CHEZ C. WASSERMANN, LIBRAIRE, RUE DE RICHELIEU, N
DE l’imprimerie DE P. DIDOT L’AINÉ, IMPRIMEUR DD ROI.
M. DCCCXVI.
La Fouille et la Basilicate ont produit un très grand nombre de ces beaux vases peints qui font aujourd’hui la richesse des cabinets des antiquaires, et l’ornement des palais des rois. La Fouille sur-tout en a fourni d’admirables par leur grandeur, par la beauté des peintures dont ils sont ornés, et par la singularité des sujets" quelles représentent.
Il existe à Canosa, ville célèbre par ses monuments et par le voisinage de la plaine c[ue l’habileté d’Annibal rendit si fatale aux Romains, un lieu rempli d’anciens tombeaux. Je l’ai visité avec soin. C’est un plateau établi sur une hauteur à un demi-mille de la ville. Les tombeaux ne sont point bâtis comme on en voit à Folignano, à Fæstuni, et ailleurs”; ils sont creusés dans le roc même. Ce roc est couvert de trois pieds de terre. Si, avec la sonde, on s’assure que la terre est plus profonde, on est certain de trouver un tombeau. I.es gens du pays n’ont besoin que de frapper la terre avec le pied pour s’en
(i) Le beau vase qui appartientaujourd’hui à M. Thomas IIopc à Londres, et qui représente la mort de Patrocle , voyez ma collection de J^ases peints, tom. II, pl. LXIX; celui qui est à présent chez M. Edwart, libraire à Londres , et où on a figuré le combat des Grecs et des Amazones en présence des divinités protectrices de l’Attique, id., Il, pl. XXV, ont été trouvés à Polignano, dans la Fouille.
(2) On peut voir des figures de tombeaux bâtis au frontispice du premier recueil d’HAMiLTON; dans celui qui a été gravé par M. Tischbein, tom. I, frontispice; dans la vignette du discours préliminaire de mon ouvrage sur les Vases peints, tom. I , et dans les Memorie soprà le antichita di Pesto, de M. Nicolas; Napoli, 1812, pl. II.
assurer. On fouille à l’endroit qu’on a ainsi éprouvé jusqu’à la profondeur d’environ huit pieds; on découvre un espace carré creusé dans le roc, et on est devant l’entrée du tombeau qui a aussi été taillé de même. Cette entrée est fermée par une ou plusieurs pierres. Après les avoir écartées, il n est pas toujours facile d’entrer dans le tombeau, parceque la terre, en faisant obliquement effort depuis plusieurs siècles , y a pénétré par des crevasses , et 1 a rempli en partie.
Cette colline est un cimetière très ancien; mais jusqu’ici on n’y avoit rien découvert de bien remarquable. On y trouve le plus souvent des vases d’une terre grossière et de couleur blanchâtre, dont les formes annoncent une haute antiquité; mais presque toujours ils sont sans ornements. On m’a assuré qu’on en avoit tiré quelques vases ornés de peintures représentant des bacchanales, mais d’un travail fort commun. On y trouve aussi des intailles; mais je n’en ai point vu qui eussent de la valeur. Enfin, pendant mon séjour à Canosa', j’ai fait fouiller moi-même; on a découvert en ma présence quatre tombeaux, malheureusement cette fouille n’a rien produit.
J’avois présumé que cette colline avoit été, dans un temps très reculé, un lieu de sépulture commun; mais qu’on n’y avoit point inhumé les personnages distingués par leur richesse et leur naissance, et j’étois loin de penser que ces tombeaux dussent jamais reproduire des vases aussi grands et aussi beaux que ceux qui font le sujet de cette dissertation.
Le i6 septembre i8i3, Savino Monteriso d’Alessio, propriétaire d’un terrain peu distant de ce cimetière, creusa dans la masse du tuf pour s’y fabriquer une cave”. Un vigoureux coup de pioche, donné par un ouvrier, fit une ouverture dans le mdieu du mur; d fit un cri de joie, et aussitôt dix-sept de ses compagnons arrivèrent avec leur maître. Ils élargirent le trou, et pénétrèrent dans la chambre sépulcrale. C’est la plus belle de ce genre qu’on eût jamais vue: l’entrée est dirigée vers l’ouest; la porte ayant été enlevée, on trouva SIX gradins (pl. I, n” a ) par lesquels on descendoit dans un petit vestibule soutenu par deux piliers carrés. Une ouverture, qui répond à celle de la porte, conduit à la chambre même où étoit le cadavre. Cette porte (pl I n» 2) est décorée, sur ses deux faces, d’un fronton triangulaire, comme celle d’un petit temple; dans le tympan est une lyre: cet instrument, inventé par le dieu
(1) A la fin de janvier 1812. .
(2) Il est singulier d’aller creuser une cave à dIus ontenso avoit déjà soupçonné l’existeuc
d’un mille de sou habitation. Ce que je viens de dire du certa'*^^' ^ profondeur du terrain l’en a ren
sur la manière dont on découvre les tombeaux me fait
qui conduit les morts dans les enfers convient bien à la décoration d’un tombeau. Le toit (pl. I, n° 2) étoit taillé comme s’il eût été composé de solives régulièrement placées. La chambre a 24 palmes de longueur, i3 de largeur, et 1 1 de hauteur. Le tout est creuse dans le tuf meme.
Au milieu de cette chambre (pl. I, n“ 2), à gauche, contre le mur, est une estrade ou un lit haut de 2 palmes et demie, en forme de parallélipipède , fait avec le tuf même qu’on avoit réservé. Un guerrier étoit couché dessus; sa tête étoit à l’est, ainsi qu’on en a pu juger par une petite élévation qui formoit une espèce d’oreiller.
Ce massif étoit décoré, sur sa grande face, d’un bas-relief sculpté dans le tuf, qui représentoit un hippocampe* (pl. I, n°4) et un renard (n°5): c étoient sans doute des hiéroglyphes. L’hippocampe faisoit allusion à la mer Atlantique, où les anciens plaçoient les isles que dévoient habiter les âmes vertueuses.
Le renard (n° 5), ainsi que le sanglier “ (n° 7) qui étoit sculpté sur le mur opposé à cette estrade, du côté des pieds du guerrier, indiquoient les chasses périlleuses auxquelles il avoit pris part, et faisoient voir comment, dans cet exercice, ainsi qu’à la guerre, on triomphe de ses ennemis, malgré leur ruse ou leur force.
Du côté de la tête, à la distance d’une palme, sur un socle particulier, étoit un chien (n° 8) qui sembloit placé là pour défendre le guerrier. La longueur de ce chien est de 4 palmes et demie, et sa hauteur de 2 palmes trois quarts. Le sanglier (n° 7) étoit aussi sur un socle en face du chien, mais tourné en sens contraire.
On a prétendu qu’il y avoit près du tombeau une petite idole de bronze doré qu’il a été impossible de retrouver; cela ne paroit pas prouvé : mais il est certain que ce tombeau renfermoit une grande lampe de cuivre d’environ une palme et demie de diamètre, et haute de deux. Monteriso en fit présent à un de ses amis qui la vendit aussitôt à un chaudronnier ambulant pour 5 francs.
I.e corps du guerrier qui étoit sur la banquette tomba en poussière aussitôt que l’air eut accès dans ce souterrain. Il paroit avoir été d une taille ordinaire; son corps étoit couvert d’une cuirasse (pl. II, n° i et 2), et sa tête coiffée d’un casque (11° 3 et 4). Un autre casque étoit près de lui. Ses jambes n’avoient qu’une cnémide. Comme il ne paroit pas que l’autre ait été enlevée, on peut présumer que c’étoit l’usage des habitants de cette partie de l’Apiilie de n’avoir qu’une jambière*.
CieYal marin. ^ 3 palmes trois qu.irls de hauteur.
(a) Ce s.mglier a 3 palmes trois quarts de longueur, (3) Tite-Live, XI, 4» . nous apprend que les Sam-
D. Giuseppe Pilsi , inspecteur des fouilles et des découvertes d antiquités de la province de Bari, ayant appris ces détails, s’empressa de se transporter à Canosa. Les objets trouvés dans le tombeau, et principalement les vases, avoient déjà été dispersés. MM. Vicenzo Lagrasta, juge de paix, Michel Caracciolo, prêtre, et Joseph Conti, épicier, déclarèrent avoir reçu en don de Monteriso d’Alessio ceux qui étoient chez eux. Vincent Lagrasta avoit le vase gravé planche VII, qui représente Jason et Médée, et celui planche XI, qui représente peut-être Pélée et Achille ‘. Ce vase et les deux du juge de paix sont entrés dans le musée de S. M. le Roi de Naples; la statue a été perdue. On y a déposé aussi la cuirasse, les deux casques, et la jambière de bronze (n° 5); une ceinture du même métal (n°6), et un chanfrein de bronze orné de palmettes ciselées et dorées (n° 7), ainsi que les bas-reliefs.
Pendant mon séjour à Naples j’ai fait dessiner presque tous les vases inédits qui sont dans les collections publiques ou particulières, lorsqu’ils offroient quelque intérêt, et un grand nombre sont déjà gravés. J’ai cru devoir donner séparément les vases de Canosa, à cause de leur importance, et comme un préliminaire du grand ouvrage que je desire bientôt publier.
La forme du premier de ces vases est gravée planche II, 11° 8. La peinture n° I, qui en décore la face, est admirable par la nouveauté de la représentation, la beauté de l’exécution, le nombre et la singularité des détails. Je l’ai étudiée long-temps pour en reconnoitre le sujet, et j’en vais proposer l’explication avec les doutes et la réserve qu’on doit toujours avoir lorsqu’on est obligé de se livrer à des conjectures.
La plupart des peintures qui ornent les vases sont relatives aux différentes espèces de mystères qui formoient la partie la plus épurée du culte des anciens, et qu’on nommoit Orphiques, Cabiriques, du nom de ceux qu’on regardoit comme leurs inventeurs; Samothraciens, Eleusiniens, à cause des pays où
on les celebroit, ou enfin Dionysiaques, Aphrodisiaques, s’ils étoient consacrés a Baccbus ou à Vénus.
A quelle classe appartient la belle peinture que je donne la première.^
nues n’.-iYment qu’une jambière qui se meltoit à la jambe gauche ; l’autre jambe étoit couverte p.ar la p.ar. lie inférieure du bouclier. Cet usage avoit passé .aux gladiateurs de cette nation; et Bâton, a qui Caracalla fit elever un tombeau qu’on voit encore à Rome, dans la villa Pampbill, et dontFAMETTi, Colon. Traj., u55 et WmKELMANH, Monum. ined. , u” i38, ont donné là figure, y est représenté avec une seule cuémide. Il est probable que, dans un temps plus reculé, les guerriers
de Canosa n’en portoient aussi qu'une.
(I) On prétend encore que Monteriso a porté cbe lui trois charges de vases, et qu’il les a cachés dans 1 C.ampagne. Il a été impossible d’obtenir de lui cet aveu et U na lait voir au commissaire qu’une trentaine d petits vases insignifiants. M. Cahaociolo m’apprem dans ses lettres que ces vases étoient sans intil, e -blabta a ceux que la terre de Canosa produit cba
DE CANOSA. S
Malgré la richesse de ses détails, il est plus aisé de la décrire que de l’expliquer.
Je commencerai par la partie inférieure, parcequ’elle n’offre aucune difficulté, et qu’elle peut fournir quelques indications pour le reste.
Il est évident qu’elle représente les enfers, dont les tourments sont retracés dans différents groupes. Je ne comtois aucun monument où le séjour des coupables et le châtiment que la justice des dieux leur fait infliger soient retracés d’une manière aussi vive et aussi énergique.
Le premier groupe à gauche du lecteur est de la plus grande beauté. On y voit un homme nu, dont la chlamyde est jetée sur son épaule droite; la tension de ses membres montre la force qu’il est obligé d’employer ; c’est Sisyphe qui retient avec ses mains le rocher qu’il est parvenu à rouler sur un lieu élevé, et que ses vains efforts n’empêcheront pas de retomber.
L’histoire de Sisyphe appartient aux traditions corinthiennes ; il étoit même regardé comme le fondateur d’Ephyra’, qui depuis a été appelée Corinthe. Ce fut lui qui recueillit le corps du malheureux Mélicerte, lui donna la sépulture, et fonda en son honneur les jeux Isthmiques. Homère l’appelle le plus rusé des mortels’. Les mythogra plies l’ont représenté comme un des brigands qui infestoient l’isthme, et se sont accordés à dire qu’il étoit tourmenté dans les enfers ou pour avoir révélé au fleuve Asopus que Jupiter avoit enlevé sa fille AEgine^, ou pour avoir fait violence à Tyro sa nièce*, ou parcequ’il n’avoit pas rempli la promesse qu’il avoit faite à Pluton de revenir dans- le séjour des morts, dont celui-ci lui avoit permis de sortir pour aller demander à son épouse Mérope de lui rendre les honneurs funèbres.
Quelle que soit la cause du supplice de Sisyphe, Homère® et les mythologues s’accordent à dire qu’il étoit condamné à rouler un rocher qui retomboit toujours, afin que, livré à cette fatigante occupation, il ne pût trouver le moyen de s’échaper une autre fois des enfers.
Si nous avions encore le drame que Sophocle avoit intitulé Sisjphc^, et sur-tout les deux pièces d’AEschyle’ sur le même sujet, nous y apprendrions peut-être les circonstances qui accompagnent ici le supplice du fils d’AEole®.
Le rocher est figuré comme une masse pleine d’aspérités. Homère dit que
(i) Apollod., I, IX, 3.
(а) //., VI, i55.
(3) Apollod., I, ix, 5;III,xii, 7.
(4) Hygi.v, Fah. 60.
(5) Odyss.,'Hl, 597 et suiv.
(б) Siou^oç, Hesych. ; Casaub. , in Athen., II, 8,
pense qu’il étoit du genre satyrlque, comme étoit le Sisyphe d’Euripide, Æliac.^ H, 8.
(7) L’une avoit pour titre, 2tw<^oç (îçartémç , Sisyphe, fugitif; et l’autre, St'cfui^oç rtftçoKuAtdîno, S isyphe roulant son rocher. Eabricii, Biblioth. grœc., I, 6i3.
(8) Apollod., I, vu, 2.
atüjïîj
g tombeaux
Sisyphe pousse ce roc énorme en travaillant des mains et des pieds'. L’artiste l’a figuré en effet se roidissant sur l’extrémité des pieds en etendant tout le corps ; et de la manière dont il soutient cette masse avec les mains , il est aisé de juger qu’elle menace de retomber. L’attitude de Sisyphe annonce la fatigue de ses membres et la force qu’il emploie pour faire tenii enfin ce rot, énorme sur la montagne sourcilleuse où il doit le placer. Près de lui est son épée qui repose dans le fourreau attaché à un baudrier, et son bouclier : ils indiquent l’origine héroïque de l’illustre condamné. La massue qu il a auprès de lui, arme moins usitée, est peut-être un signe des brigandages quil a exercés. Le fils de Vulcain, Périphète, qui infestoit aussi 1 isthme de Corinthe, où il pilloit et tuoit les malheureux voyageurs, portoit également une massue
que Thésée lui enleva’.
La patience de Sisyphe pourroit se lasser, son ardeur pourroit s’éteindre; mais une furie qui est placée près de lui presse ses mouvements par les coups redoublés du fouet qu’elle tient dans la main droite; et probablement la lance qu’elle a dans la main gaitche lui sert à exciter aussi le coupable, comme le borrvier hâte ses bœufs avec l’aiguillon dont il pique lerrrs flancs. Il est probable que cette circonstance est errrprirntée d’une des deux tragédies d’AEscbyle, ort d’un autre poète dramatiqire.
C’étoit une mode dans l’antiquité de nouer les cheveux au-dessus du front avec une bandelette, et deux touffes s’élevoient en Pair; les rnorrurnents nous en présentent un grand nombre d’exemples. Lorsque les artistes eurent imaginé de représenter les furies sans les rendre hideuses, ils placèrent les deux serpents qui s’entortillent autour de leurs cheveux de manière que la tête de ces reptiles se dressoit en menaçant, et ressembloit à-peu-près aux bouts de la bandelette qui attachoit la chevelure^ ; c’est ainsi que Virgile peint l’épouvantable Alecton''. Elle prend elle-même un de ces deux serpents, le lance sur Amate , et la rend furieuse.
Cette furie est vêtue d’une tunique courte attachée avec une ceinture à laquelle pendent des cordons qui paroissent de graines enfilées, ornement que je n’ai encore rencontré nulle part : elle a la chaussure crétoise^ qui étoit adoptée par les chasseurs. Ce costume convient aux furies qui poursuivent le
(1) Odxss.,-Kl, 5g2.
(2) Apollod. , III , X.VI I ; Pausan. , II , i ; Ovid. Metam., VII, 436, Diod., IV, 61.
(3) Et geminos erexit crinibus angues.
AEneid., Vil, 45o.
L’excellent critique Burmann vouloit, mal-à-propos,
substituer gelidos à geminos.
(4) Iluic dea cœruleis unum de crinibus anguem Conjicit.
Ihid., 345.
(5) Voyez les Monum. antiq. inéd., I, 274 et les Peintures de vases, II, io6.
criminel à la trace du sang, comme les cliiens suivent le faon qui a été blessé'. Les bandelettes croisées qu’elle porte sur son dos pourroieiit être destinées à attacher les ailes que les furies prennent quelquefois pour joindre plus tôt le coupable ; c’est une opinion que j’ai déjà énoneée; mais nous verrons bientôt des bandelettes semblables orner les vêtements de personnages qui n’ont jamais pu être représentés avec des ailes; ce n’est donc qu’une espèce de parure. Les deux serpents qui sont entrelacés dans ses cheveux se dressent contre Sisyphe. AEschyle est le premier qui ait représenté les furies avec des serpents dans leurs clieveux’.
Les armes que porte la furie rendent cette peinture très remarquable. On les voit souvent agitant de gros serpents^, ou armées de flambeaux'*; le plus souvent elles ont à-la-fois un serpent et un flambeau®. Il est plus rare de les voir armées du fouet®. Elles ont quelquefois un fouet et un serpent; c’est ainsi que Virgile a décrit la terrible Tisipbone’ ; mais celle de notre vase a de plus une peau de tigre et une lance, ce que je n’ai encore vu sur aucun monument.
On remarque quelquefois sur d’anciens monuments, tels que les bas-reliefs et les peintures des hypogées de Corneto, dont on fait remonter l’origine au temps des Tarquins, des bâches et d’autres instruments de torture. Ils conviennent aux ministres des vengeances des dieux*. « Ce n’est pas dans les temples « que vous devez habiter, dit Apollon aux furies dans les Euménides d’AEs- • chyle; mais là où la justice fait exécuter ses arrêts, où l’on tranche la tête, I où l’on crève les yeux, là où l’on n’a pas même pitié de l’enfant dans le sein K de sa mère, où l’on coupe le nez et les oreilles, où on lapide, et où les bur- « lements affreux des empalés excitent la commisération des passants®. » Il n’est donc pas étonnant, qu’au fouet et aux serpents, la furie que nous voyons ici joigne encore une lance, autre instrument de supplice.
D’autres monuments nous fout voir les furies avec des armes offensives; aucun ne nous les montre avec des armes défensives. Celle-ci et sa compagne ont une peau de tigre sur le bras gauche. Dans les temps héroïques , une
(i) Sur le Lc.eu v.-tse que je cite deiis la note précédente il y a une furie ailée et une sans ailes; toutes deux ont des bandelettes.
f2) Caneph., io45.
(3) Moiiuni. inéd., I, xxiii; Phases peints, IJ, lxvii; Galer. mytiiol, CLXXI, 6a3.
(4) WiNKELM.iNM, Moiium. iued. ^ n° i5i ; Galer. mjthol, CLXXI, 624.
(5) Mus. Capitol., IV, 35, et Galer. inyihol., CIV, 4i5; Mus. Pio Clem., V, 22; Galer. mythol. , CLXV, 619. Quelquefois le serpent entoure le flambeau ; Win-
KELMANN, Mo7ium. vied. , n° 149; Galer. mythol., CLXXI his, 626.
(6) Ibid.; WiNKELM.iNN, MonuTU. ined. , n° 149 j Galer. mythol., CLXXI bis, 626.
(7) Soutes ultrix accincta flagella Tisiphone (juatit insultans; tortosque sinislrd Intentans angues, vocal agmina sœva sororum.
AEneid. , VI, S^o.
(8) Goiu , Mus. Etr.,U , ic)o-, BuotsarplOti, Explic. ad; Dempster, Etrur. régal., XXm, 42.
(9) Eurnen., 180.
tombeaux
;’étoit l’origine de l’ægide*.
peau entortillée autour du bras servoit de boucliei , c ( „ .
La furie a eette peau pour se garantir des eoups que Sisyphe, eruellement déchiré par les lanières du fouet, et percé de coups de lance, pourioit vou loir lui porter en se défendant.
Le malheureux Sisyphe espère trouver dans sa
force la fin de son supplice.
Les auteurs anciens sont d’accord sur la manière dont il roule en norme rocher qui retombe dès qu’il approche du sommet; mais les artistes ont différé dans la manière dont ils ont représenté cette action. On croiroit que celui qui a peint notre vase a lu la description d’Homère, qni fait dire à Ulysse, .J’y vis aussi Sisyphe qui, travaillant et des mains et des pieds, pons- . soit une roche énormel ■ Le sculpteur à qui on doit le célèbre bas-relief dn Musée Pio-Clémentin, où la même action est représentée, s’est bien éloigne de ce récit; il a figuré Sisyphe comme un vieillard épnisé de fatigue, qui porte une grosse pierre sur ses épaules^. Mais à l’époque à laquelle cette sculpture, qui est d’un style assez grossier, a été faite, les artistes avoient moins de savoir, comme ils avoient aussi moins de goût, et la beauté des antiques traditions commençoit à s’altérer.
Le second groupe est composé d’un plus grand nombre de personnages; il représente une fable plus communément figurée sur les monuments. On y voit Hercule emmenant Cerbère : c’étoit le douzième et dernier travail que lui avoit ordonné Eurystliée. Plusieurs monuments nous en offrent la représentation; mais je n’en connois point qui réunisse les circonstances que nous trouvons ici.
Dans l’Iliade , Minerve se plaint de ce que Jupiter a oublié l’assistance qu’elle a donnée à son fils dans les travaux dont Eurystliée l’accabloit : «Ah! . si j’avois, dit-elle prévu le prix qu’on réservoit à mes services, lorsqu’Her- • cule fut envoyé par son ennemi aux portes inébranlables des enfers , pour . enlever de l’Erèbe le chien de l’affreux Pluton, il n’eût pas échappé des eaux . du Styx. . Selon Apollodore, ce fut Mercure qui conduisit Hercule; du moins ce mytbographe le fait supposer en disant que ce fut ce dieu qui lui apprit que Méduse, qu’il poursuivoit avec son épée, n’étoit qu’une ombre®. Il se pourvoit cependant que Mercure, selon les anciennes idées des poètes, eût ete dans les enfers, ou il conduisoit les âmes quand Hercule y pénétra
(x) Sur un vase peint, que j’ai publié, un centaure a autour du bras une peau qui paroît être de chèvre. Monum. ant. inéd. , II, sxxvi.
(2) Id., I, 214.
(3) XI, 5g5.
(4) Mus. Pio Clement., T, XIX.
(5) IL, VIII 366 et siûv.
(6) Loc. cit.
Cette peinture n’est pas le seul monument sur lequel on voit Hercule guidé par Mercure pour l’accomplissement de ce travail; une peinture du tombeau des Nasons nous montre également ce dieu guidant les pas du héros'; mais le vase que je décris est d’un temps plus reculé que celui du tombeau des Nasons , et il atteste l’antiquité de la tradition adoptée par Apollodore, que Mercure avoit été le guide d’Hercule’ dans les enfers. Ce dieu précède le héros; il se retourne vers lui d’une manière vive, et montre de la main droite le chemin qu’il doit suivre, en marchant sur ses pas pour conduire Cerbère hors des enfers. Mercure est vêtu d’une chlamyde courte tenue par un bouton sur sa poitrine; il porte son caducée; il a des ailes à ses talonnières, mais point de pétase; sa démarche est animée; sa pose est gracieuse; et ce groupe est aussi habilement composé que le précédent.
Hercule est nu; sa peau de lion, dont on voit le mufle effrayant et les griffes vigoureuses, est pittoresquement jetée derrière son corps; l’extrémité de son arc est à peine visible; cette arme est indiquée par le baudrier qui sert à en porter l’étui. Le héros tient les trois tètes de Cerbère .attaebées par une corde dont les torsades sont marquées par des spires , et qui se termine par une chaîne formée d’anneaux. Hercule se roidit avec force contre la terre en tirant le chien infernal à lui, tandis qu’il suit de l’œil Mercure pour prendre le chemin que celui-ci lui indique. Le serpent qui termine la queue de Cerbère mord en vain les jambes du héros; celui-ci ne lâche pas prise, et se sert de sa massue pour forcer le monstre à marcher.
La représentation de Cerbère a dû varier selon les changements que les antiques traditions ont reçus. Homère ne lui donne aucun nom^; il l’appelle seulement le chien de Pluton''\, et, selon lui, il gardoit l’entrée des enfers®. Hésiode le connoît sous le nom de Cerbère®, et dit qu’il avoit cinquante tètes’. Horace lui en attribue cent® : peut-être ne veut-il parler que des cent serpents que quelques poètes et lui-même® ont donnés à ce chien pour crinière’".
Le peintre de ce vase s’est conformé à la tradition qui nous a été transmise par Sophocle, Euripide", et Apollodore", et qui a été adoptée par tous les
(1) Bellori 5 le Pitture antiche del sepolcro de’ Nasoni, XVI.
(2) Apollod., II, V, J 2.
Demittit atras bellua centiceps Aures.
IloRAT., Carm., 11, XIII, 34.
(3) Pausan., III, XXV.
(4) ÈÇ ÈçéÔEug tc^ov'fa xijva dtuyeçoü ùitîao.
//. vm, 368.
Cerberus; quamvis furiale centum Maniant angues caput ejus.
Id., III, xr, 17.
(5) Jd., 367.
Apollod., II, v, 12; Tibull., Eleg., I, vu, 7
(6) Ainsi que l’a remarqué Pausanias, loc. cit.
Hercul.f'ur., z5.
(7) Theog., 3i2.
Biblioih., loc. cit.
tombeaux
têtes de cliieu. Les artistes
auteurs latins. Son Cerbere n a qu un corps e
, 1 i- 1-' rime tpfps (le doffue. Les sculpteurs
ont le plus souvent représente Cerbere avec de g
n’ont guère mis de soin que dans la figure du milieu; ils n’ont termine que
celledà, et ont négligé les deux autres’. Le peintre de ce vase a donne a ces
trois têtes la figure et le caractère de celles de vigoureux chiens de berger*;
leur museau est alongê. Ces trois têtes ont beaucoup d expression et de viva
cité; une d’elles se retourne fièrement vers Hercule, quelle legaide avec au
dace; les deux autres semblent réclamer le secours de la finie qui agite deux
flambeaux.
Apollodore dit que Cerbère avoit une queue de dragon^; et Sénèque, dans son Hercule furieux, nous représente le monstre qui eberebe à blesser ce héios tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, en faisant mouvoir le terrible serpent qui forme sa queue''. Les poètes tragiques ont certainement tracé cette description d’après quelques monuments qu’ils avoient vus. Hercule, après avoir été initié, descendit aux enfers. Ayant trouvé Cerbère près de l’Achéron, il le saisit par le cou , et ne lâcha pas prise , quoique le monstre le mordît avec sa queue en forme de dragon, et il l’emmena®; mais Apollodore ajoute qii’Hercule étoit couvert de sa cuirasse et de sa peau de lion; et le peintre de ce vase Ta figuré presque nu. Du reste Cerbère est peint ici d’après des idées qui étoient , comme nous le voyons , consacrées par la tradition et par d’anciens monuments, et qui étoient peut-être relatives aux dogmes de l’initiation.
Je ne sais que dire de l’espèce d’autel ou de bassin qui est placé devant Cerbère. Les ronds qui sont dessus sembleroient indiquer des grains ou des boules. C’est peut-être un grand bassin dans lequel est sa nourriture, dont il regrette de s’éloigner.
Derrière est une furie; son costume est le même que celui de sa compagne, dont nous avons déjà parlé : elle tient à la main deux flambeaux qu’elle agite, et avec lesquels elle cherche vainement à effrayer Hercule, dont elle ne peut arrêter l’audace.
Derrière elle est un roi. Son sceptre, orné de clous de métal, est terminé par un aigle. Il est vêtu de deux tuniques; celle de dessous a des manches longues et étroites qui sont couvertes d’un treillis peint ou brodé; il a sur sa poitrine des bandelettes croisées absolument semblables à celles des furies, ce
(1) Comme dans le groupe du Miiseo Pio Clementino, II, VIII.
(2) C’est la variété du chien domestique. Erxleb., Mammalia , 53i.
(3) Bihlioth., loc. clt.
(4) Ilercul.fur., 802.
(5) Loc. Clt.
qui prouve qu’elles ne servent pas, comme on l’a crn, pour attacher des ailes. Cette tuniqne est retenne par une large ceinture, et il a par-dessus un ample manteau; de longs pendants tombent de sa tiare festonnée, et forment sur son cou de beaux enroulements. Il élève le bras gauche, ouvre la main, et regarde avec épouvante le rocher qui menace sa tête.
Le costume magnifique de ce prince Annonce un roi d une des nations riches et voluptueuses de l’Asie mineure; c’est Tantale, roi de Sipyle en Lydie. L’histoire mythologique de ce prince est vulgaire, et il a été regardé comme un des grands criminels qui ont été livrés à d’éternels supplices dans les enfers. Cependant Pindare a composé une ode qui n est consacrée qu à son apologie : il peint sa bonté, son esprit religieux, son amour pour les lois. Le fils de Tantale fut enlevé par Neptune comme Ganymède Tavoit été par Jupiter; et il est faux qu’il en ait offert un repas aux dieux. Son crime est de leur avoir dérobé le nectar et l’ambroisie pour en faire un présent aux hommes*. Il faut convenir que cette cause est plus noble que celle qu’on assigne ordinairement à la colère des dieux, et il la vengeance que Jupiter tira de lui.
Homère dit que Tantale étoit plongé dans un lac d’une eau claire qui fuyoït de ses lèvres quand il voiiloit éteindre la soif dont il étoit dévoré, et quil ne poiivoit jamais saisir les beaux fruits que des branches de poiriers, de figiiieis, tenoient suspendus autour de sa tête’. La plupart des mytbographes ont suivi cette opinion. Nous voyons cependant que des poètes diin temps fort ancien en avoient adopté une différente; Arcbiloquc' dit expressément que Tantale étoit continuellement menacé de la chute d’nn rocher; Alcnian et Alcée avoient raconté la même chose*'; Pausanias ne peut décider si cette fable étoit propre à Archiloque, ou si il l’avoit empruntée d’autres poètes®: Euripide décrit aussi le supplice de Tantale de la même manière; puis il ajoute que ce tourmenté est suspendu en l’air*®; et le scholiaste dit que c’est le sentiment de plusieurs auteurs. Enfin Suidas’ joint le supplice décrit par Homère à celui dont parlent les lyriques; et Tantale, sans cesse menacé de la chute d’un rocher, éprouve en même temps la faim et la soif, sans pouvoir les apaiser. Les auteurs latins ont presque tous suivi le récit d’Homère, qui est devenu la tradition vulgaire. Cependant Lucrèce, dans un passage où il nie qu’il existe des tourments dans les enfers , dit : • Toutes les horreurs que l’on a racontées du noir et profond
(i) Olymp-, Ti-,^0.
(a) Odyss., XI, SSi-Sgi.
(3) Brunck., Anthol.,l, 47,slhi; Jacobs., Comment., I, 176; Archiloch. , Fragm.
(4) Scholiast. Pindar, in Olymp.,ï, 97.
(5) Pausan., X, 3r.
(6) Orest., 5.
(7) Foce TâvtaXoç, édit. Kusteri, III, 428.
12 tombeaux
« Achéron, c’est dans la vie que nous les trouvons. Il n est pas vrai que le ■ malheureux Tantale craigne sans cesse l’énorme rocher snspendu sur sa tète. « Les mortels sont bien plus tourmentés pendant la vie de la vaine crainte • des dieux, et redoutent comme leur ouvrage tous les coups du hasard'. »
Cicéron pense que les dieux ont puni l’orgueil et les discours imprudents de Tantale, en suspendant sur sa tête un énorme rocher.
Le seul monument que nous ayons du supplice de Tantale le représente d’après la tradition d’Homère”. On ne peut cependant disconvenir que la tradition d’Archiloque donne le sujet d’une plus noble composition; c’est aussi cette tradition que le peintre de ce vase a choisie. Le roi de Sipyle est vêtu à l’asiatique; il frémit d’effroi à l’aspect du rocher, dont la chute le menace; il lève une main comme pour le repousser, et laisse tomber celle qui porte son sceptre, symbole d’une puissance qui ne peut le protéger contre les tourments qu’il éprouve.
Les plantes qui sortent de ce rocher, et celles qui sont sur le sol, ne sont pas bien caractérisées : cependant les globules qui les accompagnent peuvent les faire regarder comme des espèces de fougères ou de mousses qui tapissent les rochers et garnissent les lieux humides. Ces plantes, et les deux oiseaux aquatiques qui les héquètent ou qui y cherchent des vers et des insectes pour s’en nourrir, indiquent les marais et les tristes rives de l’Achéron.
Au milieu de cette peinture est un temple ou un palais magnifique; car on se figuroit l’habitation des dieux, dans l’Olympe, semblable à celle qu’on élevoit sur la terre pour y révérer leurs statues. On monte à ce temple majestueux par deux degrés; il est hexastyle, et il porte un fronton dont le sommet et les acrotères sont agréablement décorés d’élégantes palmettes. Les six colonnes sont cannelees ; leurs hases et leurs chapiteaux sont ioniques ; l’architrave est très eleve, et le fronton est très large pour sa hauteur; cependant il a beaucoup de grâce; au centre est un disque ou un bouclier; la corniche est décorée d’un double rang d’oves coupés par la moitié.
L’espèce de perspective de cet édifice est très i-(
ordinairement figurés de face, et chaque colonne cache celle
emarquahle. Les temples sont
qui est derrière
i) Atque ea niminim quœcunquc Acherwite profundo Prodita sunt esse, in vita suntomnia nohis:
Nec miser impendens magnum limet aère saxiim Tantalus, ut/ama est, cassa formidine torpens : Sed magis in vita divûni melus urget inanis Mortales. casumque timeni quemcunqueferat sors.
LoCRFCK, lll, f)g3.
(2) Sur l'un des côtés du beau bas-rolief nui représente 1 histoire do Protésilas , et que j’ai déjà cité, Tantale porte a sa bouche avec sa main une eau qui fuit sans approcher de ses lèvres, ni les rafraichir. Ce nroupe
DE CÂNOSA.
elle. Celui-ci au conti’aire semble avoir été dessiné de l’angle gauche; de sorte qu’on distingue les six colonnes, et on remarque aussi l’extrémité des solives qui supportent le toit et qui paroissent placées obliquement. On doit encore observer que le fronton ne pose pas immédiatement sur les volutes ioniques; il y a au-dessus d’elles une espèce de panier évasé qui supporte la voûte, dont la forme est entièrement plate.
Le dieu est assis sur un trône extrêmement orné ' ; les roues du char de ce dieu sont suspendues aux murs de son temple. Ce vase est le monument qui peut le mieux servir à une explication du trône que Phidias avoit donnée à son Jupiter dans Olympie. Celui-ci doit être également un mélange de bois précieux, d’ivoire, et de métaux de toute espèce. Il est supporté par des pieds singulièrement découpés et ornés de palmettes qui étoient probablement peintes; car, selon Pausanias’, Phidias avoit joint la peinture à la sculpture, pour embellir son ouvrage. Les bras sont portés dans le milieu par une petite ligure^ à leur extrémité, par un sphinx, et terminés par un bouton ou un disque probablement orné d’une figure''. Le dossier, également riche, a de chaque côté une image de la victoire®. Le marchepied est élevé de plusieurs gradins, et le nombre de ces gradins sert à indiquer la hauteur du siège.
L’usage de suspendre aux murs du palais les roues des chars est très remarquable. Les suivants du dieu les mettront à l’essieu quand il voudra sortir; en attendant, elles demeurent inactives, et personne ne peut s’en servir. Peutêtre étoit-ce une coutume dans la grande Grèce de suspendre ainsi les roues des chars®.
Le costume du dieu est celui d’un roi d’Asie. Sa riche tunique est somptueusement peinte on brodée; sa brillante ceinture est ornée de clous dor et de pierres précieuses, et son ample manteau est largement jeté sur le tout; ses pieds sont chaussés du cothurne; des feuilles de lierre forment sa couronne.
(i) Le trône d’Olympie avoit des groupes. D’autres monuments nous préseuteut des sièges dont les extrémités des dossiers sont ainsi ornées de figures. Sur une médaille publiée par Zoega, Num. œgypt., pl. V, on voit sur le dossier du trône d’Isis un oiseau et un cerf. Sur un bas-relief publié par AVinrelmann, Monum. ined.,iŸ 102, il y a deux tritons; mais ces monuments, faits sous les empereurs romains , sont bien postérieurs au clief-d’œuvre de Phidias, et à notre peinture.
WVI,4. .
(3) Ce sont celles que Pausamas appe le T.oa et ayaX-
(joTa. I
(4) Celui de Jupiter d’Olympie en élbil également
(5) On auroitpu, comme l’a fait M. Tischbein, donner à ce siège la forme qu’il devroit avoir , si le dessin en étoit plus arrêté. Il seroit certainement alors plus beau; mais cette manière ne feroit pas juger de l’état des arts chez les anciens, et le dessin que je publie a été calqué sur l’original, ainsi que l’ont été toutes ces peintures.
(6) Nous laissons nos voitures dans des remises ; mais dans les anciennes villes de plusieurs provinces , surtout de celles où il y avoit un parlement, on conserve la chaise à porteur du maître dans le vestibule de son hôtel; c’est aussi dans le vestibule des palais qu’on place les gondoles à Venise quand on n’en fait pas usage.
Si l’on flevoit reconnoitre ici Jupiter, ce seroit la première fois que Ton verroit cette plante parer la tête du père et du maître des dieux.
Ce monument est précieux parcequ’il nous retrace une mythologie peu commune et loeale. Le dieu que nous voyons ici est Dionysos Chthonios (Bacchus infernal), ainsi nommé dans les hymnes attribués à Orphée*, et par Héraclite“. Sans doute, d’après la doctrine des initiés, il est ici dans toute la splendeur de son costume, avec le sceptre royal, le vêtement indien, et la couronne de lierre qui forme son principal attribut.
M. Creutzer^ a très bien aperçu que, dans la doctrine des mystères, le Jujîiter Dodonéen étoit identique avec le Bacchus infernal rendant des oracles, comme avec le Dis ou le Pluton des Romains; et, chez les Siciliens grecs, avec le Hades, ravisseur de Proserpine'’. C’est donc Bacchus identifié avec Jupiter infernal que nous voyons ici. I.e sceptre qu’il tient à la main est d’ivoire ou de bois précieux orné de clous d’or. L’aigle qui étoit à l’extrémité de celui du Jupiter de Phidias étoit en repos, c’est-à-dire que ses ailes étoient pliées sur son corps® ; celui-ci a les ailes relevées, et il est prêt à prendre son vol.
Le dieu avance la main droite , dont les trois premiers doigts sont seuls élevés; les deux autres sont abattus. Cette attitude est très ancienne pour indiquer le geste d’un homme qui parle avec prépondérance et autorité®; mais il ne faut pas toujours l’attribuer à la superstition qu’on avoit pour le nombre ternaire’ : on la remarque à plusieurs statues de poètes, d’orateurs, ou de philosophes, qui discourent® ou qui déclament».
La femme qui est devant lui a un ample et beau peplum\&X.è sur une longue tunique; un collier à deux rangs; une couronne travaillée comme celles que Vulcain faisoit pour les déesses, et d’où descend un grand voile qui couvre ses beaux cheveux flottants en boucles ondoya-ntes. Elle tient un long flambeau
(1^ X0ÔVIOÇ Aidvvaoç, hymn. 52, v. i.
(2) Cité par Clément d’Alexandrie , Prolreptic. I, p. 3o , et Plutarch, de Isid. , p. 362.
(3) Symboîik, IV, 180.
(4) Les mêmes divinités qui étoient connues du vulgaire sous leur nom commun , l’étoieut des initiés sous
'un nom mystérieux qu’il leur étoit même défendu de prononcer.
(5) PiNDAR., I, 10.
(6) Porrigit dextram et ad instar oratorwn conformai ariiculum ; duohusque infinis conclusis digitis ceteros eminentes porrigit. Apul. , Metam., II.
(7) Voyez PoRPHYR. , in Arithmetica Nicomachi Geraseni.
(8j Dans les Pitoêre d’Ercolano, 11,22, on voit Bacchus qui parle avec le même geste à deux de ses suivants.
/9) l^e%’mains votives, telle que celle qui a été trouvée à Herculanum,5ro«j:j; vigneie, sont aussi des mains droites , et ont trois doigts élevés de la même manière, ou par respect pour le nombre trois, ou plutôt pour représenter les décrets que les dieux rendent en faisant ce geste. La main qui sort d’un nuage, comme pour protéger les rois chéris de Dieu, sur les monuments du mopii âge, .i les doigts disposés de même ; mais alors c’est un signe du nombre ternaire; il indique la Trmitc. Voyez la mosaïque du TricUiiium de Saint- Jean-de-Latran, Æî'co/ai' Alemahui, de Lateranensibus parieüîtis, i ,56; et les florins d'or, Gom , Fiorino d'oro, passim. La main de justice en est dérivée; et c’est de la que les papes et les évêques ont emprunté le même signe pour bénir. Voyez le Dictionnaire des Beaux- Arts, au mot Main.
DE CANO SA
qui semble donner, comme tous les bois résineux, autant de fumée que de flamme.
Le grand flambeau que cette divinité porte à la main fait aisément reconnoitre Dèinèter (Gérés). Son costume est celui avec lequel elle paroît encore sur d’autres monuments. Sa eoiffure est remarquable; au lieu d’un diadème et d’une couronne d’épis, elle a sur sa tête un vase ou panier rond sculpté et bordé d’oves. Cet ornement, qui est commun aux simulacres des plus anciennes déités‘, s’appelle ordinairement modius, et n’est qu’une indication de la colonne , simple féticlie auquel on rendoit un culte avant que l’art eût donné aux dieux des formes humaines’. Creusé dans son intérieur, ce panier servit ensuite à recevoir les offrandes qu’on faisoit aux prêtres; mais je pense qu’ici e’est un véritable modius, et que c’est le symbole de la mesure du grain établie par Cérès Tbesmopbore, avec les lois qui fixent les droits de la propriété des ehamps^. Cérès paroit rendre compte à Jupiter des courses qu’elle a faites avec cette torche, qu’elle a allumée aux feux de l’AEtna, pour trouver sa fille, dire à ce dieu que sa recherche n’a pas été vaine, et nommer le ravisseur. Jupiter semble lui faire sentir dans sa réponse ce qu’une allianee avec son frère Ilades (Pluton), souverain des enfers, peut avoir d’avantageux et d’honorable pour sa fille, et rendre l’arrêt par lequel il ordonne que Perseplione (Proserpine) passera six mois avec son époux dans les enfers , et six mois dans l’Olympe avec sa mère.
La forme du flambeau que porte Cérès est singulière, et elle sert à expliquer une des plus belles et des plus eurieuses peintures qui existent, celle de S. A. M. le prince Stanislas Poniatouski. I.e mancbe est une longue pièce de bois qui se termine en pointe; les in tailles qu’on y remarque ont probablement pour objet de faire qu’il ne glisse pas dans les mains. A la partie supérieure et la plus grosse de ee mancbe conique sont deux traverses de bois qui forment une eroix dont chaque extrémité est enflammée; ainsi ce flambeau produit l’effet que quatre pourroient faire. Cérès, sur le beau monument dont je viens de parler, porte sur l’épaule un flambeau semblable. M. Viseonti a cru y reconnoitre un instrument aratoire, et il a pensé que c’étoit eelui qu’on appeloit oxina'', parcequ’il étoit armé de clous, et qu’il servoit à remuer la
(1) Junon de Samos, Diane d’Eplièse, Sérapis.
(2) Voyez les Vases peints, 1 , 1 1 , et le Dictionnaire des Beaux-Arts, ii.\iva.ot Modius.
(3) Cérès a le même ornement sur l’autel rond de la villa Albani, Winkelmann, Mon. ined., n” 6, et sur un vase peint publié par M. TischbeiNjIV, 9. Winkelmann a cru devoir donner à cette coiffure le nom de pjleon.
parceqiie le jtvXcôv est cité par Polllx, Onomast., Y, q6, au nombre des parures de tête qui conviennent aux femmes; mais, d’après Hesychius et d’autres auteurs, ce mot désignoit une couronne de fleurs ; c’est l’explication que lui donne M. Schneider, JVœrterhuch. V oce IluXeûv.
(4) ’olîva, Hestch., /ifzc uoce.
tombeaux
terre. J’ai moi-nrcme adopté cette opinion', qu’il étoit impossilde de contredire sans l’autorité de quelque monument. Celui-ci met hors de doute que l’instrument qui est dans la main de Gérés sur le vase de M. le prince Poniatoushi est aussi un flambeau : il diffère seulement de celui-ci pareequ’il a six branches et il étoit impossible de le reconnoitre pour un flambeau, pareequ’il n’est pas allumé, ou que le dessinateur a négligé de montrer la flamme.
A chaque côté du temple sont deux groupes qui m’ont donné d’abord beaucoup d’occupation. Je voiilois absolument qu’ils eussent une relation avec le sujet principal, et j’en ai cberebé assez long-temps sans succès 1 explication, mais, en comparant ce vase avec le suivant^, je me suis pleinement convaincu que les groupes latéraux sont autant de sujets séparés, et quils nont pas un rapport avec celui qui occupe le milieu du vase.
Mais, si toutes ces figures ne tiennent pas à un seul sujet, elles sont au moins relatives à un même système. Il est aisé de voir que ce vase représente allégoriquement une grande partie des dogmes relatifs à 1 autre vie et à la doctrine des enfers, telle qu’on l’enseignoit aux initiés par des symboles relatifs à des divinités dont les noms et les histoires différoient de ce qu on en racontoit au vulgaire d’après les traditions ordinaires. Puisque ce corps de doctrine étoit un mystère pour les anciens, comment oserois je prétendre en pénétrer le sens caché? je ne puis pas même déterminer d’une manière incontestable le nom des personnages qui font partie des quatre groupes dont ce temple est si noblement accompagné, et encore moins en indiquer les sujets avec certitude. Je ne puis donc faire autre chose que hasarder quelques conjectures plus ou moins vraisemblables pour leur explication.
On voit à gauche, à la partie supérieure, trois personnages. Une femme assise, vêtue d’une ample tunique, est couronnée de lierre; sa tète est parée d’une bandelette et à demi couverte d’un long voile qui est placé derrière sa coiffure : elle pose la main droite sur l’épaule d’un jeune homme qui a le front
(1) Millin, Vasespeints, II, 4g-
(2) Ce flambeau se remartj^iie encore sur un troisième monument ; c’est le superbe vase qui a été publié par M. Tischdein, III, i. M. Italinski a cru reconnoitre dans la composition Jimon enlevée par Jupiter; mais il représente évidemment l’enlèvement de Proserpine par Pluton. Dans la gravure de M. Tisclibein , la femme qui veut retenir la princesse et que M. Italinski appelle Macris ne porte aucun attribut; ce qui a contribué à son erreur. Mais ce magnifique vase appartient à présent à M. Thomas Hope, qui a eu la bonté de m’en communiquer le calque pendant son séjour à Paris. Il est évident
que cette femme est Cérès , et quelle tient un flambeau pareil à celui que nous avons ici. M. Henri Moses , qui , dans sa gracieuse collection de monuments gravés eu petit, a reproduit ce vase, dont il fait connoitre la belle forme, ce que M. Tisebbein avoit négligé, a oublié aussi cet attribut, dont le calque du vase et le récit du propriétaire m'ont confirmé l’existence.
(3) Le groupe supérieur de ce vase représente une expiation d Hercule, qui ii’a rien de commua avec le principal sujet qui est l'histoire des funestes effets de la jalousie de Médée.
entouré de 1 espèce de diadème bacliique appelé credemnon' , et qui porte aussi sur les reins une large ceinture; il est armé de deux lanees. Un jeune homme porte un vase à eau suspendu à une bandelette, et un strigile, symboles de la pureté du corps, et par conséquent de celle que doit avoir Famé de celui qui demande l’initiation’.
L’eau pure , expiatoire et régénératrice , qui sert à cette cérémonie , a été puisée à une fontaine qui jaillit auprès : elle est décorée d’une petite fabrique soutenue par des colonnes cannelées , avec un chapiteau ionique ; l’eau sort d’un mufle de lion rayonnant, comme pour indiquer la force du soleil. Plusieurs médailles représentent des fontaines qui jaillissent d’un mufle de lion^.
Au-dessus de ce groupe il y a deux étoiles qui peut-être indiquent les dioscures Castor et Pollux : leur culte appartenoit aux mystères Cabiriqucs, qui eux-mêmes se confondoient, comme nous l’avons dit, avec d’autres mystères.
On ne peut donner que de foibles conjectures sur le sujet de ce groupe. Quel est ce jeune initié.^ quelle est la jeune femme qui pose sa main sur son épaule avec un air de protection, et qui est parée du voile des épouses et d’une couronne de lierre bachique? ce doit être Pcrscplione (Proserpine), appelée chez les Italiotes Libéra''. Ce jeune homme sera donc lacchus, qui, dans les traditions de la grande Grèce, étoit tantôt son frère, tantôt son fils, et tantôt son mari.
Il est aisé de reconnoitre, dans- le jeune homme qui porte le strigile et l’eau lustrale, le ministre des initiations, dont les fonctions dérivoient de celles de Mercure. Ce dieu présidoit aux sacrifices, et, sous ce rapport, il avoit le nom de Casmilos dans les mystères de la grande Grèce , dont ceux de Bacchus étoient les principaux. G’est de ce nom et de ces fonctions qu’est dérivé le nom de Camillus que l’on a donné au jeune enfant ou même à l’adolescent qui dans les sacrifices romains joue de la flûte, ou porte Vacerra, c’est-à-dire le coffret à encens.
Ce jeune homme et l’initié ont sur leur ventre, qui cependant est nu, une large ceinture ; c’est probablement une parure de cette espèce que l’on voit si souvent, dans les peintures des vases, entre les mains des initiés ou d’un génie ailé, et qn’on nomme toujours bandelette, en la confondant avec le bandeau ou diadème qui sert à retenir les cheveux.
(1) Voyez les Monum. antiq. inèd. , I , i Sy ; les ^ 2ses peints, I, 70, io5, et le Dict. des Beaux-Arts a. ce mot.
(2) Kases peints, II, 20, 27, 67.
(3) On voit des fontaines dont l’eau jaillit par un mufle de lion sur plusieurs médailles de Sicile, comme
sur celles àiHimera, Pellerin, III, cix, 3i; de Syracuse, ibid., cxi, i34-
(4) Kasespeints, I, 73. Voy. les excellentes observations deM. CREUTZERsurce sujet, dans son bel ouvrage intitulé Symholik und Mythologie, III, 377 et suiv.
mm
j8 tombeaux
Les taches qui paroissent sur le ventre de ces deux jeunes gens ont été fidèlement calquées, ainsi que les figures, sur la peinture même. Sont-ce des graines mystiques qui s’échappent de cette ceinture, ou des gouttes qui tombent de l’eau lustrale dont elle est imprégnée; c’est ce que je ne suis pas en état de décider.
Comment expliquer le groupe qui est dessous celui-ci? Un beau jeune homme nu conduit par le bras une jeune femme. Le voile qu’elle a sur la tête annonce le lien conjugal. Le jeune homme pose lui-même sur la sienne nne couronne de myrte, symbole de l’initiation. La jeune femme mène par la main un enfant qui tient un bâton court et regarde une boule avec laquelle il joue. Devant ces trois personnages est un citharœde qui paroit les conduire vers le temple du dieu.
Ce groupe est celui d’une famille d’initiés, ainsi que le témoigne la couronne du jeune homme. On pourroit croire qu’ils sont figurés sous les traits à'Adonis, ^Aphrodite (Vénus), et XËros (l’Amour).
Je ne dois point répéter ce qui a été dit beaucoup mieux que je ne pourrois le faire, et tracer une nouvelle histoire d'Adonis et de son culte. Il faut me borner à rappeler ce qui peut servir à l’explication de la singulière peinture que je publie.
Adon ou Adonài étoit le nom que les Syriens donnoient au soleil. Son histoire est entièrement astronomique; c’est une allégorie des phénomènes qu’on observe dans le cours de cet astre. Les peuples de cettè partie de l’Orient en ont fait l’époux de leur Astarte , qui étoit pour eux la lune , comme les AEgyptiens ont imaginé l’union conjugale XOsiris et d’7rH. Pour exprimer la marche du soleil d’un tropique à l’autre aux périodes d’augmentation et de diminution dans la durée des jours et relativement à la marche progressive des saisons, on disoit qu’il descendoit aux enfers ou qu’il remontoit aux deux. Le dernier terme de la diminution des jours s’appeloit aphanismos (disparition); le premier temps de leur augmentation lieuresis (découverte). Ceux qui rendoient un culte à Adonis , en célébrant ses fêtes qu’on appeloit Adonies, témoignoient leur douleur et leur deuil pendant Y aphanismos; Yheuresis étoit au contraire un temps de joie et de plaisir.
Les Grecs ont revêtu ces fictions astronomiques d’une forme poétique. Dans leurs plus anciennes traditions ils ont prétendu qu’ Adonis étoit fils d’un roi d’Assyrie appelé Tbias. Aphrodite cachoit avec soin ce jeune homme qui lui étoit cher; et, pour le dérober à tous les yeux, elle le mit dans une caisse qu’elle confia à Persephone (Proserpine), femme Aïs (Pluton). Celle-ci, dé-
positaire infidèle, voulut retenir ce gage précieux. Vénus porta sa plainte au trône de Jupiter; et le maître des dieux prononça qu’Adonis demeureroit un tiers de l’année avec elle, un autre avec Proserpine, et qu’il disposeroit du troisième tiers <à sa volonté'. Cette tradition a subi ensuite différents cliangements; on y ajouta que Calliope avoit été prise pour arbitre, et avoit' décidé qu’Adonis passeroit une moitié de l’année avec chacune des deux déesses"; enfin on composa le mytbe romanesque et historique qu’Ovide a inséré dans son poème Adonis fut regardé comme le fruit de l’amour incestueux de Myrrha pour son père Cyniras, roi de Cypre. Vénus en fut éprise, et Mars en devint jaloux; il le fit tuer par un sanglier; et Vénus obtint de Jupiter qu’il resteroit six mois avec elle, et six mois avec Proserpine.
La fable d’Adonis et ses fêtes appartenoient à des traditions syriennes. Cependant elles avoient passé en AEgypte. Les Grecs se les étoient appropriées, et elles ont dû parvenir dans la grande Grèce et s’y mêler aux autres traditions relatives aux initiations et aux mystères.
Si nous reconnoissions Adonis et Persrphone (Proserpiue), l’enfant seroit encore lacchus, qui ne seroit plus considéz’é ici comme le mari, mais comme le frère de cette déesse. Le court bâton et la boule oti la roulette qu’il tient se retrouvent sur des monuments d’un âge plus moderne; on voit dans le portique du palais Roudiuini à Rome, sur un saicopbage, des enfants qui jouent absolument de la même manière'*.
Mais cette charmante figure a tous les caractères à\Eros (Amour); sa grâce, la manière dont il joue, en se retournant comme un enfant qui suit sa mère, tout annonce en lui le fils X Aphrodite (Vénus); et cette déesse elle-même me paroît désignée par un attribut singulier; c’est cette rangée de cygnes qui forment l’élégante bordure du bas de sa tunique®. Cet oiseau lui étoit consacré. Cependant le cygne , comme cher aux nymphes , pourroit orner le vêtement de Proserpine; c’est sous ce rapport qu’il termine si agréablement les anses de plusieurs vases peints. Mais, dans ce groupe, tout a un charme qui convient à la déesse de la grâce et de la beauté.
Rien ne manque à la pompe et au luxe asiatique du citharœde qui précède ce groupe; sa tunique, comme c’est l’usage de ceux qui exercent cette profes-
(1) Panyasis dans Apollodore, III, xiv, 4-
(2) Hygin, /joëw. Astron., Il, 7.
(3) OviD., Metamorpli-, X, 298.
(4) Voyez la vignette en tète de l’explication des planches.
(5) Les poètes et les artistes ont représenté ces beaux oiseaux attelés au char de la déesse;
Sic fata, levavit
Siclereos artus, thalamique egressa superbum Limen, Amjcleos adfrena citavit olores.
Stat. Stlv., I, II, i4o-
Molles agitai V^enus aurea cyciios.
Ibid., III , jv, 32.
tombeaux
sion, est attaclxée avec une riche et large ceinture bordée de longues dentelures et ornée de clous de métal; son ample manteau flotte sur ses épaulés; ses pieds sont chaussés d’un riche cothurne, et sa tête est coiffée d’une tiare qui annonce son origine barbare. Cette tiare, à haute forme et richement brodée, est accompagnée de pendants (redimicn/a) qui flottent sur ses épaulés.
On distingue aussi toutes les parties de la belle lyre dont cette figure tire des sons', le coffre (magas), les montants (ankônes), les cordes, et les chevilles. Le baudrier {baheus), qui doit servir à l’attacher, flotte gracieusement au gre du vent. Le musicien frappe d’une main les cordes avec s,oa plectmm, tandis que de l’autre il les pince avec les doigts. Le nombre de ces cordes devroit être de sept ou de neuf; mais le peintre en a figuré huit : elles sont placées singulièrement; on voit qu’elles sont fixées par l extrémité à des petits boutons ou fiches qui sont au nombre de trois , afin de pouvoir tourner 1 un ou 1 autre. Ces boutons sont fixés sur la traverse (zjgot), et, en tournant, ils faisoient alonger ou raccourcir toutes les cordes.
Mais quel est ce citharoede.? L’association d’Apollon aux mystères bachiques est prouvée par le témoignage de l’antiquité, coinme il est évident que Baccbus est une des divinités du Parnasse. Ce dieu étoit nommé Chantant; et il y voyoit à Pblye, dans l’Attique, l’autel X Apollon Dionysiodote' . Les Acharnéens se vantoient que leur sol avoit vu croître le premier lierre. Les satyres sont représentés sur des vases jouant de la lyre"; et plusieurs monuments rappellent l’association du culte d’Apollon avec celui de Baccbus^. 11 ne seroit donc pas étonnant de trouver ici Apollon lui-même célébrant ces mystères saints on l’on reconnoit Adonis, Vénus, et Amour.
Apollon se voit souvent, il est vrai, avec l’habit de citharœde, mais jamais avec cette coiffure asiatique qui appartient aux peuples barbares; et, en disant que c’est l’Apollon byperboréen qui est figuré ici, on ne résoudroit pas la difficulté. 11 me paroit plus naturel d’y reconnoître Orphée , chantre divin , prophète célèbre, et qui a été regardé comme le héros le plus instruit dans la tbéurgie. Il ne nous est parvenu qu’un très petit nombre de monuments profanes qui représentent véritablement Orphée; mais on le voit souvent sur les monuments chrétiens , et principalement dans les peintures des catacombes. Jésus-Christ y est allégoriquement figuré, amenant par la douceur de ses paroles tous les hommes à la foi, sous les traits d’Orphée qui rassemble autour
(i) PiüsAn., Aauf., XXXI. France, frappé sous Septime Sévère, Bacchus et Apol-
(a) Phases peints, I, 56, io3. Ion sont figurés dans un même eliar. Voyez Mus. 41-
(3) Sur un superhe médaiUon du cabinet du roi de lani, pl. XIII; Mus. Pio Clément., IV, a6,
de lui les arbres et les animaux par le son de sa lyre. Orphée, dont l’image est certainement copiée d’après d’anciens monuments païens, y paroît souvent coiffé d’une tiare’.
Mais, si on ne veut point que cette figure de citharœde soit celle d’Orpliée, on peut encore y reconnoitre Calliope, une des muses qui tiroit son origine de la Thrace, et qui devoit son nom à la beauté de sa voix; ce qui a fait dire qu’Orpbée étoit son fils. Les rapports des muses avec Bacebus sont assez connus; sur plusieurs monuments on les voit chanter son triomphe, et accompagner sa marche; enfin c’étoient des divinités dionysiaques, c’est-à-dire bachiques, comme Bacchus étoit un dieu du Parnasse. Nous avons vu que Jupiter remit la cause de Proserpine et de Gérés à la décision de cette muse. Il est donc naturel de la voir, non dans le costume grec, mais dans celui de la Thrace, précéder Vénus, à qui elle fait accorder la possession du bel Adonis, chanter leur hymen temporaire et le bonheur qu’ils lui doivent, et de trouver dans ce beau groupe Amour accompagnant sa mère.
Le groupe supérieur à droite est composé de trois personnages. Une femme assise et parée d’un collier à deux rangs, de bracelets à deux spirales, de boucles d’oreilles, coiffée de cette espèce de bandeau qu’on appelle opisthosphendonè, pareequ’il avoit la forme d’une fronde, et que la partie la plus large se plaçoit par derrière pour retenir les cheveux, a dans une main une épée, et dans l’autre le fourreau qui est orné de gemmes on de clous d’or; elle regarde attentivement un guerrier qui est prés d’elle. Le vêtement de ce guerrier n’est qu’une simple cblaïuyde. Il est coiffé du pétase, et s’appuie sur une massue noueuse. Il paroît mettre quelque chose dans la main du jeune homme qui est debout devant lui; celui-ci a son pétase jeté derrière ses épaules, et il s’appuie sur un long bâton. Quoique cette femme n’ait point le casque, la cuirasse, et l’ægide, c’est évidemment Minerve. On la voit ainsi vêtue sur le beau vase de M. Edwards’, dont j’ai donné l’explication. Là, elle tient un sceptre et un casque; ici, elle n’a qu’une épée; et c’est la première fois que je la vois avec cette arme seule.
Mais quels sont les deux guerriers qu’on voit près d’elle ? La massue doit faire reconnoitre Hercule ou Thésée; car le premier de ces héros n’a pas toujours sur les anciens monuments la peau de lion dont il est ordinairement vêtu, et les attributs qu’il porte sur ceux d’un temps plus moderne. Je crois cependant que cette ligure représente plutôt Thésée, qui est dans les enfers
(i) Bottari , Roma sotterranea , If , pl. XLIII et (2) Peintures de Vases, II, a5 ; Magasin Encyclo- LXI. pédiqiie, ann. VI, t. 3; Qaler. mythoL, CXXXIV, 497.
avec son ami Pirithoüs , et à qui Minerve promet son assistance. La position de Thésée me paroit favorable à mon explication : il est assis. La punition qui lui avoit été imposée étoit de l’être éternellement'.
Le dernier groupe n’est pas moins singulier que les précédents. On y voit trois vieillards; l’un est vêtu d’un ample manteau qui lui couvre aussi le deirière de la tète en tombant sur ses épaules; il a une riche chaussure, et s appuie sur un sceptre terminé par plusieurs boutons et par un pommeau ; le bâton est orné de spires incrustées de métal; le bras qui porte ce sceptre est paré d’un bracelet accompagné d’un sceau.
Ce vieillard est assis sur un siège dont les quatre pieds sont arqués , et le dos porte une traverse; une peau de lion est jetée sur ce siège, qui est accompagné d’un marchepied. La tête de ce personnage est noble et pleine d’expression. Tout annonce la puissance et la majesté; et, quoiqu’un de ceux qui l’accompagnent soit également assis, et que Tautre ait un riche vêtement, ils ne semblent pas être d’un rang égal au sien.
Celui qui est à sa gauche est vêtu comme Tantale , à quelque différence près pour les ornements du sceptre et de la ceinture; celle-ci est ornée de plaques écbancrées, comme la pelta des Amazones, et le sceptre a des spires. Il adresse la parole à celui qui est sur le trône, et qui lui donne sa réponse de manière à lui faire entendre que c’est sa dernière volonté.
Le siège du troisième n’est qu’un simple tabouret à quatre pieds ; mais le marchepied annonce que celui qui est assis est un personnage d’un rang élevé. Il n’a du reste ni couronne ni bonnet; son manteau est jeté sur la partie inférieure du corps. Il ne s’appuie pas sur un sceptre, mais sur un simple bâton noueux. Il a aussi au bras gauche un sceau attaché avec un lien.
Il est évident que ces trois personnages représentent les redoutables juges des enfers; mais non pas selon les idées plus modernes, et qui se sont formées lorsque les traditions antiques s’étoient altérées. Pindare'* nous a conservé l’ancienne tradition qui faisoit regarder Cronos comme le roi de l’isle des Bienheureux, où il s’assied sur un trône élevé pour y rendre la justice avec Rhadamanthe , qui l’aide à porter ses jugements’.
(ij Sedet, œternùmque sedebit,
Injelix Theseus.
ViRG. , j^En. VI , 6 1 8.
Dans le tableau de Polygnote , Thésée et Pirithoüs étoient figurés assis : Pausanias, X, 29. Thésée est aussi représenté de cette manière sur les pierres gravées : voy. WiNitELMANN, MoTiument. ined., n° 100, et sur une
iutaille (£ue je publierai bientôt dans un recueil de pierres gravées inédites.
(2) Oljmp. II, 128, i38.
(3) L’inscription de Regllla , Inscnzion. Triop. , epigr. II, V. 9, dit expressément qu’elle sera reçue dans l'isle des Bienheureux, où règne Cronos.
Le costume du personnage qne nous voyons convient à Cronos. Ce dieu est ordinairement figuré avec la tête voilée'. Il a de plus ici deux branches de myrte, parcequ’il fait aussi l’office de prêtre, et pour annoncer que toute cette représentation appartient aux rits sacrés des mystères".
Je regarderai alors celui qui est auprès comme Rhadamantlie, qui, n’étant que simple assesseur de Cronos, est assis sur un siège inférieur. Tous deux ont un anneau pour sceller leurs arrêts Ils semblent écouter attentivement le roi qui est debout, dans le costume asiatique, et qui est peut-être ce même Tantale que nous retrouvons plus bas au rang des tourmentés.
Cette belle peinture nous donne donc une représentation de la Necjie, ou doctrine des enfers, telle qu’on l’expliquoit dans les Héraclées, les Tliéséides, et sur-tout dans les poèmes consacrés à Bacchus'*. C’est une espèce de tableau de tout le système des dogmes relatifs à l’initiation. Au milieu est Bacchus Chthonius, c’est-à-dire infernal, avec Cérès , les deux grands bienfaiteurs des hommes, auxquels ils ont enseigné la culture et l’emploi du blé et de la vigne, et à vivre sous l’autorité des lois®. Les différents groupes montrent, sous les traits de Proserpine, d’Iacchus, d’Adonis, et de Vénus, le bonheur dont jouissent les justes après leur mort, sur-tout quand ils ont été purifiés par l’initiation. Thésée et Piritboüs nous font voir, sous les traits de deux audacieux qui ont osé descendre dans les enfers, les peines qui attendent ceux qui veulent indiscrètement pénétrer les mystères redoutables de l’initiation. Le terrible jugement des morts, si célèbre parmi les anciens AEgyptiens, étoit allégoriquement figuré chez eux et chez les Grecs par la psjchostasie , c’est-à-dire l’action de peser les ames^ : il l’est ici directement par le jugement que les deux juges des enfers, Cronos et Rbadamanthe , rendent sur Tantale. Enfin les peines qui attendent les criminels sont énergiquement représentées par les supplices auxquels ce roi de Sipyle et Sisyphe sont livrés; tandis qu’Hercule, le plus grand de tous les héros, et leur modèle, parvient à triompher de l’enfer.
(1) M. ZoEGA a cependant raison d'observer, Bassiril. ant. I, 2, note 7, que le voile n’est pas particulier à Cronos, et qu’on le voit aussi à des images de Jupiter.
(2) Il y a dans les Tombeaux des Nasons, Bellori, pl. VIII, une peinture qui a été regardée par lui comme l’eprésentant Plutou et Proserpine. M. Visconti y voit Cronos. Comme dans notre peinture, son manteau lui sert de voile, et il tient un sceptre dans la main droite. Près de lui est Rhéa sur un siège élevé. M. Zoe- GA, loco citato, combat cette explication, parcequ’au temps où la peinture des tombeaux des Nasons a été
faite, cette fable antique devoit, selon lui , être oubliée en Italie. Cependant l’inscription de Régilla est encore moins ancienne, et cette fable y est rappelée.
(3) Jupiter, sur le vase de M. le Prince Poniatouski , en a un semblable. Voyez Peinture de Phases, II.
(4) Heyn. , in Apollod., II, v, 12.
(5) Bacclius étoit, comme Cérès, appelé Tliesmophore; c’est-à-dire, donneur de lois; et c’est comme législateur et comme auteur de plusieurs inventions utiles qu’il est représenté sur tant de monuments avec un habit ample et une barbe longue et touffue.
(6) V. Phases peints, II, i, 19; Gal.myth.,ClÆiy , 597.
et à encLaîner et emmener son redoutable gardien malgré sa résistance et l’opposition des furies, pareeqne ce héros a recherché avant ce travad le btenfan de l’initiation, qui l’a mis en état de l’exécuter. Telle est du moins lidee generale que je me forme de cette grande et snblime composition. J’ai ete oblige, j’en conviens, pour en interpréter l’ensemble, de me livrer a des conjectures; mais je les ai appuyées, autant que je l’ai pu, de l’autorité des auteurs classiques et des monuments. Cependant comment répondre de trouver la vérité dans un sujet si obscur, qui tient à des dogmes et à des rits que les anciens ont voulu eux-mêmes couvrir d’un voile impénétrable.^
La représentation du revers (pl. IV,) est analogue à celle de la face principale. On y voit aussi un temple auquel on arrive par deux degrés : il est tétrastyle. Des quatre colonnes deux seulement sont apparentes, parcequil est entièrement figuré de face. Les chapiteaux sont ioniques. Le fronton est orné d’acrotères, et il y a au milieu une tête, ou plutôt un masque, propre à éloigner les maléfices : c’est un ornement convenable cà ce temple. Une couronne de lierre, suspendue dans l’intérieur, annonce qu’il appartient à l’inventeur de l’art précieux de faire le vin.
Bacchus infernal', vêtu d’un ample manteau, et couronné de lierre, est assis sur un tabouret à quatre pieds droits, avec un marchepied qui n’a l’air que d’un simple cube : il s’appuie d’une main sur son siège , et de l’autre il tient un bâton et peut-être un strigile, symbole de la pureté avec laquelle on doit recevoir l’initiation, et que cette eérémonie procure.
L’initié qui est devant ce dieu lui présente dans une large coupe cannelée le vin qu’il vient de verser du vase qu’il tient de l’autre main.
Autour du temple sont six personnages , dont quatre à ses côtés , deux au bas des degrés. Le peintre paretît avoir voulu opposer l’une à l’autre, dans une espèce d’ordre alternatif, les figures d’hommes et de femmes qui accompagnent le temple. A gauche est une femme qui tient une guirlande dans une main, et un éventail dans l’antre*. De l’autre côté, à la partie supérieure, un initié assis tient dans une main une grande branche de myrte, et dans l’autre une corbeille où est un de ces pains coniques appelés pyramus^, ainsi qu’on en présentoit dans les cérémonies, et comme nous le voyons dans d’autres peintures; une bandelette est près de lui.
Sur le second plan à gauche, un initié, qui a un pied posé sur une roche,
(1) Ai6vu3oç xôôvioç. Siiprà, p. i3. Peintures de Vases ^ I, xn, 2 , note 5g.
(2) Voyez, sur réventail que portent les initiés, (3) nuça^oiig. Pollüx, Onomast., VI, yy.
présente d’une main une patère* à manche, creuse, aeeompagnée d’anses pour la tenir comme un bassin, et une grande coupe ornée d’oves. Il a derrière lui une bandelette.
La femme qui lui fait face tient dans une main une couronne à laquelle une bandelette est suspendue, et dans l’autre une petite caisse à mettre les bijoux, les gâteaux, et les instruments symboliques qui servoient dans les cérémonies.
Les deux initiés qui sont assis au bas du temple sont peut-être le jeune homme que nous avons vu sous les traits d’Adonis, avec son épouse’ sous ceux de Vénus. Chacun tient des attributs propres à son sexe. Le jeune homme a dans une main un casque conique orné d’un panache, et il appuie l’autre sur un bouclier : sa tête est ceinte du credemnon^. La jeune femme tient un miroir, symbole de pureté, un coffret à bijoux, une bandelette; auprès est une machine à tisser'*, signe des travaux qu’une mère de famille doit faire et diriger dans le gynécée, ou habitation des femmes. Les trois branches de myrte qui naissent du sol désignent les bois du même arbre entre lesquels les âmes des initiés se plaisent à errer.
La grande face et le revers de ce vase ont rapport aux enfers; les peintures du col nous transportent au firmament. La principale (pl. V) montre le ciel brillant d’étoiles que l’Aurore et le Soleil semblent y semer : ils sortent du sein de la mer, indiquée par les cailloux qui en forment le fond, et par les poissons qui nagent dans ses eaux. J’en distingue particulièrement deux espèces, dont l’une a le museau alongé et une nageoire dorsale conique : c’est une figure grossière du dauphin, bien différente de celle que le génie des arts lui a donnée depuis que l’imagination fantastique des Grecs a anobli sa forme, à cause du rang qu’il tenoit dans leurs traditions comme un animal consacré à Baccbus. L’autre poisson me paroit appartenir au genre spare® : c’est probablement la salpa, que l’on pêche abondamment dans la Fouille, et qui est si délicieuse sur la côte de Tarente. A côté est une espèce de pétuncle qui se remarque souvent sur les médailles de la Fouille et de la grande Grèce, et dont les valves sont accompagnées d’oreillons : c’est celui dont les pèlerins décorent le capuchon de leur cape*^.
Flusieurs monuments représentent le Soleil, d’autres l’Aurore; mais aucun ne les a encore offerts réunis avec Lucifer, comme nous les voyons ici. On diroit que cette composition, d'une simplicité charmante et d’une grâce par-
(i) La différence qu’il y a entre cet instrument et celui dont je vais parler fait voir que les disques à manche, que tiennent les initiés sur les vases, sont tantôt des patères et tantôt des miroirs.
(a) Suprà, p. 19.
(3) Suprà, p. 17.
(4) On en trouve beaucoup d’exemples dans la collection de Passer:, et dans celle que j’ai publiée. Il 29.
(5) Sparus salpa, L.
(6) Ostrea Jacohœa, L,
omojg.
faite, auroit fourni au Guide le sujet du superbe plafond qui décore a Rome le palais Rospigliosi, s’il étoit possible que ce grand peintre en ait eu cou noissance.
Phosphoivs, que les Romains ont nommé Lucifer, vole devant le quadrige de l’Aurore, dont il semble d’une main diriger les beaux chevaux, tandis que de l’autre il tient et laisse flotter une riche bandelette; ses ailes, largement développées , annoncent la rapidité de sa course ; sa tête est ceinte d une bandelette, et son cou est paré d’un beau collier'.
Eos (l’Aurore) est dans un char où il n’y a de place que pour elle. Un cercle lumineux, composé des superbes couleurs que le Soleil projette, entoure sa tête , et ce dieu est lui-même radieux. La magnificence des chars est exprimée par les spires qui ornent leur timon et l’axe des roues , et par 1 ornement qui termine cet axe. A ce timon tient une espèce de joug qui pose sur le cou des deux chevaux du milieu".
La tunique d’Hélios est attachée sur les reins avec une ceinture ; le reste dn corps est nu^ : c’est, sur les plus anciens monuments, le costume des auriges ou conducteurs de chars''. Une légère chlamyde, fixée avec un bouton sur la poitrine, flotte derrière ses épaules. Il tient à la main, comme Eos, non un fouet , mais une simple baguette ; usage dont nous trouvons des exemples sur plusieurs monuments
Nous voyons donc ici le Soleil sortant du sein des mers®, et fouettant quatre
(1) Phosphores est l'étoile du matin; il devoit être au l’aug des divinités cosmogoniques. Cependant Hésiode n’en parle point. Le prétendu Orphée, dans ses hymnes, donne le nom de Phosphores, c’est-à-dire portelumière, au Soleil, Hymn. VII, 12, XXX, ni; et à Yulcain, ih., LXV, 5. Mais Phosphores devoit être depuis long-temps au rang des divinités auxquelles les Grecs rendoient un culte, puisque son image étoit, au rapport de Strabon, p. 646, sur le sceau public des Locriens Ozoles. Les Romains le uommoleut Lucifer; et, d’après des traditions moins anciennes, on en a composé un personnage poétique ; c’étoit, selon Ovide, Metam., XI, 271, le père de Ceyx. Les artistes ont quelquefois figuré Lucifer; mais je ne l’ai jamais vu sur des monuments d’un âge reculé. On ne l’a encore remarqué que sur quelques médaillons d’Hadrien , et sur un bas-relief du temps d’Antonin , üfiw. Pio Clem., IV, xviii; Galer. mythol., XXV, 81. Il est toujours figuré comme un enfant avec un flambeau; et c’est ainsi que le Guide l'a représenté. C’est , dans le ciel, la meme étoile que celle de Vénus; on la nommoit Lucifer, le matin, et Hesper, le soir.
(2) J’ai donné dans les Peintures de Vases, H, xxxvir,
une belle image de l’Aurore. Dans le même volume, page 72, j’ai avancé que sa tête n’étoit jamais radiée, et qu’ordinairement elle avoit des ailes ; c’est en effet ainsi qu’on la voit sur une pierre gravée par Rufus, Cahinet du duc d’Orléans, 1, 191 , et sur une médaille de la famille Plautia, MoREa.Li,/am. rom., 329, fîg. i. Mais la peinture que je publie dément ma première assertion.
(3) Vases peints, II, 72.
(4) Peut-être étoit-ce alors le costume des auriges dans la gi’ande Grèce ; il différoit en cela beaucoup de celui des Volsques. Ceux-ci avoient au contraire une espèce de veste qui leur couvroit le haut du corps, tandis que les cuisses étoieut nues.
(5) On voit le Soleil indistinctement armé du fouet. Mus. Pio Clem., IV, xviii; ou de la simple baguette, Peintures de Vases, II, 44. Il en est de même de l’Aurore, qui a ici une baguette, et ailleurs. Peintures de V %ses. II. 72, un fouet. Orphée, Hymn. VU, 19, décrit ainsi le fouet dans la main d’Hélios :
Miïsnyï aùv Xiyupâ rtTçâoçov uçjia êioxov.
(6) ’JlxÊavôv rtçoXirtoûç’ oûçavôv eiaavaôïj.
Il quitte rOcéan pour s’élever au ciel.
Mimserm. cité par Athén., XI, 5.
coursiers'. Quant aux noms de ces coursiers, ils varient selon les auteurs”; et ils appartiennent à des traditions plus modernes.
Le revers de cette peinture (pl. VI) est beaucoup plus simple, et se rapproche d’un grand nombre de ceux qu’on observe sur les vases. Au milieu est Bacchus assis sur sa chlamyde : sa tête est ceinte du crédemnon avec un corymbe de lierre; il tient un long tbyrse et une patère. Une femme ailée, qui a un pied sur un roc, lui présente une grappe de raisins : sa tête est coiffée d’une opisthosphendonè attachée avec des cordons; les deux bouts de ce lien se terminent l’un par une feuille de lierre, l’autre par des baies de la même plante.
Une initiée vêtue de même, mais non ailée, et dont le col est paré d’un collier à deux rangs, offre au dieu une bandelette. Plus loin, un satyre nu, ayant la tête ceinte du crédemnon , est assis sur un roc ; il tient dans une main une branche du myrte sacré, et dans l’autre une belle patère à manche, qui a en outre des petites poignées de chaque côté. Le dieu est donc là entouré de ses suivants , qui lui présentent les signes de l’initiation. Les rochers désignent peut-être la difficulté des épreuves par lesquelles il faut passer, et les ailes sont le signe de la rapidité avec laquelle s’accomplissent les volontés des dieux.
L’arabesque que l’on voit au bas de la planche orne la lèvre du vase. Du buste d’une femme qui porte des pendants aux oreilles, un collier à deux rangs, et dont la tête est ceinte d’un crédemnon, sortent deux tiges de fleurs imaginaires et prolifères, c’est-à-dire dont une donne naissance à une autre, symbole ingénieux de la fécondité de la nature. On n’a figuré qu’un côté de l’arabesque, parceque l’autre lui est à-peu-près semblable l
Le vase (pl. VII) dont je vais parler n’est pas moins curieux que celui dont je viens de donner la description : il n’a pas, il est vrai, un rapport aussi marqué avec ces singuliers et impénétrables mystères sur lesquels la peinture pré-
(i) La plupart des poètes et des monuments s’accordent à représenter le Soleil dans un quadrige. Quelques monuments, mais tous d’un temps moins ancien que celui-ci, le font voir dans un Lige. On peut consulter sur le nombre des chevaux du S oleil une note très étendue, qui a été faite par les savants interprètes des monuments d’Herculannm, Pitture, IV, p. 5a, note4- Il en est de même de X Aurore, qui est ordinairement représentée dans un quadrige. Voyez ceux que j’ai cités. Les académiciens des peintures d’Herculanum disent que parmi les lampes de Bartoli il y en a une , II, 9, qui représente l’Aurore et le Soleil chacun dans un
bige ; mais c’est une erreur qui est venue d’un moment d’inattention. La figure qu’ils prennent pour celle de l’Aurore est celle de Sélène (Diane), puisqu’elle a un croissant sur la tête.
(2) Pyroïs,Eoüs, Æthon, Phîégon-.Oxio. , Métam. , I, i53. Eos, Æthiops, Stérope, Brontè: Hyg., Fab., i83. Chronos, Æthon, Aslrape, Brontè : Scliol. Eurip. ad Phoeii.^ 3. Erythrœus, Actœon, Lampos, PMogeus : Fulgent., Myihol., I, ii.
(3) Je dis à-peu-près, parceque, quoique la disposition dans ce genre d’ornement soit symétrique, les détails ne sont jamais absolument semblables.
)XâfSS
cédente jette d’assez grandes clartés ; mais il représente une fable, célèbre dans la liante antiquité , et il peut servir à éclaircir un fait curieux pour 1 histoire de la poésie, comme pour celle des arts.
Les aventures de Médée, qui en est le principal sujet, tiennent à trois genres de traditions; celles de la Colchide nous la présentent comme une jeune princesse instruite dans plusieurs connoissances secrètes, sur-tout dans celle des vertus des plantes et des minéraux, dont les effets, paroissant surnaturels, ont pu être attribués à une science occulte que, dans un temps moins ancien, on a nommée magie, parceque les mages persans en étoient regardés comme les inventeurs.
Vénus, selon ces traditions, entraîna Médée à préférer son amant à son père, et à suivre son ravisseur après avoir dépouillé le palais paternel de ses principaux trésors. Chez les Thessaliens, Médée développe toute sa puissance dans Fart magique , la science effrayante des évocations , et la connoissance funeste des poisons. A lolcos, elle assassine Pélias, et rajeunit AEson; à Corinthe , elle se venge de l’infidélité de son époux par d’autres forfaits , cause la mort de sa rivale, et sort du palais, qu’elle embrase après avoir égorgé les enfants nés de son triste hymen avec l’ingrat qui l’a trahie. Dans Athènes, elle veut en vain empoisonner Thésée, dont elle est devenue la marâtre en épousant AEgée son père. Chacun de ces cycles poétiques est consacré par quelque monument des arts.
Nous avons vu que ce vase est du nombre de ceux que Monterisi avoit donnés à M. Vincent Lagresta ; sa forme est figurée planche I, n“ g. La peinture que je décris est sur la face principale. La distribution des figures est absolument la même que celle qui a été observée sur le vase précédent. Au milieu est un temple; plus bas, un sujet composé de sept figures; et plus haut sont des groupes dont les deux supérieurs n’ont aucun rapport avec le sujet principal, qui, selon moi, me paroît commencer dans le plan intermédiaire.
La fille de Créon , rivale de Médée , a déjà reçu la couronne fatale imprégnée des feux qui doivent la consumer. La manière dont elle porte la main droite à ses cheveux annonce la douleur qu’elle éprouve; déjà elle touche une colonne du palais de son père, où elle cherche un vain refuge. Le pédagogue, que sa tunique courte, son manteau également court, et le bâton recourbé qu’il tient à la main, désignent comme une espèce d’intendant de la maison de Jason', la suit des yeux avec un sentiment d’effroi. La nourrice de Médée
(i) OiKovojxoç, chef des esclaves.
ou une de ses suivantes qui a porté cet affreux présent, s’assure, en regardant fixement la princesse, de l’effet qu’il a produit, et court raconter à sa maîtresse le succès de son liori'ible vengeance.
Nous voyons déjà ici une différence entre les traditions italiotes et les traditions corinthiennes; ce ne sont pas les fils de Médée et de Jason qui portent à sa nouvelle épouse ces dons fatals, c’est seulement la suivante de Médée.
Il n’est point question ici de la robe’, mais seulement de la couronne; car la fille de Créon n’est pas dévorée par ses vêtements, mais elle porte sa main à sa tête pour indiquer les douleurs cruelles que lui cause la fatale bandelette d’or qui l’a seulement touchée : le poison dont cet ornement est infecté la brûle et la dévoreb Cette bandelette^, est ici cachée sous la main et les cheveux, et nous en voyons seulement l’effet*.
Au-dessus de cette femme on lit le mot MEPnilH , Méropè; nom bien différent de celui de la seconde épouse de Jason , qu’on appelle ordinairement Creuse. Le scholiaste d’Euripide dit que les auteurs ne sont pas d’accord sur son véritable nom, ni sur son histoire®. Elle n’est désignée dans la Médée d’Euripide que par ces mots, la ///e de Créon'^; la maîtresse du palais’’, ou d’autres périphrases seniblables. Anaxicrate la nommoit Glaucé^ : c’est le nom que lui donnent la plupart des auteurs. M. Claviers pense que cette princesse est la même que celle qui est nommée Maera par Homère. Clitodème l’a appelée Creuse"': c’est le nom que Sénèque'*, et, d’après lui, tous les auteurs modernes, ont adopté. Mais, d’après cette incertitude, il n’est pas étonnant que cette princesse ait été nommée Méropè dans la grande Grèce, ainsi que nous le voyons ici. Ce nom étoit d’ailleurs corinthien; c’est celui de la mère de Sisyphe.
I.e palais , qui est ouvert , nous montre la scène la plus affreuse de cette
(1) Eonip. , Med. , 786 et 1 1 88 , dit que ces présents consistoient en un diadème d’or, et un vêtement très fin, jtefflAov Acjcrov. Apollod., I, ix, a8; Horat., ep. V, ont suivi la même tradition. Cependant, sur les basreliefs que je citerai, le feu, qui se communique, ne s'attaclie qu’aux cheveux de la malheureuse Creuse.
(2) Le traducteur latin d’Euripide ajoute toujours aurea corona, une couronne d’or; mais Euripide, Med.^
786, appelle cet ornement nXoKov xçusiîXcdov, un tissu mêlé d’or; et ovvfiisija , ib.^ 1 198 , un lien, qui, comme il ajoute, étoit d’or. Plus haut, il est vrai, il nomme cet ornement dlc^avov, couronne; mais ce mot s’appliquoit à tous les liens dont on entouroit la tête ; il n’est donc question que d’un diadème.
(3) Médée avoit infecté ce diadème des poisons dont son art lui avoit appris l’exécrable usage :
Toio'içêè (façjJctuoiç êoçnM®"!®- Eürip. , Med., 78g.
(4) Schol. in Eurip. Med.
(5) IIeçI tt)ç Kçcovtoç ôuyaTçôç ovx o^xo^ovouoi rà EêçijïWii di ouyyço^ïvç. Schol. Eurip. in Med. , i9'
(6) Med., 19.
(7) /èféZ., 11,44-
(8) Schol. Eurip. , loco citato.
(9) Histoire des premiers temps de la Grèce, I, 65; Notes sur Apollodore, 11, 190.
(10) Eurip., /oco citato; d’après ce scholiaste,
Clitodème prétend que Creuse a épousé Xuthus; ce qui annonce qu’il y avoit alors une grande incertitude dans ces traditions.
(i i) Dans sa Médée, passim.
3o TOMBEAUX
action si éminemment tragique. Méropè en a franchi le seuil en s’appuyant sur les colonnes; nous la voyons chanceler près de son trône, et ensuite y expirer.
Le palais est très remarquahle; il est à six colonnes ioniques et cannelées: il est également dessiné de côté dans une espèce de perspective. Le fronton est accompagné de belles palmettes qui en décorent le sommet et l’extrémité; genre d’ornement appelé acrotères. Au milieu du fronton est un disque, comme dans les précédents, et deux boucliers ronds sont suspendus au mur.
L’inscription, dont une partie subsiste entière sur la frise, ne laisse aucun doute sur la destination de cet édifice; on y lit d’un côté, K QN; et de
l’autre , KPEONTEIA : l’espace qui existe entre les lettres du premier mot fait voir qu’il avoit quelque étendue; et je crois pouvoir y lire KOPIN©iaiS (ville) des Corinthiens. KPEOMTEIA, Créonteïa, est le nom du palais du Créon; c’est-àdire du chef corinthien. Le mot Créon désigne souvent chez les auteurs tragiques tout homme qui exerce la puissance souveraine, et n’est pas toujours un nom propre'. D’après les conjectures très vraisemblables de M. Clavier, le Créon qui voulut chasser Médée de Corinthe se nommoit Proetus.
Le trône sur lequel la malheureuse fille de Créon vient d’expirer n’est pas si riche que celui de Bacchus Chthonios, dans le vase précédent; mais il est encore très beau. Il a le dossier orné de lames et de clous de métal, et dessus sont deux oiseaux qui paroissent être des colombes, symbole de l’union conjugale qu’elle alloit former. Ce trône a un beau marchepied.
La princesse expire renversée à moitié sur ce trône, et la tête appuyée sur le bras droit de ce siège", oèi on remarque un coussin ; un bras tombe à terre; l’autre est encore sur sa tête, oîi est le mal qui la tue. Un jeune guerrier, ayant le pétase, ou chapeau plat, rejeté derrière sa tête, sa légère cblamyde flottant sur son épaule, et un parazonium dont le fourreau est richement brodé, s’empresse auprès d’elle; mais le malheureux ne peut que recueillir les débris de la chevelure et du diadème d’or, qui tombent entre ses mains.
Nous trouvons encore ici un autre changement dans la tradition; non seulement la robe de Méropè n’est point infectée des poisons de Médée, mais la couronne brûle la tête et les cheveux de la malheureuse princesse, et ses feux la dévorent sans que la flamme soit apparente; ce qui rend peut-être la scène encore plus tragique et plus terrible que les détails qui paroissent avoir été ajoutés par des auteurs plus modernes.
(1) Hist. de la Grèce, 1,65; Schneid. , noce Kçeiav.
(2) Touv6£V<Σ (xÉvroT ^ct-vô-v 6caM’ iStiy Xçoiàv yàç àXicîÇatia, XfXÇuï fTciXiv
Xoçei TÇ£(xouoa xûXa, xav ^xôXiç çOccvei, ©çôvoiaiv cfxîtecovsa , uf) Ztanv.
Eciup., Med. , 1167.
Le nom du guerrier qui soutient Méropè est encore une nouveauté; on lit au-dessus de lui, mnOTH2. Diodore de Sicile nous apprend' que la fille de Créon avoit un frère appelé Hippotès. Il survécut à sa sœur et à son père, puisque ce fut lui qui cita Médée devant l’aréopage, comme meurtrière de sa sœur et comme infanticide. C’est donc lui qui cherche inutilement à secourir cette malheureuse sœur; et il n’est pas étonnant qu’il ne soit pas atteint du mal dont elle meurt victime, puisque, d’après les traditions, il lui a survécu.
Le nom du vieillard qui est près du lit de la princesse ne peut être douteux; c’est Créon lui-même , c’est-à-dire le prince des CorintJiiens. C’est son père qui se livre au plus affreux désespoir. Aux premiers cris de sa fille il est accouru pour être plus à portée de la secourir. Il a posé son sceptre sur une colonne. Ce sceptre est, comme ceux que nous avons vus, surmonté d’un oiseau qui a les ailes éployées, et il est orné de clous de métal. Le père de Méropè a l’habit royal, c’est-à-dire une tunique, un ample manteau, des bandes croisées et ornées de boutons de métal sur la poitrine, et une ceinture avec une frange à dents de loup. L’ornement de la broderie du manteau est celui dont les artistes anciens étoient convenus pour figurer les vagues de la mer. Son vêtement n’est pas enflammé; mais la manière dont il porte sa main sur sa tête doit faire présumer qu’il est atteint lui-même du poison qui brûle sa fille , et qu’il en sera bientôt consumé'.
Après Hippotès nous voyons une femme vêtue d’une longue tunique; un ample manteau lui couvre la tête, et elle le soulève avec la main droite; attitude commune à un grand nombre de figures antiques. En même temps que cette figure paroît s’éloigner, elle tourne la tête vers le palais : c’est l’ombre de Méropè, qui, avant de descendre dans le royaume des morts, jette encore un regard vers le palais de son père.
Près de l’ombre de Méropè est celle du malheureux roi de Colchos, dont le nom est écrit au-dessus, EIADAON AHTOY, ombre d’Aëtks^. Il est vêtu d’une longue tunique; elle tombe jusque sur son cothurne. La broderie autour de son col figure des vagues, et le long de son corps des feuilles de lieri-eb II relève son ample manteau avec la même main dont il tient son sceptre , qui
(1) Diodor., Sicul., IV, 6.
(2) Ei <Σ Jtçoç 0{av «YOii Sâçxaç yeçaiocç ècniâçaV àn ôstéov.
Xçovo <?’ âjCÉaTT) , xat ueôiix’ ô «Jûafxoçoç
yrâÇ OÙKÉt’ 13V vnéçTEçoç.
Kcivrai 5e vexçoi, «aiç te, xai ytçov ffiarrtç,
néXaç" jfoôttvT) 5aKçûoii3i «ujJiÇoçd:.
EtiaiP. , Med., iai6.
(3) Le nom de ce prince devroit s’écrire AIHTH2 ; mais ri après la première lettre a été omis par le peintre du vase, ou effacé depuis qu’il a été fabriqué.
(4) C’est ce qu’on appelle funica hederata.
lui
ni
3a TOMBEAUX
est terminé par un beau fleuron ; il étend l’autre vers sa fille comme pour montrer le nouveau crime dont elle vient de se rendre coupable.
Au bas des degrés du palais on voit un coffret ouvert; peut-être est-ce celui qui renfermoit la fatale couronne. Le brasier qui est renversé auprès annonce le désordre qui règne dans la demeure royale.
Le plan inférieur représente les autres aventures de ce tragique événement. Médée a rempli le palais de Créon de deuil; elle a rendu son trône vacant, et privé ses sujets de leur souverain : mais sa vengeance n’est pas encore assouvie; l’infidèle Jason n’est pas puni. Elle lui a enlevé, il est vrai, la princesse qui lui étoit promise ; mais il l’épousoit plutôt par ambition que par amour, pour acquérir à ses enfants des protecteurs, en leur donnant des rois pour frères’. Eh bien! ce sont ces enfants mêmes qui deviennent les premières victimes de sa cruelle épouse.
Médée est dans le costume colchique"; sa tunique est peinte ou brodée, et son manteau a aussi une riche bordure de feuilles de lierre; ses cheveux flottent en boucles sous sa tiare. Elle tient par les cheveux un de ses fils au-dessus de l’autel sur lequel il s’est probablement réfugié^, et elle va plonger dans son sein l’épée qu’elle tient dans l’autre main'*.
Cet enfant a deux armilles ou cercles de métal aux bras, comme cela s’observe souvent aux figures peintes sur les vases, et quatre à une jambe; ce que je n’ai jamais remarqué.
Le jeune homme qui est derrière Médée est nu, et porte une légère chlainyde; son pétase est indiqué, plirtôt que figuré, derrière sa tête. Il tient deux courts javelots, et semble vouloir retenir l’autre enfant, qui, attiré par les cris de son frère®, tourne la tête avec effroi®. Ce jeune homme est un guerrier de
Eu vuv TÔ(î’ 1501 , fit) yin'aiKÙç oûvtKŒ riijiai Xe’xTça ^aotXÉoç, à vùv 'AXK\ ôojtEÇ EÎrtov )cai Jtâçoç, cô3ai Ôe'Xov 2e, xai TÉKvoidi Toiç éfxoiç ôfioo^riôçouç $ûv(U Tuçdvvouç rfailîaç, éçufta dôjuaoi.
Eurip., Med., 5g2.
(2) Médée est souvent désignée par les auteurs sous le nom de Colchienne^ qui équivaut à celui de barbare; il est un terme de mépris. Juven., sat. Vï, v. 643, l’appelle Colchidem scevam.
(3) Il semble qu’on l’entende s’écrier comme dans Euripide ;
Ndi rtçôç 0EÙV ev tîÉom ydç'
iiç éyyùç ndt) y’ cujisv àçKuov y^ouç.
Med., 1377.
(4) Médée est toujours représentée avec une épée à la main. C’est ainsi qu’on la voit sur le bas-relief de
Santa Chiara, à Naples, sur une pierre gravée du cabinet du Roi, et enfin sur le beau vase dont M. Boet- TiGER a donné une ingénieuse explication, Kasengemœhlde, II, i63, où elle est figurée présentant aux filles de Pélias le fer et le poison pour égorger leur vieux père, dans l'espoir de le rajeunii’. M. Boettiger, de Medea Euripidea, Prolus. P, p. xv, pense que le glaive de Médée a passé dans la main de Melpomène pour caractériser la Tragédie, comme cette muse a reçu le masque et la massue d Hercule pour la même raison.
(5) Dans la pièce d’Euripide, v. 1270, ou entend au dehors de la chambre où ce meurtre s’exécute ce court et touchant dialogue. Un des enfants s’écrie :
Oî ^ot, Tl (îçàscs; rtoî ^ûyo fioTÇÔç xéçaçj l'autre lui répond ;
OÛK oîiî, ^iXtar’ ■ oXXépeoea yâç.
(6) La composition du groupe entier, la manière
la suite de Médée, ou quelque personnage qui étoit connu dans la tradition que le peintre a suivie ; mais ce n’est pas le pédagogue qui aceompagne ces enfants dans la pièce d’Euripide, car Médée l’appelle vieillard'; ce qui ne convient pas à l’âge de celui-ci. Le dessin et l’attitude de ce jeune guerrier sont d’une grande beauté.
Jason accourt de l’autre côté aux cris de ses fils”. Il est nu; sa chlamyde est tortillée sur son bras gauche. Il tient dans la main droite une épée, dont le fourreau est très orné, et dans l’autre une lance dont il menace en vain Médée. Son corps velu, sa barbe épaisse, annoncent la force de l’âge: il paroit même plus voisin de l’âge mûr que de la jeunesse’. Un de ses compagnons le suit'*; il a aussi sa chlamyde sur le bras gauche; il est coiffé du pétase, et armé de deux lances.
La figure du milieu est du plus grand intérêt. Divers monuments sur lesquels cette tragique histoire a été retracée représentent Médée fuyant à travers les airs dans un char trainé par des dragons ailés’, et souvent ayant près d’elle un de ses fils étendu, et l’autre sur ses épaules’ pour le lancer à la tête de Jason, selon le récit de Sénèque, qui avoit sans doute emprunté ce détail de quelque antique tradition.
On pourroit donc reconnoitre ici Médée elle-même, ayant quitté son costume colchique en entrant dans son char qui va l’élever dans les airs, et tenant les torches qui embraseront Corinthe, le palais de ses rois, et bravant ainsi la fureur impuissante de Jason, qui, armé d’une lance et suivi d’un de ses guerriers, accourt pour venger ses fils. Cependant le vêtement de cette figure demi nue, les deux serpents qui se dressent sur son front comme sur celui des furies, ôteroient quelque vraisemblance à cette explication.
Les lettres 012 P02, écrites au-dessus de cette figure, et qu’il faut certaine-
dont les figures se retournent, sont véritablement ad- (4) Dans la tragédie de Sénèque, Jason fait assemmirables. bler ses compagnons pour venger la mort de Creuse et
(i) iToXXé fj’ àvâyKT), «çéaôvj AEschtl., Pronieth., 884- (a) Les poètes ont varié relativement au nombre des enfants de Jason et de Médée. Hision., Theog., 1 ooo , ne lui donne qu’un fils appelé Médéus, que Chiron éleva dans les montagnes. Hellanicus , cité par PausANiAs, II, 3, dit que ce Médéus étoit aussi appelé Po- Ivxénus. Ejiripide n’en présente que deux qu’il ne nomme pas. Ils sont appelés Mennerus et Phérès par Apol- LODORE, Biblioth.^ I, ix, 28, et par Pausanias, II, 3. Diodore de Sicile, IV, 54, en compte trois qu’il appelle Thessalus , Alciménès, et Tisandre.
(3) Jason, sur les monuments, est le plus souvent figuré imberbe; mais aussi quelquefois avec une barbe: voyez Beger, Spicil., p. 120.
de ses fils :
Quicunque regum est cladibus Jidus, dolens, Concurre, ut ipsam sceleris autorem horridi Capiamus : hue ! hue ! fortis armigeri cohors Conferte tela. Med., 975.
(5) Le sculpteur Euthycrate avoit représenté plusieurs fois Médée dans un quadrige, quadrigas Medea complures, Pliiv. , XXXIV, i . Il est probable qu’il faut entendre ici un char trainé par quatre dragons. Cependant, sur tous les monuments que nous connoissous, le char de Médée n’a que deux dragons ; il se peut que , dans ce passage de Pline, quadriga désigne un char quelconque.
(6) Voyez la vignette de l’explication des planches.
LôMoJ
ment lire OI2TPOS, peuvent autoriser une conjecture qui ajoute encore plus d’énergie et d’intérêt à cette belle composition. Ohtms (la Fureur), après avoir porté Médée à de si cruelles vengeances, quitte cette scène d’horreur.
Oistros désigne proprement le taon des boeufs^ : cet insecte étoit connu sous ce nom au temps d’Homère”. C’est celui que Junon envoya à lo pour la rendre furieuse, et qui, ne lui laissant pas de repos, la força à parcourir, dans son égarement, différentes contrées l Mais le mot oistros a aussi été, dès les premiers temps de la langue grecque , employé au figuré pour exprimer tout mouvement violent, physique, ou moraU; et, dans ce sens, il a trois acceptions, et signifie colère^, enthousiasme^ , et amour effréné'^ •
L’imagination des Grecs, dans les temps poétiques de leur histoire, savoit donner un corps et des formes humaines à toutes les passions , ainsi ils ont personnifié sous les noms d’Æ'/ui, & UimeroSj AEris, et de Lyssa, \amoui, le désir, la discorde, et la rage. Il n’est donc pas étonnant que la poésie ait également essayé de représenter Oistros, qui s’empare du cœur des mortels, et
(1) Tabanus bovinus, L.
(2) Odyss., X, 3oo.
(3) AEschyl. , Promef/i., 884-
(4) OîsTçov xaXouffi rtâcsav x,îvt)3iv, SuiD., II, GjS.
(5) Il désigne la colère dans un passage de Joseplie,
où cet historien dit que «les habitants d’Antioche s’ir- « ritoient contre les Juifs faussement calomuiés » : Mtrà stoWov nvôi; üïdtçou ètl TOÙg ôç^t)VTo,
de Bello Judaïc., 973, G. Voyez aussi Plut., i8o5, A; Eüseb., Hist. Ecoles., 546.
(6) L’espèce d’enthousiasme que désigne le mot oistros est sur-tout celui des poètes et des prophètes, Phi- LON., de Plant. Noe, 171, E; et il a cette acception dans un grand nombre de passages des trois poètes tragiques. Ce mot a même passé dans la langue latine; Stage l’emploie dans des beaux vers de sa Thébaïde , I,3a,et de ses Sylves, II, vu, 3; et les Italiens appellent encore Estro l’enthousiasme poétique et les mouvements passionnés de l’ame.
(7) C’est la signification la plus ordinaire d’olorçoç, principalement chez les écrivains en prose; ils expriment par le meme mot la passion pour une chose inanimée. Les auteurs attlques emploient sur-tout cette expression pour caractériser la passion qui entraîne les sexes l’un vers l’autre, ô îtfçî tàç pi^eiç oîatçoç. Philon. , de Plant. Noe, i8a,F.; dans son tcAiièdeSomniis, 444? D- Il dit ailleurs, Içcjtoç oï<jtço, phrase usitée pour exprimer V emportement de l’amour. Les mots oîarçoi, Içoç, et ïwfçoç , oestre, amour, désir, sont synonymes. On trouve dans d’autres auteurs ces expressions , Jtaôov oisTQO-v; Joseph., ü/ac/iaù., io85 , et LoxVG. ,
48 , B. Les pères de l’Eglise emploient le mot oistros
pour désigner les goûts dépravés des païens. Suivant Justin le martyr, c’est V oistros qui a porté Jupiter à enlever Gauyraède, £?tl ravupéfînv ^i’ oîstçov cXnXuôévai. L’empereur Léon, dans un sermon, in Dominicam resurrectionem^ i6g5, B, raconte aux fidèles les aventures de Neptune et de Pélops, qu’il appelle l’o/j'froj de Poséidon pour un jeune Phrygien : Tôv Tlostwîôvoç trtv ptiçaxi9 oiarçov. Le P. Combefis ajoute, dans ses notes latines, 1754, B : «Ilni’importe peu de savoir de quel « mythologue Léon a appris le sujet de l’enlèvement « de Pélops par Neptune. Je n’ai pas la prétention de «paroitre savant dans les fables des Gentils, moi qui « n’aime que la vérité nue et chrétienne. 55 Si Combefis, malgré sa piété, avoit lu la première olympique de Pindare, il auroit vu que l’empéreur Léon y avoit appris l’histoire de l’enlèvement de Pélops.
Le mot u'ioTçoç désignoit aussi un goût extrême pour des objets inanimés. S. Clément d’Alexandrie appelle oistros le goût de ses contemporains pour les statues et les tableaux, goût dépravé selon lui , et qui ravale l’homme au-dessous de la béte; Admonit. ad Gentes, 3g, A.
Le verbe oÎ'jtçïo, ^'irrite, i'enjlamme, se rencontre rarement au participe du second aoriste, oiotçnelç. On trouve cependant cette forme dans un oracle d’Apollon Branchide, conservé par Porphyre, dans son traité des oracles :
Aai^ovoç ôçvcpévou xçucçov (ÎÉpaç oidTçéEvtoç.
Eüseb., Prœpar. Evang. , 100.
Peut-etre faut-il lire ololçiiOÉvtoç , forme employée par Achilles T Kilos , Amor. Clitoph. et Leucipp., p. 45, A.
qui, après les avoir portés à des mouvements involontaires, revoie dans la région des airs, séjour ordinaire des créations fantastiques. Rien n’explique mieux cette figure qu’un passage du chantre inconnu qui, sous le nom d’Orphée, a composé l’antique poème des Argonautiques : • Maintenant que \’OEs- « tnis hrùlant, ayant abandonné notre corps, a pris son essor à travers les airs,
« et a revolé vers le ciel immense, je dirai, etc.’ »
L’idée qu’une passion satisfaite abandonne , sous une forme visible , celui qu’elle entrainoit, et s’envole, toute hardie qu elle paroit dans les langues modernes , ne l’étoit pas dans celle des Grecs ; et , si nous cherchons une application à notre sujet, nous voyons que les poètes font errer l’ame même de Médée loin de son corps: «Elle ne s’aperçut pas, dit Apollonius, de l’arrivée de ses « esclaves; car son ame s’étoit envolée jusqu’aux nuages, loin de la terre”. »
C’est donc aussi une idée très poétique de l’artiste, mais conforme au genre allégorique de la haute antiquité, d’avoir personnifié la passion qui porte Méfiée à la vengeance , et d’avoir figuré Oislros au lieu de Lyssa, qui n’eût été qu’une fureur ordinaire. Oistros est représenté avec des serpents qui se dressent sur sa tête au milieu de ses cheveux : il tient à la main deux flambeaux qui ne sont peut-être encore que des symboles de sa rage; car rien n’annonce qu’il ait embrasé le palais, ou qu’il se dispose à le faire.
Toutes les parties du char à^Oistros sont figurées de face^ avec beaucoup d’adresse. Les deux dragons qui le traînent ont une crête, et l’un d’eux darde sa langue divisée en deux filets, comme cela est propre à ces animaux, et qui n’a pas la forme d’une pointe de flèche que lui donnent les poètes dans leurs descriptions; leur corps forme des replis dessinés d’une manière large et pittoresque.
L’usage de figurer des chars traînés par des dragons est consacré par les plus antiques traditions et les plus anciens monuments; il paroit avoir pris naissance dans les mystères d’Eleusis. Les plus anciens vases peints représentent Gérés, et sur-tout Triptolème, dans un char ainsi attelé; et il est probable que dans les processions et dans les théories éleusiennes on le faisoit paroître dans une machine qui avoit la forme d’un pareil char. AEschyle, qu’on croit
(1) ' NOv £«£1 ûeçôtÇoitoç àaiEfflTato (îiiïoç oIstçoç
Hj.i£T£ÇOV (Σ}jaç ÉxnçOXtTCÙV, £ÎÇ ovçavov £ÙÇVV.
Onpn. , Argon. , I, 47-
(2) ^uXT) Ttertonito.
Argon., III, ii5i.
(3) C’est ainsi que sont figurés le char de Triptolème sur le vase de M- le prince Poniatouski, voyez F uses
peints, II , XXXI, et celui de Gérés et de Bacclius, traîné par deux centaures, sur la grande sardonyx du Vatican, voyez Buonarr., Medagl. ant, p. 4^7- C'est d’après ce modèle qu’on a exécuté le char qui décore le fronton du Louvre du côté de la colonnade, et qui a été si injustement critiqué. Il est gravé par La Cour, Sculpt.,i^\. XXX.
avoir transporté plusieurs machines ou décorations de théâtre des mystères sm la scène , avoit peut-être placé Médée dans un char ainsi attelé , Sophocle 1 a représentée allant dans les lieux sauvages et déserts chercher des plantes propres à ses enchantements', comme le dit encore Ovide*. Sophocle avoit aussi fait paroitre Triptolème dans un char traîné par des dragons, et c est ainsi que nous le voyons sur des monuments d’un âge moins reculé.
Aristote^ a improuvé le dénouement de la pièce d’Euripide; et, en cela, il s’est, je crois, montré trop sévère. Rien n’est plus tragique, à ce quil me semhle , que de voir Médée , au milieu des airs , braver la fureur légitime , mais impuissante, de l’infidèle Jason. Aussi ce dénouement a-t-il été adopté sur tous les théâtres. La représentation de Médée fuyant dans son char est très pittoresque, et elle produit le plus noble effet sur tous les monuments où cette action est figurée A
C’est, depuis une époque fort ancienne, un point de controverse parmi les savants de déterminer si Médée a été réellement regardée chez les Grecs comme infanticide, ou si c’est seulement Euripide qui a chargé sa mémoire de ce forfait affreux. Quelques auteurs grecs ont prétendu que les fils de Médée avoient été tués par les Corinthiens eux-mêmes à coups de pierres®; et qu’en réparation de ce meurtre, les dames corinthiennes alloient tous les ans honorer leur tombeau : ce monument étoit placé dans le temple que Médée avoit élevé à Junon dans la citadelle®. AElien dit expressément que l’infanticide dont on a acensé Médée est une fable’ ; mais Parmeniscus a été plus loin; il flétrit la réputation d’Euripide, en avançant que ce grand poète a reçu cinq talents des Corinthiens, pour les délivrer de la tache que leur imprimoit la mort de ces jeunes princes, en l’attribuant à la farouche vengeance de Médée. On peut dire encore que les Athéniens étoient aussi intéressés à noircir la réputation de Médée, que leurs antiques traditions représentoient comme la persécutrice de leur cher Thésée. Barnes* a déjà cherché à disculper Euripide d’une pareille bassesse. Plutarque, qui nous a conservé l’odieuse imputation de Parmeniscus®, ne dit rien qui puisse l’appuyer de l’autorité de son opinion. Cependant il est évident que la tradition sur l’infanticide commis par Médée est antérieure au temps d’Euripide , puisque Carcinus , dont le fils , Xénoclès , étoit contemporain de ce célèbre tragique, avoit représenté Médée défendant elle-même sa
(1) V. PitoTojjoi; Macbob., r. ig,
(2) Metamorph.,y\\., 120.
(3) Poet., XV, ed. Bchlii.
(4) Voyez la vignette de l’explication des planches.
(5) ArOLLOD.,1, IX, 28.
(6) Ibid. Schol. Pindari, olymp. XIII, 74.
(8) Vit. Eitrip., XVII.
(9) P'it. Alexandr.
cause dans l’accusation qui lui avoit été intentée pour le meurtre de ses fils'. Apollodore", qui avoit recueilli les récits des plus anciens niythograplies , dit positivement qu’elle a tué ses fils Mermerus et Phérès. Ce crime n’est pas d’ailleurs plus affreux que celui d’avoir déchiré son frère Absyrte.
Le vase que je publie contribue à laver Euripide de l’indigne lâcheté qui lui a été attribuée. Il n’est pas, il est vrai, d’une époque antérieure à celle à laquelle ce poète a composé sa tragédie; mais il n’a pas été fait non plus dans un temps qui en soit très éloigné; car le monument où il a été trouvé, le style des bas-reliefs , celui des peintures , la forme des caractères dans les inscriptions, tout annonce une époque antérieure à celle où les Romains devinrent les maîtres de l’Apulie. Si on examine la composition, toutes les circonstances diffèrent de celles que les auteurs grecs nous ont transmises; le nom de la fille de Créon n’est pas le même. Tout prouve que cette tradition avoit été portée de la Grèce chez les peuples de l’Italie, où elle avoit subi des modifications. Elle devoit être très ancienne. Euripide n’a donc fait que l’adopter, parcequ’elle est éminemment tragique, et qu’elle devoit sur- tout produire un grand effet chez les Grecs, puisqu’elle tenoit à leur histoire; c’est celle que tous les autres poètes tragiques ont suivie.
Les groupes supérieurs sont destinés à faire symétrie dans la composition; mais ils n’ont, comme je l’ai déjà fait remarquer en décrivant le premier vase, aucune relation avec le sujet principal; tous deux accompagnent le temple, et toute la composition a la même disposition que nous avons déjà observée. Le sujet à gauche est très commun sur les vases; il représente Minerve assise, vêtue d’une ample tunique, mais sans casque sur la tête : son col est paré d’un collier à deux rangs, et à ses oreilles sont des pendants en forme de grappes de raisin. Elle appuie son bras sur un bouclier au milieu duquel est une tête, peut-être celle de Phobos; elle tient une lance, et elle présente un casque à Hercule , qui est devant elle. Ce qui est singulier, c’est qu’elle ne regarde pas le héros qu’elle favorise. La tête de Méduse n’est pas sur le bouclier, probablement pareeque ces armes ne sont pas celles de la déesse , mais qu’elle les destine à son favori.
Hercule tient son carquois, ses flèches, s’appuie sur sa massue, et porte la peau de lion sur le bras gauche; du sol naissent des fleurs campanulées.
Le groupe à droite est moins facile à expliquer; mais il est encore relatif aux mystères et non au sujet principal figuré sur le vase. Un jeune héros assis
(1) Aristot., ü/iefor. , II, 23.
(2) Loco suprà citato.
tient dans une main une lance , et dans l’autre une grenade suspendue à un ruban, ou plutôt un vase en forme de grenade, et un strigile; près de lui est un bonnet conique. Celui qui est devant lui debout a les mêmes attributs, à l’exception du bonnet. Au-dessus sont deux étoiles. Ces détails me font présumer que ce sont les dioscures Castor et Pollux que nous voyons quelquefois représentés sur les vases peints.
Les colonnes cannelées qui sont aux côtés limitent majestueusement cette composition; leurs chapiteaux sont corinthiens , ce qui est extrêmement rare sur les vases peints, et chacun porte un riche trépied dont chaque montant se termine par des pattes de lion. Plusieurs bas-reliefs rappellent l’usage de placer ainsi des trépieds sur des colonnes.
Le revers a aussi, non pour le sujet, mais pour sa disposition, quelque conformité avec celui du vase précédent. Il y a dans le milieu un petit temple soutenu par des colonnes ioniques, et dont le fronton est décoré de belles palmettes. Au milieu est un guerrier nu qui s’appuie sur un bâton, et tient un cheval par la bride : ce sera probablement Castor, ou plutôt Jasion favori de Gérés. Aux côtés sont quatre initiés qui présentent des offrandes; il y a alternativement un homme et une femme. En haut et à droite du temple est une femme assise qui tient dans une main un éventail, et dans l’autre un grand bassin orné d’oves , et une couronne de myrte. Au-dessous est un initié debout qui a sur son bras gauche une ample chlamyde; il tient d’une main une couronne <à laquelle est attachée une bandelette, et dans l’autre une grappe de raisin.
A gauche est, en haut, un homme assis qui tient une cassette à mettre les bijoux, d’où sort une bandelettte; et, dans l’autre main, un miroir. Au-dessous est une femme debout qui, dans une main, tient une bandelette, ou plutôt une ceinture, et dans l’autre une branche de myrte.
Dans le plan inférieur, sous l’ædicule, il y a une femme et un homme adossés qui cependant se regardent en se retournant. Ces figures sont absolument placées comme celles qui décorent quelques frontons. L’initié à droite est assis sur sa chlamyde , et tient un grand bouclier rond et un casque conique dont le sommet est orné d’une aigrette. De l’autre côté est une femme qui d’une main s’appuie sur le sol , et qui tient dans l’autre un grand bassin et une bandelette. Les myrtes qui sortent de la terre, et font symétrie, indiquent les bois délicieux dans lesquels les âmes heureuses, purifiées par l’initiation, aiment à se promener.
La principale face du col (pl. IX) représente un combat d’Amazones, sujet fréquemment figuré sur les monuments et sur les vases peints; mais celui-ci
présente encore des particularités qu’on ne trouve pas sur d’autres , et il est d’vine très belle exécution.
Les Amazones ont le costume scythique; leurs anaxyrides paroissent être de peaux mouclietées , ou sur lesquelles on a appliqué des ronds d’une fourrure différente; leur tunique courte est attachée avec une ceinture ornée de clous de métal; et, ce que je n’ai encore remarqué sur aucun monument, une peau de panthère est jetée comme une espèce de chlamyde sur ce vêtement. Cependant, au lieu de cette peau, l’Amazone du milieu a une chlamyde d’étoffe. Toutes sont armées d’une hache qui d’un côté a un tranchant, et de l’autre un fer pointu et crochu ; le tranchant d’une de ces haches est orné d’une feuille de lierre. Deux ont un bouclier échancré, ou pelta: l’un est orné d’enroulements; l’autre, de demi-cercles, au milieu desquels est la tête d’un ennemi que l’Amazone a tué, et dont elle a fait, selon l’usage des peuples barbares, un épouvantable trophée , ou bien cette tête est une figure sculptée qui rappelle cette cruelle coutume. Les guerriers sont nus, et n’ont qu’une simple chlamyde et un petit baudrier auquel leur épée est suspendue : ils sont armés de grands boucliers ovales et d’une lance; un d’eux a les jambes défendues par des cnémides.
Le succès du combat n’est pas douteux; les Amazones sont vaincues. Une d’elles a déjà mordu la poussière; et, contre l’usage ordinaire, elle est étendue sur le ventre; car les anciens représentoient le plus souvent les Amazones et les guerriers couchés à terre sur le dos, pour témoigner qu’ils étoient morts en faisant face à l’ennemi. Le bras de celle-ci est posé sur sa tête; ce qui, dans l’ancienne langue allégorique des arts, est le signe du repos, du sommeil, ou de la mort'. Les deux Amazones qui combattent à pied vont recevoir le coup mortel; et la lance du guerrier grec qui leur est opposé menace déjà leur sein.
Le groupe du milieu est le plus remarquable. L’Amazone à cheval doit être la reine de ces femmes belliqueuses; sa hache, dont elle cherche à assener un coup au guerrier qui lui oppose son bouclier, ne pourra le prévenir, et la garantir de sa lance. Les oiseaux aquatiques qu’on voit au bas peuvent indiquer les bords de l’ilissus, où ce combat fut livré, selon Pausanias. La conformité de ce groupe avec ceux qu’on remarque sur d’autres vases et sur des sarcophages où on a imité des monuments plus anciens peut faire présumer qu’il représente Thésée qui perce de sa lance l’Amazone Hippolyte". Une Vic-
(i) C’est l’attitude d’une belle statue d’Amazone que (a) Monuments antiq. inéd.,1, 35t; Galer.mythol., j’ai fait dessiner dans le Musée Royale de Naples. pl. CXXIX , n" 495.
4o TOMBEAUX
toire présente au héros une couronne de myrte. La représentation est limitée de chaque côté par un grand arbre de la même espèce.
Au revers (pl. X) il y a, comme sur le vase précédent', trois figures. Au milieu est Bacchus assis sur sa chlamyde : sa tête est ceinte du crédemnon; il tient dans une main un beau thyrse, et dans l’autre un bassin auquel est attacbée une bandelette. Une initiée qui tient une brandie de myrte d où pend une bandelette lui présente une couronne. Le satyre qui est de 1 autre côté a aussi la tête ceinte du crédemnon; son pied gauche est appuyé sur trois pierres brutes amoncelées ; une branche de myrte , posée sur son épaule , y est retenue par le seul poids de la bandelette qu’on y voit suspendue. Il tient dans la main gaucbe un vase par une anse qui est attacbée à deux anneaux, comme elle l’est à nos seaux; on y voit deux satyres peints en noir. Il a dans l’antre main un rhyton, ou vase en forme de corne, cannelé.
La différence du style de ces figures et de la composition avec celles de la face pourroit faire croire quelles ne sont pas du même maître, tant elles sont négligées. Ceux qui fabriquoient les vases faisoient peu d’attention aux peintures des revers , parcequ’elles dévoient être placées contre les murs , sur des tables destinées à mettre ces vases.
Le vase planche XI est celui qui avoit été remis à M. Lagrasta”. Au milieu de la peinture principale est une ædicule dont le stylobate est décoré de cette espèce d’ornement qu’on appelle un mæandre. L’ædicule est portée par des colonnes ioniques ; le fronton est orné de belles palmettes qui forment les acrotères. Au centre de cette ædicule est un vieillard nu qui remet une armure à un guerrier; peut-être est-ce Pélée qui donne des armes à son fils avant son départ pour Troie, d’où il ne doit plus revenir, armes qui seront perdues par l’imprudence d’un ami. Le jeune homme a le corps entièrement couvert par l’orbe de son immense bouclier, dont le bord est fortifié avec des clous de métal; au milieu est aussi une tête, peut-être celle de Phobos, l’épouvante, ou bien elle retrace l’borrible usage dont il a été déjà parlé^. Il tient dans la main droite un casque orné d’une aigrette et de couvre-joues : la partie supérieure revient en avant comme à un casque phrygien. Le guerrier va lui remettre la cuirasse qui pose sur une table à quatre pieds, dont une moitié paroît rentrer dans l’autre, comme pour qu’on puisse la lever ou l’abaisser à volonté. La longue lance, dont le bois a été coupé sur le mont Pélion, pose sur le mur; le parazonium, les cnémides , et un autre casque de forme globuleuse , sont
(i) Suprà, p. 37. (3) Supra, p. 3g.
(ü) Sa forme a été figurée planche II, n" lo.
DE CANOSA. 4i
suspendus au plancher du palais, comme nous y avons déjà vu les i-oues d’un char et des houcliers'.
Aux angles de cet édifice sont des initiés placés dans un ordre différent de celui que nous avons observé sur les vases précédents. Les deux hommes et les deux femmes sont en regard. L’une tient un miroir et une grappe de raisin; l’autre, un miroir et une branche de myrte. A gauche est un initié assis sur sa chlamyde; il tient d’une main une longue tige de la grande férule, et dans l’autre un bassin, orné de rudentures et d’oves, d’où sort une petite branche de myrte; il laisse flotter une bandelette. De l’autre côté est encore un initié assis de même , coiffé aussi du crédemnon , et tenant également une tige de férule; il a dans la main droite un vase en forme de brâc, et une bandelette.
Le revers (pl. XII) présente la stèle , ou pile funéraire, du héros que nous venons de voir prêt à s’armer; elle pose sur un stylobate orné d’enroulements; elle est entourée d’une bandelette , et elle porte une coupe à pied et à anses d’une très belle forme. Aux quatre coius sont des initiés qni alternent dans leur position.
A ganche est un homme qni est assis snr sa chlamyde; il se retourne vers la stèle, et présente une caisse on ciste d’où pend une bandelette et une conronne. La femme qui est au-dessous porte un bassin rempli de fruits, et une grappe de raisin.
De l’autre côté est une femme assise qui porte un bassin où il y a un pain rond entouré de gâteaux coniques appelés pjramus; ce panier est orné d’une rangée de feuilles de lierre. Cette femme a dans l’autre main une couronne. L’homme qui est debout au-dessous tient dans une main une longue tige de myrte , et dans l’autre un vase en forme de broc , et une bandelette ; et la femme qui est devant présente un bassin qui contient des fruits , et elle tient une grappe de raisin.
Le dernier vase (pl. XIII) a aussi été trouvé à Canosa; mais ceux qui l’ont envoyé au Musée Royal n’ont pu dire dans quel lieu. Sa forme est gravée planche I, n° 6; elle est cylindrique, et se termine par une ouverture presque tubulaire. Ce vase est orné sur sa principale face de peintures disposées sur trois plans, et dont la principale occupe le milieu.
Le sujet de celle-ci est rare et singulier. Elle représente la fureur de Lycurgue. Les traditions sur l’histoire de Lycurgue varient beaucoup; cependant elles s’accordent en ce point, que ce prince, fils de Dryas, roi de Thrace, étoit
(i) Suprà, p. i3.
uu roi vaillant, puisque les poètes l’ont mis au nombre des guerriers- qui osèrent combattre contre les dieux. 11 fut un de ceux qui s opposèrent à la marche de Bacchus; ce qui indique encore que ce prince, sans culture, et accoutumé à la vie des pâtres et des chasseurs, étoit ennemi des progrès de 1 agriculture et de la civilisation. Il obtint d’ahord des succès; il tua ou prit un grand nom hre des suivants de Bacchus, et força ce dieu daller se cacher dans la mer . Lycurgue fut vaincu à son tour par la liqueur dont on devoit la conuoissance à son rival. Honteux de l’état dans lequel elle l’avoit réduit, il lit arracher les vignes*. Bacchus lui inspira une fureur si violente, que, dans un de ses accès, il crut saper un plant de vigne, et tua sa femme et son fils.
Les monuments relatifs à cette histoire sont rares, et la représentation de ce sujet varie comme les traditions dans lesquelles elle est puisée. Dans cette peinture, les mœurs agrestes et grossières de Lycurgue sont indiquées par le poil dont son corps est couvert; sa barbe épaisse et mal soignée se joint à des cheveux crépus et en désordre; des oreilles de satyre accompagnent sa tête, dont les traits ont quelque chose de sauvage et même de bestial; une courte tiare est posée négligemment sur ses cheveux.
Nous ne voyons pas ici le fils de Lycurgue. Ce furieux tient dans ses bras sa femme expirante^, à qui, dans sa fureur, il a fait dans le sein une large blessure d’où le sang coule abondamment'*.
L’arme que Lycurgue emploie n’est pas la hache à deux tranchants qu’il porte sur d’autres monuments®, mais une épée courte, telle qu’on la voit entre les mains des héros.
Près de lui sont des furies. La première, dans le costume des nymphes de Diane, qui convient aussi aux mænades®, est vêtue d’une tunique, d’un péplum, et coiffée d’une petite tiare; elle tient en main une belle tige de la grande férule, et étend la main vers Lycurgue. Cette furie lui inspire la rage qui l’anime, et
on ignore ce qu’il est devenu; M. Creutzer l’a publié dans sa Symholik , pl. VI, et a donné, t. III, p. ig6, une courte explication qui avoit été rédigée par Zoéga. Ce savant regarde la femme qui est étendue aux pieds de Lycurgue, près d’un cep de vigne, comme la mænade Ambrosia , qui , selon Nonnüs , XXI , fut prise par Lycurgue dans sa première victoire contre Baccbus, et changée en vigne .par ce Dieu. La manière dont elle s appuie sur la terre , dont elle est fille , autorise encore cette explication.
(5) Bipenniferiimque Lycurgiim.
Ovio., Met. IV, V. 22.
cette rage produit de si cruels effets, que Lycurgue, malgré son égarement, semble la regarder avec effroi.
Cette mænade est suivie d’une autre qui a sur sa tunique une peau de faon en guise Ae pepbun; elle tient dans sa main une plante qui n’est pas une férule, et qui se trouve sur plusieurs vases peints ; les antiquaires lui donnent aussi le nom de thyrse ; mais elle ne lui ressemble pas réellement. C’est une plante du genre de la masse-d’eau', qui s’élève aussi très baut. Une bandelette y est suspendue. La furie tient dans l’autre main une sonnette’.
De 1 autre côté est une figure absolument semblable à la première ; mais elle a des ailes, et deux serpents se dressent sur le devant de sa tète, ainsi qu’on l’observe à celle des furies; elle dirige sur la tête de Lycurgue le serpent qui est entortillé autour de son bras et qui cberclie à s’élancer sur lui, et de l’autre elle le frappe avec une lance courte semblable à celle dont, sur le vase de la planche III, une furie veut frapper Sisyphe. Ainsi, pendant que la première furie travestie en mænade, après avoir porté Lycurgue à ce meurtre, lui en annonce la juste punition, l’autre, ayant repris sa forme, le tourmente déjà, et le punit du crime qu’il a commis^. La panthère de Bacchus s’apprête à le dévorer’*.
Mercure, assis tranquillement et appuyé sur son caducée, qui a ici une forme particulière et se termine par un fer de flèche , semble attendre la fin de cette tragique aventure pour remplir son office de Psychopompe ( conducteur des âmes), et emmener la femme de Lycurgue dans les enfers. Les deux gâteaux qui sont figurés dans le champ sont des signes de l’initiation.
Le plan inférieur représente un sujet commun sur les vases, c’est une stèle tout-à-fait semblable à celle de la planche XII, ainsi que le vase qui est posé dessus. Les quatre initiés qui sont agréablement groupés auprès y portent, selon l’usage , des offrandes ; un homme tient une grappe de raisin et un vase à parfum; une femme présente un plat et une couronne de myrte; une autre, un éventail, et la troisième un parasol, instrument qui fait partie de ceux qu’on observe dans les représentations des Bacchanales et des initiations.
(ï) Typhapalustris, L.
(2) Plusieurs monunieuts représentent des bacchants qui portent des sonnettes suspendues à une espèce de corset, Galer. mylholo^., pl. LXX, n° 2675 mais il est rare d’en voir dans leurs mains, quoique la sonnette, Kôc'ov, ait été un des instruments des bacchanales, et que la plupart des vases en aient pris leur forme. Au revers du vase publié par M^Millingev, pl. HT, qui représente aussi la fureur de Lycurgue, une bacchante tient une férule à laquelle une sonnette est suspendue.
(3) Sur lebas-relief du palais Borghese, M. Zoéga regardoit les deux femmes qui tourmentent Lycurgue avec des fouets, des couteaux, des flambeaux, et des bâtons, comme des mæuades transformées en furies j mais il est plus naturel d’y reconnoitre des furies transformées en mænades. Nous avons vu, suprà, p. 6, que le costume de Diane et de ses suivantes convenoit également aux furies et aux mænades.
(4) Conformément au récit d’HvGiN sur la mort de Lycurgue, Fab. i32.
Chacune de ces peintures est terminée par un niæandre. A la partie supérieure est une bordure qui paroît formée de fleurs de myrte qui alternent avec des baies du même arbre, disposées, selon le nombre mystique, trois par tiois.
Le col est orné, comme celui du vase de la planche III, dune tête coiffée d’une mitre placée au milieu de feuillages et de fleurs prolifères qui forment de riches enroulements.
Ce beau vase présente cette particularité que la face est partagée en deux parties qui sont remplies par des sujets différents. 11 n’y en a qu’un sur le revers (pl. XIV). La disposition des figures est gracieuse; leur explication n offre aucune difficulté. Au milieu d’une ædicule dont le fronton est soutenu par des colonnes ioniques, et orné d’acrotères formées d’élégantes palmettes, est une femme qui tient de la main droite un pan de son vêtement, à-peu-près comme les figures d^Klpis ou Spes (l’Espérance), et qui se regarde dans un niiroii qu’elle porte dans la main gauche. L’ædicule pose sur un stylobate très élevé qui est décoré d’un rameau de lierre. Quatre initiés places près de ces ædicules portent les .symboles ordinaires, une couronne, une grappe de raisin, une patère, un coffre à bijoux, un éventail, et des bandelettes. Le col a un ornement semblable à celui qui est sur la face principale; la tête qui est placée au centre de riches fleurons n’est pas coiffée d’une mitre, mais d’une bandelette peinte ou brodée.
Tels sont les monuments que contenoient les tombeaux dont j’ai donné les figures. Je ne me vante pas d’avoir épuisé dans mes explications tout ce qu’ils peuvent offrir d’intéressant pour la connoissance des antiquités. Je n’affirme point en avoir donné la véritable interprétation; mais j’attache quelque prix à les avoir fait connoître, et je me réjouirai de les voir devenir le sujet de plus savantes observations.