‹ Description des œuvres d'art qui décorent les édifices publics de la ville de BordeauxChapitre 3 sur 77 · ÉGLISE MÉTROPOLITAINE · texte numérisé non relu

ÉGLISE MÉTROPOLITAINE

Si pour bien étudier un monument, il est urgent d'en connaître rhistoire, connaître Phistoire de la cathédrale Saint- André, c'est posséder en grande partie les annales de la ville de Bordeaux ; car ^ Thistoire de nos cathédrales se lie d'ordinaire à celle de la cité dont elles sont Tomement (^). ]> Ainsi, pour apprécier tout l'intérêt historique de Féglise priniatiale, après son intérêt monumental, il faut reporter à sa pensée les faits accomplis autour d'elle ou mieux encore dans son sein, et tous les personnages célèbres qui sous ces voûtes sacrées assistèrent aux principaux événements de la province. Des papes, des évêques, des rois, des princes, des guerriers illustres, nos premiers magistrats municipaux, ont laissé le souvenir de leurs noms attaché à ce grand poëme de pierre, et c'est avec une patriotique affection que les Bordelais doi-

(') Mffr AUou, évêque de Meaux, Notice historique sur la cathédrale de Meaujc, 1839.

vent aimer ces hauts clochers, car ils indiquent le monument le plus intime, le plus cher à la cité, celui qui rappelle en même temps et Fancienneté de nos franchises municipales et Fantiquité de notre foi !

Des écrits nombreux, pleins de science et d'observations intéressantes, ont été publiés sur la cathédrale Saint-André : les uns ne parlent du monument qu'au point de vue architectural; d'autres, sous forme de chroniques, parfois trop brèves, ne mentionnent que les événements politiques et religieux qui eurent lieu dans sa vaste nef. Il est donc d'une nécessité absolue, en l'absence d'une grande et complète monographie (*), d'étudier les ouvrages signalés à la suite de la description des œuvres d'art de la cathédrale, afin de mieux comprendre les idées émises sur la fondation de cet édifice, les transformations de quelques-unes de ses parties, la physionomie qu'il présentait à diverses époques, et quelles furent les causes et les personnages qui motivèrent ou firent exécuter ces remaniements successifs.

La cathédrale de Bordeaux est digne en tous points de l'étude sérieuse des archéologues et des artistes. Il y a vraiment lieu d'être surpris qu'une plus belle part ne lui ait pas été faite jusqu'à présent dans la classification des monuments religieux de la France; mais nous touchons au jour de la réhabilitation, et justice sera rendue.

Depuis que l'architecture du moyen âge, longtemps incom-

(1) Une monographie telle que les savants et les amis des arts la désirent ocrait difllciUmcnt exécutée par les sacriflces et les labeurs d'un seul homme. Ne serait-ce pas un acte vraiment patriotique de la part de la municipalité bordelaise de prendre à sa charge l'initiative d'une telle publication, en con- Annt à des hommes spéciaux le travail multiple d'une grande monographie de la cathédrale Saint-André, avec plans et coupes sur une grande échelle, et des détails de sculptures photographiés et reproduits par des artistes habiles? Nous avons des exemples de ces publications ordonnées par l'État ou par les prnvincos : la monographie de la cathédrale de Chartres est publiée sous les auspirps du fiouvonieinent, et l'Histoire de Bftrdeaux, par dom Devienne, ne fut-rl|p pas iMitirpri^i» à la demande de Messieurs du Corps de ville?

SAIKT'ÀNDRE. H

prise et déconsidérée, a été si brillamment et si savamment expliquée par M. VioUet-le-Duc et d'autres savants illustres, la primatiale Saint-André a trouvé des panégyristes haut placés, des écrivains érudits pour signaler ou décrire ses beautés apparentes ou méconnues ; TÉtat lui est venu en aide pour reconstruire ses voûtes et recimenter ses vieilles murailles fatiguées; un prélat éminent, la municipalité et de généreuses âmes, se sont empressés de concourir à sa décoration intérieure.

€ Les cathédrales sont des monuments religieux, mais ils sont surtout des édifices nationaux (^). t Ce n'est donc pas trop de le redire encore, les Bordelais doivent être doublement attachés à la primatiale : c'est le premier monument religieux de la cité et Fédifice le plus caractéristique du lieu natal; pour eux, c'est a la grande église, la mère-église, l'église de la ville, et comme a toujours esté qualifiée l'église de Saint-André (*), » c'est la grande et vieille basilique qui signale au loin la patrie d'Ausone et de saint Paulin.

De toutes les descriptions de la cathédrale de Bordeaux, il en est deux qu'il faut citer comme travail d'ensemble : XEssai historique et archéologique sur l'église cathédrale SaiiU- Aiidré, par M. de Lamothe (^), et la Monographie de l'église primatiale de SaiiU-André de Bordeaux, par M** le cardinal Donnet (*).

Il serait hors du plan de ce livre de répéter ici ce qui déjà a été si bien dit, et d'analyser de nouveau tous les contreforts, la forme de^ voûtes et des croisées; cependant, un exposé de l'aspect général du monument est nécessaire pour mieux détailler et décrire les sujets d'ornementation.

(*) YioUet-le-Duc, Dictionnaire raisonné de VArchitecture française du XI* au xn* siècle, 2« vol., p. 281.

(') Lopès, Hisl.de l'église primatiale et métropolitaine de Saint-André, p. 24. (') Actes de l'Académie de Bordeaux, 1842, p. 327, et 1845, p. 1 et 369. (*) Bordeaux, 1851, H. Paye, in-8».

H KGLISR

tve les bases des flèches, la porte nord à Tune des extrémités du transsept, en regard de la porte sud, donnant vers le Peugue ; enfin les chapelles du chœur entourant Tabside, et au midi les cloîtres, entre les bases de la tour occidentale et Fextrémité de la nef vers le couchant.

Telles étaient, vers le milieu du xiv* siècle, les dispositions apparentes ou projetées de la cathédrale de Bordeaux. Mais malgré le zèle de ses évéques, dont l'un devint pape sous le nom de Clément V, les libéralités des princes et des seigneurs, les sacrifices des habitants, la construction de la cathédrale marchait avec lenteur; puis, au milieu des violentes secousses politiques du moyen âge, les travaux éprouvèrent de fréquentes interruptions, et les siècles se succédèrent avant Fentier achèvement de l'édifice .

Si les dimensions générales de l'œuvre étaient tracées dans les premières années du xiv" siècle, il est douteux qu'il y eût alors pour le chœur et les transsepts un plan d'ensemble bien arrêté; plus probablement, les maîtres, en se succédant, apportèrent leurs idées propres ou les influences des écoles auxquelles ils appartenaient. L'étude intérieure du monument démontre qu'on a suivi, soit par imprévoyance, soit par précipitation, des données inhabiles ou téméraires; résultat inévitable quand il n'y a pas unité de direction.

Une particularité très-intéressante dans le chœur de la primatiale, c'est qu'il diffère essentiellement du style alors employé dans cette partie de la France. Aux yeux de quelques archéologues, le chœur de la cathédrale serait de style anglais (*). Cette opinion, qui se fortifie sans doute par la coïncidence de la possession de la province de Guyenne par les rois d'Angleterre alors que s'élevaient les chapelles de l'abside et le chevet, est fortement repoussée par un archéologue de Lon-

(*) Lopès {Hist. de l'église Saint-Andrô, p. 17) attribue aux Anglais les parties hautes des transsepts

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était bordé primitivement par des marais, et plus tard, jusqu'à la construction du nouveau palais archiépiscopal (aujourd'hui THôtel de Ville), par les murs du parc et des jardins de Tancien Archevêché (^). Ainsi resserrée dans Tangle des deux remparts, la cathédrale n'était accessible et ne pouvait se développer que vers Test et le nord.

Dès le xiii* siècle, « époque de réaction contre la féodalité monastique et séculière» (VioUet-le-Duc), Bordeaux, à l'exemple des villes du domaine royal, donne à sa cathédrale des dispositions plus vastes et plus grandioses. C'est alors que la primatiale Saint-André prend franchement le double caractère d'édifice national et d'église-mère de la ville.

Aux plus mauvais jours de la cité, alors que la peste, la famine ou la guerre afflige et décime la population bordelaise, c'est à la cathédrale, aux pieds de l'antique Notre-Dame de la nef, que tout un peuple se réunit et prie. Arrivent de grands événements politiques, c'est encore à la cathédrale que les seigneurs de la province se réunissent pour prêter au Roi serment de fidélité ; et c'est enfin dans ce sanctuaire que gouverneurs et magistrats jurent sur l'Évangile de conserver à la ville de Bordeaux ses droits et ses franchises.

Au milieu des luttes incessantes des armées des rois de France et d'Angleterre pour la possession de la province de Guyenne, l'église Saint-André voit surgir du sol les premières assises complétant l'ensemble du monument tel qu'il se montre de nos jours.

La vieille façade romane, ou plutôt l'extrémité occidentale de la nef adossée au mur de ville; la nef remaniée suivant les idées du xiii* siècle, avec sa porte dite Royale, et s'étendant au nord parallèlement à l'ancien Archevêché; puis, en-

(0 Dans un plan manuscrit de la ville de Bordeaux, de la fin du xviii' siècle, les murs de la ville touchent à la cathédrale. {Topographie de la France, toi. 183, Btblioth. impér.)

l<j Ér.MSE

cienne trésorerie, celles de Notre-Dame du Mont-Camiel et les deux portails des transsepts, appartiennent au xiv* siècle; les parties hautes des transsepts et des clochers présentent les caractères du xv^; enfin les flèches arrivaient à leur plus grande hauteur avec l'expiration du style ogival.

Cet exposé rapide, insuffisant comme description de la cathédrale, suffit néanmoins pour préparer au classement des sujets d'ornementation qui vont être signalés ; puis, en décrivant les sculptures et les bas-reliefs qui décorent Saint- André de Bordeaux, Fétude chronologique de ce monument se reproduira plus développée.

REVUE EXTERIEURE

Porte Roj'ale (').

La statuaire de l'ancien portail nord de la Primatiale égale, comme beauté de style, les sculptures des plus belles ^lises de France; cette entrée n'offre pas, il est vrai, tout un monde de statuettes comme celles des cathédrales de Reims, Chartres et Paris, mais elle présente néanmoins les plus beaux spécimens de l'art français au moyen âge.

Cette porte, établie sur le flanc nord de la nef, fut édifiée dans la première moitié du xiii'' siècle. C'était alors rentrée principale de l'église, par la situation toute particulière de la cathédrale, clôturée, ainsi qu'il a été dit précédemment, au sud et à l'ouest; cette porte était placée, sinon

• après, le 19 d'octobre, estant en son chasteau de Villandrault. • {L'Église métrùpoUiain$ de Saint-André, p. 18.)

(1) Cette porte, actuellement masquée par la sacristie moderne, ne peut être vue que de l'intérieur de cette sacristie; mais, malheureusement, Ir? constructions nouvelles dérobent à la vue des parties très-intéressantes, et le placement de quelques boiseries a motivé l'enlèvement de plusieurs statues, aujourd'hui déposées dans une salle basse de l'ancien doyenné.

SAIM-A.NDRK. 17

heureusement comme disposition régulière, du moins raisonnablement, car elle aspectait le centre de la ville.

Le nom de porte Royale, sous lequel elle est désignée dans la Chronique bordelaise, rappelle que cette entrée était spécialement réservée aux rois et aux grands personnages; c'était une porte d'honneur.

N'y a-t-il pas lieu de penser que cette dénomination de porte Royale ne date que de la construction du chœur ? Les lois de la symétrie et les dispositions adoptées pour l'agrandissement de rédiflce exigeaient deux entrées aux extrémités opposées des transsepts ; mais l'ancienne porte du nord n'était plus nécessaire, elle fut réservée pour les occasions solennelles (*).

Or, de ces deux entrées si voisines, accolées pour ainsi dire sur le flanc septentrional , il devient évident qu à l'époque de la construction de la porte Royale^ dans la première partie du xiu* siècle, il n'y avait ni projet ni plan de l'agrandissement de la cathédrale avec les dispositions que nous voyons aujourd'hui.

En 1826, cette poi*te éprouva de graves mutilations; l'ancienne sacristie (^), placée depuis longtemps dans le bascôté gauche du chœur, à l'entrée des chapelles et attenant à l'ancienne Trésorerie, fut transférée à l'extérieur de la nef au nord de la cathédrale.

c La construction des sacristies a été à notre époque une

(1) Antérieurement à la construction du palais archiépiscopal (aujourd'hui la mairie), rarchevèché était établi sur le flanc nord de Saint-André. C'était dans cette résidence, dont l'entrée n*était séparée que de quelques pas de l'ancienne porte de la cathédrale, que résidaient les princes et les rois pendant leur séjour à Bordeaux.

(*) Les dispositions de l'ancienne sacristie et du trésor, telles que les décrit Lopès, s'accordent avec les usages établis dans plusieurs cathédrales : \vs vases sacrés, les ornements précieux étaient renfermés dans de grands coffres habilement sculptés, et ces objets étaient ainsi déposés dans de petites salles dites du Trés(tr; ces salles étaient éclairées par des tenétres étroites, pourvues de solides grillages. Dans le projet de M. Daiijoy, hi sacristie nouvelle serait placée entre les cloîtres et la porle méridionale.

grande cause de mutilations pour les églises monumentales (^). ]> Ce n'est pas à la primatiale Saint-André que cette observation manque de justesse, et Dieu veuille que le jour soit proche où les traces d'un fait si regrettable seront entièrement effacées 1

La porte Royale présente un développement de 7"80 de largeur, sur une hauteur de 9"36 (*). Voici la description des parties encore apparentes de cette porte, le tympan et les voussures : sur le tympan est figuré d le Christ au jour du jugement, nu, montrant ses plaies; des anges tiennent les instruments de la passion, la Vierge et SaintrJean à genoux implorent le divin Juge (^). ]> Cette citation indique d'une manière générale la composition du tympan, non-seu* lement de la porte Royale à Bordeaux, mais le sujet, identiquement reproduit à rentrée de plusieurs cathédrales de France : Paris, Amiens, Reims, Chartres. Après avoir fait observer ces rapports généraux, voici l'analyse plus détaillée : au-dessus du linteau, le Christ, assis, nimbé, du nimbe crucifère, la tête fixe, le visage calme, encadré de longs cheveux bouclés et d'une barbe fine ; de l'épaule gauche du Sauveur

(^) Raymond Bordeaux, Principes d'Archéologie pratique, 1853. Caen, p. 121.

(') La Commiosion des Monuments historiques de la Gironde publia, en 1852, un petit dessin de M. Roberty présentant l'ensemble de cette porte, telle qu'elle existait avant sa mutilation. Ce travail n'est pas d'une rigoureuse exactitude : Dix statues existaient anciennement dans la galerie : huit dans l'intérieur et deux en saillie ; le dessin n'en représente que huit, et rien n'autorise la présence des personnages couronnés placés symétriquement à l'opposé de ceux qui existent encore. La statue du roi tient une escarcelle, et le croquis le représente avec une épée.

Antérieurement, M. Léo Drouyn avait également publié, dans les Types les plus remarquables de l'architecture au moyen âge, le tympan et les archivoltes de la porte Royale. Le dessin de M. Drouyn, spirituellement gravé par luimême, donne une idée beaucoup plus exacte des parties actuellement apparentes de ce portail. Il est regrettable que l'échelle de cette gravure ait privé l'artiste de reproduire le beau caractère de quelques figures d'anges sculptées dans le tympan.

(») Viollct-Ie-Duc, DiW. d'Architcct , 1" vol., p. 17, 18, 19; 2« vol., p. 888.

SAKNT-ANDRÉ. 19

descend une draperie enveloppant le bras et une partie des jambes; et les mains, actuellement brisées, présentaient les traces des clous.

A droite du Christ, un ange tenant la croix (reproduit par M. Viollet-le-Duc dans son Dictionnaire, 1. 1, p. 17), la Viei^e à genoux, à la suite un ange portant une lance (aujourd'hui brisée), puis un troisième ange, de plus petite dimension, sonnant de la trompette (Finstrument a disparu). A gauche du Christ, un ange pressant sur sa poitrine une couronne; Saint-Jean à genoux; un deuxième ange avec la colonne, puis un troisième sonnant de la trompette comme celui de Textrémité opposée.

Au-dessus de ce bas-relief, séparé par une guirlande de chêne, apparaissent deux angeâ, tenant Tun le soleil. Vautre la lune (reproduit dans le Dictionnaire de M. Viollet-le-Duc, 1. 1, p. 19). A gauche de cette composition, un ange indique le Christ triomphant, un deuxième élève la tête en signe d'extase, un troisième est agenouillé ; à droite, un ange les mains jointes, un deuxième la tête inclinée sur sa poitrine, un troisième agenouillé.

Sur le linteau de la porte est représentée la résurrection générale; des rois, des ducs, des évêques sortent de leurs tombeaux, et d'autres figures nues soulèvent la pierre de leur sépulcre.

Autour du tympan ôe développent quatre successions d'archivoltes ornées de fines et délicates statuettes, rappelant par la grâce de leurs poses et dé leurs ajustements les images célestes du frère Angelico da Fiézole.

Ces statuettes reproduisent une partie de la hiérarchie dos anges. € Saint-Grégoire-le-Grand, dit M. Fabbé Pascal ('), énumère les neufs chœurs de la milice céleste en cet ordre :

(») InsHlutions de Vart chrélien, t. lî. p 95.

20 ÉcMSi:

les Anges, les Archanges, les Vertus, les Puissances, les Principautés, les Dominations, les Tpftncs, les Chérubins, les Séraphins. »

Dans la voussure interne sont placés dix anges à deux ailes, quelques-uns velus d'une simple robe traînante, et d'autres d'amples tuniques à larges manches. Les huit anges des claveaux inférieurs sont debout, dans une attitude calme, les mains jointes ou légèrement espacées sur la poitrine. La première de ces statuettes, à gauche du spectateur, a sous les pieds deux animaux: l'un ailé, un dragon; l'autre est à peine dégrossi. Au sommet de la voussure, deux anges, Clément debout, tiennent des couronnes élevées sur la léte du Christ.

La deuxième archivolte présente un même nombre d'anges, vêtus comme les précédents, portant le même nombre d'ailes et tenant des encensoirs et des vases sacrés. (Une de ces statuettes est moderne et contraste désagréablement avec Tensemble de ces voussures.) « Les encensoirs fumant indiquent le ministère des anges chargés de porter au trône de Dieu le parfum de nos prières. » {Institution de l'art chrétien, l. Il, p. 96.)

Aux claveaux supérieurs de la troisième archivolte, quatre chérubins chaînés de triples paires d'ailes et reposant leurs pieds nus sur des roues, image de la vigilance de ces messagers célestes. Puis au-dessous, six vierges ou martyres tenant des livres fermés et des palmes.

A la qualriême et dernière archivolte, douze personnages

de divers ordres de bienheureux; les apôtres saint Thomas

avec son é«.iuerre, et saint Jacques-le-Majcur avec son bourdon

et ses coquilles; le roi David portant sa harpe; des prophètes

ayant en mains des phylactères; des vieillards rois, vêtus de

manteaux et couronnés. Toutes ces ligures, trois cxcep-

wrlent la barbe et les cheveux longs.

quatre raniiiV-s do slalueltes qtii viennent d'être décri-

SAINT-AKDRÉ. "21

tes reposent sur des socles formés d'areatures trilobées. Les premiers socles placés au bas des voussures sont en outre décorés de pignons flanqués de petites tourelles.

L'archivolte externe est bordée d'une riche guirlande composée de feuillages, d'oiseaux et de fruits. Aux naissances de cette bordure se trouvent deux personnages imberbes les mains jointes, vêtus de longues tuniques. Ne serait-ce pas les images de quelques bienfaiteurs de la cathédrale ? C'était, au moyen âge, une coutume généralement suivie de placer les statues des bienfaiteurs au bas des œuvres qu'ils avaient fait édifier.

A côté d'une des statues précédentes, plus en saillie, à droite, est un autre personnage dont les pieds foulent un animal ayant beaucoup d'analogie avec un porc, d'où vient que quelques personnes croient y reconnaître SaintrAntoine ; mais le costume et le caractère de cette statue ne «'opposent-ils pas à ce qu'elle soit considérée comme l'image de ce pieux solitaire? D'autres fragments de statuettes apparaissent noyés dans les murs de la sacristie moderne; il est difficile d'en expliquer les poses et les significations.

Malgré les boiseries qui dérobent à la vue les basses œuvres du portail, dix riches dais, les plus remarquables en ce genre que nous connaissions, dit M. Viollet-le-Duc (*), indiquent ce môme nombre de niches, dans lesquelles, décorant les pieds droits, étaient placées dix statues d'apôtres. Sur le trumeau était probablement le Christ homme : cela répond ù toutes les convenances, à toutes les lois suivies par l'iconographie chrétienne dans la décoration des portails du xiii* siècle, où les apôtres étaient rangés dans les ébrasements (^).

(') L'un de ces dais, composés de pelils châteaux couronnés de tours crénelées, avec leur donjon, est reproduit par M. Viollet-le-Duc, dans son Dictionnuire, 5* vol., p. 6.

(') Voir les observations de MM. Jourdain et Duval, à propos de la description du grand portail de la cathédrale d'Amiens. {Bulletin monumental, i. XI,

Ces observations ne s'accordent point , il est vrai, avec ce passage de Lopès : € Cette porte est fort ancienne et bien travaillée, ornée, des deux costés, des images des douze apôtres en relief; sur la porte est une pareille image d'un ardicvêque (L'église de Saint-André, p. 27).

Bien que Fhistorien Lopès ait eu la facilité de décrire romementation de la porte Royale alors qu'elle n'était point mutilée, comment accepter la présence des douze apôtres par les raisons suivantes : dix niches seulement apparaissent dans les ébrasements du portail, et dix statues d'apôtres se retrouvent au dépôt provisoire des statues et fragments sculptés provenant de la cathédrale (*). Puis, l'image d'un archevêque, placée siu* le pilier central, pouvait-elle s'accorder avec la composition générale de la porte Royale ? Cette composition représentant la glorification du fils de Dieu, avec la représentation du Christ triomphant sculpté sur le tympan, les apôtres rangés dans les embrasures, le pilier central, cette place d'honneur ne pouvait être occupée par un archevêque de Bordeaux. Il ne faut point oublier que cette porte est du xiii* siècle, et qu'alors la décoration des portails des cathédrales avait des lois immuables; ces faits sont confirmés par l'examen de tous nos grands monuments religieux de cette époque. Il est donc présumable qu'en admettant que Lopès ait bien vu de son temps l'image d'un archevêque adossée au trumeau, cette image avait été placée postérieurement, en remplacement de la statue exécutée ou projetée vers 1250.

(*) Ce nombre de dix ne doit point étonner; il se retrouve sur plusieurs portails de nos anciennes églises, entre autres au portail de Vézelay et à l'une des entrées de Notre-Dame de Chartres. — Mais quelques personnes assurent que deux statues d*apôtres ont été enlevées de Bordeaux pour décorer une église rurale. Si ce fait, assez surprenant, est bien authentique, il faudrait alors accepter le nombre douze cité par le chanoine Lopès. Quelques-unes de ces statues ont été moulées par ordre de M. Viollet-lc-Duc, pour servir à la restauration de la cathédrale de Paris.

SAI^'T-A^DRÉ. ^23

Galerie de la porte Royale.

Antérieurement à la construction de la sacristie moderne, apparaissaient, au-dessus de la porte Royale, dans une galerie, dix statues en pierre, de deux mètres de hauteur, représentant des évêques et deux personnages vêtus royalement. Il ne reste plus aujourd'hui dans cette galerie que cinq statues (*), dont voici la description :

La première, vers l'ouest, est une jeune femme d'une physionomie distinguée; sa tête, ceinte d'une couronne, est inclinée sur la poitrine; les cheveux, réunis en nattes, descendent sur le col ; une robe longue, largement drapée, revêt cette figure; sur ses épaules est jeté un manteau peu ample, trèsadhérent au corps et retenu par des attaches à la hauteur des clavicules; la main droite est relevée sur la poitrine, l'index retient les attaches du manteau ; à l'annulaire parait une bague, ornée d'un gros chaton, et le bras gauche tombe naturellement le long du corps. Cette statue a perdu un peu son aplomb; elle s'incline l^èrement en avant.

La deuxième statue, touchant la précédente, est l'image d'un personnage également couronné ; les cheveux longs et bouclés; les moustaches et la barbe fines; l'aspect du visage jeune, plein de caractère et de vie. Une tunique longue enveloppe le corps. Un manteau court et collant recouvre les épaules. La main droite tient les attaches du manteau, exactement dans le même mouvement que la statue précédente ; la main gauche soutient une escarcelle.

Les parties inférieures de ces deux statues ne peuvent être décrites en raison de la maçonnerie qui les enveloppe.

(*) Pour visiter ces statues, il faut pcr>clrer sur les voûtes de la sacristie par une brèche étroite et d'un accès difficile.

Venant immédiatement après ce duc ou roi est un évoque, à mitre basse, d'une figure jeune, richement vêtu, tenant sa crosse de la main gauche et dans la droite un livre fermé. La statue suivante est également un évèque, dont la crosse est brisée; même costume que le précédent. Puis se trouve vide la place de quatre autres effigies. Enfin, la dernière faisant saillie sur la galerie, mais actuellement engagée dans la maçonnerie de la voûte, est encore un évoque. A l'opposé, faisant saillie sur le nu du mur de la façade, était une autre statue placée parallèlement à la dernière. Observons que ce nombre de figures répond exactement au même nombre d'apôtres rangés dans les ébrasements du portail. Il est important de constater aussi l'état parfait de conservation des trois premières statues d'abord décrites, et leur supériorité d'exécution sur toute la statuaire de la galerie. En outre de leur mérite artistique, ces trois figures offrent, d'après plusieurs archéologues, un grand intérêt historique.

M. Rabanis, dans ses Notes historiques sur Bordeaux, publiées en 1852 (*), date du xiii* siècle la construction de la porte Royale, sous l'archiépiscopat de Géraud de Maleraort. Le style de cette porte s'accorde avec l'hypothèse de M. Rabanis, qui reconnaît dans les trois statues placées à droite de la galerie : Edouard I" d'Angleterre, Éléonore de Gastille et l'archevêque Géraud de Malemort, tous bienfaiteurs de la primatiale, et dont les effigies auraient été érigées par la reconnaissance du clergé bordelais.

Suivant l'opinion de M«'Donnet, les trois personnages figurés dans cette galerie seraient : Éléonore de Guyenne, Louis VII ou Henri II, mari d'Éléonore après la rupture de son mariage avec Louis VII, et enfin Geoffroi de Loroux, qui occupait le siège lorsque le duc d'Anjou devint duc d'Aquitaine. Ces per-

(*' Rapport de la Coininissioii des Nuiiiiinenls liisturiqiies, p. 8.

SAIIST-AKPBÉ. '^J

sonnages appartiennent au xn' siècle, et ne sont point contemporains de la construction du portail.

A ces deux opinions, il faut ajouter encore celle de M. Didron, citée par M"' Donnet dans la Monographie de Saint André, déclarant que le mouvement du bras du roi indique qu'il tenait une harpe à la main, et ne voyant dans ces deux personnages que David et Bethsabée (^).

Ces trois versions remettent en présence une question fort controversée : Doii-on considérer les images du xiu*' siècle costumées royalement, comme des figures de Tancienne loi, ou faut-il les accepter comme des personnages historiques?

H. Didron et les archéologues qui appartiennent à son école se prononcent d'une manière absolue : « Voir autre chose que la théologie chrétienne se résumant par des faits de Tancien ou du nouveau Testament, c'est se tromper, c'est ne rien comprendre à Fart de nos pères, i^

MM. de Guilhermy et Violletrle-Duc, dans la description de Notre-Dame-de-Paris, en exprimant la conviction que les rois sculptés en longue série sur les cathédrales sont des rois ancêtres de la Vierge, admettent des exceptions à cette règle.

A Saint-André de Bordeaux il n'y a point, comme à Paris, Strasbourg et Chartres, une série de statues royales : deux seulement apparaissent dans la galerie, les autres sont des évoques. La question est donc ici plus simple, et les partisans du système historique n'auraient-ils pas raison?

Si rarissime que soit le sentiment de la reconnaissance, n'était-ce pas le fait de la plus simple gratitude d'ériger Vimage d'un prince généreux à l'entrée d'un monument embelli par ses largesses? C'était payer une dette de cœur et placer au fronton de l'édifice une date certaine.

En acceptant ces statues comme des effigies royales, reste-

(*) La statue du roi n'est point mutilée, et ce prince tient une escarcelle.

rait à décider quels sont les princes figurés dans la galerie. Cette étude intéressante est peu réalisable dans les conditions actuelles de ce portail. Un jour viendra sans doute où, débarrassée de cette malencontreuse sacristie, Tancienne porte d'honneur qui vit passer François I", Charles-Quint, Louis XIV, se présentera dans son majestueux ensemble, mais malheureusement avec d'importants détails mutilés ou absents. Alors, les statues de la galerie pourront être expliquées par un examen plus facile et par des documents que des recherches ou le hasard découvriront peut-être.

Portail Nord.

Le style de ce portail et les principaux motifs de son ornementation ne laissent aucune incertitude sur Tépoque où il fut édifié et à quel personnage on en fit la dédicace. Construit vers le milieu du xiv* siècle, et quoique moins important, par ses dimensions et Téchelle de ses détails, que la porte Royale, le portail Nord, par ses heureuses formes et la richesse de sa décoration, était bien digne de figurer dans le Choix des types les plus remarquables de V architecture au moyen âge dans le département de la Gironde (^).

L'évasement de ce portail est de 8"65, et son élévation, du sol au sommet de Tare ogive externe, est de 11 mètres. Sur le trumeau ou pilier central est la statue en pierre, de grandeur naturelle, du pontife Bertrand de Gouth, archevêque de Bordeaux de 1300 à 1305, et la même année élu pape sous le nom de Clément V. Le Souverain Pontife est debout, un riche dais couvre sa tête, ceinte de la tiare; il est revêtu d'une ample chasuble; ses mains sont gantées; il élève la

(*) Gravures à Tcau foric par M. Léo Drouyti, texte de M. de Laïuuthe, inful. Bordeaux, lSi6.

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main droite pour bénir, et ses pieds, chaussés de souliers, reposent sur un coussin.

Clément Y est une des figures liistoriques les plus saillantes du xiY* siècle. De graves événements eurent lieu sous son pontificat; mais il n'entre pas dans le plan de ce travail de rechercher si plusieurs récits historiques ont été toujours dictés par une sérieuse impartialité. Clément Y n'est, en raison du sujet ici traité, qu'un des plus grands bienfaiteurs de la cathédrale. Le seul archevêque de Bordeaux élevé à la haute dignité de souverain pontife est l'homme qui a certainement le plus contribué à Fachèvement de cette basilique.

A ces titres, n'était-il pas de bonne justice de rappeler le souvenir de Clément Y sur la principale entrée de la partie du monument élevée par ses libéralités ?

Dans les ébrasements du portail, reposant sur des piedsdroits, placées dans des niches et recouvertes de riches dais, sont rangées six statues, également en pierre et de grandeur naturelle. M<^Donnet décrit ainsi ces statues : a Les six évoques, placés trois à droite et trois à gauche du Pape, dans les niches à pieds-droits, sont aussi bien conservés que Clément Y : ils n'ont subi aucune notable mutilation; c'est un bonheur pour l'art ^et une gloire pour Iç pays (*). Ce sont évidemment des personnages du temps; leurs figures ont ce style de finesse et d'intelligence qui caractérise le xv* siècle, gardant toutefois la simplicité de l'époque. Ils sont rasés, gantés et chaussés; leurs mitres sont unies et basses. Deux sont vêtus de chasubles à étofie tombante; deux de chappes également tombantes; deux de dalmatiques à larges manches, fendues lattéralement aux deux côtés et ornées d'une frange ; tous sont placés sur des coussins. Ces figures, au point de vue de la statuaire, sont d'une grande beauté; elles ont un feu

(^) La télé du pape ne parait pas originale, puis l'une de ses mains et celles de plusieurs évéqucs sont assurément modernes.

admirable de physionomie; elles parlent. Il est douteux que, pour la ressemblance et lair de vie, on fît mieux aujourd'hui. Quant aux costumes, ils ont une netteté de forme, un laisser-aller, une grâce parfaite. :»

Cette description, à part quelques petites nuances d'appréciation toute personnelle et les mots soulignés, est d'une rigoureuse exactitude.

Deux opinions sont émises pour désigner les personnages ici représentés. Selon M. de Lamothe, ces effigies figureraient des membres du haut clergé bordelais élevés au cardinalat par Clément V dans la promotion qui eut lieu à Lyon en 1305. Lopès cite effectivement au nombre des dix cardinaux créés à Lyon quatre Bordelais : Arnaud de Cantaloup, Guillaume Arcufat, Arnaud de Pelegrue, Raimond de Gouth, parents et alliés du Pape, les deux derniers chanoines de l'église Saint- André, et Pierre Arnaud, abbé de Sainte-Croix. Le sixième personnage du portail serait Bernard de Fargues, neveu de Clément V et nommé plus tard au cardinalat.

M«' Donnet, d'accord avec M. Didron, pense que ces statues représentent des évêques suffraganls de la métropole ayant participé à sa construction. Après un examen rigoureux, ajoutons aux hypothèses précédentes de nouvelles conjectures. Les six statues placées aux côtés de Clément V ne reposent pas sur des coussins, mais sur des nuages. Ce détail, qui n'avait jamais été signalé, est d'une très-haute importance. Et l'on comprend que cette apothéose ne peut s'adresser à des personnages contemporains de Clément V, mais bien à quelques-uns de ses prédécesseurs au siège archiépiscopal. A ce débat historique, qu'il serait dun haut intiîrèt de résoudre définitivement, se joint le mérite artistique de ce portail. Ce mérite est incontestable. Et cependant, malgré la vérité du modelé et de l'expression, le fini des détails, l'aspect général de cette entrée n'a plus le grand caractère des siècles précé-

dents. Ici, le sculpteur ne subordonne plus son œuvre à Tensemble du sujet : il procède avec indépendance et donne plus de variété dans les mouvements de ses figures; il en résulte que si la statuaire gagne comme étude vraie et plus intime de la nature, elle perd ce grand aspect, cet effet homogène des portails du xiii* siècle, d'une si grande fermeté de lignes et d'une si belle unité.

Dans le tympan de la porte Nord, divisé en trois parties par des nuées, sont représentés trois épisodes de la vie de Jésus-Christ : son sacrifice, sa glorification et son apothéose.

Le premier bas-relief, dans la partie inférieure, est la Gène pascale ; le Christ, assis au milieu de ses apôtres, leur annonce la trahison de l'un d'eux : « En vérité, en vérité, je vous le dis, un de vous me trahira. ^ Au centre du tympan, l'ascension: les apôtres, rangés en deux groupes, élèvent leurs regards vers le Christ, disparaissant à moitié dans les nuages. Enfin, le bas-relief supérieur a pour sujet le Fils de Dieu, assis et triomphant, entouré d'anges; les deux plus rapprochés du Christ sont debout et tiennent, l'un le voile de Véronique, et l'autre la lance de Longin. Les deux anges des extrémités du bas-relief sont couchés; celui de droite tenant le soleil, et celui de gauche la lune. Comme il est facile de le remarquer, cette dernière scène est inspirée d'une partie du bas-relief décorant le tympan de la porte Royale.

Trois rangs de statuettes décorent l'épanelage des trois voussures : à la voussure interne, dix anges tiennent des couronnes; à celle du centre, les douze apôtres; Saint-Pierre, Saint-Paul, SaintrAndré et Saint-Jean sont plus particulièrement reconnaissables. Plusieurs de ces figures ont été refaites, d'autres sont encore mutilées. A la dernière voussure, les patriarches et les prophètes, au nombre de quatorze; Moïse portant les tables de loi ; David sa harpe, et d'autres tenant en mains des pliylactcTCS.

30 Ér.LiSE

Toutes ces petites figures, soigneusement travaillées, reposent sur de riches consoles et sont abritées sous de petits dais ajourés d'une exécution merveilleuse; ce tfest plus de la statuaire, mais une belle et délicate ciselure.

Porte du Midi.

Ce portail appartient au xiv* siècle, mais Tomementa-tion dut être exécutée à de longs intervalles et par plusieurs artistes; de là sans doute ces divergences de manière et de style entre les basses-œuvres et les voussures. D'après quelques chroniqueurs des derniers siècles, ce portail aurait subi de graves mutilations, e Sur le tympan de celle porte, dit Lopès (*), est une belle image de la Vierge en relief, et aurdessus a esté taillée dans la pierre l'image de son assomption et un ange qui appelle les âmes au jugement (*). Ce tympan, d'après M. Bernadau (Viographe bordelais, p. 24), fut enlevé en 1793, parce qu'il gênait la circulation des charrettes de foin qu'on emmagasinait alors dans cette église.

Si la porte méridionale a moins de développement et plus de sobriété dans sa décoration que les deux portes du Nord, il faut bien tenir compte de l'époque et du lieu de son édification; elle ne communiquait qu'avec la Sauvelat de Saint- André, et ne donnait accès dans l'église qu'aux personnes

(i) Hist. de Saint-André, p. 2i.

(') Moi' Donnet n'accepte pas la présence de cet an^e comme figurant le jugement dernier {Monogr. de Saint-André, p. 32 , par la raison que ce m^me sujet était déjà reproduit d'une manière plus complète sur le tympan de la porte Royale. Mais alors, que représentait cet ange? N'était-ce pas rarcliango Gabriel? Puis les répétitions étaient communes sur les monuments du moy«^n Age : nous venons de voir le Christ triomphant reproduit sur les deux portes du Nord.

SAIKT-AKURE. 31

résidant dans les dépendances du chapitre, et rarement à la population bordelaise. Au moyen âge, tout le terrain compris entre la façade méridionale de la cathédrale et le Peugue, dont les eaux baignaient les murs de ville à quelques mètres de cette porte, était la partie privative du clergé.

Avant de décrire Fétat actuel de ce portail, une autre remarque doit être faite : ce n'était point au midi, dans les monuments des XII' et xiii* siècles du nord et du centre de la France, que se trouvait le portail consacré à la Très-Sainte- Vierge, mais bien sur la façade septentrionale.

Le R. P. Cahier (^) explique ainsi cette disposition : <i Le Nord est la région des frimas et des orages, c'est-à-dire des passions et de Fendurcissement dans le péché; c'est ainsi que saint Augustin voit revenir du Septentrion Fenfant prodigue quand il reprend la route du toit paternel. Les commentateurs d'Ézécbiel ne parlent pas autrement; et c'est aussi pourquoi les vieux architectes consacraient le portail septentrional à Celle qui est le refuge des pécheurs et la Mère de la miséricorde. C'est le fanal du retour, signalant les plages funestes où le navigateur imprudent court se briser; c'est un cri de rappel qu'on lui adresse et une invitation à se jeter dans le port. »

La porte méridionale est actuellement sans trumeau; sa hauteur, du sol au faite de l'archivolte externe ^ est de O'^SO, et ses ébrasements donnent un développement de 7°K)5.

Dans les voussures se présentent trois rangées de statuettes ainsi divisées : premièrement, dix anges à deux ailes et trèshabilement drapés; au deuxième rang, la parabole des vierges sages et des vierges folles : les premières tiennent leurs lampes droites pour éclairer le retour de Jésus-Christ; les secondes, élégamment vêtues, portent leiu*s lampes vides et renversées.

(*) Mélanges d'Archcoîogie, l. ï, p. 82 et 8à.

3'} Ér. LISE

Enfin, à la dernière voussure apparaissent les douze apôtres.

Plusieurs de ces statuettes, malheureusement mutilées, sont bien composées, gracieuses de poses, d'arrangement, et présenteraient une grande finesse d'exécution si le pinceau du badigeonneur les avait respectées. Un débadigeonnage intelligent, et Tenlèvement d'un énorme abat-vent coupant le pignon triangulaire de cette entrée, rendraient à rensemble de ce portail un aspect beaucoup plus heureux et surtout plus digne..

Dans les ébrasements se voient huit niches, veuves de leurs statues. Les piédestaux représentent des groupes d'animaux et des personnages luttant entre eux. Des bas-reliefs, remarquables par l'esprit de leur facture et portant les caractères de la première moitié du xiv* siècle, décorent les basses œuvres de cette porte. Ces compositions, par leur état de vétusté, sont incompréhensibles et prêtent aux conjectures les plus multiples et les plus hasardées. M'' Donnet et M. de Lamothe acceptent la première scène de droite comme se rapportant à la légende de SaintrNicolas; mais y a-t-il une suite dans ces bas-reliefs? Si les antiquaires trouvent parfois un certain charme à vouloir expliquer le sens mystérieux de ces vieilles sculptures, n'est-il pas plus simple, comme l'a fort bien dit M. Didron en parlant de l'iconographie hiératique du xiv* siècle, de ne voir dans ces sculptures a qu'une symbolique vague, décousue, incomplète, qui se trouve là par habitude et comme ornement d

Voici l'analyse de ces bas-reliefs, encadrés isolément dans des quatrc-feuilles. Côté droit:

1" Trois enfants dans un baquet, portés sur des vagues ou sur des nuages; ce bas-relief se rapporterait à la légende de Saint-Nicolas.

2** Personnage appuyant la main droite sur la tête d'un enfant agenouillé.

SAIAT-lMDaÉ. 33

S'' Groupe de trois femmes, deux agenouillées et la troisième debout.

A*" Groupe également de trois personnages, le plus apparent se soutient sur des béquilles.

5"* Un personnage imberbe tient de la main gauche un tout jeune enfant qu'il parait guider et conduire.

A gauche :

'l*Un personnage tête nue, cheveux longs, portant la barbe, vêtu d*une longue tunique; il semble bénir de la main droite de petites figui*es mutilées et placées à ses côtés. M. Tabbé Bourrasse croit reconnaître dans ce bas- relief le sujet des paroles de Jésus-Christ : € Laissez venir à moi les petits enfants. >

2** Un évêque, à mitre basse, tenant sa crosse; des personnages assis paraissent Técouter.

3" Sculpture très -fruste; on y distingue un personnage barbu, enveloppé d'un ample vêtement, debout et la tête recouverte.

4" Bas-relief très-mutilé, où se voient confusément trois petites figures.

5" Personnage les mains levées sur la tête de deux i)ctiles figures agenouillées. Ce bas-relief est à moitié engagé dans le pilier.

Dans les intervalles des quatre-feuilles se comptent douze petits compartiments occupés par des sculptures, dont trois représentent évidemment des signes du zodiaque ; une écrevisse, un capricorne, un sagittaire.

L'ogive de la porte est surmontée d'un pignon (aujourd'hui tronqué) dont les rampants sont ornés de crochets. A la naissance de l'archivolte externe se trouvent des figures grimaçantes, et au-dessus de la porte, des corbeaux ornés de têtes d'une exécution grossière. 11 serait oiseux d'analyser plus amplement tous ces détails de sculpture.

Les jparties élevées de cette façade offrent des surfaces peu décorées ; néanmoins les profils et des motifs d'ornements indiquent des travaux bien postérieurs aux sculptures des archivoltes; ils seraient du xv* siècle. L'achèvement complet de cette façade n'a jamais eu lieu ; les deux tours qui flanquent le portail devaient être surmontées de flèches comme sur la façade septentrionale; quelques mouvements dans la construction, causés sans doute par le voisinage du Peugue, firent renoncer à surcharger ces tours. Cependant, vers 1847, M. Mialhe, architecte, qui dirigeait alors les travaux de restauration de la cathédrale, avait projeté l'achèvement du fronton méridional.

M. Dusommerard, dans son ouvrage : Le Moyen âge monumental et archéologique, a reproduit l'ensemble de ce portail.

Ornementation extérieure.

Après l'analyse des trois portails de la cathédrale Saint- André, où la décoration présentait dans son ensemble le développement d'une seule composition, soit la glorification du Fils de Dieu ou de la Vierge, viennent les motifs isolés concourant à l'ornementation de ledifice : tels sont les statuettes, les consoles historiées, les gargouilles et les pinacles. Cette ornementation n'avait pas toujours pour but d'enlever au nu des murs leur monotonie, de donner aux masses des profils plus élégants, plus légers, mais de cacher, sous une forme gracieuse ou bizarrement animée, des accessoires essentiels à l'usage et à la solidité de l'édifice.

En commençant cette revue par la partie de la nef au midi, vers les cloîtres, et en terminant à la partie opposée vers le nord, les détails d'ornementation se trouvent heu-

SAIISTANDfiÉ. 35

reusement disposés, c'est-à-dire chronologiquement; ainsi mentionnons tout d'abord, mais simplement à titre de souvenirs de la cathédrale romane, des claveaux d'archivoltes ornés d'entrelacs et de palmettes encastrés dans les premières assises du mur méridional, sous l'allée septentrionale des cloîtres. Ces claveaux, fragments de l'ancienne basilique (*), furent employés vers le xiii* siècle, comme matériaux, dans la restauration de Saint-André (*).

Le flanc méridional de la cathédrale longeant la nef, présente une suite d'arcs - boutants élevés à diverses époques et dans le but de contre-bouter la poussée incessante des murailles. Ces contre- forts indiquent, par la variété de leurs formes et le système de leur décoration, qu'ils appartiennent aux xiu*, xiv* et xv* siècles. Ces derniers, les plus lourds et les plus massifs, furent élevés à la suite de la reconstruction d'une partie des voûtes de la nef, renversées par un tremblement de terre, le 2 mai 1427 f ).

L'ensemble de ces contre-forts, vu du préau des cloîtres, donne à cette partie de la primatiale une silhouette d'un pittoresque fantastique, mystérieux, complété parla présence incessante d'oiseaux sauvages, volant en rond et s'élançant des pinacles aux flèches.

Les crochets du xiii* siècle, ornements particulièrement adoptés à cette époque pour la décoration des frises, les rampants des pignons, les gorges des archivoltes, apparaissent à Saint-André du côté du midi, proche la tour occidentale et au-dessus des premières croisées.

(*) Consacrée en 1006 par Urbain II, à son retour du concile de Clerniont.

{*) Dans le cours des derniers travaux exécutés en 1859 sous les cloîtres et dans la démolition des murs qui clôturaient la chapelle du Trésor, des fragments de chapiteaux et d*archivultes de l'époque romane ont été retrouvés.

(') Voir V Étude sur les contre- fort s de l'église Saint- André, par M. de Lamolhc, avec dessins, par M. Ruberty. Commission des Monuments hist., rapport au préfet; 1851, p. 9.

3G ÉGIISE

A rétage supérieur, au-dessous du bahut, se trouvent de petites arcatures ogivales supportées par de petites consoles en forme de figurines d'un profil très -caractérisé. La ligne du bahut, en cet endroit, est coupée par un petit pinacle, sur plan carré, dans le style du xiii* siècle.

Immédiatement après la porte du midi, à Text^rieur des chapelles du chœur, se développe toute la riche ornementation de la cathédrale, portant dans son ensemble l'empreinte du XIV* siècle. Les balustrades fleuronnées, les sommets des clochetons, les clochetons eux-mêmes 5ont fouillés et ciselés avec une délicatesse infinie; ces choux frisés, ces figurines, ces animaux décorant l'extrémité des pinacles ou des gar^ gouilles, dénotent une étude très-exacte de la nature, et le mé rite de leur exécution ne peut être réellement apprécié qu'en parcourant la galerie couronnant les chapelles de l'abside.

Avant de poursuivre cette revue, il faut remarquer que les meneaux qui décorent toutes les fenêtres des chapelles ont été refaits au xvi* siècle, comme l'indiquent les chapiteaux des colonnettes divisant les baies. Cette remarque est surtout opportune au moment où le placement de nouveaux vitraux nécessite la reconstruction presque générale des fenêtres; celte reconstruction s'exécute de nos jours dans le style originaire de Tabside.

Parmi les statues du \i\* siècle décorant extérieurement le chevet do la cathédrale , deux surtout se distinguent par rhoureux agencement de leurs draperies et par le sentiment élevé de leur caractère. Ces statues en pierre, de grandeur naturelle, se trouvent placées dans des niches pratiquées à Tun des contre-forts de l'abside, vers le nord; elles sont nimbées et représentent : celle placée dans la niche orientale, ra[)ôtre saint Thomas, tenant une équerre(*); et la

(*) Les architectes du moyen âge l'honuraient comme leur patron et lui donnaient quelquefois une équerre pour attribut. {Iconographie chrétienne de

SAIStT-AiNDRÉ. 37

deuxième, sur le côté septentrional, la Magdeleine, en costume de courtisane du moyen âge, et portant un petit vase de parfum.

Il est surprenant que ces deux statues n'aient pas été déjà signalées dans les diverses descriptions de la cathédrale ; elles méritaient mieux que cet oubli ou cette indifférence. A vrai dire, anciennement, et cela se voyait encore il y a vingt ans à peine, toute Tabside était enveloppée de petites masures enchâssées dans les basses œuvres des contre-forts. Ces masures disgracieuses, peu décentes et compromettantes pour Tédifice, ont eu néanmoins un heureux résultat, en préservant ces œuvres d'art des injures du temps et des iconoclastes de 1793.

De Tabside au portail nord s'élèvent trois contre -forts séparant les croisées des chapelles du Mont-Carmel, et sur ces contre-forts se voient des niches géminées dépourvues de statues, qu'attendent des consoles historiées ainsi décrites par M. Ch. Des Moulins (^) :

« 1* Femme assise, nue jusqu'à la ceinture, vêtue inférieurement d'une robe longue et ample et d'une draperie pardessus. Les seins sont mordus par deux dragons monstrueux.

:> 2* Un homme, couvert d'un ample vêtement flottant, perce de son épée un lion qui monte sur son épaule. L'épée est énorme et de forme romaine; elle entre par le ventre de l'animal et ressort perpendiculairement par son dos.

» 3"* Un moine accroupi, barbu, vêtu d'une ample cagoule dont le capuchon est rabattu en arrière ; il est dans la position ordinaire des figures qui supportent les consoles, c'est-àdire qu'il est appliqué par le dos à celle qu'il décore.

l'abbé Crosnier, p. 219.) — Quelques personnes ne reconnaissent pas une équerre dans Finstrument tenu par la statue : les uns y voient un saint André tenant une croix brisée, d'autres saint Joseph portant une bisaigue, outil de charpentier; mais, quel que soit le saint représenté, cette figure est une œuvre d'art remarquable du xiv* siècle.

(*) BuUelin monumental, t Xï, p. 278.

1» A"* Un moine vêtu de la même manière, mais placé dans la position contraire, c'est-à-dire soutenant la console sur sa [loitrine et renversant la tête en arrière, de façon à laisser voir son crâne et ses cheveux ronds; ses bras sont pourvus d'ailes.

3) 5° Un homme (peut-être un singe, à cause de Fextrême allongement des doigts des pieds), sans nez distinct et sans barbe, ayant une espèce de groin saillant et percé d'un trou rond pour la bouche, comme un tuyau de fontaine. 11 est vêtu d'une longue robe, et accroupi à cheval sur un chien à longue queue, à longues oreilles, qui ronge un os.

D 6** Un homme imberbe, à chevelure très-fournie, vêtu d'une courte tunique et d'un ample manteau, les jambes ployées, presque agenouillé; sur son flanc gauche pend une large épée dans son fourreau; la tête est nue.

3> 7° Un cavalier vêtu d'une ample robe, et couvrant sa poitrine d'un bouclier triangulaire, perce de son épée un ours qui se dresse sur la croupe du cheval.

3) 8** Deux hommes imberbes, vêtus, tête nue, semblent se battre; l'un d'eux saisit l'autre par le cou.

3> 9° Un moine accroupi, sans barbe, à peu près dans la même position qu'au n** 3.

3> 10** La console est dépourvue d'ornement.

» 11** Une femme vêtue, assise à l'ombre de deux guirlandes de chêne, où l'on distingue quelques glands, dans la posture à peu près de la femme aux reptiles, mais tenant appuyé contre sa poitrine un objet percé de quatre trous ronds, posés ainsi •.•. (peut-être les restes d'un instrument de musique). »

Après cette description minutieuse de M. Ch. Des Moulins, il serait intéressant d'expliquer les divers sujets de ces sculptures; malheureusement, en outre de leur sens peu compréhensible, un des moyens ordinaires d expliquer le sujet de ces

SAI^fT-ANDRÉ. 39

consoles nous fait défaut, c'est-à-dire que ces supports sont dépourvus de statues (*), et Ton sait qu'au moyen âge il existait, à de rares exceptions près, des rapports intimes entre les statues et les consoles qui les soutenaient. C'était généralement Tidée de la vertu triomphante et foulant le vice à ses pieds.

Les consoles ci-dessus décrites prêtent à des conjectures plus ou moins ingénieuses; mais disons avec M. Ch. Des Moulins, rien ne se présente naturellement et raisonnablement à notre esprit (*). Aussi bornerons-nous notre tâche à constater Texécution spirituelle de ces petits bas-reliefs, en abandonnant leur explication à des écrivains plus érudits dans la symbolique du moyen âge.

En continuant cette revue extérieure au-delà de Fancienne porte Royale, apparaît un contre-fort ayant en outre de sa destination naturelle la forme et les caractères d'un monument funéraire. Ce contre-fort, en pierre de Taillebourg, construit dans le style de la renaissance, de 1530 à 1533, est ordinairement appelé pilier de Charles de Grammont, pour rappeler son édification sous Vépiscopat et aux frais de ce prélat, qui le fit élever afin de contre-bouter les voûtes alors nouvellement reconstruites. Sous ce contre-fort furent ensevelies plusieurs victimes de Téboulement de la nef, arrivé le 2 mai 1427.

L'abbé Xaupi, dans un opuscule publié en 1751, ayant pour titre : Dissertations sur un pilier de la reyiaissance, donne une description très- détaillée de la composition do ce pilier, dont voici le résumé : Plan et élévation de forme

(1) n est très-présumable qu'il n'y en a jamais eu, car il n'apparaît aucune trace de scellement de ces images de pierre. Si la septième et la huitième consoles supportent des statues (un ange et une vierge tenant l'enfant Jésus, travail bien inférieur au précédent), il est facile de reconnaître que ces figures n'ont pas été faites pour la place qu'elles occupent.

(') A part la première, reconnue comme synibole de la Luxure.

rectangulaire, trois étages de divers ordres, la base purement renaissance, le milieu style composite, le faîte style corinthien ; le tout surmonté d'un fronton décoré d'urnes funéraires. Au centre de ce pilier, sur la face nord, dans un encadrement composé de fines colonnettes et de jeunes enfants soutenant des guirlandes de fleurs, se trouvent les armes de Varchevêque Charles de Grammont : Au i*' et 4* d'or au lion (Taziir, qui est Grammont; au 2* et au 5* d'argent au chef danché d'azur, qui est Mucidan (*).

Aux angles de ce contre-fort, s'élèvent des pilastres ornés de médaillons inégalement exécutés, mais quelques-uns d'une grâce parfaite; de petits anges assis sur des dragons, d'autres jouant avec des têtes de mort; sur les frises, le» culots, les consoles, partout se reproduisent de gracieux petits enfants entremêlés d'emblèmes funéraires ; étrange contraste qui caractérise bien ce retour vers l'architecture païenne : des fleurs et des ossements, des jeux et des ris jusque sur un tombeau !

L'arc-boutant qui contre-boute la muraille est également orné d'une rangée de colonnettes corinthiennes formant galerie; ces dispositions prouvent incontestablement l'influence des traditions gothiques.

A part quelques statuettes ronde-bosse franchement mauvaises, l'efTet général, l'ensemble de ce petit monument est parfaitement compris; les parties lisses et fermes occupent la base, et toute la richesse de l'ornementation s'épanouit dans les parties su|)érieures. Les moulures perpendiculaires sont fines, peu saillantes, et celles horizontales, corniches, entablement, sont vigoureusement indiquées. Par c€s heureuses dispositions, les jeux d'ombre et de lumière colorent beurcus(»inont co charmant spécimen de l'architecture de la ronaiss<')nce.

(M Voir Tabl)^ \aupl pour l'ingcriptinn placée sur ce monument.

SAIM-AKDRÉ. 41

Le déplacement de la sacristie et rachèvement de quelques fragments de frises et de pilastres, simplement épannelés de nos jours, rendront à son état natif le pilier de Charles de Grammont.

Cloître de Saint-André.

Bien que les cloîtres de Saint-André et le clocher Pey- Berland n'offrent pas d'ouvrages d'art motivant une description spéciale, quelques mots sur ces dépendances de la cathédrale doivent naturellement accompagner la revue extérieure de l'église-mère de Bordeaux.

Le cloître est adossé au flanc méridional de la nef (^), avec laquelle il communique par deux portes : Tune romane, vers la tribune de l'orgue; l'autre plus étroite et plus modernci appelée la porte des Jurais (J) et s'ouvrant en face de l'ancienne porte Royale.

Ce cloître, de forme rectangulaire, entoure un préau de 25 mètres 22 centimètres de longueur et 17 mètres 40 centimètres de largeur. Sur un appui séparant le préau des allées du cloître, s'élèvent des faisceaux de colonnettes monolithes, et supportant des arcatures continues également taillées dans un bloc de pierre. Anciennement un bahut couronnait les galeries, et des gargouilles rejetaient les eaux sur le préau.

(*) • Habituellement, les cloîtres des abbayes sont bâtis du côté méridional de réglise, tandis que ceux des cathédrales sont le plus souvent au nord. Ce

n'est pas là, bien entendu, une règle absolue — Les cloîtres des cathédrales

de Paris, de Noyon, de Rouen, de Reims, de Beauvais, de Séez, de Bayeux, de Poy-en-Velay, etc., étaient situés au nord. > — Viollet-le-Duc, au mot cloUre. [Dict. étArchU., t. III, p. 410.)

A Bordeaux, le cloître de l'abbaye Sainte-Croix était au midi, et celui de la collégiale Saint-Seurin au nord.

(') C'était par cette porte que les jurats se rendaient à la tribune qui leur était réservée, et qui était placée en face de l'ancienne porte Royale.

Ces dispositions ont été dénaturées par une charpente posée sur le bahut, surhaussé de deux assises. Ce changement disgracieux et la construction aux xiv* et xv* siècles de contreforts pour épauler le mur de la nef, ont nui sensiblement à Taspect du cloître Saint-André.

En 1844 et 1845, Texistence des cloîtres fut sérieusement menacée par le projet d'élargissement de la rue du Peugue. Le conseil municipal contestait le mérite et Tintérêt de cette annexe de la cathédrale, et avait décidé sa démolition. Mais grâce aux efforts de la commission des monuments historiques de la Gironde, secondée par le conseil général des bâtiments civils près le ministère de Tintérieur, les amis des arts et de Thistoire, qui avaient pu se demander, suivant les énergiques expressions de M. de Montaleuibert : Serons-nous victorieux dans cette lutte, tant la fureur des alignemeni^ est grande au sein de tous les conseils municipaux (*)? Les amis des arts apprirent enfin que le premier projet municipal allait être abandonné, la conservation du cloître maintenue et sa restauration comprise dans les grands travaux de la cathédrale (*).

(>) Bulletin monumental, 1854, p. 43.

(*) Voici les observations de M. le Ministre de l'intérieur, adressées à M. le Préfet de la Gironde, le 12 mai 1851 :

« L'Administration municipale de Bordeaux avait proposé, dans le plan général, pour le prolongement de la petite rue Saint-André, pour là petite place Saint-André et pour la rue du Peugue, des alignements qui tendraient à supprimer le cloître Saint-André adossé à la cathédrale. Le Conseil général des bâtiments civils a été d'avis qu'il convenait de conserver ce cloître dans l'intérêt de l'art et de l'histoire, et vous avez partagé son avis ; mais le Conseil municipal a contesté le mérite artistique de l'édifice, allégué qu'il est en mine, et conclu au maintien de son projet d'alignement. Dans cette situation, j'ai consulté la Commission des monuments historiques. Elle a déclaré que le cloître présente un intérêt incontestable au point de vue de l'art; qu'il peut être réparé facilement, et qu'il importe de le conserver intégralement, en modifiant le plan général. Cet avis m'a déterminé à introduire dans le projet de décret une disposition portant qu'il est sursis à statuer sur les alignements projetés pour les trois voies publiques ci-dessus désignées, et cette disposition

SAINT-ANOBÉ. 43

Le cloître possédait autrefois des tombeaux décorés de statues. Un seul, très- mutilé, se voit encore en pénétration dans le mur, près la porte de la nef, à l'entrée de la galerie occidentale. Serait-ce le tombeau d'Arnaud de Beaulieu, premier sous-chantre, chanoine et archidiacre de Cernés, enseveli, dit Lopès, en 1295, dans la nef, au fond, proche des cloîtres?

Au midi étaient également plusieurs tombes en pierre, placées dans l'épaisseur du mur de clôture. Le sol des allées était pavé de nombreuses dalles tumulaires; Tune d'elles, toute moderne, rappelle l'inhumation de M. l'abbé Barrés, vicaire-général sous M"' d'Aviau. Le préau servait aussi de lieu de sépulture aux chanoines, et là fut enseveli, il y a quelques années, le corps de l'évêque constitutionnel Pacareau, déposé primitivement dans le caveau de la chapelle du Sacré-Cœur.

Sous l'allée septentrionale est une petite arcature supportée par des colonnettes. Cette arcature abrite de petites statuettes ronde-bosse adhérentes au massif, représentant, autant que les mutilations permettent de le reconnaître, le couronnement de la Vierge. Ces sculptures décoraient un petit autel où s'accomplissaient les cérémonies religieuses souvent mentionnées dans la Chronique bordelaise et dans V Histoire de Saint-André.

M. Viollet-le-Duc date du xiv* siècle le cloître Saint-André

a obtenu aussi Fassentîmeat du Conseil d'État et de M. le Président de la République.

> Je vous prie, M. le Préfet, de vouloir bien communiquer ces explications à TAdministration municipale de Bordeaux, et de Tinviter à étudier, pour la petite me Saint-André, la petite place Saint-André et la rue du Peuçue, un nouveau projet d'alignement qui concilie autant que possible l'intérêt de la viabilité avec celui de la conservation intégrale du cloître.

* Je vous prie, ajoute M. le Préfet, de donner connaissance de ma lettre à la Commission des monuments historiques. » {Compte rendu des travaux de ta Commission, 1831, p. 39.)

de Bordeaux (*), et M. Tabbé Boiirassé de la fin du xiii* siècle (*). Un passage de Lopès {Histoire de Saint- André, p. HO), à propos d'un différend sur les limites de la juridiction ecclésiastique de la ville de Bordeaux, entre le chapitre de Saint-André et celui de Saint-Seurin, dit, en faisant la critique du même fait rapporté par de Lurbe dans sa Chronique : <c La sentence arbitrale fut prononcée, non pas Fannoe 1220, mais Tannée 1222, au mois de may, dans le cloistre de la métropolitaine. ^ De ce passage, il faudrait conclure que cette annexe de la cathédrale existait déjà dès le commencement du xiii* siècle.

A vrai dire, sous le nom de cloître il ne faut pas toujours entendre un préau simplement entouré de galeries. Au moyen âge on désignait aussi sous la dénomination de cloître des cathédrales, des amas de constructions adossées au monument servant habituellement de logements aux chanoines, avec salle capitulaire, et d'autres (lour les divers services de Féglise et très-souvent aussi des écoles (').

Ainsi, à cette époque, toutes les constructions au midi de Saint-André, comprises entre les murs de Téglise et le Peugue, étaient des propriétés du chapitre, et pouvaient être désignées sous le nom de cloître.

Le cloître proprement dit était encore, à la fin du siècle dernier, non encombré de poutres et de chaises comme nous le voyons maintenant; car le Journal de Guienne de 1784, p. 466, mentionne la cérémonie suivante : € Le jour de Noël les jurats vont entendre la grand'messe à Saint-André et assistent à la procession qui s'y fait autour des cloîtres. >

Cette annexe de la cathédrale, mutilée en grande partie

(>) Viollet-le-Duc ; Dictionnaire, t. lU, p. 452, avec dessins de M. G. Alaux.

(*) Les Cathédrales de France.

(') Voir le DicUonnaire raisonné de M. VioUet-le-Duc, t. IIÎ, p. 409 et suiv. — « A Tentour de l'église étaient des maisons appartenant aux chanoines et gens d'église. * (Lopés. p. 418.)

SAIHiTANDBÉ. 45

par les enfants de la psallette et par le dépôt des échafauds qui servent aux réparations de Téglise, attend une restauration promise depuis longtemps. Il serait regrettable que Texécution de ce louable projet fût remise indéfiniment, car c'est un vieux cloître à restaurer et non un nouveau à reconstruire.

En 1851 (*), afin d'apporter en ce lieu plus d'ordre et de décence, et conséquemment un esprit plus sérieux de conservation. Son Éminence le cardinal Donnet exprimait le vœu de convertir les cloîtres en Musée du moyen âge, dans lequel eussent été recueillis les fragments épars des monuments religieux qui offriraient un intérêt artistique ou archéologique ; c'eût été une imitation du Campo Santo de Pise, moins les curieuses peintures murales des anciens maîtres italiens.

Enfin, quelle que soit la destination future de ce cloître, espérons que bientôt les amis de nos antiquités nationales ne seront plus affligés par son état de ruine et d'abandon.

Clocher Pey-Berland.

Une annexe de la cathédrale non moins importante que le cloître est le clocher dit de Pey-Berland^ placé à peu de distance du chevet de l'église et à l'alignement des chapelles du côté sud.

En 1440 furent jetées les fondations de ce haut clocher (^), qui prit le nom de son fondateur, le pieux évèque Pey- Berland Q). L'ouvrage était complètement achevé vers le milieu du xvr siècle.

(^) Calendrier ecclésùutique du diocèse de Bordeaux, p. 111.

(*) En ceste année le grand clocher de l'église Saint-André commença à estre édiûé aux despens de P. Berland, archevesque, comme témoignent les vers latins qui paroissent encore ce jourd'huy gravez au dit clocher. (De Lurbe, Chronique bordelaise,)

(') Né près d'Avensan (Médoc) vers la fin du xiv* siècle, archevêque de Bordeaux en 1430, mort en cette ville le 17 janvier 1457.

A la base du monument, sur une plaque de marbre, est une inscription indiquant la forme de ce clocher et le temps de sou élévation : Lopès, p. 29; Tabbé Baurein, Variétés bordelaises, t. rV, p. 92, et t. V, p. 141, en parlant de quelques particularités relatives à la construction de ce monument, reproduisent Finscription qui vient d'être signalée.

La tour Pey-Berland est évidemment une imitation des campaniles qui se trouvent fréquemment, en Italie, placés à quelque distance des cathédrales.

Pey-Berland , dans sa jeunesse, assista au premier concile de Pise, en 1409, en qualité de secrétaire du cardinal Hugoccini, et séjourna plus tard à Florence, où il reçut le dernier soupir de son protecteur et de son ami (*).

Dans cette dernière ville, un des monuments qui dut vivement impressionner le futur archevêque de Bordeaux, est Touvrage du célèbre Giotto; ce magnifique campanile de Sainte-Marie-des-Fleurs, revêtu do marbres précieux, et si gracieusement élancé, qu'à son aspect Charles Quint prononça cette exclamation : « Ce monument est trop beau pour être vu tous les jours! » Il existe aussi dans Tenfance de Giotto une analogie curieuse avec celle de Pey-Berland; car avant d'être parvenus à de hautes destinées, tous deux avaient gardé les troupeaux de leur père : l'un dans les grandes landes du Médoc, et l'autre dans les plaines riantes de TArno.

Ces remarques, que des esprits sceptiques traiteront de puérilités, ont eu peut-être une grande influence sur l'élévation du clocher Pey-BcTland. Le saint archevêque, en embellissant sa chère basilique, élevait un témoignage de ses souvenirs de Florence, et procurait à de nombreux ouvrière,

(') François Hugoccini, arrhov^quc de Bordeaux, lui conféra Tonction saccrdotalp ot se l'aUarha ou qualiU; de secrétaire. [Éloge de Pey-Betland, par Tabhé Thibaut.)

SAIKT-ANDHÉ. 47

affligés par la disette, les moyens de s'acquitter honorablement de sa généreuse hospitalité et de ses abondantes largesses (^); Pey-Berland satisfaisait à la fois les doux rêves de son esprit et les nobles élans de son cœur.

Si les campaniles dltalie ont inspiré la construction du clocher Pey-Berland, comme architecture il tfa rien d'italien; il se relie au style du chevet de Saint-André, en reproduisant les caractères des xiv* et xv* siècles. Les arcatures et les fenêtres, ornées de trilobés, de tétralobes et de meneaux flamboyants, sont les motifs principaux de sa décoration.

Le plan de ce clocher est un carré flanqué de contre-forts à retraits aux trois étages. Au dernier de ces étages reposait la base d une flèche octogonale, tronquée par la violence d'un ouragan en février 1617, et que les niveleurs de 1793 rasèrent complètement. Des clochetons, également sur plan carré, s'élèvent aux angles ; celui du nord-ouest, renfermant l'escalier du clocher, est beaucoup plus large, et s'élève sur plan octogonal.

La hauteur actuelle de la tour Pey-Berland est d'environ 50 mètres. Suivant M. Bernadau, la tour et la flèche atteignaient la hauteur totale de 80 mètres (*).

Pendant la Révolution, ce monument, vendu pour la somme de 5,050 francs, devint une fabrique de plomb de chasse.

Vers 1844, M«' Donnet, cardinal-archevêque de Bordeaux, manifesta le vœu de voir cet édifice cesser d'être une propriété privée, et la Commission des Monuments historiques

0) * En 1440, la Guienne fut frappée d'une nouvelle calamité : c'était la disette, fruit ordinaire des discordes civiles. Les pauvres se réfugièrent dans la capitale pour y chercher des secours contre la faim. Tous se pressaient autour du palais épiscopal, tous tendaient vers le pontife des mains suppliantes. Alors il conçut un projet digne de sa grande âme > {Éloge de Pey-Berland, par Tabbé L. Thibaut, 1857.)

(*) Viographe, p. 222.

48 ÉGLiSE

s'empressa de s'associer au projet de restituer ce clocher à la cathédrale.

Plusieurs rapports sur Fimportance monumentale de ce clocher, accompagnés de dessins pittoresques et d'études architecturales, par MM. Drouyn et Courau, furent présentés à l'administration préfectorale et au ministère, et c le 29 ]» juin 1850, un décret du Président de la République auto- D risa l'acquisition, au profit de TÉtat, moyennant la somme D de 15,000 francs, de la tour Pey-Berland, appartenant aux ]» époux Bigourdan. En conséquence, un acte d'acquisition i> a été passé, le 23 août 1850, entre M. le Préfet et ce 3> propriétaire; et le 10 février 1851, M. le Ministre de l'insj> truction publique et des cultes approuva le projet de re- D construction du beffroi et la consolidation de la tour (^). »

Deux ans plus tard, le 8 août 1853, était élevée dans cette tour le bourdon Ferdinand- André, pesant 11,000 kilogr., fondu au Mans par M. BoUée, et béni solennellement par Son Éminence, ayant pour parrain l'Empereur et pour marraine l'Impératrice (*). Un accident arrivé il y a peu de temps va forcément amener la refonte de ce bourdon.

L'entière restauration du clocher Pey-Berland fait partie d'un projet d'ensemble depuis longtemps mis à l'étude : l'isolement complet de la cathédrale et de ses annexes, avec le dégagement de la façade de l'Hôtel de Ville et la construction d'un palais archiépiscopal. Pour la réalisation d'un si beau projet, de grands sacriQces sont nécessaires; mais nos édiles ne doivent point hésiter, s'ils veulent donner à

(*) Commission des Monuments hist., 1852, p. 60.

(') Voir les discours et les détails de la cérémonie de la bénédiction solennelle du bourdon de la tour Pey-Berland dans les journaux de Tépoque, 8 août 1853. M. Bernadau, Viographe bordelais, p. 222, prétend qu'anciennement il n*y eut jamais de cloche dans la tour Pey-Berland, et M. l'abbé Pardiac, dans sa Notice sur les cloches de la ii7/e, s'exprime ainsi : « Pey-Berland dota la tour d'une sonnerie dignr de la noble cité de Bordeaux. »

SAI^T-ANDUÉ. 40

cette partie de la' cité Faspect monumental des quais, de la place Royale et du cours de Tlntendance.

Figurons-nous, dans Pavenir, le dégagement de Tancien palais de Rohan , la cathédrale entièrement isolée avec une façade principale à Fouest, les cloîtres, la sacristie et le presbytère remplaçant cet ilôt de maisons qui dérobe à la vue toute la partie méridionale de Saint-André ; le clocher Pey-Berland dégagé des masures adossées à sa base, restauré et couronné d'une nouvelle flèche ou de statues (*), et se reliant à la cathédrale par un gracieux square orné d'une fontaine en souvenir de celle d'Ausone (*) ; puis au nord le palais archiépiscopal, avec sa cour d'honneur et son vaste jardin. Tout cet ensemble ne serait-il pas du plus magnifique effet? Ajoutons encore, qu'il est dans les vues municipales d'ouvrir une large voie de la Porte du Palais à l'Hôtel de Ville, laquelle déboucherait nécessairement sur la place Saint-André, où s'étaleraient pompeusement les dispositions monumentales esquissées ci -dessus. Il n'y aurait alors qu'un regret à exprimer, celui dé n'avoir pas continué jusqu'aux pieds de la tour Pey-Berland la largeur des anciens fossés des Tanneurs, aujourd'hui nommés cours Napoléon.

ftEVUE INTÉRIEURE.

L'intérieur de la cathédrale, vu du perron de la tribune de Forgue, impressionne par les vastes proportions de la nef et Feffet perspectif du sanctuaire et des allées du chœur; mais

(*) Son Ëminence le Cardinal Donnet, dans un mandement daté du 2 février 1860, exprime le projet d'ériger au sommet du clocher une statue de la Vierge, sous le vocable de Notre-Dame-d'Aquitaine.

(') Près de ce clocher jaillissait une fontaine. Certains antiquaires présument que c'était celle qu'Ausone a célébrée sous le nom de Divona, et dont ils recherchent encore l'emplacement dans toute la ville. {Viographe, p. i22.)

l'analyse du monument fait reconnaître de* constructions de divers styles, accolées les unes aux autres et sans suite, particulièrement dans la nef, où apparaissent des remaniements nombreux. Cependant, il est un fait généralement accepté : a La discordance des parties prises une à une ne détruit pas la majesté de Tensemble (*). »

Moins heureusement qu'à l'extérieur, les sculptures, soit d'ornements, de ronde-bosse ou de bas-reliefs, ne se présentent pas à la vue suivant l'ordre chronologique; il ne pouvait en être autrement dans l'intérieur d'un monument dont l'hétérogénéité de style vient d'être constatée.

Procédons alors par ordre de placement en commençant par la porte Rohan.

Bas-reliefs de l'ancien jubé.

Ces bas-reliefs, en pierre de Taillebourg, se trouvent placés en incrustation sous la tribune de l'orgue . (ff 2"*45 . — L' 2"35 .)

Le bas-relief exposé du côté droit, en entrant par la porte Rohan, représente la Résurrection; au centre de la composition, un ange assis sur le sépulcre entr'ouvert, tenant un livre, désigne aux saintes femmes qui s'avancent le Christ s'élevant dans les cieux. Les saintes femmes, au nombre de cinq, placées à gauche du spectateur, forment un groupe plein de mouvement. A l'opposé, l'un des gardes est renversé sur le sol et les deux autres éblouis. Au-dessus de Tange, assis sur le sépulcre, le Christ, tenant la croix, porté sur Taigle de saint Jean, est entouré du lion de saint Marc, du bœuf de saint Luc et de l'ange de saint Mathieu. Dans le fond apparaissent les trois croix du calvaire.

(») M. J. Marinn, BibUofhèfiu^ de VÉcole des Chartes, 18i7, p. 46.

SUM-A>nBK. 51

La pose et le caractère du Clirist rappellent beaucoup trop les figures païennes de Jupiter ou de Ganymède; aussi le docteur Gélaon trouve excessivement ridicule que Ton compare Jésus-Christ à Jupiter juché sur son aigle, et cite pour exemple la représentation qui se trouve dans Téglise Saint- André de Bordeaux.

Le bas-relief placé à gauche de la porte a pour sujet la Descente aux Limbes. Le Christ, à demi vêtu d'une ample draperie, élevant le signe de la rédemption de la main droite, s'approche d'un vieillard agenouillé et le relève. Derrière ce groupe, plusieurs personnages se dépouillent de leur linceul. A droite du Christ, au pied d'une croix, sont réunis des hommes, de jeunes femmes et un enfant, tous d'une nudité presque complète; au nombre de ces personnages est David, reconnaissable à sa harpe et à sa couronne. A gauche, au second plan, sur les ruines d'un monument, se présentent sept figures : Pluton, Proserpine, Cerbère et quatre personnages aux pieds fourchus, aux têtes encornées.

Ce dernier bas-relief est d'une tout autre exécution que le précédent; d'un modelé plus accentué et plus éloigné du goût de la renaissance, surtout dans l'agencement et Findication des draperies. Cette différence de caractère fait supposer que ces deux bas-reliefs ne sont point de la même main ; l'exécution du dernier appartiendrait à la fin du xvi* siècle. Dans les deux compositions, le Christ est dépourvu complètement du type chrétien (*).

Ces bas-reliefs décoraient le jubé, démoli en 1804, qui clôturait anciennement le chœur.

Ce jubé avait été construit sous Charles de Grammont,

(*) Dans le Compte rejidu de h Commission des monuments historiques, 1850, p. 15, Tarticle de M. de Lamothe est accompagné de deux croquis qui ne sont lias d'une rigoureuse exactitude, mais donnent néanmoins d'une mani*^re pîii» compréhensible que notre description la composition de ces bas-reliefs.

archevêque de Bordeaux, de 1530 à 1544, ainsi que le mentionne Lopès : « C'est luy qui fist bastir ce beau et » magnifique jubé de V église métropolitaine; ses armes sont 3) gravées au milieu y sur la grande porte du choeur. »

Le même auteur, à la page 21 de son Histoire de SaitU- André, donne la description de ce jubé en y joignant quelques réflexions sur le sujet de ces bas-reliefs et sur leur auteur présumé; et le chanoine Lopès, sur le prétendu dire d'un voyageur allemand (*), ne craint pas de qualifier ces sculptures de deux chefs-d'œuvre de la façon de Michel- Ange.

Voici le passage de Lopès : « Entre la quatrième et la cinquième de ces colonnes, des deux costés et contre Fautel, sont les deux portes du chœur, par où Ton sort aux allées. Outre ces deux portes est la porte principale du chœur, par où on y entre dans la nef, porte affectée aux chanoines, au-dessoubs d'un jubé très bien basti de belle pierre de taille, et fort blanclie. La closture du chœur, au milieu de laquelle est cette porte, est de même pierre, fort bien ouvragée, sur laquelle sont taillées des deux costés deux belles figures en demy-relief : Tune de la descente de Jésus-Christ aux Limbes, d'où il retire les anciens pères; l'autre de sa résurrection, où le Sauveur résuscitant a un aigle sous ses pieds : l'une et Tautre deux chefs-d'œuvres de l'art, et de la façon de Michel- Ange (*). Quelques libertins ou hérétiques se sont imaginés que la dernière avait été une figure de Ganymède enlevée par un aigle dans le ciel. La seule veuc du Sauveur résuscitant, et des dames éplorées auprès d'un sépulchre, combat l'impertinence de cette imagination. Comme Ton attribue aux aigles la vertu de se renouveller quand elles vieillissent, un aigle sous les pieds de Jésus-Christ sortant du tombeau, désigne

(I) Apiiil Joiloc. Sinccrum iii ilincrar, ffall.

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