‹ Description des terrains volcaniques de la France centraleChapitre 15 sur 32 · GROUP£ DES MONTS DOR£S · texte numérisé non relu

GROUP£ DES MONTS DOR£S

surface très éten^iue, et leur peu de continuité, l'indépendance des assises intercalées , ne per^ mettent guère de douter que les éruptions eurent lieu sur les points où ces produits en place se retrouvent, sans qu'elles aient fait partie du ' cratère 4'un volcan central, ni d'aucun appareil qui puisse être comparé aux appareils volcaniques actueUement en activité. Ces éruptions n'eurent entre elles d'autres relations que leur concentration dans un espace circonscrit, et autour d'un point central où elles furent plus fréquentes et plus énergiques. La partie antérieure de la vallée des Bains, depuis le ravin de la Craie, jusqu'au puy Gros, est évidemment ce point central \ ear nulle part les épan-' cbemens trachy tiques ne sont aussi multipliés , aussi puissans; et la conservation des déjections pulvérulentes et scoriformes qui ont accompagné leur émission , et qui ne se retrouvent pas dans les autres localités avec ces caractères de fraîcheur , désigne ce point cor'nme le foyer principal : mais sans que la disposition des produits de ces éruptions puisse en aucune manière faire supposer l'existence d'un appareil volcanique à cratère , ou d'un grand cône écroulé.

laa CHA.PITIIB IV.

gr^^tiî>n ^'*^" ^^ éruptions ne se bornèrent pas à rémission de laves ; une partie des tufs fins et homo^ gènes, friables ou endurcis , nous représente des déjections pulvérulentes ; les ponces qu'ils renferment quelquefois, et qui abondent dans les conglomérats, surtout aux environs d'Orcet, sont des scories qui ne sont pas les seules de cette époque, puisqu'on trouve des trachytes scorifiés dans un grand nombre de roches d'aggrégation, et que plusieurs couches en sont exclusivement composées. Ces roches peuvent quelquefois être considérées comme presqu'en place ; par exemple lorsque leur nature est d'accord avec celle de la lave en contact, prenant avec elle l'apparence pyroxénique ou ponceuse, et que rien n'annonce d'ailleurs qu'elles aient éprouvé de transport. Ainsi à la grande cascade, les roches d'aggrégation sont éi^idemment stri^tifiées par le concours des eaux, mais les trachytes inférieurs paraissent en rapport direct avec la composition un peu pyroxénique des brèches en contact ; tandis que le trachyte supérieur repose sur des conglomérats de* nature plus feldspathique.

Le gisement des obsidiennes est encore un

GROUPE DKS MQNTS DORES. ia3

exemple de la relation des roches d'aggréga»

tion avec les roches eu places auxquelles elles sont associées. Sur la route de Murât , au-delà du ravin de l'Usclade , se trouvent ces obsidiennes en masses intercalées. Elles sont peu vitreuses, et porphyroïdes; la variété noire prend une cassure quelquefois testacée , et passe aux perlites ; la variété, d'un vert clair , passe à la ponce. En se dirigeant vers l'ouest, les tufs de Pessy succèdent à ces obsidiennes, et seuls de tous les tufs des monts Dores, ils contiennent des petits fragroens arrondis , et qui atteignent jusqu'à la grosseur d'un pois, d'obsidienne blanche opaque et nacrée , ou translucide et enfumée; on y voit en outre de plus gros f ragmens de roches plus ou moins vitreuses. Si l'on examine la position inférieure de ces tufs par rapport aux obsidiennes en place, sur la pente du groupe, n'est-il pas très probable que ces petits fragmais de perlites, ont été rejetés pendant l'émission des roches auxquelles elles se rattachent, et que les eaux qui stratifiaient les ponces broyées, les déjections pulvérulentes, les ont admis dans la composition de leurs dépôts.

Les roches d'aggrégation sont d'une puis-

J24 CUAPITRB IV.

sance de beaucoup supérieure à celle des trâchytes^ qui alternent avec elles ; ce qui est expliqué par la puissance des déjections contemporaihes. Ces roches de déjections plus ou moins remaniées par les^eaux^ ont été altérées et mélangées avec les détritus de toute espèce avec lesquelfS on les retrouve : c'est de ce mé-^ lange que résultèrent les tufs et les conglomérats ponceux, qui varient suivant la nature des roches qui les composent.

Ces roches sont constamment sti^atifiées ,.

et leurs couches dont l'épaisseur varie depuis les puissantes assises de plus de 50 mètres d'épaisseur 9 jusqu'à quelques décimètres, alternent non-seulement avec les trachytes, mais aussi entre elles.' Les bouleversemens de ces couches ne sont pas à beaucoup près aussi frappans que dans le Cantal , mais on observe cependant des perturbations évidentes , autour du pic Sancy, du puy Ferrand où elles ont été soulevées très près des sommités. L'action des filons qui les pnt traversées se manifeste le plus souvent par des altérations mineralogiques.

Les parties hétérogènes ont été soudées et scorifiées aux points de contact , de sorte que ces filons ont souvent pour salbandes, les con-

GROUPE DSS MONTS DORES. ia5

glomérats à deiQi fondus. Les altérations par infiltrations sont assez fréquentes et donnent un aspect ferrugineux aux roches. L'alunite de la vallée de la Craie fait partie des conglomérats; son gisement est sur la droite du ravin, et l'on ne peut y arriver sans difficulté: il^a été décrit par M. Cordier, et présente plusieurs^ variétés de roches : la variété compacte grise, siliceuse, et contenant des pyrites; la variété bréchiforme ; et la variété cellulaire remarquable par le soufre globuliforme que renferment ks cavités. L'aspect particulier, souvent siliceux de cette roche, son odçur quelquefois sulfureuse par percussion , la rendent facile à distinguer.

Les filons, les dykes trachy tiques que l'on Rions et dyk rencontre à chaque pas dans les monts Dores forment une autre classe de trachytes posté* rieurs à cette première période; car la plupart traversent dans toute sa puissance cette .masse superposée; et dans plusieurs cas, ils se sont épanchés à la surface des plateaux dont ils forment le couronnement. Les trachytes doiit ils sont composés, bien que très souvent identiques à ceux qui les ont précédés, ont des ca* ractères généraux de texture Compacte et ser-

1^6 CHAPITRE tV.

rée, de scorifications qui établisseut des passages aux basaltes, plus fréquens que dans les premiers. Leur structure est très fissurée , ordifiairement pseudorégulière; ils ont causé des altératioos très fréquentes dans les^roches qu'ils traversent.

Les filons sont abondans , on les trouve dans toutes les parties des monts Dores , mais ils sont principalement agglomérés eu plusieurs points; leur puissance varie depuis un mètre jusqu'à a5 et 3o , mais ils ne dépassent guère quelques mètres; leurs affleuremens forment des saillies plus ou moins considérables, quelquefois très prolongées. Au sud du val d'Enfer, plusieurs filons traversent les puissantes assises de con-^ glomérats qui forment toute la masse encaissante^ et vont affleurer au sommet où ils sont un peu épanchés , et où leurs saillies forment les pointes aiguës des Aiguillers. Parmi les nombreuses variétés des roches qui composent ces filons , on remarque iquelques tra^ chyte& rougeâtres porphyroïdes , et des trachytes homogènes , foncés gris et noirs , qui offeent des passages aux basaltes. Nulle part lesrochesne sont aussi variées que dans ce

grand ravin. La structure de ces filons est-

GROUPE DES MONTS BORES. la^

très fissurée , et passe quelquefois à de» prismes ébauchés , horizontaux. Les conglomërats au contact présentent des scorifications fréquentes, et l'influence volcanique de cette seconde émission de laves leur a fait prouver une fusion partielle qui les a consolidés, et leur a donné une apparence de trachyte, ou de brèche à ciment de lave. Les filons qui sont à l'ouest du pic Sancjr se rattachent au système des Aiguillers.

La haute vallée de la Dordogne en présente encore de nombreux exemples ; tels èont les afûeuremens que l'on remarque dans le ravin de la Craie, sur le plateau deCacadogne, etc.... et parmi lesquels Qn distingue le filon de trachyte noir buUeux que l'on rencontre en montant au pic Sancy, qui est accompagtié d'un pépérino, d'un brun verd&tre, et composé comme les pépérinos basaltiques de' l'agglomération d^ petits noyaux de lave noire compacte ou finement scorifiée. C'est ce pépérino qui se retrouve au sommet du ravin delà Craie, sa direction étaRt à-peu-près de l'est à l'ouest. Un puissant filon ferme l'entrée du vatde la Cour, et présente sur la gauche un bel exemple de structure prismatique; il s'élève à près

de loo mètres au-dessus du fond de la vallée , la roche constituante est un tracbyte granitoîde blanc grisâtre ou jaune, à cristaux petits et serrés, et contenant de Tamphibole vert:

peut-être en raison de sa puissance devrait-il être rangé plutôt parmi les dykes .

La route du puy Gros à Murât offre encore un gfand développement défilons de composition très variée; il y en a de phonolitiques et de basaltiques , mais la plus grande partie est trachytique. Les fiions se montrent même sur les plateaux de la banne d'Ordenche, de FUsclade. On en remarque un qui fait saillie sur le chemin qui passe au pied du roc de la Fille , composé d'un trachyte grisâtre cellulaire , porphyroïde ; près du roc d'Ourdine, on en voit plusieurs analogues. Enfin on trouve sous forme de filons, des trachytes scorifiés, entre autres au-dessus de TUsclade, un trachyte jaune altéré dans lequel les scorifications sont très nombreuses; et celui de trachyte ronge entièrement scorifié à structure fragmentaire et dont les cellules renferment souvent une matière verte. L'aspect de cette roche se rapproche en quelques points des spillites d'Oberstein ; elle se trouve à gauche en mon-

lïROUPB DES MOITTS DOAJBS. ISQ

taat au CapuciD> en face le village de^ Bains;

Les dykes en raison de leur masse sont naturellement bien œoins fréquens que les filons; celui qui frappe tout d'abord, est le dôme aiTondi du Capucin. Sa roche mise à nu par des exploitations , est un trachyte blanc grisâtre y compact, contenant des nodules d'amphibole , et très remarquable par des nœuds et des agglomérations de veines, d'une roche noire , très compacte à cassure luisante, dont les cdlules irenferment des cristaux de feldspath , et d'autres cristaux aciculaires bruns, prismatiques quelquefois irisés. La structure de la roche est grossièrement prismatique.

Cette structure est parfaitement développée dans un autre dyke que l'on rencontre en abordant Cacadogne, sur la gauche; C'est un massif puissant dont le prolongement forme une saillie dans la vallée de Chaudefour ; ilest composé d'un trachyte gris compact, un peu porphyroîde, en prismes très réguliers, et sur l'escarpement du nord présente une belle colonnade. Les prismes inclinent en divers sens; c'est le plus bel exemple de cette structure qu'ofïrent les trachy tes. Quelques autres dykes

|3o CBAFITRl IV.

trachy tiques affleurent sur les plateaux, mais sans être aussi bien caractérisés.

Enfip , l'on: est conduit à reconnaître une origine, analogue, et un âge de même posté* rieuiT à la» £Drmation<des premiers trachytes, k ces montagnes plus ou moins arrondies eqtièreitient composée d'un même trachyte , et qui surgissent au-dessus dés plateaux. Telles sont les montagnes qui dominent le plateau de l'Angle, et dont les pays de l'Angle et de la Tache sont les types. Ce dernier, entièrement composé de trachyte très feldspathique , à pâte blanche, empâtant des cristaux gros et abondans^ présente dans beaucoup de ses fissures des sublimations de fer olygiste spécu^ laire, en lames de toutes grandeurs.

L'ensemble de ces trachytes forme donc une seconde émission de roches poussées de bas en haut , s'injectant dans les fissures , perdant cette masse superposée et s'épanchantà la surface ou s'élevant autojur de l'orififce d'émissian en dômes, en montagi^es arrondies. viionoiiicB. ^"^ troisième émissiop de roches, comprise daCns la période trachytiqiie, est marquée par le développement des phonolitqs. Cette espèce de roches^ est presque exclusivement

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concentrée dans la partie nord du groupe, audelà du détour de la Dordogne; qui comprend les plateaux de la banne d'Ordenche, du puy Gros et du lac Guéiy. On rencontre bien dans quelques autres points dti groupe des affleuremens phonolitiques , mais ces exceptions sont rares. La végétation qui couvre tous ces plateaux empêche de déterminer quelles sont les formes affectées par les phonolites, qui ne se montrent bien à découvert que vers rextréinilé nord, au-delà du lac Guéry. Les roches escarpées, isolées, de la Sanadoire, de la Malviale et de la Tnilière, apparaissent tout-à-coup au-dessous des escarpemens abrupte^ des plateau^c qui se recourbent autour d'elles. Ces roches reposent sur les conglomérats ponceux.

La roche Sanadoire est massive , escarpée sm* toutes les faces; elle présente plusieurs variétés dé phonolites, la structure est fragmentaire ou en prismes qui se courbent en plusieurs poijnts. A Test , se trouve un phonolite écailleux gris A'^erdâtre , passant à une variété mouchetée de taches vertes , plusieurs blocs en tournant vers le nord contiennent du titane siliceocalcàiré en petits cristaux , et des

l3a CHAPITRE IV.

points d'haûyne. A l'ouest , le phouolite fonce en couleur , et devient compact , très tenace , à cassure éminemment céroïde, ou en feuillets très minces. La roche Tuilière est plus élancée ; elle présente vers Test une des plus belles colonnades qu'on puisse voir. Les prismes se divisent en dalles; les phonolites verts mouchetés y sont très abondans. Cette roche est représentée (pi. IV) les montagnes escarpées qui se recourbent autour d'elle , et de la Sanadoire, supportent le plateau du lac Guéry, et inclinent en pente douce vers le sud; elles sont formées de conglomérats qui présentent les tranches de leurs assises Iaux roches phonolitiques. Quant à l'origine à attribuer à ces masses phonoliti<}ues , on ne peut les considérer comme lambeaux d'une même masse; leurs caractères sont identiques sous ce rapport à ceux des mêmes roches dans le Cantal, et leur position sur les dernières pentes des monts Dores ne peut même faire supposer de dislocations importantes. Elles sont indépendantes et nées sur place. Les phonolites affectent aussi la forme de filons; la route de Murât , avant le ravin de l'Usclade, présente deux afiQeuremens de filons puissans , d'une com-

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positioD assez curieuse. La partie à droite de ces filons est d'un phonolite sain verdâtre, souvent tacheté; à gauche il se décompose et passe à une roche blanche « tendre, un peu nacrée, qui est identique à beaucoup de trachytes schistoïdes qui se retrouvent dans le Cantal, et surtout dans le Yelay»

Il est encore une autre espèce de roches Traciiyte«iBo. feldspathiques , désignées plus haut sons le nom de trachytes modernes, et qui, par leur position et la conservation de leurs formes , paraissent postérieures à toute émission des roches de cette nature. Elles se présentent sous forme de coulées longues et étroites, superposées aux plateaux supérieurs de la grande vallée; et toutes partent des pics et des masses gibbeuses qui constituent les «

points culminàns, et dominent la haute vallée. Ainsi, du côté de l'ouest, à partir de Cliergue jusqu'au puy de la Grange, on voit cinq de ces coulées qui se dégagent de dessous les points saillahs, et se prolongent vers l'ouest en suivant l'inclinaison du plateau. En se dirigeant du Capucin au rocCourlande,on monte et on descend successivement sur quatre de ces coulées, qui forment des bandes saillantes.

l34 CHAPITRE IV.

et parallèles sur la surface unie du plateau.

Ces coulées sont d'une conservation parfaite, elles n'ont subi d'autre altération que Fécroulemen tde leurs aspérités, et l'on peut en suivre les contours comme dans les couléeis modernes. Dans la partie supérieure elles se jsont quelquefois confondues de nâniére éprouver qu'elles sont contemporaines. De l'autre côté de la vallée^ une coulée analogue se dégage de dessous la masse saillante de Cùzeau ; elle a coulé vers le nord-est ; sa masse oblongue superposée au plateau de Du]:i>ise9 présente des contours saiilans et nettement dessinés. C'est un excellent type pour l'étude.

Elle est disposée comme dans la (pi. III). La position de ces coulées , Ja manière dont elles se dégagent de dessous les masses saillantes de Cuzeau'y de Cliergue, du puy de la Grange, font présumer que leur émission a un rapport direct avec l'exhaussement de ces masses.

Les roches dont elles sont composées sont des trachy tes homogènes gris , compacts à cassure inéggle.Dans lescouléesdel'ouest, ces trachytes contiennent des points abondans d'une sub^ stance jaunâtre difficile à déterminer^ surtout dans les deux premières du côté du nord, m^is

GROUPE DE& MONTS DORES. f35

{|oi dans les* suivantes est fin péridot vert dan* parfaitement caractérisé. Daiss la coalée de Guzeau, ta rocfae ne icontient pas de péridôb, élie est identique aux coulées feidspathiques modernes et fréqueiiimeiit icaractériséeipaf dii nâca. li est à remarquer qo'^iutoor da rôc fiuzeau OD trouve des socmes libres, rougéSi, etcoDteâàntde ce mémemicayeu paillettesroiugeâtres crîstaUines* Ces rociaies présentent aussi des crêlaux de feldspath 'Vitreù!x^ et des points, noirs cristallisés, qui serapportêntatapyroxène.

Outi'é les locailités mentionnées ^ on trou ve enëcMre en d'autres points de soulèveihent des épaincbemens analogues' ^ notamment vers l'ouest du rue Mareille ^ en a^aiit du groupe de TAJagle. La disposition de ces coulées dont les points d'émission, sont éloignés les uns des autres 9 indique comtnènt les trachytes ont pu s'épanebet* par des points d'éruption disséminéfty sans donner lieu à la forniation de cratères y et d'appareils volcaniques comiae dans les volcans actuels.

La nécessité de perturbations postérieures i^^'^^^^^J^ à rémîssian et au dépôt des rochesitrachy tiques ^«» <>»* ^°^^^ n'est pas commedansleCantal, impérieusement commandée par la position des roches et

l36 CHAPITRE IV.

leurs formes presque partout incoociliables avec leur formation , par des dislocations évi- .dentés et générales. Ces perturbations sont prouvées moins par ces argumens directs qui existent cependant dans les hautes vallées des Bains et de Chaudefour, que par rimpossibi- Uté d'arriver par toute autre hjrpothèse à la - configuration actuelle des. monts Dores. En effet les éruptions trachytiques , eoncorren^ ment avec l'action des eaux, engendrent une ^ gibbosité continue, traversée ensuite par des filons, des masses poussées de bas en haut qui en rendent la sur&ce inégale, hérissée d'aspérités. Cette gibbosité est ensuite abandonnée à l'action des agens atmosphériques, à la pression des eaux accumulées dans les dépres^ sions d'un sol montagneux.

Or, doit-on attribuer à l'action des eaux Fercavation de ces grandes vallées des Bains et de Chaudefour qui séparent les différens systèmes de plateaux. Non-seuleiùent dans cette supposition, il n'y aurait aucune proportion entre le volume d'eau agissant et les effi^ts produits; mais la forme intérieure des hautes val-' lées est inconciliable avec une pareille hypothèse. La valtée des Bains^ par exemple^ n'est

GROUPE OBS MORTS DORES. iS^

nulle part aussi large, au$»i profondément encaissée qu'à son origine, entre le roc Cuzeau et le puy de la Grange , ses dimensions sont tout-à-fait hors de proportion avec le petit cours d'e^u qui en sillonne le fond, car à mesure que le vqliime d'eau augmente, la vallée au contraire se rétrécit. Cette loi des vallées d'érosion dont les dimensions augmentent en raison du volume d'eau serait donc tout-àfait méconnue. Il y a plus: comment justifier ces escarpemens abruptes , presque verticaux de la haute vallée ; les plateaux de l'est et de l'ouest inclinent vers l'extérieur du groupe, de sorte que, si l'on prolongeait par la pensée ' ces plateaux , il en résulterait une crête saillante , les eaux , par suite de cette inclinaison , ne sont fournies dans cette partie que par la petite cascade de là Craie, et des sources latérales qui sourdent entre les assises superposées. Partout elles arrivent dans la vallée, par des pentes escarpées et sous forme de cascades , la Dore , la Dogne en sont des exemples frappans, et ces ruisseaux, qui sur leurs plateaux ont à peine creusé un ravin de quelques mètres, auraient creusé cette vaste et profonde excavation.

i38 cHAf>iTft« rv.

Quelques coMidérations de plus feront rejeter tout-à-foit cette hypothèse d'éro«îôïi ; ki (pi. II) représente \e val d'Enfer, et le val de là Cour; Tarete qui lés ^pare est de conglomérats, et le puissant fiion de trachyte granifoîde, eu forme la partie antérieure, et fer^e rentrée de la vallée de la Cour, de manière à lui don ner la forme d'un cratère. Les ruisseaux qtii sortent de ces deux petites vallées proviennent de sources intérieures, car le plateau supérietir incline àcontrepente. Cette vue est prise du roc Cuzeau , en a est le ravin de la Craie 9 le petit filet d'oau qui tombe du haut de cet escarpement n'a pas même creusé sur te jiJateau supérieur un petit ravin ; c'est une source peu abondante. Cette partie de la haute vallée présente les formes les plus incompstifoles avec toute idée d'érosion ; ce ne sont pas les eaux qui ont creusé ces escarpemens; <jui ont encavé la vallée circulaire de la Cour, ni les. pentes inaccessibles du val d'£iifer; car, sauf l'exception du ravin de la Ci^aie , il n'y a d'eau que celles des sources et des suintemeus, des parties inférieures. Mais , en introduisant l'hypothèse dessoulèvemens,on retrouve dans la forme arrondie que suivent les grands escar-

GROUPE DE» MClinS OORES. iBgt

pemêos du plateau , à partir du promontoire deGbergueqai resserre la vallée , lesfovmes cir^ Gulaik^s du graad cratère de sou^ement du GmrtalV du cirque accolé de Font iisfe^noD:

Cette arête de conglomérats, qui sépare les deux valI^s de TËafer et de la Cour, a été soulevée >par la niasse de tracbyte qui la sop- |A$i*te , et qui est lé point central et culminant . àvi bombement remarquable du fond de la grande vallée, dont les eaux ont étéi^jetées du cèté de l'est. Par lessoulèvemens se trouve expliquée la position de certains conglomérats si près des sommités, l'exhaussement et la dislocation des plateaux.

Les monts Dores présentent plusieurs centres de soulèvement. Le principal est celui qui a déterminé la formation des hautes vallées des Bains et de Chaudefour. MM. £lie de Beaumônt et Qufresnoy ont vu , dans ce centre, un cratère de soulèvemçnt, dont la q*éte circulaire comprend ie roc Cuzeauy le plateau de Cacadogne, le puy Ferraud , le puy Gros, les Aiguillers , le pan de la Grange, et le puy Ciiergue , et dont lé point central serait occupé par la réunion de «filons du pic de Sancy et de ses annexes. Ce cratère de soulèvement

l4o CHAPITRE IT..

n'a pas Tévidence de celui du Oainlial^ Lst masse ^centrale du pic de Sancy tient essen^ tiellement au plateau de Garcadogne, et pav les Aiguillers , elle se lie au plateau de Touest. La partie sud de la eréte du cratère est fort mal dessinée et très basse: enfin tous les points saillans sont justifiés dans leurs formes, soit par des filons , comme les AiguiUers , soit par des dykes ou par des relèvemens causés par répanchement des trachytes modernes. Le puy Gros comme le puy Pailleret., comme le puy Cliergue, etc. , peuvent être très bien considérés comme les irrégularités primitives du sol. Les soulèvemens évidens ont eu lieu ici par plateaux , en pente abrupte d'un côté , en pente douce du côté opposé; la forme arrondie de ces soulèvemens est de plus très claire dans la pi. II; mais la question de la crête circulaire du cratère est une question dâicate ; car la partie présumée centrale pourrait , sous plusieurs rapports, être considérée comme appartenant à la crête. circulaire, plutôt que le puy Gros. En effet les plateaux du sud , audelà de Sancy, s'abaissent rapidement , et le groupe des monts Dores se termine de ce côté par les montagnes du puy Gros et de Pailleret,

GROUPE DES» MONTS BORES* l4l

pkcés sur les pentes de ces plateaux. La crevasse de déchirement serait donc vers la base des escarpemens du val d'Enfer et de la Craie. Le soulèvement des plateaux de Cacadogne et de la Durbise, a déterminé la vallée de Chaudefour, qui , de ce côté , présente la plus grande confusion dans la disposition des masses constituantes, tandis que toute la partie est, à partir du puy Ferrand, se compose d'alternances très régulières et peu disloquées. La. forme affectée par le soulèvement, dont les masses phonolitiques de laTuilièreet de la Sanadoire forment le centre, est beaucoup, plus évidente. Autour d'elles, les montagnes de l'Aiguiller de I^ouère, etc.j présentent des pentes abruptes , faisant face au nord, çt qui se recourbent en forme de demi-cercle. La Tuilière , environnée de son quart de cercle d'escarpemens, est représenté (pi. IV). La roche Sanadoire, par une disposition analogue, complète le demi-cercle. Les conglomérats à blocs basaltiques et primitifs présententleurs tranches , et inclinent dans le sens des plateaux à pentes douces , qui sont supportés par ces escarpemens. C'est un cratère de soulèvement exécuté sur une plus petite échelle

l^^ CHAPITRE ÎV.

que le précédent, mais qui a beaucoup d'analogie avec lui , abstraction faîte de sa position différente. Ce qui est très remarquable dans celui-ci , c'est la position des phonolites , dont les masses occupent, comme dans le Cantal, le centre du cratère^ en reproduisant en outre les mêmes caractères de forme.

Ce soulèvement est lié à celui dû puy Gros, près de TUsclade et de la banne d*Ordenche , qui eut lieu en pente escarpée du côté du sud , et de l'autre en pente douce, c'est-à-dire dans un sens inverse au précédent, de manière que leurs pentes douces , diversement inclinées, se sont rencontrées, et il en est résulté des dépressions dirigées de l'est à l'ouest. Le lac Guéry occupe une de ces dépressions, et l'on remarque que de petits cours d'eau suivent ladirection de Test à l'ouest. L'émission des basaltes , qui forment là niasse culmi* nante de la banne d'Ordenche , et qui occupent des positions inférieures, autour du puissant massif trachytique qui couronne le puy Gros , paraît liée avec le soulèvement de ces plateaux. Enfin le soulèvement des plateaux de l'angle et de là Croix-Morand a complété J'encaissemeiit de la grande vallée , et l'a

6AOUPS DES MOITTS DORES. fJ^S

forcée , combiné avec ceux du puy Gros et de la banne d'Ordejache, à tourner subitement yûr& l'ouest. Il sembla en ^fet, d'après Texten^ sion bien supérieure des conglomérats, do coté de Test 9 puisqu'on les retrouve même de ^ l'autre côté de l'Allier ; il semble que les cours d'eau principaux durent d'abord avoir une direction contpire à celle que suit actuellement la Dordogne.

Le terrain basaltique est presque nul dans Terrain basau le centre des monts Dores; les masses les plus rapprochées sont celles du roc Courl^nde , de Prentigarde , dé p.oche-Vendeîx , de l'Ourdine, de la baniie d'Ordencbe , etc. Autour du grbuf>e, ils prennent plus de continuité et forment des co\ilées plus ou moins étendues , plus ou moins morcelées , près de Pessy, Murât, Laqueuille , la Tour, derrière Pailleret, et surtout à l'est, où tous les conglomérats $ont recouverts de lambeaux basaltiques qui se lient avec les basaltes plus récens de la Limagne.

Dans les monts Dopès , les basaltes ue se montrent que sous forme de fiions ou de dykes; à l'extériegr aie contraire , ils sont le plus souvent en coulées. Les filons n'ont guère plus d'un mette de ptiissahce , et leur direction

l44 CHAPITRE lY.

se rapproche de la verticale. Leur gisement principal est dans la niasse dû puy Gros. On ea voit beaucoup affleurer sur la route de Murât , au-dessus de l'Usclade et autour du roc d'Our-» dine.Les dykes du roc Courlande et de la banne d'Ordenche sont très remarquables : ils ont une forme grossièrement conique. Le roc Courlande est formé de basalte compact, quelquefois un peu poreux. Ce basalte contient souvent des cristaux de feldspath , et prend un aspect trachytique. On y trouve quelques noyaux de roches primitives, et plus souvent des fragmens de trachyte verdâtré empâtés, altérés, et dont la fusion avec le basalte , auquel il communique ses caractères , e&t très intéressante. Il ne reste souvent de ces fragmens trachytiques que des cristaitx de feldspath enveloppés d'une petite couche de pâte feldspa^ thique.

Le dyke de la Fille, qui domine le plateau de la banne d'Ordenche est composé de basalte compact. Vers le nord , ce basalte irepose sur des scories qu'il a amenées au jour. Ces scories sont rouges , caractérisées par des cristaux de pyroxène, qui se retrouvent dans le basalte.

Cette localité est surtout remarquable par l'as-

CROUPE DESl MONTS DORES. l45

sociation du basalte avec des rodies basaltiques porphyroïdes , à cristaux de pyroxène; et des dolentes particulières. Ces roches basaltiques sont très compactes, quelquefois bulleuses, d'une grande ténacité. On peut les subdiviser en trois variétés ; la première à pâte rouge homogène, avec cristaux de pyroxène également disséminés : cette roche est porphyroïde. Une seconde passe à la dolérite : elle est d'un noir foncé , on y distingue à peine les cristaux de pyroxène et de feldspath, Enfin , dans une troisième variété , le feldspath se détache en cristaux allongés d'un blanc mat: c'est une véritable dolérite. On rencontre en outre , vers l'ouest du ravin de l'Usclade, des dolérites écailleuses , dont les analogues se retrouvent, mais plus compactes, en blocs erratiques aux environs de Murat4e-Quaire. Les coulées extérieures qui environnent les monts Dores présentent des caractères analogues aux coulées du Cantal, et retracent les mêmes faits avec un moindre développement.

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l46 CHlMtKK V.

GOêmrmE cmqmàMis.

TSBRÀIN TRAGHTTA^UE.

Le terrain trachyliqne fut prolongé âtt M»d sét te i»ém« plateau «^Ue les n^onts Dôfes^ à une distance d'environ t â kilomètriôs de sè& dernières pentes , psir rémission de tr£Hîfa>f t^s domites. Cette espèa^ de roches côi^titcré quatre dômes arrondie ^ et aCitour d'eu* tjtrei*ques masses de moindre étendue. Ces quatre dômes se succèdent dans la direction générale du sud au nord : ce sont le puy de Dôme , le Petit-Suchet , Clierzou et Sarcouy. Leur hau-

MONTS DOMf TIQUES. t^J

teiir varie de 65o à moins de loo mètres. On trouve en outre le domite aux Gromanaux , au puy de Chopine et dans la plaine à l'ouest de ce puy. Il en existe encore quelques lambeaux de peu d'importance.

Les roches constituantes de ces divers gisemens appartiennent toates aux trachytes d^mite^. Les caractères généraux sont: pâte d'un blanc jaunâtre ou grisâtre , âpre au tou* cher; texture grenue , happant à la langue, d'une ténacité faible , mais ordinairement suf^ fisante pour servir de pierre de donstructîon. Les cristaux de feldspath, plus ou mdins abondans, sont petits^ mal terminés. On peut subdiviser ce^ roches en deux variétés. Dans la première ^ les cristaux de feldspath sont très disséminés et mal faits. La ténacité est faible ; quelquefois même la roche e^t pulvé* ruiente. Les couleurs varient du gris au jaune serin; il n'y a ni mica ni amphibole. Cette variété exi^e au puy de Dôme et au Sarcouy, on la trou'^e en quelques points décompbsée, donnant par le frottement Une odeittr d'acide hydrochlorique t, les cristaux de feM'^ spath ^yant pris une teinte jaune. Cette variété décomposée présente quelquefois datiè

l48 CHAPITRE Y.

ses fissures des incmstatious d'un blanc jaunâtre, en partie siliceuses. La seconde variété est plus compacte : le feldspath y est en cristaux abondans et plus distincts; le mica s'y trouve en paillettes cristallines, et l'amphibole en cristaux aciculaires. Enfin les teintes , quoique ordinairement claires, sont, dans quelques blocs, foncées et même noires. Cette variété constitue le puy de Clierzou. Les fissures des domites sont quelquefois tapissées de fer ' olygiste , surtout au puy de Dôme.

On a voulu long-temps faire une roche distincte de ces trachytes : on les a regardés comme des tufs modifiés par l'action volcanique , en s'appuyant sur des faits isolés et mal interprétés. Comme origine , la formation de ces dômes par le soulèvement des tufs , ne vaut certainement pas mieux que l'hypothèse de formation, par l'action érosive sur une couche de même épaisseur que le puy de Dôme , qui se serait étendue jusqu'aux monts Dores : elle est aussi inconcevable , aussi incompatible avec l'examen de la contrée. Si Ton considère , en effet, le puy de Dôme , en sup- .primant , par la pensée , les scories , les laves qui encombrent la partie inférieure, on re-

MONTS DOAIITIQGSS. j49

connaît que cette masse a peut-être plus de hauteur que de base. Or, comment concevoir qu'une pareille masse résulte du soulèvement d'une couche qui , à quelques kilomètres de là y n'existe pas sur le granité à découvert; et, quelle que soit l'épaisseur qu'on suppose à cette couche , comment faire exécuter un soulèvement aussi abrupte , aussi escarpé , sans que le sol primitif inférieur apparaisse au point culminant, comme cela se voit dans des soulèvemens beaucoup moins abruptes des Vosges et du Jura. D'ailleurs, considérés minéralogiquement,lesdomites du Cantal^ en filons bien constatés , diffèrent des trachytes porphyroïdes et homogènes , tout autant que ceux-ci. Les domites du Cantal et d'autres gisemens hors de la France sont des trachytes , et ils sont identiques à ceux des monts Domitiques.

Ce nouveau centre trachytique est remar-r quable par le développement considérable des domites , à l'exclusion de toute autre roche ; mais il l'est bien plus encore par la forme régulière de ses dômes isolés. Ces formes des trachytes massifs, en montagnes arrondies, existent bien aux monts Dores (groupe de l'Angle) , mais non pas avec cette régularité ,

fSo CHAPITRE V.

cette pureté de contours, qui sont àuk pitis haut intérêt pourla science. Les monts Domitiques sont placés sur la partie est du plateau relevé en pente escarpée du côté de Clermont, et qui s'abaisse en pente douce du coté de Fouestsils sont dcmc sur le point le plus élevé de ce plateau , éloignés de tout cours d^eau , et , par suite de cette position , à Fabrî de leur action érosive , n'étant dominés qu'au loin par les monts Dores. La nature de leur roche est d'ait leurs encore un préservatif contre Faction des pluies ; car elle peut absorber généralement son volume d'eau : aussi leurs altérations ne sont guère appréciables que sur la grosse masse du puy de Dôme , où elles ont creusé quelques ravins vers le sud. Ces conditions portent à conclure que les montagnes Domitiques se présentent dans leur forme primitive, et l'on en sera convaincu, si l'on considère qu'il n'y a aucune modification supposable pour leurs formes régulières. '

Le puy de Dôme, élevé de 1,468 mèti^es,^ est le moins régulier : il est plus allongé dans le sens de l'est à l'ouest, raviné du côté du sud. La partie supérieure présente des dépressions qui n'ont aucun rapport avec les cra-

KOICT^ POAIl'TIQUES. . iSl

t^es« Le puy Sareouy est le plus régulier :

c'ïçsl.ime calotte ^pbérique , dont la atruoture ep grand paraît , d'après les fissures de la ga* lei^ie d'esploîtalion , être à couche» conceuT triques, La première variété de domite domine daoâ ces deux dômes : cm y rencontre aussi le doipite pulvérulente Les puy& de Suchet et de Qieri^ou sont au contraire de la seconde va-> riété. L'ampUibole abonde surtout à Glierzou^ la rocbe y est.plu^ coisopaote, un peu soqora^ et Qlle contient des noyaux d'un trachyte amphibotique dQ forme irrégulière^ et sur lesquels on s'est appuyé , ainsi que sur quelques blocs de ponces et quelques fragmens hétérogènes qui sont dans/la partie supérieure, pour regar»' dQf les domite^^ comme d^s^alluvions modifiées. Les ponces de CUerzou sont en gros blocs ,.

}a«Q4tres et noires, et iiuljk part, dans les moAts Dores, on ne rQtrQuve leurs analogues,, non plusi que daiD^ les* roohes d'aggrégation; et pQUti;ant elles seraient^parleur volume et leur ténacité bien plus susceptibles de conservation quelles poncQ^qu'on retroUrVedans leg tufs et les CQ¥^loni^érats« ËUe^ appartienjient évidemment auxéruptions desdomites,et doivent être regardées comme.liée&àla formation deGlierzou. Pas:-

l5a CHÀPITRB V.

sons aux fragmens de trachy tes amphiboliques. Ces fragmens ont rarement la forme de cailloux roulés: ou les trouve quelquefois sous forme de plaques, qui ont jusqu'à un décimètre de largeur, 0,02 d'épaisseur, et ils abondent surtout à Clierzou , où le domite se rapproche plus du trachyte que partout ailleurs. Très souvent on observe autour de ces noyaux que le domite devient plus compact , plus amphibolique , et qu'il y a enfin une liaison évidente entre le domite et le trachyte de couleur plus foncée , plus compact et un peu huileux. Or, il n'y a que deux hypothèses possibles sur ces fragmens , ou ce sont de ces noyaux plus compacts, plus amphiboliques, plus foncés en couleur, mais faisant partie de la roche même, et n'étant que des variations de la matière, fait qui est frappant dans certains trachy tes , notamment à Montusclat , dans le Velay. Dans ce cas , ces noyaux devraient être attribués à une action intérieure, peut-être même à un empâtement des roches en contact pen4^nt le trajet souterrain du domite.

Ou ces trachytes proviennent des monts Dores, ce qui est peu probable; mais alors la fusion, la pénétration mutuelle, qui se remar-

MOSTTS DOMITIQUES. l53

quent souvent entre le domite et les fragmens empâtés , annoncent que le domite était à un certain état de fluidité pâteuse.

Enfin le domite existe sur le plateau: la masse soulevée du puy de Chopine en pré* sente à sa partie supérieure, qui a été altérée par Faction volcanique postérieure, et , dans la plaine à l'ouest-sud-ouest de ce puy le sol est composé de domite souvent recouvert par les scor ries modernes, à découverten plusieurs points. Dans quelques coupures , on voit que ce domite a une certaine épaisseur, qui dépasse deux mètres , et peut-être plus considérable. Si l'on examine la roche constituante, on reconnaît encore des caractères distinctifs d'accord avec le nouveau mode de ghsement. Le feldspath est vitreux et abondant ; la roche est sonore, un peu ' micacée : c'e$t un véritable trachyte , et ce trachyte existe en ce point sous forme dé coulée. Le mode d'émission de ces domites ressort actuellement des faits. Sur une fissure , qui fut, par la suite suivie et étendue par les éruptions modernes , divers orifices d'éruption s'ouvrirent, et les trachytes d'une fluidité très pâteuse, amenant même des masses pulvérulentes, de même que certains basaltes ont

i54 eaA9iTiiB y.

amené des pozaoknes friables , ces tracbytes , poussés de bas en haiU, s'apfioBc^Ièpent en dômes autour de ces orifices , leur base prenant plus ou moins d'extension; il arriva même que le trachyte eut assez de fluidité pour s'épancher sous forme de coulée, ainsi que cela eut lieu à l'ouest de Ohopine. Les quatre dômes résultèrent de phénomènes identiques, sauf la quantité des matières émises. L'émission diC Clierzou paraît cependant avoir été précédée de quelques phénomènes particuliers, comme un bouillonnement superficiel, indiqué non -seulement par TexisteHCe des ponces, mais aussi celle de blocs rougeâtres , à cellules déchiquetées, qui sont des scories domitiques. Ces blocs , ces ponces , et quelques matériaux préexistans furent ensuite soulevés par l'émission du Dôme, et se retrouvent à la partie supérieure*

Tels sont les phénomène qui paraissent avoir terminé les éruptions trachy tiques sur cette ligne : ils représentent peut-être sur une plus petite échelle les phénomènes qui ont donné naissance aux dômes trachy tiques creux des Cordillières.

CHAINS IIV VS^AT. l55

CHAPimE SIXIÈAIS

Tf«tÀX9 TAA/B^lÇTI^^E.

CHAINE DO VEIAY.

hjà. çhsim^ tnachytîque du Velay forme la Forme, étenhm ite orientale de la vallée de la Haute^Loire: tion.' ^ cWl une suite de pics et de plateaux iodépeii'* dan&, taotèil: interrompue, taatôt présentant des reiiflem6a& qui, dans les groupes du Megal etduMeaeiie, atteignent jusqu'à 12 et i5 kiloQiiètres de largeur; de telle sorte qu'on pourrait la considérer comnïe une série de

l56 CHAPITRE VI.

centres d'actions placés sur une même ligne, et rattachés les uns aux autres par des masses isolées qui suivent la même direction. C'est ainsi que les groupes du Cantal , des monts Dores , et les monts Domitiques se succèdent sur une même ligne; mais ce rapprochement est le seul à faire entre ces deux lignes trachytiques^ dont la forme et la compositiop diffèrent complètement.

Vue de la vallée, cette chaîne termine l'horizon par un long rideau hizar rement découpé: ce sont des pics aigus, de grosses montagnes arrondies ou terminées par des plateaux, escarpées sur toutes leurs faces; accumulés en plusieurs points, clairsemés dans d'autres. Les teintes sombres qui résultent de la nudité de ces montagnes, leurs formes hardies et variées à l'infini , donnent à cette contrée une physionomie caractéristique. Si l'on pénètre dans l'intérieur, on est frappé de la non-continuité du terrain trachytique; les centres d'éruptions eux-mêmes ne sont composés que de masses isolées, tout-à-fait indépendantes, et séparées par des vallées granitiques ou basaltiques: ce sont toujours des formes abruptes, des rocs décharnés surgissant au milieu des

CnUNE DU VELA Y, 167

blocs entassés autour d'eux. La planche IV représente la partie sud-ouest du groupe du Megal où le terrain trachy tique offre le plus de continuité par le rapprochement des masses , dont les formes se reproduisent souvent.

Le groupe principal est celui du Mezenc qui forme la partie sud de Ja chaîne. C'est un système de pics et de plateaux qui s'élèvent graduellement jusqu'aux sommités centrales; le point culminant qui est en même temps celui de toute la chaîne , est formé par le pic du Mezenc à 1774 mètres au.-dessus du niveau de la mer. Ce groupe s'étend principalement vers le sud, et se termine par les montagnes du Beage et de la vallée de Sainte-Ëulalie où la Loire prend sa source; le terrain basaltique y est développé sur une grande échelle.

Le groupe du Megal succède à celui du Mezenc le terrain trachytiquey est plus continu, plus puissant, et n'est pas associé au terrain basaltique. Le point culminant est Testevoire, à i447 mètres de hauteur; ce groupe s'étend dans tous les sens par des pics excen^ triques très éloignés. La chaîne se prolonge ensuite au nord par une série de grosses masses, dont les principales sont : Eymeraù, Ger-

l58 CHAPITRE Tt.

bizon , Miautie et la Magd^Ièine^ jusque pat^ delà le défilé dis Chamdlières^ par lequel la Loire s'échappe de la haute vallée ; elle avait pris sa source à i o lieues de là au pied du Ger» bier de Joncs^à une hauteur de i4oo mètres, et sort en ce point avec unie difiéreti^e de ni- Teau de 895 mètres» Le développement de ses sinuosités a plus de ^So kilomètres stir une longueur de 5o.

Ces diverses parties de là chaîne ont une composition identique, et les mêmes roches s'y présentent 4véc les inêmes caractères de forme et de structure. L'espèce dominante , on peut dire générale, est ie phonoiite; quant aux irachytes ils sont peu répandus, et ne for* ment pas le si^^ième des roches. Oes deux espèces nis sont pas toujours faciles à distîn-*

guer , parce que les trachytes sont Compacta ^ sôui^ent sans ôri&taUx , et qâe d'ailléui*s ils sont liés aux phonoiités par des pa^sii^ geft minéi^lc^iques fréquens ; mai^> ùOtanme le plus souvent K^% roches constituent éé^ gisemens séparés , et que les èaractérefe de chaque typ« sont distiiicts s tm parvient âveô ua peu d'étude à les neconnaitre mûrement, ûett^ liaison etitr^ le» t)«idiyteî et lei phoivô**

CHAINE 0tr YSLAY. iSg

lites est ïin fait pa^tîcnlier à cette chaîne^, car on a vu que , dans les groupes du Cantal et des monts Dores , les phonolites surgissaient au milieu de roches trachy tiques, qui n'avai^t aucua rapport avec eux^ tandis qtiHlis sont liés ici , non-setdeiïient par les rapports des roches , fnaià par l'identité des forméâ. "

Trachfie porphyroïde. CrislaMX mats^abondans^géné- Description des raie ment mal formés dans une pâte bleuâtre , t«xture '^^*^^*'' compacte, cassure inégale > scorifications assez rare». Ces trachy tes se trouvent à la Pradette à Araules ; leur structure est généralement massive et fragmentaire , quelquesfois prismatique. Dans plusieurs cas la pâte prend une teinte plus claire » un peu jaunâtre ^ par un commencement de décomposition.

Trachyte homogène. Ce sont les plus répandus: ces trachy tes présentent des teintes diverses ;.jaune àFreisse- Her , et aux dents du Mezenc où ils renferment quelques cristaux de feldspath , ordinairement grisâtres ; la cassure est unie dans un seps, raboteuse dans l'autre. A Fayt-le^ Froid on trouve un beau trachyte rouge lie de vin qui appartient à cette variété, et qui renferme quelquefois de petits nodules d'opale ; une autre variété jaunâtre ou grise qui contient dvi fer olygiste. La structure fréquemment tabulaire de ces trachytes occasionne des passages fréquens aux phonolites. A Costebelle, eatre TAmbre et le iftèzenc, on trouve le trachyte homogène cellulair«

j6o osapitrc yi.

dont les cavités renferment quelques substances zéolitiques. *

Trachyte schùtoide. La structure essentiellement feuilletée , Féciat .nacré de ces roches en font une espèce fort distincte: la couleur est d'un gris clair; les cristaux de feldspath rares et ternes. Les observations faîtes aux monts Dores portent à les regarder comme des phonolites décomposés ; le principal gisement de ces trachytes est à Saint-Pierre Eynac.

Trachjrte ampkibolique de Montusclat. L'abondance de l'amphibole efface tous les autres caractères ; la roche est porphyroîde, d'un gris bleuâtre, ou présente une pâte homogène verdâtre. L'amphibole abonde en cristaux; en aiguilles, en nodules cristallins.

Les phonolites présentent une série de roches se rattachant à la variété compacte ou tégujaire, et plus variée que ne ^semblent le comporter les caractères d'homogénéité de ces roches. Il est vrai que les diflerences ne sont que des variations de la matière, et que les diverses variétés passent les unes aux autres dans une même masse. Les nuances varient du gris au brun et au noir. Il est à remarquer que les teintes , qui sont les mêmes dans les variétés compactes et tégulaires , sont généralement plus foncées dans les variétés compactes.

Phonolite compact noir. Cette variété est toute particulière : c'est la plus homogène , la plus tenace et la moins cristalline. Point de cristanx visibles, même avec la loupe ; cassure conchoîde , ou anguleuse en ce que de petits pointemens anguleux sont sai{Ians sur un morceau et laissent sur l'autre des vides de même forme ; apparence essentiellement homogène. Cette variété existe

^àns lebîrqae desEoudères,et au nord du Measetacà la base Ouest de Signon, où elle contient des cristaux d'ainphibole assez 'abondans.

- Pkonoliie compacta Cette variété^ plus cristallisée, d'une teinte moins foncée, est plus répandue : elle est tena^ce, point divisible en daltes, homogène sauf quelques petits cristaux appàrens. Sa cassure est lisse et conchoïdey ou informe et raboteuse. Le type constituera masse de l'Am&re. Elle passe souvent au trachyte. A Mercœur, on trouve une variété. d-uh vert foncé , conchoïde; une antre rougeâtre très homogène sur les roches de Roffiac, eÉ face Fay^■le-Froid.

Phonolàe fégUlaire, C'est le phonolite par excellence ^ eéroïde cristallin y offrant des veines marbrées , dès points plus feldspatfaiques que la pâte. Au mont Signon se trouve la variété la plus' homogène > noirâtre. La division en dalles est limitée, tandis que, sûr le sommet du Mezenc , elle est illimitée et feuilletée. La cassure lisse est cristalline, nabrée dans les variétés de couleur eliuie; Pautre est compacte , écailleuse et très eéroïde: Certaines variétés présentent de grands cristaux de feldspath plats et très vitreux.

J^es pkonoUies tigrés et mofccA^/ef appartiennent à itette variété. Les taches sont rondes, et sur un fond de tnéme eoiileur*mais'd-une nuance plus claire^ ordinairement noires sur gris. Ces taches ne sont pas l'effet dé la-déoOmpoaition : elles sont quelquefois tellement pressées ^ que la roche 'finit par prendre pour teinte générale et unique ^elle des taches. Ces phonolites se trouvent aux roches de Roffiac , à Saint-Pierre Eynac , etc.

Enfin ^ par la décomposition, les phonolites donnent

i6a OHIPITIIS VI»

lièa à mie rodhe d*i» Manc mi {léu Janâtre^ friable et griMe«Qiiaiit aux nM^ea d'aggrégaliau et de déjeelion^ elles sont tout-à-fait nulles. Il ny a pas lieu à ravcttir sur las caraetèrea de atroictnfe des pkoBotites >ik ont été développés siiffisanMiMUt. Celle ipà frappe le plos dans les phoBolîtes de la cbabre du Veh}^ après les ém* siouen dalles, e^ést la atnieture en très gros prismes^ ddnt les aiétes sont émonssées. Ces prismes sont presqne lonjooit TeffioÉux et se divisent en daHes. .

Toutes «es roches soià généralement sames: elles pré^ sentent cependant quelques phénoiiièncs de déoomposi* tion iraportans à constater. Le plus ordinaire est la déooniporition supérficieHe des phonolites: elle s'opère de la snriace à Pintérienr, d'une manière très lente et très régulière » de sorte quMl en résolie sur les roohesqni se déconiposent , une croûte extérieure pli» ou moins épaisse, terreuse, blanchie , friaUe , et qui se détache par une Ugne très nette , soiyant les ondulations de la snrfiMe , sur le fond , sain , compact et de couleur ibnoée dn phonolite. Celte couche idécomposée se trouTe asses fréquemment ; mais son épaisseur dépasse rarement qaA* ques lignes. En quelques points , notamment à la hautèdr du PerAmi», elle est plus proncmcée, et Pèn rencontre des Uoes presque entièrement décpmposés.

Dans d'autres em^^aamn^^hè^pmÈS «la déconpositieB se manifeste au amtve comme à l'extérieur : eHe attaque des «Mises étendues , et «àange totalement l'a^pNeet de In fodw. Cest ainsi que les trachytes tendres et blanes sehistiâdes de Saint-Pierre-Eynac peuvent être considérés comme des roches décomposées. Ce mode est plus ord i na ire aux trailbyles. Le plateau des dents du Meaénc

CHJLmE DU VELAT. l63

présente ua exemple de phonolites ipii s'y rattache. La roche y au lien de passer à cette espèce de kaolio , devient un peu ochreuse, toujours asse^ dure, niais se sépa-» rant en petits globules comme les basaltes.

II n'y a pas dans cette chaîne de roches scorifiées ; car, bien que les trachytes d'Araules, de la Pradette , présentent quelques scorificatîons , cet état est purement accidentel. Quelques trachytes , à cellules déchiquetées ont aussi quelquefois un aspect scorifié ; mais cette structure est encore bien plus rare dans les phonolites : leur pâte compacte y leur tissu serré , excluent même la structure cellulaire 9 et l'on ne peut guère citer qu'un exemple dans le cirque des Bbutières , du côté des Cluzels , où l'on troure un phonolite homogène , noir, avec des balles allongées. Sauf cette absence de scorifications, les caractères de volcanicité sont des pins évidens. L'aspect compact|SOuvent basaltique des roches, leurs couleurs foncées, contrastent avec les granités sur lesquels elles reposentr En plusieurs points , elles contiennent des noyaux de roches primitives. On en trouve dans le trachyte amjdiîbolique de Montuselat, dans le phonolite tégulaire du Signon , présentant des altérations évidentes au contact.

Une chaîne étendue , ainsi composée , an- Faits eancté. nonce de nouveaux faits et de nouveaux ca- !^!!^r ractères. Us résultent naturellement de cette composition et de ces formes particulières. On sera d'abord frappé de l'absence de toute roc^e de transport, de toute roche d'aggréga*

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