LE COLCHIQUE D’AUTOMNE
Latin , Cokhicum autumnale L.
Allemand, Spinnhlume , Herbstzeitldse.
Vulgairem^, Safran bâtard^ Veülote, Velvote^ Tue-Chien , etc.
Nous voyous chaque année , au commencement de septembre ou d’octobre , nos prairies humides encore vertes , se couvrir d’une quantité de fleurs d’un rose lilas , à long tube , sortant immédiatement du sol et en apparence sans feuilles. C’est le Colchique d’automne , messager de l’hiver et dés frimats , connu généralement dans le vignoble sous le nom de pipi , et dans le canton de Vaud sous celui de Watsetta. — Le nom vulgaire de safran bâtard lui vient de sa ressemblance avec le safran d’automne , qui ne croît point chez nous. Quant au safran printanier qui couvre nos pelouses jurassiques à mesure que la neige en disparaît , il s’en distingue facilement par une fleur plus petite violette ou blanche , ordinairement striée de lignes purpurines , et par les feuilles très-étroites qui paraissent en même temps que les fleurs. Le Colchique appartient , ainsi que le Vérâtre ou Hellébore blanc, à la famille des Colchicacées , quoique ces deux plantes n’aient entr’elles aucun rapport apparent.
La bulbe du Colchique est ovale , arrondie et profondément enterrée , enveloppée d’une pellicule sèche et brunâtre ; elle donne naissance en automne à une ou plusieurs fleurs , assez grandes , d’un lilas pâle ou rosé , dont la base est un long tube grêle , qui se dilate au sommet en six segmens lancéolés , avec six étamines naissant intérieurement du sommet du tube. C’est au printemps suivant seulement, qu’on voit sortir de terre les feuilles qui sont grandes , planes, d’un vert luisant , ressemblant un peu à mesure qu’elles s’alongent, à celles du poireau, entre lesquelles apparaît, au mois de mai ou de juin , une capsule sèche à trois coques soudées inférieurement et renfermant un grand nombre de graines brunes et excessivement dures , quand elles sont mûres , mais tendres et blanchâtres avant leur maturité.
11 arrive quelquefois que la fleur, retardée en automne, ne paraît qu’au printemps suivant avec les feuilles. C’est un fait accidentel , qui a lieu surtout au sommet des montagnes , où le développement de la fleur est arrêté
par des froids plus précoces que ceux qui se font sentir dans la plaine ; c’est à cet état de la plante que quelques auteurs ont donné le nom de Colchique printannier.
Toutes les parties de cette plante , mais surtout la bulbe qui exhale une odeur forte et désagréable , contiennent un suc âcre et vénéneux , particulièrement au printemps. Les semences mûrissent en même temps que se fait la fenaison , et ont un attrait dangereux pour les enfans qui ont la mauvaise habitude de manger tout ce qui leur tombe sous la main. Aucun animal ne touche aux feuilles du Colchique. Une faible dose de cette plante mangée par un chien suffit pour le priver de la vue , et les graines mêlées au foin ont souvent déterminé de graves accidens chez les herbivores.
Les symptômes d’empoisonnement sont une forte inflammation dans la bouche, l’insensibilité de la langue, le flux de la salive, le serrement du cou, et suivant que la dose a été plus ou moins forte, envie de vomir , soif ardente, coliques, diarrhée et inflammation de l’estomac. On doit combattre ces accidens par des vomitifs, des boissons de lait tiède , des lavemens d’huile, etc. — Les cas d’accidens ne sont pas rares dans notre pays. Au mois de juin 1843, à la Brévine, trois enfans qui avaient mangé de la fécule dont la bulbe est presque entièrement composée , en éprouvèrent de vives douleurs : l’un d’eux succomba au bout de vingt-deux heures , et l’on ne parvint que difficilement à tirer d’affaire les deux autres en provoquant des vomissemens réitérés. — Au Locle , un médecin eut beaucoup de peine à sauver un enfant de trois à quatre ans , qui avait mangé des graines de cette plante. Averti , d’une manière en quelque sorte providentielle , de la cause de l’accident , il put administrer à temps un vomitif qui ne laissa pas au poison le temps d’agir ; des boissons adoucissantes, puis acidulées, ne tardèrent pas à amener la guérison.
Le Colchique est employé en médecine, comme remède puissant , contre le rhumatisme , la goutte , l’hydropisie , etc. Mais il doit être prescrit par un médecin éclairé. — Dans quelques parties de notre canton, les femmes se servent des feuilles pour en frotter la tête de leurs enfants et la débarrasser de vermine. Ce moyen peut quelquefois n’être pas sans inconvénient. Un usage tout-à-fait innocent qu’on fait des feuilles dans nos campagnes, est d’utiliser la belle couleur jaune qu’elles fournissent pour teindre les œufs de Pâques. Ce sont alors les enfans qui se chargent d’aller cueillir pour leur mère de la pipi dans le verger voisin, quand Pâques n’arrive pas de trop bonne heure.
LilK. âe Nie oleU' Neucliatel
Teralre 1)1 anc,
Veratrum album
LE VÉRATRE BLANC.
Latin, Veratrum album L.
Allemand, Germer, Weme Nüsswurz Allemand suisse, Krœtzeren, Gerheren.
Vulgairement, Hellebore blanc, Varaire, Varaso.
Le nom à' Hellébore blanc est celui sous lequel cette plante était connue des anciens médecins , quoiqu’elle n’ait aucun rapport avec le véritable Hellébore : elle appartient à la famille des Colchicacées , et est fort commune dans les hauts pâturages de notre Jura , à Chaumont , aux Loges , à la Tourne , aux Planchettes , etc. Elle fleurit en juillet et août.
Sa racine fraîche exhale une odeur nauséabonde ; elle est épaisse, charnue et formée de fibres réunies en touffe. La tige est droite , simple, cylindrique , haute de trois à quatre pieds , garnie de feuilles alternes assez grandes, ovales-elliptiques, un peu velues en dessous, plissées dans leur longueur et embrassant la tige par les gaines qu’elles forment à leur base. Les fleurs sont disposées au sommet de la tige en une ample panicule , dont les rameaux , les pédoncules et les pédicelles sont légèrement velus ; elles sont d’un blanc jaunâtre ou verdâtre , à six divisions ovales-oblongues , un peu dentelées et médiocrement étalées , avec six étamines plus courtes que les divisions de la fleur. Le fruit se compose de trois capsules réunies par la base, libres au sommet et renfermant un grand nombre de graines.
La racine est la seule partie de cette plante employée en médecine : elle est âcre et amère ; lorsqu’on la mâche , elle excite la salivation et détermine sur la langue une impression brûlante qui passe difficilement ; elle est tellement Vénéneuse qu’elle fait périr les lapins , les chats et les chiens sur les plaies desquels on en applique l’extrait ; les feuilles aussi purgent violemment les brebis et même les chevaux , et les semences sont funestes aux oiseaux de basse-cour.
La feuille du Vératre a quelque ressemblance avec celle de la Gentiane jaune , qui croît dans les mêmes localités ; il importe de ne pas confondre ces deux plantes et d’apprendre à les distinguer, ce qui n’est pas dillicile, le Vératre ayant les fleurs verdâtres , tandis que la Gentiane dont nous parlons , les a d’un beau jaune formées et disposées tout autrement.
Les femmes du peuple se servent souvent de la poudre de Vératre pour débarrasser de vermine la tête de leurs enfans , et on a quelques exemples d’accidens causés par la substitution de cette poudre au poivre ou à telle autre substance en poudre. Les elFets , quoique rarement mortels , donnent lieu à des vomissemens pénibles , des vertiges , des défaillances et des convulsions , etc. Dans ces cas , il faut favoriser les vomissemens par un émétique ou avec du thé de mauve miellé.
La racine fraîche de cette plante , ainsi que la poudre de la racine séchée , sont aussi employées dans quelques endroits de notre pays contre la gale des hommes et du bétail. On la prépare en la faisant cuire avec du beurre ou en la mélangeant avec une substance grasse quelconque. Ce ^ moyen n’est pas sans danger; on a vu des cas où des moutons soumis à ce traitement ont enflé et péri.
Cette poudre sert encore à faire éternuer, et entre dans la composition du tabac connu sous le nom de Schneeherg ou tabac céphaliqae. Ce remède , rarement utile , ne doit être employé qu’avec prudence et discernement.
. itlv.de Nie olfi t à N euchalel
Ci^uë tacKée,
Coniuin macul aluni.