‹ Description des plantes vénéneuses du canton de Neuchatel à l'usage des écoles et des gens de la campagneChapitre 7 sur 17 · LA GRANDE GIGUE · texte numérisé non relu

LA GRANDE GIGUE

Latin , Conïum maculatum L.

A 1 lemand , BlutscluerUng .

La famille des Ombellifères , dans laquelle vient se lanjjei* le poison dangereux dont nous allons parler , est facilement reconnaissable , parmi les autres familles , par le caractère général de son inflorescence ; mais les genres et les espèces qui la composent présentent en même temps des caractères communs qui les rendent difficiles à distinguer les uns des autres. En effet, presque toutes les plantes de cette famille très-nombreuse, ont des feuilles très-découpées en lobes nombreux avec de larges gaines qui embrassent la tige à sa base : le rameau qui porte les fleurs , se divise à son sommet en un plus ou moins grand nombre de rayons primaires , disposés comme les branches d’un parasol (ombelle) , et partant du même point. Chaque rayon primaire se divise à son tour en plusieurs rayons secondaires , qui portent les fleurs à leur sommet et forment , par leur réunion , Vombellule. Quelquefois cependant ces rayons secondaires sont si courts , que les fleurs paraissent réunies en une tête serrée , comme cela a lieu pour VOEnanthe. A la base des rayons de l’ombelle se trouvent souvent quelques petites folioles , auxquelles on a donné le nom à'involucre , et qui man- (juent dans un certain nombre de genres ou d’espèces ; à la base de Vombellule se développent de même ordinairement un certain nombre de ces petites folioles qui ont reçu le nom ôüinvolucelle. Les fleurs sont le plus souvent blanches ou un peu rosées , plus rarement jaunes : elles sont petites , composées de cinq pétales ordinairement échancrés en cœur à leur sommet avec une petite pointe , le plus souvent égaux , mais quelquefois aussi inégaux, les deux pétales extérieurs de fombellule prenant plus d’accroissement. Le calice est peu apparent ou nul : cinq étamines et deux styles complètent la fleur. — Le fruit , qui se développe sous la fleur , est composé de deux coques , soudées ensemble , renfermant chacune une graine et se séparant à la maturité. Ces coques extérieurement sont hsses ou le plus souvent marquées de côtes saillantes ou d’ailes dont le nombre et la forme présentent le meilleur caractère pour la distinction des genres ; mais ce fruit est souvent imparfaitement formé , quand la plante est en fleur : il faut donc alors recourir à des caractères secondaires plus ou moins variables pour arriver à la connaissance de l’espèce et faire un examen bien attentif des plantes de cette famille , puisqu’à côté des végétaux les plus utiles , comme Vanis, le cumin y le fenouil , le persil , le cerfeuil y le céleri , la carote etc. , elle comprend des poisons plus ou moins (.langereux , comme la Ciguë y VÆnanthey VÆthuse etc., qui peuvent être facilement confondus avec les végétaux 'précédens.

La grande Ciguë ou la Ciguë tachetée est assez commune le long des murs , surtout aux environs d’Hauterive et de la Coudre , aux bords des haies et sur les décombres ; elle se rencontre même assez souvent dans les jardins , à côté du persil et du cerfeuil , avec lesquels elle a été souvent confondue, ce qui a donné lieu à de fâcheux accidens. — Elle fleurit en juillet et août.

Sa racine est bisannuelle , blanchâtre, et se présente sous la forme d’une rave alongée qui donne naissance à une tige droite , fistuleuse , de quatre à cinq pieds de haut, très -rameuse et marquée ordinairement de taches livides couleur de sang. Les feuilles d’un vert foncé un peu luisant , sont deux ou trois fois ailées , à folioles profondément découpées en lobes dentés et incisés , et portées sur des pétioles fistuleux élargis à la base. L’ombelle est formée de huit à quinze rayons, ayant à sa base un involucre de trois à cinq petites folioles réfléchies et membraneuses au bord ; les ombellules se composent de dix à vingt petites fleurs blanches à pétales égaux, échancrés au sommet, et ont à leur base un involucelle de trois à quatre folioles ovales et pointues. Le fruit est ovale-arrondi , composé de deux coques arquées , à cinq cotes crénelées ondulées. (*)

La Ciguë exhale une odeur désagréable , qui devient plus sensible quand on la frotte entre les doigts ; aucun animal n’y louche , excepté les chèvres et les moutons. Les suites de l’empoisonnement par cette plante , sont , en général , des vomissemens , des défaillances , le délire et la mort , si les secours n’ont pas été promptement administrés. Le traitement est le même que celui qui est employé contre les autres poisons narcotiques.

Les Grecs et les Romains regardaient , à tort ou à raison , le vin comme le meilleur antidote contre le suc de la Ciguë.

Cette plante est probablement celle du suc de laquelle les Athéniens se servaient pour faire mourir ceux que l’Aréopage avait condamnés. C’est donc à elle que reviendrait le triste honneur d’avoir donné la mort au plus sage des Grecs , à Socrate.

Observation. La Ciguë aquatique (cicuta virosa L.) qui croît dans les étangs et les eaux stagnantes , n’a point encore été trouvée dans notre canton ; elle se distingue facilement par ses feuilles , dont les divisions sont alongées , linéaires-lancéolées et dentées en scie , et par ses fruits dont les cotes ne sont pas crénelées : elle possède les mêmes propriétés vénéneuses que la grande Ciguë , surtout les jeunes pousses et la racine qui a quelque ressemblance avec celle du céleri.

{*) Dans le persil, les côtes du fruit ne sont point ondulées ni crénelées, et les pétales ne sont pas échancrés au sommet. Dans le cerfeuil, le fruit est linéaire, aloiigé et pyramidal, marqué de côtes très-peu apparentes à la base.

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Oenaiiüie fisluleuse^

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LŒNANTHE FISTULEUSE.

Latin, OEnanthe fistulosa L,

Allemand, Rehendolde^ Kropfwurz, Drüswurz. Vulgairement, Filipendide aquatique.

Cette plante, qui appartient encore à la famille des Ombellifères , n’est pas rare dans les fossés remplis d’eau , aux environs d’Epagnier , du Pont de Thielle et du Landeron ; elle fleurit en juillet et août.

Sa racine est formée d’un faisceau de fibres plus ou moins épaisses et alongées. Sa tige est droite, fistuleuse, parfaitement glabre , haute d’un à deux pieds. Les feuilles inférieures sont deux ou’ trois fois découpées , les supérieures simplement ailées , à trois ou sept folioles linéaires et portées sur de longs pétioles fistuleux ; l’ombelle a trois ou quatre rayons et est ordinairement dépourvue de collerette ; les ombellules sont resserrées en têtes globuleuses avec un involucelle de plusieurs folioles. Les fleurs sont blanches, à pétales souvent inégaux ; le fruit est oblong , sillonné , surmonté par les dents du calice et couronné par deux longs styles.

L’Œnanthe est une plante suspecte qui n’est jamais broutée par le bétail; il faut surtout se défier des fibres de la racine et des fruits. L’espèce la plus dangereuse de ce genre, l’CEnanthe à suc jaune {OEnanthe crocrata L.) nè croît point en Suisse, mais dans la France occidentale; ses effets sont encore plus redoutables que ceux de la Ciguë.

En général , il faut plus ou moins se défier de toutes les Ombellifères qui croissent dans les terrains marécaî^eux.

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Lilk deNLColetà.N'eucKaïel.

Aconil Tue-Loup,

Ac oui tum- Ljc O ctonuiix .

L’AGONIT NAPEL.

Latin , Aconïtum napellus L.

Allemand, Sturmhut, Eisenhut.

Vulgairement, Coqueluchon, Madriette, Capuchon de moine ^ etc.

S’il est des plantes qui , à la première vue , repoussent déjà la main prête à les cueillir, il en est d’autres d’autant plus dangereuses qu’elles cachent leurs propriétés nuisibles sous un voile trompeur. Tel est le Napel, fréquemment cultivé dans les jardins , mais qu’on trouve aussi à l’état sauvage dans les lieux couverts et humides des montagnes de notre canton , par exemple, à Chasseron , à Fleurier , le long de la Reuse , dans le vallon de Buttes , aux environs des Brenets , à Chasserai , à la Combe Biosse , etc. Il fleurit en juillet et appartient à la famille des Renonculacées.

Sa racine est formée de deux ou trois tubercules ressemblant au navet, ce qui lui a fait donner le nom de Napel. Sa tige, de deux ou trois pieds de haut, est droite ordinairement simple à la base , mais souvent ramifiée vers le sommet en rameaux dressés et disposés en pyramide. Les feuilles sont glabres , d’un vert luisant en dessus , plus pâle en dessous , pétiolées et profondément divisées en cinq lanières lancéolées qui sont elles-mêmes plus ou moins profondément incisées ; les feuilles florales sont sessiles, plus petites et plus entières. Les fleurs, de couleur bleu foncé , sont dispo- I sées en belles grappes pyramidales et portées sur des pédoncules dressés. Le calice n’est point verdâtre , mais il est formé de cinq folioles bleues,

I dont la supérieure , plus développée que les autres , est recourbée en ' forme de casque et renferme les pétales proprement dits , dont les deux supérieurs, sous la forme de petits capuchons roulés en dehors, sont i portés sur un long filet arqué, tandis que les inférieurs ont la forme de petites écailles. Le fruit est formé de trois capsules sèches, un peu divergentes, terminées par le style recourbé.

Les feuilles du Napel ont généralement une odeur forte et une saveur âcre ; elles sont vénéneuses , ainsi que les racines et les graines. Cette plante n’agit pas seulement sur le système nerveux , mais aussi sur le système intestinal, et elle doit être rangée dans la classe des poisons narcotiquesacres.

Nous avons dans notre pays une autre espèce d’ Aconit, assez commune dans notre Jura, et dont nous donnons aussi une figure; c’est l’Aconit tue-loup {Aconitum lycoctonum L), dont les fleurs sont jaunes et les feuilles moins profondément découpées ; elle possède , quoiqu’à un moindre degré, les propriétés dangereuses communes à toutes. les espèces de ce genre; mais, en général , le suc des Aconits à fleurs jaunes est moins énergique que celui des Aconits à fleurs bleues. On prétend que le miel doit souvent sa qualité vénéneuse aux sucs recueillis sur ces plantes par les abeilles dans les pays de montagnes.

La plus redoutable des espèces d’ Aconit croît sur les montagnes de l’Inde; c’est V Aconit féroce , nommé par les indigènes atroce , et dont ils se

servent communément pour empoisonner leurs flèches. Les poètes ont fait naître l’Aconit de l’écume de Cerbère.

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Seconde livraison.

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LA PARISETTE.

Latin , Parts quadri folia L.

Allemand, Einheere, Wolfbeere.

La Parisette est voisine du muguet et de Pasperge ^ quoiqu’elle n’ait avec ces deux plantes aucune ressemblance apparente. Elle appartient à la famille des Smilacées , et fleurit à la fin de mai , au bord des haies ou dans les bois ombragés. Elle est aussi connue sous le nom vulgaire de raisin de renard.

Sa racine, noueuse et vivace, de la grosseur d’un tuyau de plume, rampe horizontalement sous le sol. Sa tige est simple , droite , glabre et s’élève environ à la hauteur d’un pied ; elle est nue dans le bas , mais munie vers le sommet de quatre feuilles larges , à bord entier, pointues au sommet, attachées en croix au même point. Quelquefois, mais rarement, ces feuilles sont au nombre de cinq , même de six. Du milieu de ces feuilles s’élève un pédoncule, long d’un pouce et plus , portant à son sommet une fleur dont l’enveloppe extérieure est composée de quatre feuilles verdâtres lancéolées, et l’intérieure de quatre segmens plus étroits, linéaires, d’un jaune verdâtre passant au pourpre ; huit étamines entourent le fruit arrondi , d’un violet noirâtre et de la grosseur d’une cerise. Ce fruit qui rappelle celui de la Belladone, esta quatre loges, qui renferment chacune six à huit graines. Il mûrit en juillet et août.

La Parisette , autrefois en grand usage dans les pharmacies , mais maintenant peu employée , est une plante dont il faut se défier : elle contient un poison narcotique âcre qui se manifeste dans sa racine qui est émétique, et surtout dans le suc rougeâtre de la baie qui produit des vomissemens , des crampes d’estomacs et d’autres symptômes fâcheux. Les feuilles participent plus ou moins aux mêmes propriétés.

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