ANCIENNE ÉGLISE ABBATIALE
L'église Sainte-Croix, ancienne dépendance d'une abbaye de Bénédictins, est à Bordeaux le monument le plus complet d'architecture romane.
Dans la description de l'église cathédrale Saint-André, édifice construit par des corporations laïques, plusieurs observations ont eu pour but de démontrer que des idées individuelles avaient pu se traduire; mais à Sainte- Croix nous sommes en présence d'une conception monastique où depuis l'ensemble du monument jusques aux détails de sculpture, des règles absolues, des principes consacrés, présidaient à l'accomplissement de tous les travaux. Si l'étude des édifices religieux antérieurs au xii* siècle est encore enveloppée de ténèbres épaisses où ne pénètrent, en hésitant, qu'un petit nombre d'érudits, le principe hiératique qui dirigea ces constructions est un fait incontestablement accepté ; les recherches archéologiques des Jouannet, des de Caumont, des Viollet-le-Duc, ont clairement démontré qu'il n'y avait, dans l'ornementation des églises romanes, style de l'église Sainte-Croix, rien qui ne fût parfaitement chrétien et parfaitement orthodoxe (*).
Nous laisserons à part, comme étant en dehors du but de notre étude, l'histoire de cet antique monastère, qui compte
0) Lettre de M. L. Drouyn à M. G Des Moulins, la Guienne, 7 mai 1859.
parmi ses bienfaiteurs, des papes, des rois et des princes, pour esquisser, au point de vue plus particulièrement artistique, l'effet monumental de son église, élevée par les libéralités de Guillaume le Bon, duc d'Aquitaine (^).
L'ensemble de l'église Sainte-Croix, dans son plan comme dans son élévation, est un monument de la fin du xi* siècle, terminé dans la première partie du xii*.
La façade se compose : au centre^ d'un massif en saillie, de 9"08 de hauteur, où s'ouvre la porte principale, composée de cinq archivoltes, accompagnées de deux arcades aveugles à deux voussures, reposant sur un soubassement ; au-dessus de ces deux arcades se développent des arcatures accouplées, dont les colonnettes s'appuient sur un bandeau. Des groupes de trois colonnes cannelées et spirées soutiennent les angles de cet avant-corps, terminé par un glacis.
Au-dessus de ce glacis, à l'aplomb des colonnes de la partie inférieure, apparaissaient autrefois deux rangées d'arcatures aveugles, qui avaient pour but d'enlever au nu du mur sa monotonie et d'établir entre les masses pleines et les masses vides d'heureuses proportions.
A cette partie de la façade furent exécutés des changements pondant le xiu* et le xiv* siècle. Une grande arcade ogivale et le percement d'une rose amenèrent la suppression de plusieurs arcatures ; trois au premier rang et cinq au second. A vrai dire, ces changements ne sont pas acceptés par tous les arciiéologues; plusieurs considèrent cette partie de la façade connue n'ayant pas subi d'altération, la rose exceptée. Une corniche supportée par des corbeaux ou modillons à figures fanliïstiques achève cet étage.
(*^ Voir, p^nir l'histoire de KAbhaje Sainle-Croix, les .4 ries de VAcadrmie df IUmknH.r, IS*i» .\t>/i<T tle M. Ferviinand Leroy. Celle Notice résume les »ti\er» ivrilj imblies sur ce inona^lère, en y aj.»ut;uil U publication de nouveaux tUnumeuls extmls des Archive» dt-ivirlemontales.
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DansFintérieur de Tarcade ogivale ci-dessus signalée étaient autrefois encastrés deux bas-reliefs, brisés le 13 avril 1794. Le premier représentait un guerrier couronné, monté sur un cheval; les pieds du coursier foulaient un second personnage; et sur une autre pierre, jointe à la précédente, était sculptée une figure de femme revêtue d'une robe au corsage étroit, à manches très-amples, et debout en avant du cavalier. Ces sculptures se détachaient sur un appareil réticulaire.
Ces deux bas-reliefs, gravés par M. Lavau, accompagnent les dissertations sur les anciens monuments de Bordeaux, par Tabbé Yénuti . D'après cet antiquaire, le personnage à cheval représentait Pépin victorieux de Waifrre,duc d'Aquitaine; sujet accepté par M. Jouannet, mais qui donne encore lieu à des interprétations aussi nombreuses que variées. « On a succes- ) sivement, dit M. de Longuemare, proposé de voir dans les D statues équestres placées dans le tympan des fausses ar- I» cades des façades, du côté de l'évangile, mais parfois aussi ^ au-dessus des portails latéraux et sur le pourtour des cha- > pitaux, ou saint Martin, ou saint Georges, ou le cavalier » céleste qui renversa Héliodore sur les marches du Temple, » ou l'un des cavaliers de l'Apocalypse, ou le fondateur de ) rÉglise, ou enfin le cachet orgueilleux de la puissance féo- » dale... 3) Et M. de Longuemare ajoute : « Ne serait-ce pas j» Timage de l'Église triomphante dans la personne du fils de » Dieu ressuscité, foulant sous ses pieds le démon (*)? j> Après l'exposition de ces diverses conjectures (la dernière est acceptée par les autorités de la science archéologique), poursuivons la description de l'église.
La façade se termine par un fronton du dernier siècle dont la nudité contraste désagréablement avec l'ensemble de l'édifice et la riche ornementation du portail. Dans ce fronton se
(») Bulletin Mmumental, 185i, p. 459.
trouvent encastrés un buste, quelques fragments antiques et |)iusieurs inscriptions, détails mentionnés dans la notice de M. Jouannet. À l'extrémité méridionale de la façade est le clocher, de forme quadrilatérale, composé d'un soubassement s'élevant jusqu'à la hauteur du glacis de la porte principale, percé seulement d'une fenêtre cintrée, reposant sur un cordon festonné; puis, au-dessus de ce soubassement, trois étages d'arcatures et trois arcatures à chaque étage ; celles des rangs inférieurs aveugles, et celles du sommet ajourées.
Ce clocher, d'une hauteur actuelle de 23 mètres, est inachevé ou réduit de sa hauteur primitive (*). A l'opposé de la façade, vers le nord, existait primitivement un massif corresl)ondant à celui du clocher ; mêmes proportions et mômes décorations jusqu'à la hauteur de l'avant-corps du portail. Dans la partie haute, des restaurations ont dénaturé complètement les dispositions primitives. Déjà, vers le xiii* siècle, au rez-de-chaussée, une porte ogivale à moulures toriques avait été ouverte. Puis une seconde ouverture à quatre feuilles au-dessus du niveau du premier rang des arcatures de la partie centrale de la façade ; ce quatre-feuilles fut à son tour remanié pour donner naissance à une fenêtre du xvi* siècle (*).
Au midi, l'église Sainte-Croix se relie avec les dépendances de l'ancien monastère, dépendances en grande partie reconstruites aux xvu* et xviii* siècles, et converties en hospice de
(t) Le clocher fut, dit-on, plus élevé ; on en démolit une partie quand on construisit le fort Louis. (F. Jouannet, Musée d'Aquitaine, t. III, p. 201.)
(*) Dans la séance du Conseil municipal du 22 décembre 1860, le Conseil de fabrique de la paroisse Sainte-Croix a présenté un projet de restauration de la façade de cette église, projet conçu par M. Abadie, architecte, attaché au ministère des cultes. Ce projet, actuellement exposé dans l'intérieur de l'église, indique le surhaussement des clochers placés aux extrémités de la façade, la reconstruction du fronton central dans le style du porche, le rétablissement du grand bas-relief brise en 1794 ; en un mot, rachèvement complet do la façade dans le style du \ii« siècle, et Tclôvation d'un clocher principal à Tanglc nord-ouest du monument.
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vieillards en 1794 (*). Au nord, l'église apparaît complètement isolée, mais ne présente que des contreforts plats et peu saillants ; des fenêtres allongées, faiblement ogivales et à moulures toriques, éclairent la nef; un oculus et des fené* très cintrées éclairent le transsept.
Le chevet, contemporain de la façade, se termine polygonalement; il est accompagné de deux petites absides semicirculaires, accusant à Textérieur les chapelles de la Yicrge et de Saint-Jean-Baptiste, aujourd'hui du Sacré-Cœur.
Cette partie de Téglise, peu visitée, est sans altération dans ses dispositions générales. Quelques détails à réparer et la restauration de plusieurs fenêtres; la sacristie, élevée en 1675 (^), et des servitudes de Thospice à faire disparaître, rétablh^aient Tabside de Sainte-Croix dans son état primitif.
Après avoir décrit Tensemble extérieur de cet édifice, examinons rornementation de sa belle façade.
Cest peu comprendre le mérite des sculptures de Fépoque romane que de les étudier seulement en détail et comme Snesse de forme ou de modelé; figures, animaux et feuillages sont généralement incorrects de proportions et grossiers de contours. Mais si les moines artistes du xi"" siècle ne reproduisaient pas fidèlement les objets de la nature, cette négli-
(1) M. Bernadau, Viographe, p. 303. Suivant le même écmain, avant la Révolution, une aile de l'église abbatiale Sainte-^roix était réservée pour le service de la paroisse de ce nom.
(>) Sur Tappui d'une des fenêtres de la chapelle absidale, au notù^ se trouve une pierre portant l'inscription suivante :
CETTE SACRISTIE A E1T« BASTIE AVX DEPENS DE LE CVRE ET FABRIQVC DE LA PAR04SS€ S* CROIX ESTANT CVRE M' ANDRE, FOVQVES SINDIC DOMINlQ,VE AVBRY LATASTE E ANTOINE FAVRE JEAN ROVX AN* DESCAN JEANFILLET OVVRIERS UN 1675.
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gence, disons mieux, cette ignorance est largement rachetée par des conditions plus essentielles dans rornementation monumentale. Ainsi, les rapports si bien compris des parties ornées avec les faces unies, les détails toujours heureusement proportionnés à Téchelle des masses, sont des qualités de premier ordre que possédaient à un haut degré les artistes de cette époque. Plus philosophes, plus érudits qu'habiles praticiens, leurs bas-reliefs, placés aux principales entrées du monument sous une forme naïve, parfois avec une expression brutale, exposent très-souvent aux regards, des compositions empreintes de sagesse et de moralité. Enfin, remarquons Thomogénéité qui existe entre Tensembie de la construction et les travaux de sculpture qui colorent et complètent la physionomie des édifices monastiques du xr et du xn"* siècle.
Ainsi, faisant Tapplication des réflexions précédentes à réglise Sainte-Croix, ce n'est point en s'arrêtant sous les archivoltes du portail central, à quelques pas des voussures latérales, que le mérite des sculptures de cette façade peut être judicieusement apprécié , mais bien en se portant en arri^ du monument, à une distance à peu près égale de sa hauteur. De là, Tœil saisit facilement Tensemble de Féglise et les différents plans des grands motifs d'ornementation ; puis, Tattention se reporte sur les détails qui enrichissent les voussures et festonnent les cordons des divers étages, servant de point d'appui à d'élégantes colonneltes; et cette variété de sculptures n amoindrit nullement l'ampleur des grandes masses.
Après la constatation de ces effets raisonnes et pittoresques, l'analyse des motifs pris isolément n'est pas moins intéressante; cette surabondance de détails, cette prodigieuse variété de dessins, conservant toujours leur unité d'aspect et de valeur, prouvent qu'à cette époque, trop longtemps incomprise, le maître de Fœuvre et les imagiers possédaient un grand sentiment de Part.
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Mais ce n'est pas seulement au \mnt de vue purement artistique et du gracieux arrangement des lignes que les sculptures du [lortail Sainte-Croix ont été souvent analysées; les archéologues ont fait de Fétude de cette antique façade un de leurs thèmes favoris. De nombreuses conjectures ont été émises pour expliquer le sens de ces compositions symboliques ; voici les diverses interprétations :
Au dernier siècle, toutes les traditions du moyen âge relatives à rarchiteeture religieuse étaient oubliées; il était alors unanimement accepté que les sculptures des archivoltes du portail Sainte Groix exprimaient des idées païennes. Les historiens eux-mêmes acceptaient ces définitions et les accréditaient en les insérant dans leurs écrits.
En 1824, M. Jouannet (*), après une étude attentive du portail Sainte-Croix, commença la traduction de ce catéchisme mural, et reconnut sur Tune des voussures de la porto principale les traces d'un commencement de zodiaque : le Capricorne, le Verseau, les Poissons, accompagnés de personnages représentant les diverses occupations de Tannée ; puis il signala dans plusieurs bas-reliefs le tableau des destinées humaines suivant l'esprit évangélique. Si quelques interprétations de ce docte écrivain sont susceptibles de controverse, c'est cependant à M. Jouannet que revient l'honneur d'avoir fait justice de ces prétendues obscénités mythologiques, en établissant des données certaines sur l'ornementation du portail Sainte-Croix. Les signes du zodiaque sculptés sur l'une des archivoltes du portail central, indiquent un sujet fréquemment reproduit dans la décoration des anciennes cathédrales ou abbatiales; bornons-nous à citer celles de Paris, Sens, Chartres, Amiens, Bourges, Bazas et Vézelay. « L'usage ^ de ces zodiaques à l'entrée des églises date des premiers
(») Musé d'AfrAtaim, t. III, p. 228.
2» siècles du christianisme; on en trouve sur les murs de ^ marbre de Tancienne cathédrale d'Athènes. L'Italie en pos- ]> sède un très-grand nombre en sculpture, en peinture et j^ même en mosaïque (^). d C'était, au moyen âge, une coutume généralement adoptée d'orner le portail principal des églises mères ou des abbayes, des notions les plus élémentaires et les plus usuelles sur le cours des saisons et les occupations régulières de la vie champêtre.
Les autres archivoltes du portail central présentent plusieurs rangs de statuettes symétriquement disposées; les unes tirant sur un câble, exprimeraient, d'après M. L. Drouyn, la traduction figurée de ce passage de l'évangile de saint Mathieu, chap. XF, v. 12 : «Le royaume des cieux se prend » par violence ; et ce sont les violents qui Tempoatent. > Suivant M. l'abbé Auber, ces personnages, assis dans Fattitude du repos, et s'appuyant tous sur une corde fortement tendue, seraient une traduction plastique de cette locution hébraïque du psaume : Funes ceciderunt mihi in prceclaris : elenim her éditas mea prœclara est mihi. (Le cordeau a mesuré ma part sur les hauts lieux : il sera beau mon héritage. Ps. XV, V. 6.) A l'archivolte externe, d'autres statuettes, vêtues royalement et se tenant par la main, personnifient les vingt-quatre vieillards de l'Apocalypse couronnés, s'inclinant devant le fils de Dieu (^); à leur suite, des élus tiennent des coupes et se les présentent mutuellement; c'est le texte du
(*) Description de Notre-Dame de Paris, par M. de Guilhenny, 1856, p. 6S.
(') La vision de saint Jean se retrouve dans la décoration de plusieurs églises bcnùdictines. Nous citerons entre autres les abbayes de Cluny et de Moissac. L'archivolte dont nous décrivons ici l'orneraentation était originai> rement inachevée, comme celle du zodiaque. En 1843, les restaurateurs eurent la malheureuse idée de combler ces lacunes, et couvrirent tous les claveau? de personnages imités des anciennes sculptures. D'autres additions se repn duisircnt dans plusieurs parties de ce portail; aussi devons-nous enga^r I obi^crvatcurs sérieux de la façade Sainte-Croix à consulter les dessins rc| (luisant l'étal originaire du iM>rtaiI avant les réparations.
psalmislc appliqué aux élus : ,.. Et torrenle voluptatis Itiœ potabis eos. (... Vous nous abreuverez du torrent de vos délices. Ps. XXXV, v. 9.)
Enfin, pour compléter Fexposition des diverses opinions émises sur les sculptures du portail Sainte- Croix, voici la curieuse interprétation de M. Lacour, au sujet de la dernière voussure : « Henri II , roi d'Angleterre et duc d'Aquitaine, avait hérité, par son mariage avec Éléonore, des prétentions de la maison du Poitou sur le comté de Toulouse. Pendant le carême de H59, Henri convoqua ses barons au parlement de Poitiers; il leur communiqua ses projets de conquête, et s'assura de leurs concours pour faire triompher ses droits. Il leva des corps nombreux de soldats mercenaires et prépara contre Toulouse une expédition formidable. Henri avait appelé à son aide le ban et l'arrière -ban de ses vassaux et de ses alliés ; jusqu'à Malcom, roi d'Ecosse, qui débarqua en Normandie avec quarante-cinq navires (*). »
Entre la réunion des vieillards de l'Apocalypse et cette assemblée de comtes et de hauts barons, les chercheurs d'hypothèses ont le champ vaste. Cependant, hâtons- nous de dire : la science archéologique n'accepte, de nos jours, dans les bas-reliefs des édiiices monastiques antérieurs au XIII* siècle, que des faits empruntés à l'ancien ou au nouveau Testament.
Les voussures, les chambranles du portail, les pieds-droits des archivoltes sont recouverts de damiers, de dents de scie, de chevrons, de moulures en forme de câble, de figures enlacées, de rameaux et d'élégants feuillages.
A regard des autres parties de ce portail, reproduisons Fextrait d'un rapport adressé à l'Académie de Bordeaux on 1844 : c Des huit chapiteaux des colonnettes placées entre la
(M Guieiine historique et monumentale, I I, 2* partie, p. 111
grande porte et le groupe septentrional de trois colonnes, il ne restait que des vestiges des sept premiers et quelques restes de Tornementation du dernier ; à Taide de ces restes, je suis parvenu à reconstituer Tensemble, et je Fai fait reproduire d'une manière scrupuleuse... ^
Cet eictrait du rapport sur les réparations exécutées à Téglise Sainte-Croix en 1842, dispense de décrire ce vieux-neuf.
Les arcades latérales, qui ont également subi une restauration et ont été complétées dans quelques parties, représentent des deux côtés cinq groupes de personnages : à droite, des démons saisissent de jeunes femmes alors que des serpents dévorent leurs seins; à l'opposé, des hommes tenant des aumônières, sont torturés par de mauvais génies.
Il est aisé de reconnaître dans ces compositions, les-tourmcnts réservés par la justice divine aux luxurieux et aux avares (*).
REVUE INTERIEURE
La nef, le transsépt et le chœur offrent en plan la croix latine : deux collatéraux accompagnent la nef. L'abside est en forme de cul-de-four, de même que deux chapelles absîdales établies parallèlement au chevet, mais isolées de ce dernier par un massif dans lequel ont été pratiqués des couloirs conduisant à la sacristie. Il résulte de ces dispositions : d'abord, un plus grand développement du transsépt que de Penseinblc de la nef et des bas-côtés; puis, les deux chai>elles absidales no se trouvent pas régulièrement à rextréniité des collatéraux.
(M Ces bas-relicrs, emliléinatiques des péchés capitaux, sont indiqués «Lius une dis^crtatioi) i\v M. Ch. Dos Mcuiliiis, publiôe !laii> le Bulletin Mtmum n~ il, ISiy.
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Comme Fa fort bien dit M. Léo Drouyn, le plan de cette église est tel qu'il fut tracé à la fm du xi^ siècle ou au commencement du xii^ ; et même dans Tensemble de la construction, à part quelques remaniements dans les décx)rations des piliers et la forme des croisées, Véglise est dans son état primitif jusqu'à la hauteur du tailloir des anciens chapiteaux.
Les voûtes seules ont été refaites et datent en grande par* tie du XIII' siècle; mais le collatéral nord indique, par le caractère des colonnettes portant la retombée des nervures, des travaux postérieurs au bachcôté méridional. A Feutrée de ce collatéral est une chapelle du xv*" siècle, sous Tinvocation de saint Mommolin, et dans laquelle sont établis les fonts baptismaux.
M. L. Drouyn, dans ses lettres à M. C. Des Moulins (^), développe les caractères distinctifs des deux collatéraux et rhomogénéité du plan roman de cette église. Du reste, nous signalerons au lecteur curieux d'étudier cet édiGce au point de vue purement architectural, les observations de l'artiste archéologue qui vient d'être cité et les remarques de MM. Jouannet, Dulaure et de Lamothe. Mais ici les dispositions générales du monument étant indiquées, nous n'aurons qu'à examiner les détails d'ornementation et les ouvrages d'art, meubles ou immeubles de cette église.
SCULPTURE
Chopiteaux de la nef et des bas-côtés
Les chapiteaux de la nef et du transsept, d'un beau galbe et d'un aspect monumental, uniformes dans leur masse, mais très-variés dans les détails, se divisent en chapiteaux feuillus
(*) LcUrcs publiées dans le journal de Bordeaux la Guienne, 7-29 mai 1859.
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et en chapiteaux à lîgures; tous sont engagés dans la inasst.des piliers ou dans un faisceau de colonnes. Ceux de la première catégorie, placés dans la nef, trahissent l'inllu^cv gallo-romaine et s'éloignent franchement du chapiteau gallocorinthien, qui se rencontre d'une manière plus évidente et très-fréquemment dans les monuments des bords de la Saône et du Rhône, contemporains de l'abbaye Sainte-Croix. Si nous retrouvons dans ce dernier édifice remploi de la feuille d'acanthe, la floraison générale de l'ornementation des piliers reproduits des formes indigènes, le châtaignier et le ch^e, essentiellement gaulois. Quelques cordons perlés rappellent les oves classiques ; et les rangs superposés de petites folioles entourant uniformément la corbeille du chapiteau, les animaux bizarres, les entrelacs, les enroulements accouplés, accusent un plus grand affranchissement des traditions antiques.
Ces remarques, pour être plus intelligibles, devraient i>lre accompagnées de dessins intercalés dans le texte; car un simple croquis est toujours plus compréhensible que la délînition ta plus heureuse. Si cette lacune est excusable, c'est qu'il ne s'agit point dans cet ouvrage d'un travail méthodique, mais d'une simple indication des détails artistiques qui concourent à l'embellissement de nos édifices.
Les chapiteaux à figures, ou pour mieux dire les chapiteaux historiés, décorent les piliers des transsepts contrebultant les murs qui séparent le chœur des chapelles absidales. Les sujets de ces chapiteaux représenlcnt : au midi, h Sacrifice (TAbrakam; au nord, Daniel dans la fosse auxns; et en regard de ce dernier, quelques archéol(^es )ient reconnaître le Christ aifant, au milieu des docteurs. La première de ces compositions est souvent reproduite ns l'ornementation des chapiteaux romans. Les églises raies du département de la Gironde en offrent plusieurs
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exemples, notamment à Saint-Quentin>de-Baron, où se voient les deux sujets ci-dessus désignés. A Bordeaux, le Sacrifice d'Abraham est reproduit sur Tune des colonnes de Tancien porche de Féglise Saint-Seurin. Ce sujet, dit M. L. Drouyn, offre toujours et partout un personnage dont la Bible ne fait nullement mention : c'est Fange qui présente le bélier. Toutes ces sculptures ont été défigurées, d'abord par des couches réitérées de badigeon, et plus tard par un ravalement.
Les chapiteaux des collatéraux présentent une grande variété de galbes, où se retrouvent les caractères bien définis des XIII* et xiv* siècles. L'ornementation foliaire s'épanouit, surtout dans le bas-côté septentrional ; ajoutons quelques consoles en forme de têtes humaines recevant la retombée des nervures des voûtes, et nous aurons indiqué tous les détails principaux de sculpture inhérents à l'ancienne église de l'abbaye Sainte-Croix de Bordeaux.
Tombeaux et statues.
Dans le transsept nord est un tombeau du xv* siècle, placé dans un enfeu ; sur ce tombeau est une statue d'abbé, couché et coiffé de la mitre; la tête répose sur un coussin soutenu par deux anges, et aux pieds de la statue un lion; près de ce lion étaient autrefois deux autres anges. Un pignon décoré de trilobés et de quatre -feuilles, surmonte ce 'monument; dans cette décoration se trouvent deux écus, mais ils ne sont point blasonnés.
La composition de cet édicule funéraire donne une idée parfaite de l'arrangement des tombeaux d'archevêques qui clôturaient autrefois le chœur de la cathédrale Saint-André. La reproduction de ce petit édifice, unique aujourd'hui dans les églises bordelaises, devait naturellement figurer dans les
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types les plus remarquables de Varchilecture au moyen âge du département de la Gironde, par M. L, Drouyn, A vrai dire, c'est uniquement comme disposition générale que ce monument intéresse ; car, malgré son état fruste et mutilé, il est facile de reconnaître que la statuaire de ce tombeau n'a jamais offert un bel exemple de Fart au moyen âge.
11 en est de même d'un ancien tombeau d'autel de la fin du xv^ siècle, servant de fonts baptismaux, sur la face duquel est représentée la Cène; travail lourd, inhabile et portant encore des traces de couleurs rehaussées d'or.
M. Jouannet, dans le Mu^ée d'Aquitaine, p. 275, décrit les fragments de deux autres tombes, placées également dans le transsept nord. Ces tombes n'existent plus, à part Tinscription tumulaire de François d'Aux, abbé de ce monastère, nK)rt le 16 août 1533.
Bas-reliefs : les AiuHres, — statue de sainte Magdeleine.
Dans la nef, au-dessus des arcad^, se remarquent, encastrés dans le mur, huit médaillons qui datent de la réédifleation des voûtes au xiir siècle. Ces petits médaillons sont décorés de bas-reliefs représentant les apôtres, portant chacun sur Tune de leurs mains une petite église fortifiée, et foulant de leurs pieds nus l'hérésie, autrefois triomphante, et personnifiée par des figures couronnées.
« Ces médaillons tiennent probablement la place des douze croix de consécration, qui ne sont elles-mêmes que le symbole des douze apôtres apportant dans Téglise, par la prédication, la lumière ovangélique. On sait que, dans la solennité de la dédicaa\ c'est devant ces croix sculptées ou peintes sur lo nuir, que des cierges S4>nt allumés pendant toute la durée dos t^nicos. Mais que sont devenus les quatre médaillons qui
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manquent ici? Us se seront sans doute perdus dans les divers remaniements de Tédifice. Il n'en reste pas moins que la préférence donnée à ces images sur les croix habiluellement peintes sur le mur ou les piliers, est un fait aussi curieux qu'inusité. » (*).
M. de Lamothe a signalé Tabbaye de La Sauve comme possédant autrefois douze médaillons semblables à ceux de réglise Sainte-Croix, et portant une légende circulaire indiquant le nom de Tapôtre reproduit dans chaque médaillon (^). M. VioUet-le-Duc, dans Tarticle de son Dictionnaire sur les diverses manières de représenter les apôtres (t. i, p. 25), ne cite aucun exemple qui ait de Tanalogie avec les médaillons des abbayes de La Sauve et de Sainte-Croix. Cet architecte érudil fait seulement observer que les apôtres sont fréquemment supportés par de petites figures représentant les personnages qui les ont persécutés, ou qui rappellent des traits principaux de leur vie. Cette observation pourrait être appliquée aux figures que nous acceptons, à Sainte-Croix, comme la personnification de Thérésie.
Il serait à désirer que ces motifs d'ornementation fussent estampés intelligemment, et ces estampages déposés dans la collection naissante du Musée archéologique bordelais.
Terminons Fexamen des ouvrages de sculpture en signalant, à lune des extrémités du bas-côté méridional, placée dans une niche en pénétration dans le mur du clocher, une statue de grandeur presque naturelle, représentant une Magdeleine à genoux, les cheveux épars et dans la contemplation de la croix.
(') Observations de M. l'abbé Auber, lors de la visite à l'église Saiute-Cruix de la section d'archéolojçie du Congrus scientifique de France, tenu à Bordt^aux du 16 au 25 septembre 1861.
(*) Happori de la Commission des Monuments historîques, 1851, p 19,
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Cette statue, d'après M. Bernadau (^), aurait été exécutée par le père Bonnard, de Tordre des Feuillants, mort à Bordeaux vers la (in du xviii^ siècle.
TABLEAUX
L'église Sainte-Croix possède un grand nombre de tableaux provenant de Tancienne abbaye des Bénédictins ou du couvent voisin des Frères mineurs de Tordre de Saint-François, aujourd'hui le Grand séminaire. Si toutes ces toiles n'offrent pas des qualités de premier ordre, elles intéressent par les noms qu'elles rappellent et par les faits historiques qu'elles reproduisent.
Voici la description des toiles principales :
Saint Mommolin guérissant un pospédé.
Ce tableau, dont Tauteur est inconnu, et que d'inhabiles restaurations ont compromis, représente saint Mommolin debout, implorant la miséricorde divine pour la guérison du possédé, qui, les mains liées et l'air égaré, s'agenouille involontairement aux pieds du saint. (H' 2*40, L' 1"*65, T.)
Mommolin, abbé de Fleury-sur-Loire» appartient à Tordre illustre des Bénédictins. Ce saint moine, au retour d'un voyage en Espagne, où il était allé vénérer le tombeau de saint Jacques, en Galice, s'arrêta au couvent de Sainte- Croix de Bordeaux.
< Sa présence réjouit les religieux autant qu'elle les édifie. » Depuis sept jours déjà, il partage leurs prières et leur saints » sacrifices. Mais Dieu a jeté sur son serviteur un regard de
j (M Tableau dr Bofdeaux, 1180, p. il.
» complaisance et veut Vappeler dans une patrie meilleure. » Mommolin, épuisé de travaux et de fatigues, chéri de Dieu » et des hommes, plein de Jours et de mérites, s'endort du > sommeil des justes, et rend à^Dieu sa belle âme, le 8 août » Fan 660 (^). "» La date de cet événement varie de quelques années, suivant plusieurs versions, de 643 à 677 ; mais il reste un fait acquis pour Thistoire du monastère Sainte-Croix, c'est qu'il existait à Bordeaux une abbaye de ce nom au milieu du vu' siècle, et que dans son église eut lieu Tinhumation du saint abbé. Les restes mortels de saint Mommolin, vénérés des populations, opérèrent des prodiges et popularisèrent ses vertus. Une chapelle fut fondée dans Fabbaye Sainte-Croix, où s'élevait son tombeau.
Les Bordelais du moyen âge eurent toujours pour saint Mommolin une ardente dévotion, et dès le xiii' siècle une confrérie s'organisait pour perpétuer son culte. Cette confrérie comptait parmi ses membres de hauts dignitaires du clergé, de la noblesse et de la magistrature. Le tableau qui décore l'autel dédié à saint Mommolin est une œuvre du xvii** siècle; nulle signature n'apparaît sur cette toile; et malgré les nombreux repeints et les outrages de maladroits restaurateurs, l'œuvre, dans ses parties primitives, accuse des qualités skieuses : ce n'est pas le travail d'un savant dessinateur, mais celui d'un peintre d'une vigoureuse organisation.
Héraclius et le patriarche Zacharie.
Ce tableau, signé A, Bourgneuff, pinxii, 1636, est de peu de valeur au point de vue de l'art; cependant, il intéresse par le choix du sujet, rarement traité par les peintres, et
C) Saint Mommolin, patron des Bordelais, par M. Tabbé Pardiac, p. 2i.
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très-convenablement placé dans une église sous le vocable de la sainte Croix. (H' 3"»60, L' 2»70, T.)
Voici le fait historique reproduit sur ce tableau : « En 615 le roi de Perse Khosroés conduisit en Palestine une armée puissante, brûla les églises et. profana les lieux saints. Parmi les dépouilles enlevées par le vainqueur, était le tronçon de la vraie croix que Timpératrice Hélène avait laissé à la ville sainte. Quelques années plus tard, l'empereur Héraclius, après des luttes sanglantes et de glorieux succès, conclut enfin la paix avec le fils et successeur de Khosroés; le bois sacré de la rédemption, qui avait été transporté dans une ville de Perse appelée présentement Tauris, lui fut rendu par Siroés. Héraclius acheva les fêtes de son triomphe par une cérémonie religieuse à Jérusalem, en 629. Pour rendre grâces à Dieu de ses victoires, il voulut porter la vraie croix sur ses propres épaules en entrant dans la ville, et accompagner cette cérémonie de la pompe la plus éclatante; mais il se sentit arrêté dès les premiers pas par une main invisible. Le patriarche Zacharie fit observer à Tempereur que cette pompe contrastait avec rétat d'humiliation où était le fils de Dieu lorsqu'il traversa, en condamné, les rues de Jérusalem. « Vous portez, lui dit-il, vos ornements impériaux, et Jésus-Christ était vêtu pauvrement; votre tête est ceinte d'un riche diadème, et il était couronné d'épines; vous êtes magnifiquement chaussé, et il marchait nu-pieds, i» Aussitôt Héraclius se dépouilla du faste de sa grandeur, et porta dès-lors sans obstacle le bois de la croix au Calvaire (*). »
L'exécution de ce tableau est inhabile, le dessin lourd, incorrect; malgré ses graves défauts, l'aspect de cette toile rappelle l'école de Rubens. Bonrgneuff, il est vrai, fut contemporain du célèbre artiste et peut-être un de ses obscurs
(') Annales de la Propagation de la Foi, 1856, p. 62.
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élèves. Il n'est point hors de propos de signaler un tableau du même sujet, peint par Rubens et gravé par Spriey.
Li*Annonciation.
La Vierge en prière, se retourne à la voix de Fange Gabriel qui tient à la main gauche un lis et de la droite montre le ciel. Dans le haut du tableau voltigent des anges, et sur la tête de la Vierge le Saint-Esprit sous Femblême d'une colombe.
La signature de ce tableau, par Abraham Hondys ou Hon* dyrs, est à demi effacée; mais on y lit distinctement le millésime 1663. (ff 1-, L' 1-28, T.)
Ce petit tableau, d'une conservation parfaite et d'une facture intelligente et soignée, mériterait d'être mieux exposé.
Seànt Félix.
Sous un portique soutenu par quatre colonnes corinthiennes, apparaît saint Félix, couronné par un ange (figures de grandeur naturelle). Autour de cette scène principale sont disposés quinze médaillons représentant divers épisodes de la vie de saint Félix, ses visions et ses miracles. Ce tableau est signé /. Franciscus Irecensis, capucinis pinxU, 4698. (H' 4», L' a-SO, T.)
Le Christ mort dans les bras de la Vierge.
Copie du tableau de Van-Dyck (Antoine) qui se trouve au musée d'Anvers, sous le n"" 264, et connu sous le nom du Christ au bassin. (H' 3"05, L' 2»23, T.)
« A droite, le Christ mort reposant dans une grotte, sur le suaire qui recouvre une partie saillante du rocher, est sou tenu par la Vierge de Douleur, qui semble montrer le saint cadavre au Père qu'elle invoque dans ses angoisses. Magdeleine en pleurs, les cheveux épars, est agenouillée devant le Sauveur et lui embrasse la main gauche; derrière elle, et tout à fait sur la gauche, s'avance saint Jean tenant une draperie rouge. A Tavant-plan de droite sont déposés quelques instrumentsdu supplice, parmi lesquels on remarque le bassin de cuivre auquel le tableau emprunte son nom. Dans le fond, la grotte; partie de ciel à gauche; figures de grandeur naturelle. » {Catalogue du Musée d'Anvers, p. 191, l** édition.)
M. Bernadau, dans une petite brochure sur les choses remarquables que renferme la ville de Bordeaux (^)) s'exprime ainsi : < On remarque dans la nef de cette église un tableau de Van-Dyck représentant une descente de croix... > L'erreur de H. Bernadau fait considérer cette copie, par des amateurs peu experts, comme une œuvre originale.
Uiie Gonvoision.
Entouré de pei^onnages de distinction, un vieux seigneur agenouillé, les mains jointes, reçoit la bénédiction d'un père abbé tenant sa crosse et dont la tête est ceinte d'une auréole. (If ^niO, L' 1™90, T.)
Ce tableau, très-reoommandable par la vérité des caractèrt^s et rhabileté de son exécution, est accepté par plusieurs artistes distingués comme une œuvre de Técole espagnole du xvn* siècle. Puis ce tableau est doublement précieux, en raison de son mérite artistique et eu égard au sujet quil
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reproduit; sujet historique que nous ne pouvons délinir, mais représentant, sans nul doute, un trait de Thistoire de Tordre de Saint-Benoit, et qui rappelle une scène analogue à la conversion de Henri de Montmorency (*).
Suite des tableaux. —Vitraux et orgues.
Aux tableaux précédents, ajoutons encore brièvement : Le Christ au pied de la croix, copie rappelant Técole de Yan Dyck; Jésus apparaissant à la Magdeleine, école française du XVIII* siècle; Un Christ en croix, signé Dubois, fecit 1674; Le Ravissement de saint François, signé Gauthier, 1740; Saint François recevant les stigmates; une reproduction du tableau de M. Monvoisin, de Bordeaux, faisant partie du Musée de la ville : Jésus guérissant un possédé (salon de 1822) ; Un Christ, demi-nature, entouré d'anges portant une banderolle avec cette légende : Ego sum via veritas et vita; et Une Vierge tenant l'Enfant Jésus, toile d'un bon sentiment de couleur, mais perdue par la restauration. Dans la sacristie : Une Adoration des Mages, esquisse spirituellement touchée ; Portrait (tun religieux, étude pleine de sentiment ; et deux autres personnages vêtus en bénédictins, d'un grand aspect, et désignés dans Téglise Sainte-Croix sous les noms de Saint Benoit et de Sainte Scholastique.
Les murs de la chapelle des fonts baptismaux sont recouverts, en grande partie, de boiseries sur lesquelles ont été
(*) < Henri de Montmorency, second fils de Anne, né en 1534, mort à Agde en 1614, avait passé à la cour et dans les camps une vie souvent agitée et parfois peu régulière. Parvenu à Tàge de quatre-vingts ans, et dégoûté du monde, il vint trouver le père provincial, et, avec (û)ondance de larmes, remémorant et déplorant sa vie passée, demanda la conduite du reste de ses jours aux capucins. » (Manuscrit des Archives municipales. Voir le Rappttrt de la Commission des Monuments historiques, 1855, p. 36.)
peints divers épisodes de la vie de Jésus-Christ , les rois ancêtres de la Vierge et plusieurs scènes de TAncien Testament. Ces peintures, du xvii® siècle, trahissent une main exercée mais peu habile.
Il est opportun de rappeler que dans émette chapelle était autrefois une Pièta, du xv* siècle. Ce tableau, donné au Musée de la ville par la fabrique de Téglise Sainte-Croix, en 1838, portant la date de son exécution et le nom assez illisible de son auteur, excite vivement Fintérét des archéologues, mais beaucoup moins celui des artistes.
En outre de ces tableaux, mentionnons encore Tornementation récente de la chapelle de la Vierge, décorée en 1860 de deux vitraux en style moderne, par M. J. Villiet. Ces vitraux, enchâssés dans la boiserie de la chapelle, ont pour sujets : La Présentation de la sainte Vierge et son Couronnement.
Bien que cette église n'offre pas les éléments d'un chapitre spécial pour les objets d'art mobiliers, nous ne devons point omettre de signaler quelques particularités relatives à Pancien orgue, œuvre du bénédictin dom Bedos :
« Pendant Tannée 1811, l'autorité ecclésiastique, de con- D cert avec îes fabriques de Saint-André et de Sainte-Croix, » résolut de faire un échange des jeux d orgues de ces parois- )> ses. Celui de Saint-André (venu de La Réole), était trop )) faible pour la vaste nef de la primatiale; celui de Sainte » Croix produisait un effet contraire par la puissance de ses » sons. Le 17 avril 1811, M. le Ministre des cultes écrivit à » M. le Préfet d'avoir à faire procéder à l'échange des deux i> orgues; les frais de cet échange devaient incomber à la y> fabrique Saint-André.
» Un des plus habiles artistes et facteurs de l'Europe, qui 3) se trouvait alors à Bordeaux, porta avec raison ce juge- » ment que Texpérience n'a malheureusement que trop con-
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» firme : On a eu tort de faire cet échange; il fallait employer > la somme dépensée pour rétablissement de ces deux or- 9 gués, à restaurer celui de La Réole, qui était Touvrage du 1^ facteur Micol, de Toulouse. Il n'en aurait pas plus coûté, T» et Tinstrument aurait été meilleur, au lieu qu'on a gâté les » deux instruments. Celui de dom Bedos devait rester dans :» sa pureté, tel que le bénédictin Tavait conçu; c'était un 2> monument à respecter. :»
L'orgue de dom Bedos, dans l'intérieur du buffet, au-dessous d'un sommier, portait l'inscription suivante :
c In honorem S^-Cmci$, ope divino, domûsque Dei décorem et majestalem, ad usum et sumptibtis monachorum regalis abbatiœ S^-Crucis Burdigalensis, ordinis S^-Benedicti è congregatione Sancti-Mauri, hœc organa construxit Dominus Franciscus Bedos, proRsbyter et monachus ejusdem ordinis et congregationis , priore Josepho Gondar, anno 4748 0). »
(^) Les détails relaiirs à l'orgue de Sainte-Croix sont extraits du Mémorial des Curés de la paroisse Saint-André, manuscrit conservé au presbytère de la primatiale.