‹ Description des œuvres d'art qui décorent les édifices publics de la ville de BordeauxChapitre 10 sur 77 · CARDINALI · texte numérisé non relu

CARDINALI

BURDID. ARCHIEPISCOPO.

NAT MDCCLXVIII OB. MDCCCXXXVI.

Les autres caissons sont occupés par des anges, en basrelief peu saillant, qui portent les divers emblèmes du cardinalat. Au centre de cette première partie du monument est un groupe de deux enfants à demi-étendus, dans Tattitude de la tristesse, et adossés à \jn trophée rappelant les hautes dignités de Fillustre défunt. Et pour déterminer le beau caractère de charité du cardinal, les enfants tiennent à la main cette devise latine : dilicamus nos invicem.

La composition supérieure est beaucoup plus riche d'ornementation; les moulures sont festonnées de feuilles et d'oves, et le pourtour du sarcophage est décoré de rosaces à feuilles de chêne. Aux deux angles supérieurs sont des tôles d'anges qui déterminent la forme sépulturale du monument et concourent au sentiment allégorique de l'apothéose.

Le tout est couronné de la statue du cardinal, dans des proportions appelées héroïques.

Le cardinal de Cheverus, vêtu pontificalcment, appuie sa main droite sur l'Évangile, et se relève de son tombeau à la voix de l'Éternel. Ce monument est signé D. Maggesi, 1850. (Date postérieure à l'inauguration du tombeau.)

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Lors de la construction de ce mausolée, à 70 centimètres au-dessous du sol actuel, furent trouvés des carreaux émaillés, des pierres tombales attestant Tancien pavage de la nef. Un banc de pierre régnait le long du mur, et dans Tintervalle des piliers, au centre, se voyait en pénétration la trace d'une petite chapelle semi-circulaire. Les fouilles, continuées plus profondément, amenèrent la découverte de plusieurs tombes en pierre; elles ont été replacées au-dessous du caveau de M»' de Cheverus (*).

Sainte Anne et la Vierge enfant.

Au troisième pilier, à droite du chœur, se voit un groupe en pierre, de i"4.5 de hauteur, dans le style du xvi* siècle, représentant sainte Anne et la Vierge enfant. La petite figure de la Vierge est mesquine, sans caractère vrai ; mais celle de sainte Anne plait par sa physionomie naïve, le sentiment de sa pose, Tagencement de ses draperies. Anciennement, sur le socle était écrit, en lettres gothiques, ^antd !^lllia, et les deux statues étaient recouvertes de teintes légères rehaussées de filets d'or.

Ce groupe, charmant de simplicité, devrait obtenir, en raison de son mérite réel, et mieux encore par la pieuse dévotion dont il est Fobjet, plus dlntérêt aux yeux des personnes chargées de veiller aux œuvres d'art de cette église; le bras droit est brisé, et l'extrémité d'un de ses pieds présente des traces de mutilations. Primitivement, cette statue était prot^ée par une balustrade en fer ; pourquoi ne pas la rétablir?

0) Ces travaux furent dirigés par M. Niailhe, architecte, qui releva soifueusement les anciennes dispositions de cette partie de la nef, et nous devons à son obligeance la communication du plan de ces fouilles et les notes que nous venons de transcrire.

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Sainte Marthe.

Dans la chapelle placée sous le vocable de sainte Margoerite, derrière le tabernacle, entre les pieds -droits des arcatures, se trouve la statuette de sainte Marthe, aujourd'hui recouverte de peintures modernes. Cette statuette, de I^'IS de hauteur, décorait autrefois le trumeau du portail de la chapelle de rhôpital Saint-André, chapelle bâtie au xvi' siècle par les libéralités du président Boyer (voir le Rapport de la Commission des Afonumenls historiques de la Gironde, 1853, p. 55), et qui occupait remplacement où se voit aujourd'hui la Caisse d'épargnes. En 1844, après la démolition de l'ancien hôpital et de ses dépendances, la statuette de sainte Marthe fut déposée à hi cathédrale, et plus tard exposée où nous la voyons aujourd'hui. L'ancienne porte de la chapelle décore actuellement l'entrée principale de la petite église Saint- Delphin, au Pont-de-la-Maye, près Bordeaux.

Anges adorateurs du maître-ftutel.

Statues en marbre, de grandeur naturelle, placées sur les cdtés du grand autel. (Voir pour la provenance de Fautel, aux objets mobiliers de cette église.)

M. Dupin, dans sa Notice historique sur La Réole, s'exprime ainsi : c L'autel à la romaine étonnait par sa hardiesse 3 et l'expression religieuse de ses adorateurs en marbre blanc, » dont l'exécution avait été confiée à l'un des meilleurs sta^ 1 tuaires de la capitale du monde chrétien, i

Le livre de M. Dupin, disait une personne aussi honorable que compétente, est un ouvrage cousu de bonne foi.

C'est donc avec une trop grande confiance, et probablement

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aveuglé par Tamour-propre provincial, que M. Dupiii, tfaprè» un document mensonger ou le jugement d'un amateur peu sérieux, indique les anges adorateurs de Tancien maitre-autel des Bénédictins de La Réole comme étant Fœuvre d'un habile statuaire romain du siècle dernier.

L'examen de ces statues démontre qu'elles ne sont point le travail d'un artiste distingué ; elles sont lourdes, molles de forme et d'exécution, maniérées dans leurs poses et dans leurs physionomies, dépourvues de cette facture si mignonnement chiffonnée, de ces expressions si gracieusement mondaines qui caractérisent les sculptures du xv!!!"" siècle. Ces observations se confirment en comparant les anges adblrateurs du grand autel de la cathédrale, au groupe si gracieux du maître-autel de l'église Notre-Dame, à Bordeaux.

Saint Pierre et saint Paul.

Ces statues en marbre (H^ 2 m.), placées aux deux extrémités de la tribune de l'orgue, dans des niches modernes, appartiennent à l'ensemble des restaurations dirigées par M. Combes.

Il est regrettable que ces statues ne réunissent pas à leur valeur matérielle une valeiir artistique.

La Vierpre tenant l'Enfant- Jcsuj».

Cette statuette en marbre (ir 0'"65), placée dans la chapelle Notre-Dame du Mont-Carmel, fut donnée à l'église Saint- André, vers 1810, par M"* de Montjon; elle décorait antérieurement l'oratoire du château de Sainte-Eulalie-d'Ambarès.

Cet ouvrage pèche par le style ; la figure de la Vierge manque de noblesse, et les draperies sont lourdes et empaquetées.

La Vierge au Scapulaire.

La Vierge , en costume de jeune femme juive, tient sur mn bras gauche TEnfant-Jésus, et présente le scapulaire aux fidèles. — Statue en marbre (H' 2 m.), exécutée par M. Maggesi (Dominique).

Cette statue, commandée par le Gouvernement de la République en 1848, sous le ministère de M. Ledru-RoUin , est placée dans la chapelle du Mont-Carmel, au centre du retable (*).

La Vierpp au Srnpulairo.

Cette statue de la Vierge, tenant TEnfant-Jésus (statue en marbre, H' i"'80), exécutée dans le style du xiu*' siècle, par M. Jean Dusseigneur, résidant à Paris, élève de Bosio, de Dupaty et de Cortot, fut commandée par le Gouvernement, et donnée, sous la présidence du général Cavaignac, à la cathédrale Saint-André. Destinée à la décoration de la chapelle du Mont-Carmel, il se trouva qu'à son arrivée à Bor-

(*) Derrière et au bas de ce retable, qui décorait anciennement le mattreautel de l'église Saint-Projet, est une épitaptie gravée sur le mur dont voici la transcription :

Cum Stéphane hic pietas, hir jns verumqof rcpostom est : Tantam pana dcrus rondere terra poiest.

Sccula quom terquinquc ageret sol quina que luslra luierii januarii mensb in umbilico.

(16 janvier 1525 'O.

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deaux, une deuxième statue du même sujet et pour la même destination, avait été déjà commandée bien antérieurement à M. Maggesi. Cette dernière décora la chapelle du Mont- Carmel, et celle de M. Dusseigneur, primitivement exposée dans Fancienne sacristie, est aujourd'hui placée contre la clôture du chœur, parallèlement à la statuette de Tarchevêque Pey-Berland .

M. Danjoy, architecte du Gouvernement, chargé de la restauration de la cathédrale, projette d'employer la statue de M. Dusseigneur à la décoration de la porte du sud; elle décorerait le pilier central, pour rappeler la consécration primitive de ce portail.

VITRAUX

Au milieu du siècle dernier, la cathédrale Saint- André possédait encore d'anciennes verrières; celles du chœur appartenaient au xiV àiècle, et celles de la nef, des roses et des transsepts, ne dataient que du xv* et du xvi' siècle.

Le chroniqueur de Lurbe et l'historien Lopès ne s'expliquent point sur les sujets de ces verrières ; ils mentionnent seulement qu'elles étaient dues à la munificence de plusieurs évêques.

« En i368, PieiTe de Bosco, évêque ctAcqs et chanoine » de Saint-André, florissait en ce temps, ayant plusieurs ^ biens en ladite église, à laquelle il donna la seigneurie 3 de Verteuilj en Médoc, et s y fist bastir ces belles et hautes

> voirrières du chœur, esquelles son nom est engravé en plu-

> sieurs lieux (*). 3>

Lopès est plus explicite que de Lurbe : c Tout autour du

(*) Chron. Bord., p. 31.

ch(Bur sont les vitraux que fit faire en partie Pierre de Bosco, évêque dAx, chanoine de cette église, qui vivait sur la fin du XIV^ siècle. On voict son nom, son pourtrait et ses armes dans ses vitraux. Ces vitraux remplissent en haut tout Viniervalle de ces colonnes, et sont de la hauteur de 32 pieds, de 42 et de 6 pieds de largeur, suivant la différente distance de ces colonnes, qui sont moins éloignées entr elles aux costés et derrière le maitre-autel, pour la figure de Vovalle (*). »

M. de Lamothe, dans son Essai historique sur la cathé^ drale Saint -André (*), signale ces anciennes verrières comme reproduisant des scènes du Nouveau et de TAncien Testament.

Le tremblement de terre qu'éprouva la ville de Bordeaux dans la première partie du xv* siècle, et dont Teffet renversa les voûtes de la nef; l'incendie de 1787, puis l'état d'abandon dans lequel la cathédrale fut laissé de 1793 à 1803, expliquent suffisamment la disparition presque complète de toutes ces verrières.

A la réouverture des églises, des carreaux incolores remplacèrent en grande partie les anciens vitraux; aussi, de ces derniers, ne voyons- nous aujourd'hui que quelques rares fragments.

Comme dans le chœur, les croisées de la nef étaient également pourvues de verrières, dues aux libéralités de M*' Arthur de Montauban, archevêque de Bordeaux, de 14G7 à 1478; elles ont totalement disparu.

Dans le transsept, à la rose nord (dont les menaux ont été refaits entièrement en 1847 sous la direction de M. Mialhe, architecte), était représentée la passion du fils de Dieu, don de M*^ Antoino-Prévot de Sansac, archovOque de Bordeaux,

(!) Hist. de Saint-André, p. 21.

(•) Actes de l'Arad. de Bordeaux, lSi2, \^ Ml.

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de 1560 à 1591. Cette rose possède encore plusieurs anges tenant les instruments de la passion, et au-dessous la figure de saint André.

La rose méridionale était décorée de Tirnage de la Vierge, de TEnfant-Jésus et de fleurs, qui rappelaient ^core la consécration de la porte du midi.

Depuis le pontificat de Son Ëminence le cardinal Donnet, de nouvelles verrières décorent la cathédrale ; elles sont dues (une exceptée), au pinceau de M. Joseph Villiet, né à Ébreuil, près Moulins (Allier), résidant à Bordeaux, membre de l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de cette ville.

Voici rénumération des verrières modernes et leur explication.

Vitrail du chœur

Ce vitrail, placé dans Taxe du chœur et peint par M. de Nozan, de Toulouse, fut exécuté en 1842.

A droite, Jésus-Christ bénissant; au-dessous, la mise en croix, et plus bas. M*' Donnet, donateur du vitrail. A gauche, la Vierge montant au ciel; au-dessous, la Vierge expirant entourée des apôtres, et une figure de femme, personnification de la fabrique, tenant sur ses genoux Timage de la Cathédrale, qu'elle présente à Jésus-Christ. Les grandes figures ont trois mètres de hauteur.

Verrières de la chapelle du Sâct'é-Goeur.

Ces verrières ont été pointée par M. Josepli Villiet. Fenêtre centrale : Le Bon-Pasteur, la Sainte-Vierge mère,

et dans Togive, le Père Éternel. Signé J. Villiet, 24 décembre 1852.

Fenêtre latérale à gauche : Sujets légendaires :

Histoire de TEnfant prodigue (cinq médaillons);

Histoire de la Magdeleine (trois médaillons);

La femme à la Drachme (un médaillon) ;

Jésus laissant quatre-vingt-dix-neuf brebis pour retrouver la centième (un médaillon) ;

La Cène, dans l'ogive (un médaillon).

Fenêtre latérale à droite : Onze médaillons reproduisant les sujets suivants :

Le reniement de saint Pierre ;

Le repentir de saint Pierre ;

Jésus chez Marthe et Marie ;

Résurrection de Lazare ;

La femme adultère ;

Le pardon de la femme adultère ;

L'aveugle de Jéricho ;

La Samaritaine ;

La veuve de Naïm ;

Résurrection du fils de la veuve ;

Saint Pierre recevant les clefs du ciel (dans Togive);

Ces deux derniers vitraux sont datés du 22 mai 1858.

Vitrail de la chapelle Sainte Anne.

Ce vitrail a été peint par M. Joseph Yilliet en 1856.

A gauche, saint Joachim; à droite, sainte Anne; au bas de ces principaux personnages, dans des médaillons, Jessé, Isaïe et Ézéchiel, les principaux rois de Judas, ancêtres de Marie. Au sommet de la croisée, médaillon principal représentant la Vierge et TEnfant-Jésus.

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Vitrail dtî la chapelle Sainte- Margueiiie

Ce vitrail a été peint par M. J. Villiet en 1856.

Personnages principaux : A gauche, sainte Catherine; à droite, sainte Marguerite. Dans les petits médaillons, scènes de la vie des deux saintes, et dan$ le médaillon principal, le martyre de sainte Marguerite.

Verriôros de la ohui telle du Mont-Carniel.

Ce travail important a été exécuté en 1857, par M. J. Villiet.

Avant de placer ces nouvelles verrièr.es, les quatre fenêtres( rayonnantes ont été reconstruites aux frais de TÉtat et sous( la direction de M. Danjoy, architecte du Gouvernement. Ce travail, exécuté trèsrsoigneusement, ne coûta pas moins de 16,000 fr.

L'histoire de Marie est le sujet de la décoration de cette chapelle.

Première fenêtre. — Grandes figures : Abraham, Isaac et Jacob, trois patriarches, ancêtres de la Sainte -Vierge. Dans des médaillons : 1** L'Arbre de Jessé; 2** Apparition de Fange à Joachim ; S"" Rencontre de saint Joachim et de sainte Anne, près de la porte dorée; 4* Naissance de la Sainte- Vierge; 5* Présentation de la Sainte-Vierge; 6° Mariage de la Sainte-Vierge. Médaillon principal, au sommet de la fenêtre : L'Immaculée-Conception, et au-dessous les prophètes Habacuc et Sophonie.

Les donateurs des panneaux de cette fenêtre sont, en partant de la gauche : la famille Pichon de Longueville ; la famille de Ponlac; la famille de Grateloup.

Deuxième fenêtre, — Grandes figures : Le patriarche Juda, David et Salomon, le prophète Élie. — Médaillons : 1* L'Annonciation; 2** la Visitation; 3** Saint Joseph rassuré par l'ange; 4" l'Ange apparaissant aux bergers; 5"* l' Adoration des bergers; 6** l'Adoration des mages; 7* la Purification de la Sainte -Vierge; 8* le Vieillard Siméon et la prophétesse Anne. Médaillon principal : La Nativité de Notre-Seigneur. Au-dessous, Aggée et Zacharie, prophètes.

Dans deux autres médaillons : les armoiries du chapitre de Saint- André; la dédicace des verrières, dans une inscription commémorative.

Les donateurs des panneaux sont : MM. Jules de Pineau; le comte de La Myre-Mory ; le baron de Ravignan ; le comte Auguste de Noaillan.

Troisième fenêtre^ — Grandes figures : Ézéchiel , Isaïe, Jérémie, saint Jean-Baptiste. Médaillons : 1* Le Songe de saint Joseph; 4* la Fuite en Egypte; 3* Jésus enseignant les Docteurs ; 4* la Mort de saint Joseph ; 5** les Noces de Cana ; 6" Notre-Seigneur portant sa croix; 7* la Descente de croix; 8* Notre-Seigneur au tombeau. Médaillon principal : le Crucifiement de Xotre^igneur. L'Église, à la droite du Sauveur; à gauche, la Sj-nagogue; au-dessous, les prophètes Osée et Amos.

Les médaillons principaux ont été donnés par la ville de Bordeaux ('). Les armoiries de la cité sont répétées deux fois dans ce vitrail. Les donateurs des autres panneaux sont : M. Tabbé Dudoublo, archiprètre de Saint-André, et quelquesuns do st^s paroissiens désignés par C4*tle inscription : Pastor H ()(w; M. Maubourgiiet-Maisonneuve; M. F. Samazeuilh; M. J.-J. Pommez.

QthUrihhe frtutre, - - Grandes fijrures : Saint Joachim,

v'^ ^olr U lioliKTAlion m\mu*ipAlr ilu M novembre 1856.

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sainte Anne, saint Joseph, saint Jean Évaogéliste. IVfédail- Ions : 1* l'Ascension; ^ la Pentecôte; 3"* la Sainte-^Vierge à Éphèse; il" la Mort de la Sainte-Yi^e; 5"* les Funérailles de la Sainte-Vierge ; &" FAssomption ; V le Prophète Élie enlevé au ciel ; S"" la Sainte-Vierge donne le scapulaire à saint Simon Stock. Médaillon principal : Le Couronnement de la Sainte* Vierge. Au-dessous» deux prophètes : Daniel et Jonas. Près de Tautel, les armoiries du Cardinal -Archevêque de Bordeaux, donateur des roses principales, et les armes du Saint-Père Pie IX , sous le pontificat duquel les verrières ont été exé^ cutées.

Les quatre panneaux de ces fenêtres sont dus à M. le baron de Brivazac; M"* Herminie de Bellot; M. Ludovic du Pavillon; M. Tabbé Gignoux, premier vicaire général Q),

Verri<>re8 de la ohapello Saeint- Joseph,

Ces verrières ont été exécutées par M. J. Villiet en 1860.

Première fenêtre : En commençant vers Tautel, au sommet de Fogive, les armes de Son Éminence le Cardinal Donnet, donateur du vitrail. Au-dessous apparaissent les bannières des diverses corporations des ouvriers de Bordeaux : les vitriers, les charpentiers, les orfèvres, les forgerons. Puis, toujours en descendant, viennent des médaillons où se voient saint Joseph travaillant; saint Éloy devant sa forge; sainte Geneviève gardant son troupeau et saint Marin sculptant une statue. Au-dessous de ces médaillons sont représentés, dans

(^) Cette description est extraite de celle, beaucoup plus complète, qui acc^mpa^ne la lettre de Mff^ le Cardinal -Archevêque à M. Villiet. (UUrê de Son Eminence le Cardinal -Archevêque de Bordeaux à M, Villiet, sur son dernier travail dans l'église Saint- André.) Bordeaux, irnp. do Justin Dupuy, 1857.

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toute leur gloire, les saints qui viennent d'être nommés, et sous leurs pieds, dans des médaillons correspondant à ceux de la partie élevée, les faits évangéliques ou légendaires se rapportant à la vie des saints représentés ; ainsi : La fuite en Egypte; saint Éloy ferrant la jambe coupée d'un cheval ; saint Germain-d'Auxerre remettant à sainte Geneviève la pièce de monnaie percée; saint Marin travaillant à la construction d'une église.

Deuxième fenêtre : Au sommet de Togive, les armes de la ville de Bordeaux. Au-dessous, les bannières des cordonniers, des tisserands, des maçons, des tonneliers de Bordeaux ; puis les médaillons représentant saint Crépin travaillant; sainte Gudule tissant de la toile; saint Bénézet construisant un pont; saint Isidore taillant la vigne. Répétition de ces mêmes saints dans les grands panneaux, et, dans les médaillons inférieurs, saint Crépin arrêté par des soldats; sainte Gudule distribuant aux pauvres les vêtements dont elle fabriquait elle-même Tétofle; saint Bénézet travaillant avec des maçons; saint Isidore labourant. Los outils des différents n)étiers sont représentés autour des bannières. Ce vitrail est un don de Fédilité bordelaise.

Troisième fenêtre : Armes du chapitre de la primatiale au 8i>mmet de Togive. Les grandes figures de ce vitrail représentont : Saint Julien, batelier; sainte Zite, domestique; saint GiXir-irAquitaine, potier; s;niit Daggée, fondeur de cloches. Dans les médaillons supérieurs, ces mêmes personnages s'occu^HMit à leurs travaux, et dans les médaillons de la partie itiférioure, sont jH^ints dos sujets empruntés à la légende des shunts.

(Juiitrième fenêtre : Los dispi>sitions de ce vitrail sont somWablt>s aux précôdentos, et représentent saint Lazare, |viutrt^; sainte Candide, mouniore; saint Honoré, boulangtT.

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Peintures murales.

La cathédrale de Bordeaux, suivant le témoignage des historiens et d'après quelques rares fragments retrouvés dans diverses parties de l'édifice, était ornée de peintures murales. Les documents qui constatent ces anciennes décorations ne donnent, à vrai dire, que des renseignements peu étendus; il serait alors téméraire de supposer que Fensemble de la nef et du chœur présentassent des teintes plates, des ornements ou des sujets historiés; comme dans les églises d'Âlby, d'Assise ou d'Avignon. Mais il est certain que plusieurs chapelles étaient entièrement recouvertes de peintures.

Les travaux exécutés depuis deux ans dans la chapelle Saint-Joseph ont mis à découvert, à la troisième travée, de grandes figures, d'évêques ou de saints, peintes en détrempe. L'état fruste de ces peintures les rendait inexplicables et s'opposait à toute appréciation artistique.

Dans d'autres parties de l'édifice se retrouvent parfois, sous le badigeon, des indications de coupes de pierre, ayant au centre de légers ornements, et sur la clôture du chœur, où est actuellement la statue de M. Duseigneur, des imitations de mosaïque, nouvellement retouchées.

Lopès nous a conservé le souvenir d'une peinture au moins précieuse par son ancienneté : l'image de l'empereur Chartemagne, qui paraissait encore de son temps sur la muraille au fond de la nef, après la galerie des jurats, par conséquent sur le côté méridional.

Cette image, que le temps avait effacée, avait été repeinte par ordre de M*' Arthur de Montauban, archevêque de Bordeaux de 1463 à 1478, et les armes de ce prélat étaient apposées au bas de cette peinture. Mais à la restauration ordonnée par M«' Arthur de Montauban dut succéder un

système plus radical, et de retouche en retouche le prétendu portrait de Charlemagne disparut sous le râcloir et sous le badigeon.

Depuis quelques années, la cathédrale Saint- André doit à la haute influence de Son Éminence le Cardinal Donnet d'importants travaux de consolidation et d'embellissements; grâce à la sollicitude incessante de Fémincnt prélat, des peintures dans le style du moyen ^ge s'exécutent actuellement à la chapelle Saint-Joseph. Ces peintures, style du xiv^ siècle, décorent le fonds des arcatures de draperies; donnent aux feuilles des chapiteaux la couleur de la végétation se détachant sur des voûtes étoilées; puis les colonnes rubannées et à chevrons, les nervures et les rosaces dorées complètent cette riche décoration, exécutée par M. Alexandre Denuelle, de Paris.

Les compositions, reproduisant les faita saillants de la vie de saint Joseph, sont dues au pinceau de M. Savinien Petit, né à Tremilly (Haute-Marne), chevalier de l'Ordre de Saint- Grégoire, élève de M. Auguste Hesse (*).

L'artiste s'est inspiré des textes sacrés qui suivent : El secessil in Egyptum, Saint Joseph, portant sur ses épaules le divin Enfant, est ici représenté comme le personnage le plus important de la composition. Cette innovation de M. Savinien, en donnant à saint Joseph le rôle principal, varie la représentation de ce sujet et fait mieux comprendre le vocable de cette chapelle. La Sainte-Vierge, assise sur Fane traditionnel, paraît heureuse de la faveur qu'elle vient d'accorder à son époux. La scène se passe près d'une ville dont on aperçoit les pylônes.

(*) Les œuvres de M. Savinien Petit ont souvent figuré dans les expositions de Paris ; mais nous devons citer encore au nombre de ses travaux les plus importants : les copies des plafonds de Lesueur placées au musée de Cluny, les peintures de la chapelle du château de Broglie ( Eure), divers travaux d'arrluMilopic chrétienne, et surtout ses dessins dans Touvrage de M. L. Perret : Catacomhcs de Home. Paris, I85l-185i; Gide et Baudry, 6 vol. grand in-f-».

SAINT-ASUDEÉ. 89

Et eral siAditiis itlis. Dans cette composition, FEnfantr Dieu exerce un acte de soumission en présentant un maillet à saint Joseph. La Sainte-Vierge suspend un moment son fuseau pour observer Tobéissance de son fils.

BetUi qui in Domino moriunfur. Le panneau central représente la mort de saint Joseph. Suivant la tradition, saint Joseph mourut avant la mission du Christ; mais si le Christ figure ici d'une manière historique et mystique pour le temps futur, c'est qu'il bénit et récompense le juste. L'ange, apportant une couronne du ciel, traduit cette pensée de récompense. La Sainte-Vierge, émue et résignée, espérant tout de son divin Fils, le regarde avec onction (^).

TABLEAUX

La Vierge et l'Enfant-Jésue.

La Vierge, assise, les cheveux longs et flottants, ta tête ceinte d*une auréole de douze étoiles, vêtue d'une robe rouge et d'un manteau bleu, soutient sur ses genoux le petit Enfant^ Jésus debout, tenant un lys. (H' 88% L' 60% T.) (*).

Ce tableau faisait partie, suivant quelques personnes, de la galerie de Fancien Archevêché (^); il décora longtemps la chapelle du Mont-Carmel, et plus tard l'ancienne sacristie.

(*) A l'heure où nous écrivons ces lignes, le sujet de la peinture qui doit décorer le mur occidental de la chapelle n'est pas encore exécuté. Il aura pour sujet le mariage de saint Joseph, et aux deux extrémités, deux flgures isolées, le Joseph antique, gouverneur de l'Egypte, et le roi David.

O Êmeric David, dans son Histoire de la peinture au moyen âge, 1SS9, p. 2S, donne des notes très-intéressantes sur l'origine de la représentation de la Vierge tenant TEnfant-Jésus.

(*) Dans le testament du cardinal F. de Sourdis (!*' décembre t6i7) se trouve le passage suivant :

• Item donnons aux dits archevesques, nos successeurs, tous les tableaux > qui sont dans nostre chappelle, galerie et cabinet, en façon néantmoins qu'ils

î>0 ÉGLISE

Vers 1854, ce tableau, jugé digne d'être placé plus convenablement, subit un nettoyage complet; le cadre, si curieux, fut alors restauré, la peinture revernie, et un léger voile remplaça le caleçon ridicule dont le petit Jésus avait été revêtu pour satisfaire quelques susceptibilités ; puis on exposa ce tableau dans la nef, à droite, sous Thorloge, où nous le voyons aujourd'hui.

A regard de cette œuvre, deux noms illustres sont prononcés dans plusieurs notices : Le Pérugin et Léonard de Vinci. La première de ces attributions est bien osée, cette peinture ne présentant nullement les caractères distinctifs du maître de Raphaël. Si le nom de Léonard de Vinci peut être plus raisonnablement accepté, ce n'est pas dans Vaspoct de Tœuvre, qui, du reste, par suite de restaurations successives, a perdu son originalité, que se trouveront les indices de cette illustre provenance; mais deux biographes de Léonard de Vinci mentionnent un fait qui pourrait se rapporter au tableau de Saint-André.

Félibien, dans ses entretiens sur la vie des peintres, s'exprime ainsi : « Il y a encore de luy (L. de Vinci), dans le "ù cabinet de M. le marquis de Sourdis, une Vierge tenant un » petit Jésus entre ses bras »

Dans la Notice sur Léonard de Vinci, qui précède son Traité de la peinture (édit. de 1776, p. XLVin), il est question d'un tableau de la Vierge avec un petit Jésus qu'il fit à Florence vers 1510; et plus loin, dans cette même biographie, à rénumération des œuvres de ce grand peintre, est mentionné un tableau de la Vierge qu'avait eu le marquis de Sourdis.

» ne le» puissent jamais oster ni varier, ainsi qu'ils demeurent toujours pour > la dévotion et ornement de la ville. Chargeons le chapptttre d'avoir soing de » leur conservation et entretien, mcsmcment durant le siège vacant. » {Archives de ia Gironde, 1860, p. 111.)

SAIMASDRÉ. 91

Ces citations ne peuvent-elles pas s'appliquer au tableau de Saint-André? Sa provenance (*), sa composition, son origine, et jusqu'à son cadre qui est évidemment un travail italien du xvi* siècle , tout s'accorde à présenter ce tableau comme pouvant prétendre à son illustre origine.

Comme il vient d'être dit, ce tableau est renfermé dans un cadre très-précieux par son originalité ; en voici la composition : Forme rectangulaire (H' 1"20, LM m.). La baguette, de 20 c. de largeur, est formée de tubes de verre bleu reliés en faisceaux par des attaches simulant des anneaux ou bracelets. Une suite de cabochons ornent extérieurement cette bordure, enrichie de perles blanches et bleues, et les coins sont rehaussés d'or.

Plusieurs archéologues admettent ce travail comme appartenant à la Renaissance, mais ne citent aucun objet de ce genre qui puisse lui être comparé.

I^e Christ portant rî\ croix.

Le Christ, chargé de sa croix, est conduit brutalement par deux soldats : l'un menace de son poing le divin Sauveur, et l'autre, tenant une corde attachée au col de Jésus, se retourne vers la Vierge, qu'il repousse avec violence. La mère de Jésus, les mains fortement croisées et rapprochées de son visage, fixe ses yeux en pleurs sur son fils bien-aimé. Derrière la Vierge, l'apôtre saint Jean et la Magdeleine.

A l'opposé du tableau, au premier plan, sainte Véronique,

(*) Ce tableau ne proviendrait pas alors de la galerie du cardinal François de Soordis, mais de la collection de son frère, Charles d'Escoubleau, marquis de Sourdis, lieutenant général des armées du roi, commandeur de ses ordres, commandant en chef dans la province de Guienne, etc., etc., inhumé dans réglise Saint-Bruno de Bordeaux.

vue de profil, présente le voile qui vient d'essuyer le visage du Christ, et sur lequel, d'après la sainte légende, Fimage du Sauveur s'est imprimée.

Dans le fond du tableau apparaissent plusieurs personnages. Toutes les figures, un peu plus fortes que nature, sont à micorps.

Sur le bois de la croix, proche le voile de sainte Véronique, se voit, à demi-effacée, la signature suivante : Annibal Carracci, 1593 ou 1598. (H' 1-20, L' 2-10, T.)

Ce tableau, qui faisait anciennement partie de la collection du cardinal de Sourdis, était placé vers 1 81 2, sous M*' d'Aviau, dans le choeur de la primatiale, à Tendroit où se trouve aujourd'hui la porte canoniale (^). Le chapitre considérait, avec raison, cette peinture comme une œuvre remarquable; elle fut soumise à l'appréciation de M. Lacour père, alors directeur de rÉcole de peinture de la ville de Bordeaux, et cet artiste, après un minutieux examen, n hésita pas à la déclarer Tœuvre d'un habile peintre, malgré les malheureux repeints dont elle avait été victime.

M. Lacour, pressé par ses élèves d'exprimer l'attribution qu'il donnait à ce tableau, ne se prononça que dans ce sens vague : Ce pou^Tait être un tableau de l'École des Carraches

Mais trente ans après, cette attribution, exprimée sous une forme douteuse, devint une réalité par Fapposition clandestine d'une signature.

Cette signature apocrj'phe fut lue par plusieurs personnes ; elles sourirent à ce baptême tardif, et conservèrent pour cette peinture ni plus ni moins d'estime.

Les choses restèrent ainsi plusieurs années, lorsqu'au mois

(M O tableau est éjrafenient signalé dam une Description historique de Bordeaux, imprimée chei P. Pallandre, en 17i)5, comme décorant le chœur de la cathédrale Sainl-André.

SAINT-ÀMDRÉ. 93

de juillet 1857, parut, dans un journal de Bordeaux^ la Guienne, la note suivante :

c Découverte d'un lahieaud*â9inibai Carrnclif à Saint Andr/.

3 Nous venons de voir un magnifique tableau appartenait

> à notre église primatiale, et qui jusqu'ici, par un concours » de circonstances fâcheuses, était demeuré entièrement 1^ ignoré (^). Ce tableau était placé dans la grande nef, à

> gauche en entrant par la place Rohan; les chaises de la ]» cathédrale, entassées contre un pilier, empêchaient même :» les visiteurs d'approcher. On croyait au surplus ne rien » perdre en n'examinant pas cette toile après avoir admiré » les œuvres de peinture si remarquables que possède notre » cathédrale; le coloris était pâle et terne, l'expression des

> figures semblait des plus médiocres.

]> Il y a peu de temps que M. l'Archiprêtre de Saint-André ^ pria un artiste bien connu dans notre ville, l'honorable D M. Gorin, d'étudier une œuvre dont le mérite était peut- » être plus grand qu'il ne paraissait l'être au premier abord, ï Le peintre, après un examen attentif, fut persuadé que le » tableau dédaigné appartenait à un grand maître, peut-être » même à l'un des Carraches.

» La toile fut bientôt apportée dans l'atelier de M. Gorin,

> et un premier lavage fit découvrir la signature d'Annibal ^ Carrache avec le millésime 1598

» Le sort de ce tableau parait avoir été fort singulier. Il a 9 appartenu au cardinal de Sourdis, qui fit plusieurs voyages

(^) Nous citerons, comme ayant parfaitement connu ce tableau et sa fausse signature antérieurement à 1837, MM. Lacour fils, J. Delpit, L. Drouyn, de Lamoihe, membres de l'Académie de Bordeaux ; et parmi les artistes de notre ville, MM. Poitevin, Brun, architectes; de Coeffard, Lagnier, sculpteurs; et Dubourdieu, Colin, Bcrncde, W. Boug^ereau, peintres.

» en Italie (^), où ce chef-d'œuvre doit sans doute avoir été » acheté. Deux retouches successives ont dénaturé Tœuvre » du grand artiste. La première de ces prétendues restaura- » lions remonte à l'époque mênie du cardinal de Sourdis, ]^ puisque les armes du prélat ont été peintes sur un coin du » tableau (^). La seconde, qui accuse un goût encore plus » dépravé, semble être postérieure de quelques années.

» Le nettoyage scrupuleux auquel se livre M. Gorin met :p chaque jour en relief des parties saillantes indignement » couvertes par de mauvaises peintures

» L'œuvre de restauration, nous allions dire de résurrec- » tion, sera bientôt terminée; alors les amateurs de peinture }) pourront juger, nous Tespérons, que la signature n'est » point mensongère, et que le tableau, comme semble si bien » l'annoncer la largeur de la touche, l'énergie du coloris, » l'expression sublime des figures, appartient réellement au » plus célèbre artiste de l'école bolonaise.

» Si de nouveaux détails nous parviennent, nous nous » empresserons de les communiquer à nos lecteurs.

y> A. Pepin-d'Escurac. »

M. d'Escurac, malgré sa confiance dans l'origine du tableau, en annonçant la prétendue découverte d'une toile d'Annibal Carrache, s'exprimait avec une certaine circonspection sur l'authenticité de la signature. Ne pourrait-on pas être plus allirmatif en déclarant que les noms inscrits sur ce tableau sont une contrefaçon maladroite, qui n aurait sa raison d'être

(M Le cardinal do Sourdis, n^ en 1575, cardinal en 1598, archevêque de Bordeaux en IGUO, flt un premier voyage à Rome en lo9i, et un second vers 16iâ.

(-) Que les armes du cardinal aient été apposées à cette époque, cela se comprend; mais que le tableau ait subi une restauration, alors qu*il sortait de» mains de l'artiste, ce lait est plus dillicile à croire.

que dans la boutique d'un brocanteur? Les observations suivantes vont appuyer cette opinion.

D faut d'abord mettre hors de toute discussion le médite du tableau. Cette œuvre d'art est, à Bordeaux, depuis un demi-siècle, reconnue d'une valeur réelle; mais il est fort douteux que cette toile soit d'Ânnibal Carrache; et quant à la signature, elle est évidemment fausse.

Pour démontrer la fausseté de cet autographe, deux sortes de preuves doivent être produites : les preuves théoriques, les preuves matérielles.

Les preuves théoriques ne peuvent être comprises et acceptées que par les personnes qui ont bien observé les divers caractères des grandes écoles de la peinture. Pour des experts sérieux, la signature n'est rien si le premier aspect d'une peinture ne vous signale pas le nom du peintre, surtout lorsqu'il s'agit de ces grands noms d'une originalité si franche. Rubens, Raphaël, Paul Véronèse, Annibal Carrache sont de ce nombre. Les œuvres de ces maîtres vous saisissent à première vue et vous laissent rarement dans l'incertitude. M. d'Escurac avait bien saisi ce point important, puisqu'il signale : l'expression des figures, la largeur de la touche, l'énergie du coloris, comme confirmation du nom de l'artiste. Mais si le caractère du portement de croix, exprimé d'une manière si générale, ne rappelait pas intimement les œuvres authentiques d'Annibal Carrache, M. d'Escurac maintiendrait-il la signature ?

Eh bien ! nous en appelons aux experts émérites, aux artistes qui ont étudié les écoles d'Italie : le tableau de Saint-André porte-t-il les traits caractéristiques des peintures de l'illustre artiste bolonais? Les vingt tableaux du Louvre, d'Annibal Carrache; ceux de Naples, Florence, Rome; les peintures de la galerie Farnèse, ont-elles quelques similitudes avec le portement de croix? Annibal Carrache eut deux manières bien

distinctes : la première, qu'il tient des maîtres lombards et vénitiens ; la deuxième, des grands maîtres de l'école romaine.

 cette dernière manière appartiendrait le tableau de Saint- André en acceptant la date qu'il porte ; car c'est à partir de 1592 qu'Annibal Carrache « résolut d'abandonner le style ]> trop facile qu'il avait suivi jusqu'alors, pour en adopter ]» un plu^ grand et plus châtié (^). :» Or, il est aisé, par des rapprochements, d'étudier la différence qui existe entre le portement de croix et les œuvres si connues d'Annibal Carrache; et môme, en l'absence de tableau d'une origine incontestable, les gravures, d'après la grande galerie Famèse, doivent suffire pour combattre l'attribution donnée au tableau de la primatiale.

En acceptant le millésime de 1598, cette date nous reporte au séjour à Rome d'Annibal Carrache, alors qu'il exécutait les peintures du palais Farnèse, qu'il termina vers 1600, après huit ans de travail. La décoration de la galerie Farnèse est le plus important des ouvrages de ce grand peintre. Cette salle a 20 m. de longueur sur 6 m. de largeur, et le plafond, dans son entier, est recouvert de peintures. Cet ouvrage appartient à la deuxième manière du Carrache, qui avait abandonné la beauté du coloris pour suivre la grandeur du dessin. Ce n)ème caractère devrait se retrouver dans ses tableaux de chevalet, et cependant le portement de croix n'a point d'analogie avec les peintures de la galerie Farnèse.

Ces développements seraient plus que suffisants pour des personnes habituées à l'étude des maîtres; mais pour des esprits prévenus ou pou érudits dans les questions d'art, il est urgent de signaler des preuves matérielles, et qui ne seront pas moins concluantes.

1" Le portement de croix, lorsqu'il fut soumis à l'appré-

(») F. Villot, Catalogue du musre du Louvre, écol»» d'Ilalio, 1855, p. 78.

ciation de M. Lacour père, vers 1812, ne [X)rtait pas de signature ; ce fait est confirmé par quelques anciens élèves de ce maître.

2* M. de Lamothe, dans son Essai historique et archéologique sur l'église Saint- André {Actes de l'Académie de Bordeaux, 1842-43), en signalant les principaux tableaux de cette église, provenant de la collection du cardinal de SourdiSy s'expi^ime en ces termes : ^ Le Christ portant sa croix, attribué à Augustin Carrache ou à Louis Pasquil, peintre espagnol. ]> Comment accepter que M. de Lamothe ait indiqué ce tableau souô une forme douteuse, s'il portait le nom du peintre en toutes lettres?

3* Vers 1845, les principaux tableaux de Saint-André furent revemis par M. Dubourdieu, ancien élève de M. Lacour père, aujourd'hui professeur adjoint à TÉcole municipale de desisiD de la ville de Bordeaux.

Cet honorable peintre certifié que le Portement de croix n'avait alors ni monogramme ni signature. Mais quelque temps après, quel ne fut pas Tétonnement de plusieurs personnes, et particulièrement de M. Dubourdieu, de lire aisément, à quelques pas du tableau, dans la partie la plus apparente de la toile, sur le bois de la croix : annibal (sic) CARRACCi, 1593! Constatons tout d'abord que cette signature ne rappelle pas celle qui est apposée sur quelques toiles authentiques d'Annibal Carrache, et ces toiles signées sont extrêmement rares. La plus grande partie des tableaux do ce maître, exposés au Musée de Naples et de Florence, ne portent point le nom de leur auteur ; sur vingt tableaux do ce grand peintre qui se trouvent au Louvre, deux seulcmont sont ainsi signés : annibal caractivs p. m.d.xcii, N" I3S (Apparition de la Sainte- Vierge à saint Luc), et le n" l'ri (la hésurrection de Jésus Christ) y annibal caRRativ^ pingfbat, MD.xcin. La signature du ii° 1:55 ost reconnue fausse jiar

radnainislralion du Louvre. Enfin n est-il pas surprenant que le Carrache n'ait pas su mettre Torthographe de son nom et pouvait-il écrire en italien Annibale, en omettant la voyelle finale?

De tout ce qui précède, il résulte que le Portement de croix n'était point inconnu des artistes et des amateurs bordelais antérieurement à 1857 ; ce tableau et sa signature n'ont point été découverts à cette époque , seulement quelques faits qui viennent d'être rapportés furent livrés à la publicité sans avoir été soumis à une critique sérieuse (*).

La négation de la signature ne nuit en rien à la première opinion émise par M. Lacour père, et à laquelle, jusqu'à preuve bien évidente, on peut s'en tenir; car l'école des Carraches eut une telle influence, ses élèves furent si nombreux, que le tableau de Saint-André pourrait bien avoir cette origine.

En terminant, il est équitable de louer l'administration de la paroisse Saint-André pour les soins avec lesquels ce tableau est actuellement conservé ; il est d'abord plus heureusement placé et bien éclairé par un jour du nord, puis un rideau le garantit de la poussière. Ce tableau ne réclame plus qu'un rentoilngc intelligemment fait; mais des restaurations! ah! de grâce, il en a subi déjà beaucoup trop!

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