manière générale , en poisons narcotiques et en poisons acres. Les premiers exercent leur funeste action sur le système nerveux et sur le cerveau en particulier, et donnent lieu à des symptômes variés, comme engourdissement, pesanteur de la tête, somnolence, vertiges, sorte d’ivresse, état apoplectique, délire gai ou furieux, trouble ou perte momentanée de la vue , le plus souvent avec dilatation des pupilles, mouvemens convulsifs , faiblesse ou paralysie des membres , surtout des membres inférieurs , sensibilité diminuée des organes des sens, nausées, vomissemens, et enfin la mort. Les seconds agissent , par l’âcreté de leurs sucs , sur l’estomac et les intestins , ou extérieurement sur la peau, et y déterminent des inflammations et des lésions plus ou moins promptes ou plus ou moins graves, comme le Colchique, plusieurs espèces de Renoncules, etc. Il est aussi d’autres poisons qui participent aux deux propriétés dont nous venons de parler, et agissent en même temps comme poisons narcotiques et comme poisons âcres ; on les a nommés narcotiquesacres; tels sont surtout la Ciguë et la Digitale.

En cas d’empoisonnement par l’un ou l’autre de ces végétaux , que ce soit par la racine, par les feuilles ou par le fruit, et dés que l’on vient à se sentir subitement indisposé, il faut d’abord chercher à constater quelle peut être l’espèce qui a produit l'accident, et faire appeler sur-le-champ le médecin : on doit, en attendant, provoquer, par tous les moyens possibles, d’abondans vomissemens pour débarrasser l’estomac de la substance nuisible, en portant les doigts au fond de la bouche , ou en titillant le gozier

avec une barbe de plume, et en faisant boire abondamment de Feau tiède ou des boissons émollientes (décoction de mauve, de graine de lin , etc.), si la substance avalée est présumée de nature âcre ; par de Feau tiède acidulée de vinaigre ou de jus de citron , si le poison est de nature narcotique. Dans ce dernier cas encore, il faut que le malade reste debout ; on doit lui laver le visage avec de Feau fraîche vinaigrée, lui frapper sur le dos et chercher, par tous les moyens possibles , à le maintenir gai et éveillé. On peut aussi employer des lavemens de petit-lait , ou de miel et de sel. Si Faction du poison a déjà fait des progrès tels que le malade soit sans connaissance, il faut continuer à tâcher de le faire vomir, lui faire avaler une cuillerée de vinaigre, lui en laver la figure et lui frotter tout le corps, surtout Fépine du dos, avec des linges trempés dans du vinaigre.

Ces plantes dangereuses , dans lesquelles le Créateur a déposé une force si active, deviennent, la plupart, par Femploi quen fait la médecine , de puissans remèdes dont la vertu bienfaisante compense et au-delà Faction malfaisante : c’est aussi sous ce rapport que les plantes dont il va être question dans l’ouvrage que nous offrons au public, méritent toute notre attention. Ainsi, tandis que les poisons narcotiques produisent à forte dose les fâcheux symptômes que nous avons signalés, administrés avec prudence et à dose convenable , ils peuvent devenir d’excellens caïmans contre de violentes douleurs , et produire d’heureux effets curatifs ' dans plusieurs maladies ; de même aussi les substances âcres peu- ♦ vent se changer en excitans précieux et devenir, dans certains cas, d’utiles moyens de guérison.

Nous sommes loin , sans doute , de prétendre avoir passé en revue toutes les plantes indigènes signalées comme suspectes ; nous avons dû nous borner aux plus dangereuses et aux plus nuisibles : cela suffira pour le moment. Nous serions heureux si cet ouvrage, à la rédaction duquel nous avons apporté tous nos soins, atteignait le but que nous nous sommes proposé , en diminuant les chances

d’accidens ou en épargnant à quelques familles, sinon la mort d’un de leurs membres, du moins les inquiétudes que les empoisonnemens par des substances végétales n’occasionnent que trop souvent.

Dans un second fascicule nous ferons connaître quelques autres plantes qui , pour être moins dangereuses , n’en doivent pas moins être signalées comme suspectes , à cause des désordres qu’elles peuvent occasionner dans l’organisme de l’homme.

Toujours prêt à favoriser ce qui peut être utile, le Conseil d’Etat a non-seulement daigné encourager cette publication ; il l’a même prise sous sa protection spéciale, et en a fait tous les frais, en vue d’en mettre le prix à la portée de tout le monde.

Neuchâtel, en avril 1845.

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Belladone^

Ati'opû belladona.

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