‹ Description des œuvres d'art qui décorent les édifices publics de la ville de BordeauxChapitre 32 sur 77 · PRIMUM IN FUNDAMENTIS LAPIDEM, CORAM PROCERIBUS, UETANTE POPULO · texte numérisé non relu

PRIMUM IN FUNDAMENTIS LAPIDEM, CORAM PROCERIBUS, UETANTE POPULO

benedixit ac posuit iii.l.ac.rr.dd.Ferdinandus-Augustus-Franciscus DONNET

ARCHIEP. BURDIC.

HUJUS «DIS CONSTRUCTIO A MUNICIPALIBUS STATUTA FUERAT

DUM Joseph BRUN, defunctus major civitatis, ejusqpe coadjutores MATHIEU, HOURQUEBIE, MAILLERES , LEST APIS et GAUTIER

paterne res civium gubernabant y reyher; secretarius, maître, arc arius. civitatis, bonfin opifex > fcclesix administratores d. d. castillon prases, fieffé, majoris vices gerens capdevilu, i«aiartic,50ulié-j0ncas,mitchell,c0llin, dumas, pichard et dureau.

(*) L'église Saint-Martial remplace une ancienne chapelle, propriété privée de M. Tabbé Drivet, qui en fit donation à la ville, par acte du 11 août 18il,

Avec rinscription furent déposés quelques monnaies ayant ti^urs, des objets de piété et une belle médaille frappée à î^yon en 1838, et destinée à rappeler le second anniversaire séculaire du vœu de Louis XIII, renouvelé par la piété des fiâèles, le 15 août 1838 (*).

La façade de cette église , tournée à Test, présente un froutoa d'ordonnance ionique,*sur lequel s'élevait primitivement le clocher. Des mouvements inquiétants s'étant produits 'dans<oe campanile, il fallut songer à le rebâtir de nouveau; ce qui «eut lieu vers 1854, sur les plans de M. Burguet neveu. Ce nouveau clocher, placé derrière Tabside, se relie à l'église par une servitude.

Antérieurement au projet de M. Bui^et, un autre projet 'de olocher, signé de M. Duphot, architecte, avait été présenté à l'Administration de la paroisse.

A intérieur comme à l'extérieur, l'église Saint -Martial m'offre pas un grand intérêt monumental, et rien dans le mobilier ne mérite une citation spéciale. Notons brièvement une copie peu remarquable de la Sainte Famille, de Raphaël, ipar M. Pagani, don de la duchesse de Berry; X Incrédulité de saint Thomas, également copie de maître; l'apôtre saint .Pi^re, ligure à mi-corps (la main tenant des cle& doit être

^mofeilDuit une rente annuelle. Cette donation fut autorisée par une ordonnance royale du 24 avril 1822. (L. de Lamothe, î^ouveau guide <^ l'étranger é Bordeaux, 1856, p. 106.)

L'ancienne chapelle s'élevait sur le côté méridional de la rue Poyennc; elle •était attenante au presbytère actuel. Mais l'insuffisance de ce petit oratoire et des causes d'insalubrité motivèrent des démarches du successeur de M. l'abbé Drivet, pour l'érection d'une nouvelle église.

•Dans les archives de la fabrique se trouve une Notice manuscrite, par M. Tabbé Rigagnon, aujourd'hui curé de Saint-Martial, contenant des faits pleins d'intérêt sur l'état ancien 'du faubourg des Chartrons, la formation de cette paroisse, et sur tous les incidents relatifs à la construction de l'église, dont les dimensions se déduisent ainsi : Longueur, dans œuvre, 46 mptrr» : largeur, 20i"80', hauteur de la nef, 13 mètres.

(^) Archives de la fabrique.

SAINT-XABTIAL. ^45

une addition moderne), et quelques tableaux médiocres du XVIII* siècle provenant de Tancienne chapelle.

Jusqu'm 4858 existaient, sur Thémicycle du sanctuaire, des peintures exécutées par M. Plassan, peintre bordelais, qui depuis s'est distingué aux expositions de Paris par ses tableaux de genre (*).

Cette église possédait autrefois d'anciennes stalles; elles furent vendues en 1845, Tarchitecte de la nouvelle église ayant déclaré qu'elles étaient tout à fait impropres au nouveau local. Plusieurs personnes nous ont assuré que ces stalles, d'un mérite réel, étaient aujourd'hui dans un musée de Paris; mais, malgré nos recherches, nous ne pouvons donner des indications bien précises.

L'église Saint-Martial est trop peu riche en objets d art pour négliger de mentionner les trois cloches, œuvres de fondeurs bordelais, et que H. l'abbé Pardiac n'a signalé que très sommairement dans son intéressante Notice sur les cloches de Bordeaux, publiée dans le BuUetin Monumental, 1858, p. 227.

Les deux premières cloches ont été solennellement bénites le 23 août 1840, par M. l'abbé Gignoux, premier vicaire général du diocèse. L'une, du poids de 1,000 kilog., porte la légende suivante :

Clamabo ad Deum altissimum.

« Die ^9 aug, an, M.DCCCXI Benedicta fui sub nomine Joannœ Philotnenœ in eccksia S^ Martialis Burdigalœ. Patrino D. Maghrio, CastilUm du Perron, prceside œditimorum ; Patrina D* Johanna Mitchell, nata Froger, Paulo Rigagnon, Parocho; Meynard et Brulatour, vicariis : Œditimis D.D. CasiUlon, CapdeviUe, Soulié-JoncM, Mitchell, CoUin Dureau, Malartic et Pichard, »

(^] Les peintures de Saint-Martial représentaient les douze apdtres entourant le Christ. Ces grandes figures se détachaient vigoureusement sur le fond de Tabside, et rappelaient les personnages en mosaïque qui se trouvent fréquemment dans les anciennes églises d'Italie, à l'entour des coupoles ou sur les façades, comme à Lucques et à Ravennc.

Sur les flancs de celle cloche, se trouvent, en relief, un Crucifix, une Immaculée^Conception, un agneau immolé, un saint Martial en habits pontificaui, et la signature du fondeur : Datres, à Bordeaux.

La deuxième cloche, du même fondeur, mais du poids do 317 kilog., a pour épigraphe :

Omnium me senum fea.

L'inscription est semblable à la précédente, sauf les noms du parrain et de la marraine : M. Bernard Capdeville et M"* Vincente-Célestine Lacaze, et rornemcntation suivante . Un Crucifix, une Immaculée-Conception et saint Martial.

Enfin, la troisième cloche, moins importante que les pri'cédentes, porte une légende ainsi conçue :

Ad Majorem Dei yloriam,

Honorem Heatœ Mariœ Virginis^

Betiedicta fui in ecclesid S"-J/ar//a/«.s Burdiijalœ

XXVIII junii MDCCCXLM

Sub nomitie del Ireues

Palrino G. A. Levif; matrina D~ Irène Joubert natd Begaux.

FoNTKMuu, à Durdeuux.

Et pour ornementation : Un Crucifix et une Vierge inèrt\

SAI?IT-MABTIAL. 217

BIBLIOGRAPHIE

Album du voyageur à Bordeaux. Bordeaux, A. Pëchade, in-S», 1839,

Lamothe (L. de). Nouveau guide de l'étranger à Bordeaux. Bordeaux,

Ghaumas, iQ-12, p. 106.

La Guienne (journal), 19 février 1836.

Courrier de la Gironde (journal), 6 mars 1839.

ICONOGRAPHIE

Plans, coupes et élévation de l'Église paroissiale de Saint-Martial, aux Ghartrons. — Projet offert par l'auteur aux membres de la fabrique. (Album de sept dessins lavés, sans date et sans signature. — Collection de M. J. Delpit.)

Projet de construction du nouveau clocher, présenté à la fabrique le 2 mars 1850, par M. Duphot, alors architecte de la ville. (3 feuilles.)

AKCIENNK ÉGLISE PAROISSIALE

A rextrémité de la vieille rue des Faures, vers Test, sur un terrain vague, d'aspect triste et désolé, mais à vrai dire dans un état transitoire, se développe la façade principale de réglise Saint-Michel, se groupant avec la masse imposante du clocher placé à quelques mètres en avant de Téglise.

L'isolement de Téglise Saint-Michel se poursuit activement depuis plusieurs années. Et nous ne pouvons mieux exposer les raisons qui motivent ces grands travaux qu'en empruntant les lignes suivantes au Rapport de M. Denjoy, à l'Assemblée nationale, sur un projet de loi concernant les édifices religieux :

« Jusqu'au xvp siècle, nulle construction parasite ou étrangère n'avait été appuyée aux flancs de nos cathédrales ; le soin de leur conservation l'aurait interdit à défaut du sentiment du respect (^). Au xvi* siècle, la foi des fidèles s'était affaiblie; avec elle avaient diminué leurs libéralités et leurs ofiRrandes; il fallait y suppléer, et faire en quelque sorte argent de tout; les chapitres vendirent ou concédèrent

(^) Nous ne partaj^eons pas cet avis si radicalement exprimé : les églises étaient souvent entourées de constructions où résidaient les bénéfleiers ou les chanoines; aux flancs des cathédrales se trouvaient le palais épiscopal et les locaux qui dépendaient du chapitre ou de la juridiction ecclésiastique. Mais, à vrai dire, les abus signalés par le rapporteur n'existaient pas comme nous Kavons vu de nos jours.

à redevance, à fief, ou utilisèrent pour eux-mêmes les terrains qu'ils possédaient : ce fut une plaie générale (^). >

Ces observations, inspirées par Tétat dé nos cathédrales, pouvaient é^lement s'appliquer au plus grand nombre de nos vieilles églises ; c'était effectivement un spectacle désolant, au double point de vue de Tart et de la morale, que cet amas de masures voilant aux regards Tabside et les cdtés latéraux de Féglise Saint-Michel ; Tenclos béni de son vieux cimetière livré à l'industrie, envahi par d'ignobles logis, qui établissaient leurs servitudes les plus abjectes le long des murs du monument sacré; oui, c'était une plaie, le mot est vrai.

Enfin, de pareils actes furent stigmatisés par des plumes éloquentes ; quelques hommes de science, et surtout de cœur, appelèrent sur nos monuments nationaux, non-seulement l'attention du Gouvernement et de nos édiles, mais de tous ceux qui, dans l'amour du pays, comprennent la pieuse conservation de toutes les œuvres dignes de l'honorer et de l'enorgueillir.

Mais si l'isolement radical des édifices religieux est un principe généralement accepté, quoique débattu, ce serait commettre une erreur bien grande de considérer l'état actuel de l'église Saint-Michel comme rétablissant le dégagement de l'édifice tel qu'il pouvait être en 1492, le jour où fut posée la dernière pierre du clocher.

Au moyen âge, tous les monuments religieux d'une cité, quelque isolés qu'ils fussent, ne s'élevaient jamais au milieu de vastes solitudes ou d'immenses places; les preuves sont nombreuses pour établir ce fait. Puis il est une question dont peu de personnes se préoccupent, bien qu'elle soit d'une haute importance dans l'art monumental : cet oubli si pardonnable de

;M Moniteur du 12 août IR51.

SAIMT-MICnEL. ^jI

lu foule, cette condition si belle et si souvent méconnue, c'est rharmonie, non-seulement entre la masse et les détails de rédifice, mais de Tensemble du monument aux objets qui se groupent avec lui. Les grands artistes de tous les temps et de toutes les écoles ont toujours compris et recherché cet harmonieux effet. Ainsi, à Timmensité du désert, la masse gigantesque des pyramides; aux montagnes du Péloponèse, les profils élégants et purs du Parthénon; aux vastes plaines de Rome, parsemées des ruines du Peuple-roi, l'imposante basilique de Saint-Pierre; au ciel brumeux de la Normandie, de Tlie-de- France et de l'Aquitaine, nos vieilles églises romanes ou gothiques, dont les tours crénelées, les flèches aériennes et les pinacles dentelés s'harmonisaient avec les maisons à pignons si bizarrement groupées avec le dédale de ces rues si tortueuses et si pittoresques. C'est ainsi qu'apparaissait aux Bordelais du xv* siècle l'église Saint-Michel, entourée du préau de son vieux cimetière, des petites places du Marché-Neuf et de Canteloup, où débouchaient entre autres les rues des Caperans, Carpenteyre, des Faures et Maubec, avec leurs maisons de bois et de briques, dont les façades, surplombant d'étage en étage, étaient terminées par des toits aigus. Le tableau était alors parfaitement dans son cadre, et le cadre en harn)onie parfaite avec le tableau (*).

Si les siècles derniers, sans respect pour le lieu saint, dérobèrent à la vue l'ensemble de l'église Saint-Michel par des constructions malséantes, enclavées dans les contre-forts

(*) Je me suis prononcé, assez explicitement prononcé, dans les églises gothiffues, contre le système absolu de l'isolement des édifices religieux du moyen içe, pour avoir rien à ajouter ici à mes observations que les meilleurs esprits commencent à adopter. Je ne reproduirai qu'un argument auquel il me parait impossible, au moins difficile, de répondre : C'est que ces édifices n'ont pas été ronstruits dans la prévision, qui ne pouvait être dans l'esprit de personne alors, d'un vaste dégagement futur. Opérer ce dégagement inconsidérément, c'est changer le point de vue obligé d'un tableau, c'est faire une opcration ridicule et nuisible. (J.-P. Schmil, LArchilecte des Monuments religieuw, p. 123.)

de rédificc, les projets en cours d exécution n auront-ils pas pour résultat de rapetisser le monument par un isolement qui ne sera plus à Téchelle de Téglise et du clocher, et Teflet primitivement obtenu ne sera-t-il pas de nos Jours oonsidérablement amoindri ?

Il n'y a pas lieu, sans doute, de regretter les anciennes maisons des places Canteloup et du Marché-Neuf, vermoulues et défigurées par maintes restaurations; et puis ne faut-il pas souscrire sans réplique aux besoins, aux progrès, aux exigences de la civilisation moderne? Mais du moins, alors qu'on essaie avec tant de cœur, et au prix de nombreux sacrifices y de restituer à l'ancienne église Saint-Michel sa première physionomie, ne doit-on pas se préoccuper si le tracé de la nouvelle place et des nouvelles rues ne détruira pas Teffet monumental que produisait originairement la vieille basilique?

Ces quelques réflexions s'appuient d'un nom dont Tautorité ne sera pas contestée : l'architecte Victor Louis , qui , lors de la construction de la place de la Comédie, exposait si chaleureusement ses droits à la direction de ces travaux, puisqu'ils étaient en quelque sorte la suite de la décoration de son chef-d'œuvre (*).

Les paroles de l'illustre architecte feront comprendre, non pas aux hommes de l'art, ces raisons leur sont familières, mais à des administrateurs d'un zèle exagéré, que grandeur et beauté ne sont pas synonymes.

Ce n'est donc pas sans motif qu'un des archéologues bordelais les plus justement estimés a pu tracer ces lignes : « L'isolement de l'église Saint-Michel se poursuit à la grande

(^) * J'ai une observation importante à faire sur le projet qu'on se propose > de suivre : c'est qu'en grandissant la place comme on le projette, on Ole eo

k quelque sorte à mon biltiment l'harmonie que j'ai cherché à y meUre •

(Douse lettres de Victor Lnui^ Bordeaux, (.ounouilhou, in-lS, 1858, p. 15 )

)) satisfaction des uns, h la satisfaction inlininient moindre )» des autres (*). »

Voici maintenant la description de Téglise Saint-Michel, en procédant d'abord par la revue extérieure et le clocher.

REVUE EXTERIEURE

L'église Saint- Michel, dont le style du xV siècle est le caractère dominant, présente un ensemble symétrique, soit en plan, soit en élévation. Les deux façades latérales offrent une grande similitude; c^ndant, le côté nord, avec son riche portail, est d'un effet plus monumental. Le chevet, construction de la fin du xiv^ siècle, se relie parfaitement au reste de l'édifice.

Si l'aspect de ce monument plait par son homogénéité de masse, les profils de son architecture, les détails de son ornementation, la ciselure de la statuaire qui décore les porches, ne peuvent être cités comme de beaux exemples de l'art au moyen âge. Et cependant, un de nos écrivains bordelais a pensé devoir signaler ainsi l'église Saint-Michel : le perfectionnement de l'art, la période de prospérité de l'architecture gothique.

La façade occidentale se compose d'un avant-corps dinsé en trois parties : La porte principale, décorée, dans ses voussures, de trois rangées de statuettes, un premier étage percé d'une rose aux meneaux flamboyants, avec une large arcature (Rivale embrassant tout le développement de cet étage; enfin, au-dessus d'un pignon tronqué, s'élève un petit clocher arcade

0) Charles Des Moulins, Assises scientifiques de la Guienne, tenues à Bordeaux les 4 et 5 juin 1858. Gaen, Hardel, in-8«>, 1858, p. 137. — Rapport sur le mouvement scientifique, archéologique et littéraire dans la Gironde, de 1855 à 1857.

du xviir siècle. Le pignon se relie à deux tourelles octogones, terminées par des clochetons et placées aux côtés du portail.

Cette façade n'a jamais été complètement achevée, comme le prouvent divers détails restés épannelés, et les pierres d'attente d'un porche projeté vers la fin du xvi* siècle.

Sur les flancs du portail, se développe la façade transversale des bas-côtés et des chapelles, percées de quatre fenêtres ogivales divisées par des meneaux gracieusement enlacés. Des contre-forts, sur plan carré, séparent ces fenêtres; puis, aux extrémités de la façade, s'élèvent deux autres contre-forts posés diagonalement et terminés par un clocheton.

Le développement de cet ensemble donne les mesures suivantes : Largeur, 41 mètres ; hauteur du seuil de la porte principale à la croix placée sur le fronton, 30 mètres.

Les sujets de sculpture qui décorent cette façade ont pour motif: Au sommet du fronton, Tarchange saint Michel, patron de réglise, tenant une épée et terrassant le démon. Au portail, dans la première voussure, huit anges; à la deuxième, dix statues de Vierges et de saintes Femmes. Ces deux rangées de statuettes, d'une grande faiblesse d'exécution, appartiennent au XVI* siècle.

Les douze apôtres occupent la troisième voussure. Ces dernières figurines datent de la fin du xv* siècle ; elles sont moins lourdes que les précédentes, mieux drapées et plus naturelles de mouvement. Tous les dais qui abritent les sujets iconographiques du portail attestent Texpiration du style ogival et les premières influences de la Renaissance italienne ; ils offrent des motife variés et d'une grande habileté de ciseau.

Le tympan de cette porte est décoré d'un bas-relief daté de 1553; il représente l'Adoration des Mages et celle des Bergers.

SAINT-XICDEL. 355

Anciennement, la baie de la porte était divisée par un pilier ou trumeau (*).

Au xvm* siècle, les dais des processions prirent un tel développement, que pour leur faciliter rentrée et la sortie des églises, il fallut détruire la disposition des anciens portails. Cette mutilation fut Tune des plus graves que subirent les églises. Et, de la cathédrale de Paris jusqu'aux humbles paroisses de village, dans le cours du siècle dernier, la suppression des trumeaux devint une mode généralement adoptée (*).

La façade méridionale est régulière ; des contre-forts peu saillants, terminés par des clochetons à crochets, réparent les fenêtres, et s'élèvent au-dessus des chapelles en coupant la ligne du grand comble de la nef. Toute la balustrade qui couronne le bahut a été reconstruite ces derniers temps, ainsi que les extrémités des pinacles.

Le portail, à Touest, est flanqué d'une tourelle polygonale renfermant un escalier; ce portail date de la fin du xv' siècle; il est désigné, dans un ancien livre des dépenses de la fabri-

(*) Dans Tencadrement du plan de Bordeaux, gravé par Lattre en 1755, la façade de Téglise Saint^Michel est reproduite, et le portail est divisé par un trumeau.

Voir aux archives de la paroisse la délibération de la fabrique du 7 mars 1779, qui autorise M. Bernard, g^ ouvrier, sur Tavis de M. Bonfio, ingénieur de la ville, à faire enlever le plus tôt poulie le pilier qui divise la grande porte

O Pourquoi mutilait-on les portails des églises de France? C'est, ce qui paraîtrait incroyable, et ce qui est pourtant véridique, c'est parce qu'il plut à ces églises d'adopter, pour servir de dais processionnel, un gros, lourd et disgracieux chàMÎs carré, rendu plus ridicule par ses gros plumails de tambour-major qui se dressaient à chaque coin ; c'est parce que cette étrange machine, imitée des dais qui surmontaient les lits à la polonaise, devenus à la mode après le mariage de Louis XV avec Marie Leckzinska, qu'on s'efTorçait de rendre aussi énorme que pouvaient le permettre les forces de huit robustes portefaix, suant et haletant sous le fardeau, ne pouvait passer par la porte telle que l'avait faite l'architecte gothique : on prit, au rebours de toute raison et de tout sens commun, le parti de faire céder l'édiflcc à la convenance bu meuble. (L'Architecte des monuments religieux, p. 155.), J.-P. Schmit.

que, sous le nom de Parle de Cauteloup, ou Porte neuve de Sainte-Croix (*).

L'ange gardien, placé dans une niche au milieu du fronton, est en terre cuite. Cette statue moderne n'est pas monumentaie, et se trouve dans le commerce. Â mi-hauteur de cette façade, une grande croisée ogivale éclaire le transsept.

L'ornementation du portail est moins riche que celle des deux autres entrées. Les voussures ne présentent que deux rangées de statuettes abritées sous de petits dais ajourés; au premier rang, les apôtres; au second, des anges vêtus de dalmatiques. Les dais placés à la naissance des archivoltes sont dépourvus de saints. Â Tamortissement des voussures, deux anges tiennent des banderolles, et sur les contre-forts placés aux côtés du portail, apparaissent des niches richement ouvragées, mais veuves de statues. Ce portail n'a jamais été complètement terminé, car les crochets de l'archivolte externe apparaissent encore épannelés.

Le tympan de cette porte est décoré d'un bas-relief représentant l'Apparition de saint Michel sur le mont Ga^n (*), bas-relief exécuté en 1791; <e MM. Montmirail aine et Daniel ]p de Lamothe étant grands ouvriers. >

Voici, d'après Jacques de Voragine, le sujet de cette sculpture :

c En l'an de Notre-Seigneur trois cent quatre-vingtndix, il y avait dans la ville de Si ponte un homme nommé Gai^n, qui, selon quelques livres, avait pris le nom de la montagne, ou bien cette montagne avait emprunté son nom, et il était très riche, possédant une grande multitude de brebis et de

(*) Item plus paçucy lod. jorn iS janvier 1486), pcr duas claus pcr la porta dru cloquey et |>er mudar las gardas, et per far far una granda clau à la porta rteba de Vegleysa, de vers S^-Crox, et per far las $rardas neuvas deud. (puysquet. Monta, XLiiij, ard., p. 6, r*.

f ) Uoiitn^fie de la Pouillo, près la ville de Si ponte

SAiJïT-Mirnrr.. *i57

bœufs; et comme ils paissaient le long des côtes de cette montagne, il arriva qu'un taureau laissa le reste du troupeau et monta au sommet de la montagne, et ne revint point à rétable avec les autres bétes. Et alors le propriétaire prit avec lui une grande quantité de serviteurs, et il le fit chercher partout; et enfin, on le trouva au plus haut de la montagne, près de l'entrée d'une caverne. Le propriétaire fut irrité contre le taureau de ce qu'il s'était enfui, et il lança contre lui une flèche empoisonnée; mais aussitôt la flèche revint comme poussée par le vent, et elle frappa celui qui l'avait décochée. Les habitants de la ville furent troublés par cet événement, et ils allèrent vers Tévêque, et ils lui demandèrent ce quMl fallait faire dans une circonstance si extraordinaire, et il enjoignit de jeûner durant trois jours, et de prier Dieu; et qutind tout cela fut fait, saint Michel apparut à Véoêque, disant : « Saclie qu'un tel a été frappé de son dard par ma volonté. Je suis Michel- Arcliange ; je veux honorer ce lieu sur la terre et le garder, et c'est pour cela que fai voulu montrer que fêtais le vigilant gardien de ce lieu, » Alors, l'évoque et les habitants de la ville allèrent sans différer en procession à cet endroit, et ils n'osèrent entrer dans la caverne; mais ils se mirent en oraison devant l'entrée 0). »

La façade nord, vue de l'angle septentrional de la place Duburg, avec sa belle porte flanquée de deux tourelles et précédée d'un haut perron, ses arcs-boutants franchissant les bas-côtés pour épauler les voûtes, et par-dessus les combles la masse imposante du clocher, présente un ensemble pittoresque et saisissant.

Ce fut Henry de Mons qui fit construire le portail, vers- 1470; c'est lui du moins qui en posa la première pierre,

(') La Lrgpnde dorée , trail. par M (i. B., 2' srrio, p. 151.

d'après un manuscrit cité par Baurein (^). Deux séries de statuettes décorent les voussures de cette entrée : au premier rang, dix anges portent les attributs de la Passion; au deuxième rang, huit autres anges tiennent des instruments de musique.

Ces statuettes, spirituellement exécutées, offrent une heureuse fusion des traditions gothiques et de Tinfluence italienne. Aux flancs du portail, dans les embrasures, se dressent quatre statues en pierre de l^'ôO de hauteur, représentant des rois, ancêtres de la Vierge.

Le bas-relief du tympan a pour sujet le Sacriflce d'Abraham en deux épisodes : 1"* Isaac marchant au mont Moria, chai^ du bois de son bûcher; S"" THolocauste.

M. de Lamothe explique ainsi le choix de cette scène pour Tomementation de cette porte : € Pantaléon, diacre de Téglise !> de Constantinople, dit que ce fut Tarchange saint Michel D qui retint le bras d'Abraham. 2>

Si dans la décoration du portail de l'église Saint-Michel les traditions iconographiques du moyen âge ont été complètement abandonnées, le sujet de ce bas-relief est fort curieux par la recherche de l'intention ou par son heureux à-propos : qu'<[ Isaac ait été une figure prophétique de Notre- » Seigneur Jésus-Christ, c'est ce qui ne peut faire la moin- » dre difficulté; tous les pères, tous les docteurs en sont » pleins (*). ^

Au sommet du portail, sous un riche dais, se trouve le

(^) La maison de Mons, qui est ancienne dans Bordeaux, est connue par son zèle pour la décoration de cette église. « C'est ce zèle qui a mérité aux atné$ > de cette liaison le titre de grand Syndic né de cette Église. 9 (Varièlès bordelaises, t. V, p. 183-184.) — La porte nord, construite de 1466 à 1472, est attribuée à un des membres de la famille de Mons. (Recherches sur les bénepciers de Véglise Saint-Michel, p. 556.)

(') Voir les savantes dissertations des PP. Martin et Cahier. {Vitroax de Bùurfjes, p. 27.)

SAliNT-MICBEL. 559

groupe de la Sainte-Trinité : Dieu le Père, en costume de Pape, tient une sphère, symbole de l'empire du monde (*); à sa droite, le Christ demi-nu; et la colombe, image de l'Esprit Saint, apparaît entre les deux personnages.

Au niveau du groupe précédent, se voient les statues de la Vierge et de saint Jean.

L'étage supérieur est richement décoré ; une rose ramifiée occupe le centre, et de grandes voussures ogivales, festonnées de petites arcatures trilobées, se développent entre les deux tourelles qui flanquent la façade. Sur les côtés des grands arcs ogivaux, et dans deux niches, comme les statues précédentes, s'offrent aux regards deux autres figures : la Magdeleine et un ange. Enfin, vers le sommet du pignon qui termine la façade, est une nouvelle niche inoccupée, mais probablement destinée pour l'image du patron de l'église.

Les armes de France, placées au sommet du fronton, fortifient la tradition qui fait considérer cette partie de l'église comme ayant été terminée par les libéralités de Charles VIII et d'Anne de Bretagne, lors de leur passage à Bordeaux en ii9Aj et probablement en ressouvenance de la dévotion du roi Louis XI à l'archange saint Michel.

Diaprés quelques chroniqueurs, le cordon de Tordre militaire de saint Michel aurait été primitivement sculpté sur la façade nord. Si la décoration de cet ordre n'apparaît plus de nos jours, néanmoins, depuis les pieds-droits placés dans les embrasures du portail et qui supportent les statues des rois, jusqu'aux voussures du couronnement de la rose, se retrouvent, dans l'ornementation, des coquilles et des fleurs de lis,

(■) LeJ^ape Benoit VUI fit faire une boule d*0r qu'il divisa par quatre rangi de pierres précieuses ; il lit mettre dessus une Croix d'Or. Il eo fit présent, l'an lois, à l'Empereur saint Henry, comme du plus beau symbole qu'on pût ÎQventer de l'Empire du Monde. [Emblèmes sacrex du R.-P. Chesneau, Augustin de la communauté de Bourges. Paris. — Florentin-Lambert, in-8\ m.dc.lxvii, p. 28.)

2G0 Ér, LISE

intention manifeste de rappeler Tune des institutions du roi Louis XI (*).

C'est probablement en raison des hauts personnages qui participèrent à Tédification de cette façade latérale que les travaux de sculpture ont une supériorité d'exécution sur toute la statuaire placée à l'extérieur de rédiQce» ou pour mieux dire la porte nord, comme ensemble et comme détail, est plus riche et plus monumentale que les portails de Touest et du midi.

Nous ne terminerons pas cette revue extérieure de l'église Saint-Michel, sans exposer quelques réflexions sur les conséquences de rétablissement en sous-sol de la sacristie moderne. Pour la construction de cette annexe, une tradition religieuse n'a-t-elle pas été méconnue?

Aux premiers siècles du Christianisme, les monuments religieux n'étaient pas édifiés dans tel ou tel endroit par un pur caprice, pour la décoration d'une place ou la belle perspective d'un boulevard. L'Église chrétienne s'élevait sur les débris d'un temple païen, ou bien sur l'emplacement sanctifié par les premières prédications de l'évangile, ou mieux encore sur la terre rougie par le sang d'un martyr; enfin, toujours en un lieu qui avait un caractère hiératique.

Nul doute que le monticule (*) sur lequel s'élevait l'église Saint-Michel n'ait été, dans les premiers temps du Christianisme à Bordeaux, un lieu consacré. Esquissons

(*) L*ordre de saint Michel fut constitué le i" août 1469, au château d*Amboisc ; mais ce n'est, au pluldt, que vers les dernières années du xt» siècle qu*ont été reproduits sur le portail nord les insignes de c«t ordre. Notre hypothèse s*appuie sur le style de romemcntalion de cette façade.

(«) c Puyaduy de Saint-Michel, c'est-à-dire cette élévation sur laquelle est construite l'église Saint-Michel : A domo Pétri Androrit ttsque ad pupatorium Sancti'Michaëîis, versus mare. > Extrait de la charte des padouens de la ville, datée de 1Î62. (Variétés bordehises, t. IV, p. 69.)

Puich ou Puy est un ancien mot jçaulois qui signifie Montagne. (L'ablv Dulemps, Histftire du clergé de France, t. Il, p. 185.) Voyez Du Cange, au mol Podium.

Sil^T-MICBEL. 201

sommairement les témoignages de cette haute antiquité.

Plusieurs de nos chroniqueurs disent, en parlant de Téglise Saint-Miehel : bâtie en iiôO. Sans nous arrêter au plus ou moins d'exactitude de cette date, c'est au moins rebâtie qu'il fallait écrire, puisque des documents parlent de cette église au XI* siècle (1099).

En 1851, lors de la construction de la sacristie, les traces de réglise romane ont été découvertes. En 1860, ces mêmes ruines ont été de nouveau retrouvées; et de plus, vers le premier pilier du chœur, à gauche en venant de la porte nord, et à une profondeur d'environ 5 mètres au-dessous du dallage actuel, des fragments de construction gallo-romaine ont été mis à jour. L'appareil était formé de moellons irréguliers dont le parallélisme se rétablissait par des assises de larges briques à rebord. Des tuiles creuses et des vases en terre, trouvés dans ces fouilles, et de formes bien caractérisées, ne laissent aucun doute sur l'existence d'une construction contemporaine des premiers siècles de l'ère chrétienne.

Puis, observons que la majeure partie des édifices dédiés à Farchange saint Michel s'élevaient sur des éminences; les hauteurs lui étaient particulièrement affectées (^).

Eh bien t à quoi tendent tous les travaux qui s'exécutent de nos jours? Â niveler ce tertre, consacré par tant de siècles de vénération ; à nous présenter l'église et sa tour monumentale sur une vaste place ou square dont la pente adoucie ou le parfait nivellement fera le plus grand honneur à la voirie municipale !

Et cependant ne serait-il pas possible d'effectuer les grands projets modernes d'embellissements de nos cités sans effacer le caractère de nos monuments historiques, en respectant les traditions religieuses?

(*) Voir les dissertations de M. l'abbé Pardiac : Études archéologiques, t. I, r- 187.

Le clocher Saint-Michel, malgré son isolement de Téglise, n'en est pas moins une partie intégrante, disons mieux, la partie la plus populaire, la plus historique, la plus monumentale.

Cette imposante tour, vermiculée par les arquebusades des guerres civiles des xvi* et xvii* siècles, a eu ses chroniqueurs et ses panégyristes ; et grâce surtout au précieux manuscrit de Pierre du Grava (*), conservé dans les archives de la fabrique de Saint-Michel, tous les détails, tous les incidents relatifs à Tachèvement de cet édifice, nous sont connus sous une forme originale et pleine de naïveté.

Si rhistoire de la cathédrale Saint-André se lie intimement aux grands événements politiques et religieux de la province, à la tour Saint-Michel se rattachent les annales du vieux Dourdeatix, les dissensions populaires de 1589, 1635, 1649 et 1675; et lorsque le peuple, irrité par de nouveaux impôts, s'écriait : Yive le roi sans gabelle ! le cimetière de la paroisse servit de place d'armes et le grand clocher de donjon.

Nous n'entreprendrons pas l'histoire de la tour Saint-Michel

(*) Despensa fcyta per l'obra et fabrica de S* Myqueu de Bourdeu per nos Grimon Eyquem et Pey deu Graua prcstre, deu i jom de septêbre i486.

Ce manuscrit porte également le titre suivant, apposé par Tabbé Baurein. rn 1755, alors que cet antiquaire était chargé par la fabrique de Saint-Michel de mettre en ordre les archives de la paroisse :

• 4 486ju£que6 à 1497.

> Livre dos dépensas failtcs pour la fabrique de Saint-Michel, par Pierre du i Gravar, prêtre sindic, et Grimond Ayquem, ouvrier et fabriquenr de la ditle

> fabrique, où Ton trouve entre autres choses les dépenses failtcs pour le clocher

> de Saint-Michel, qui fut fait, ou du moins considérablement réparé et auf- ^ mente sous le sindic du dit du Gravar et Grimond Avquem. Liasse 31, n« 1 >

après le travail de Fabbé Baurein Q) et la notice de M. Marchandon (J), nous tomberions dans des redites. Nous nous bornerons simplement à l'exposé chronologique des événements et des diverses péripéties de cet édifice, du 29 février 1473 y jour où fo commensal lo cluchey de sent Micqueu, au 11 avril 1861, jour de la mise en œuvre pour sa restauration.

En lisant attentivement le manuscrit de Pierre du Grava (lecture dans laquelle nous ont puissamment aidé MM. Virac et Jules Delpit), un fait important nous a frappé : c'est que les rôles des hommes de Part qui construisirent la tour Saint Michel ont été dénaturés par les chroniqueurs déjà cités, et naturellement par tous ceux qui ont écrit Thistoire du clocher à Faide d'ouvrages de seconde ou de troisième main.

L'abbé Baurein et M . Marchandon citent Huguet Bauducheau et Guillaume le Reynart comme < deux des principaux archi- € tectes qui avaient eu la direction de r ouvrage. » Le manuscrit ne désigne ces deux artisans que sous la qualification de massons.

Au moyen âge, il est vrai, les architectes étaient souvent appelés maîtres maçons; mais de cela faut^il conclure que tous les maçons étaient des architectes? Dans le livre des dépenses se trouvent inscrits, comme Bauducheau et le Reynart, les ouvriers dont les noms suivent : Bernard Bernet, Thomassin de Lite villa, Yvonnet Alein, Mathalein Yictot, Pierre Rambaud, Georges deu Molin, Johan de Prinet, Franceys Bauducheau , Bernard le Bigordan , Gelet lo Recobrur, etc., etc... Tous ces maçons étaient également payés; ils recevaient, comme le Reynart, de xiii à xx ardits par jour, suivant la difficulté du travail.

(*) Dissertation sur le clocher de Saint- Michel de Bordeaux. (Variétés f^deloises), t. V, p. 147.

(^) Histoire du clocher de Saint-Michel et de son caveau, in-S», 1842.

^i\\ ÉGLISE

Pour Iluguel Bauduclicau, s'il n est pas l'auteur des plans du clocher, Tarchitecte, il ne peut être considéré comme un des ouvriers susnommés. Le livre des dépenses ne porte au compte de Bauducheau qu'un paiement par mois ou par année, paiement qui ne dépasse jamais le salaire d'un simple maçon. Bauducheau était l'homme de confiance de la fabrique; il surveillait les travaux de nuytz et de joms; il en avait l'inspection. Cependant, tout son temps ne devait pas être absorbé par la construction de la tour; car, alors, il serait difficile d'expliquer la modicité de ses honoraires (*). A vrai dire, la fabrique ne se montra pas ingrate envers le zèle de cet inspecteur; il en reçut plusieurs gratiQcations dont l'importance ne peut être bien appréciée qu'en se reportant à la valeur du franc bordelois au xv* siècle. Et si lors de l'achèvement du clocher, le Reynart, comme Bauducheau, eut sa part de trois aunes de drap pour la confection d'un habit, cela prouve que, de tous les ouvriers placés sous les ordres de ce dernier, Guilhems le Reynart eut seul le courage de travailler avec son patron aux dernières assises du clocher : Massomr l'aguilha deu cloqucy jusques à la fin, car jo (Pierre du Grava) ne trobavy home quy y valus prene la charge.

Mais, enfin, quel est donc le maître de l'œuvre?

L'abbé Baurein, dans ses Variétés bordelaises, t. V, p. 176, nous le fait parfaitement connaître :

« L'an mil quatre cens septante dus, lo vingt nau jorn de » Feburey, fo commensat lo cluchey de Sent-Micqueu de » Bordeu, per mestre Johan Lobas, & accabat per son filh, » mestre Johan Lobas, & fut pausade la darreyra peyra lo )> jorn de Sent-Mauritii, vingt nau jorn de Septembre, l'an » mil quatre cens quatre-vingt & dotze »

(^) Nous renvoyons à la fin de cet article les notes extraites du manuscrit, qui nous autorisent à présenter ces observations.

SAIMMICnEL. 2Gj

Cette citation, trouvée dans un ancien manuscrit, est insérée, sous forme de post-scriptum, à la suite de la dissertation de Tabbé Baurein, qui ajoute les réflexions suivantes, p. 178 : — « Il résulte de l'extrait rapporté ci-dessus, que » le clocher de S'-Michel fut commencé par un architecte » nommé Jean Lebas, qui en avait la conduite et la direction. » On ignore ce qui survint pendant le cours de cette construc- )» tion. 11 est certain que Touvrage ne fut achevé que par son ]» fils, nommé également Jean Lebas. Cette dénomination y» n'était guère analogue au savoir de ces deux habiles archi- ]» tectes, qui avaiisnt le talent de construire des édifices d'une » élévation aussi prodigieuse que celui du clocher dont il est j^ ici question, i»

Au lieu de se livrer à ce jeu de mots, qui ne répond pas à la gravité de notre docte chroniqueur, Baurein devait, ce nous semble, annuler les titres donnés à Bauducheau et à le Reynart, p. 459 du même volume, car la citation précédente ne permet plus aucun doute sur Timportance des rôles de Lebas père et fils dans la construction de la tour. Puis, ce qui nous surprend encore, c'est que l'abbé Baurein, qui avait lu bien attentivement le registre de P. du Grava, puisqu'il l'avait annoté en marge, n'ait pas remarqué au f* no r' qu'il n'était nullement besoin de recourir à d'au-

très documents pour connaître le véritable architecte du clocher.

Voici la note qui se trouve dans le livre des dépenses de la fabrique :

c Plus, pag. à mestre Johan Lobas, mestre de ladite obra deu » XX* jom d'aost , que era en dimenge l'an mil iiii* un" 1» et seys, d'aqui au darrey dimenge deu mes de septembre > l'an mil iiii'' nu" et xiiii, tant per dos francs que recebe i> per cascun dimenge que per autres pagues , cum appar. » Item per item et asso tant per sous jornaus que per sous

1» bailetz monta lot so que ed recebut mile V" lxxv f. î XXII ard. (*). î

Plus, payé à maître Johan Lobas, maître de ladite oeuvre, du 20*"° jour d'août, qui était un dimanche, Fan mil quatre cent quatre-vingt-six, de cette époque au dernier dimanche du mois de septembre Fan mil quatre cent quatre-vingt-quatorze, tant pour deux francs qu'il recevait chaque dimanche que pour autres honoraires, comme il apparaît. Item tant pour ses journées que pour ses valets. Monte tout ce qu'il a reçu, mille cinq cent soixante-quinze francs vingt-deux ardits.

Le maître de V œuvre, le mot se trouve en toutes lettres; il ne peut donc y avoir d'incertitude sur le véritable architecte du monument. Dès-lors ne doit-on pas rétablir ainsi le personnel employé à la construction du clocher Saint-Michel (*) :

Jolian Lobas (Jean Ledas) père, rarchitecte, le mattre de l'œuvre. Johan LoDAS fils. Après la mort de son père, lui succède et fait

terminer rédifice.

Huguet Bauduciieau, le mattre maçon, Tinspecteur des travaux,

qui travailla lui-même à Tachèvement de la flèche. Guillaume le Reynart, l'ouvrier maçon, qui montra le plus de zèle

et de dévouement dans la construction du clocher. Ahry-àdblot, maître charpentier; U fit dresser les grues et les

échafYhuds nécessaires aux travaux de maçonnerie. Bernanl Gaml^, maître forgeron ; c'est lui qui eut la fourniture de

tous les ouvrages de son art pour la construction du clocher,

et forgea les u quintaux lxui livres de fer pour la croix de

la flîHrho.

V*^ CV*l on ' 1755 »iiio l'abbi» B,uiroin mit en ordre les archives de la Ubriquo S,iinl-Mîchol ; mais ce nVsl qu'on 1785 qu'il publia le tome V de ses Wni^tfs t-yytiifhns^s, où se tnmve la ilissertation sur le clocher. Baurein était »ilor* \iou\ ol inlînuo, et l'omis^irn do c«^ p,issa^^ inip«>rtant du manuscrit lui est bien |v\r«U>niublo : « Sa ^ue s\uT.iiblis3vul; il piuivait à peine se conduire, » et \rihlAit, on l7\hV m bibliothèque qui lui deveaiil inutile. (Lamothe, 1 ,1.' N* RihfYm : ai itV rt ses rcrtts. p. ï»9.\

v'> Nous tvri>ous tou* co> u»mus loU qu lis se tr\>u\rnt le plus ordinairemcnl d.u.» lo uunusorit.

SAIKTMICDEL. ^G7

Maître Hans» 1g peintre, ainsi désigné dans le livre des dépenses» f> 64 : • Ptig. lo vn« jom d'octobre, audit tnestre Hans, per daurar ladite crotz et lo banet et per pintrayre (peindre] sur la tela la ymage de S* Myqueu, Monte tôt xvi f. •

Le cloclier Saint-Michel est un des plus curieux monuments de la dernière moitié du xV* siècle. Vingt ans s'écoulèrent pour rentier achèvement de cette construction ; elle n'en présente pas moins une grande unité de style, et fut dans TÂquitaine Tune des dernières et la plus puissante expression de l'architecture ogivale.

€ De la part des puristes en Fart du moyen âge, cette tour » a été l'objet d'un dédain nettement exprimé : sa sculpture » manque de grâce; elle est bien loin de la perfection et » de l'art qui a présidé à l'exécution de la sculpture du > xm*" siècle. Cela peut être vrai; mais qu'importe le détail D quand la masse est grande et sublime? (^). ]» Nous ne pouvions exprimer d'une manière plus concise et plus exacte le caractère monumental de ce clocher, qu'en citant les paroles de Tarchitecte chargé de sa restauration.

Le clocher Saint-Michel se divisait en deux parties bien distinctes : la tour exagone de i5l^\6 jusqu'à la dernière galerie, flanquée de six piliers ou contre-forts terminés par des clochetons, que le peuple appelait, dans son langage pittoresque, las fiUoles deu cloquey, et la grande flèche décagone qui reposait sur la tour et s'élevait à 54''"84. Hauteur totale, d'après Baurein, 400 mètres, en y comprenant la croix en fer.

Voici le tableau chronologique des principaux événements qui se rapportent au clocher Saint-Michel :

1492. Achèvement du clocher. Pose de la croix. (Baurein, Variétés bordeloises, t. V, p. 181 ; Extraits du manuscrit de P. Du Grava, notes et preuves, p. 275.)

0) P. Abadie, Restauration de la tour isolée. Bordeaux, Gounouilhou, 1857, în-8«, p. 3.

1493. Le 3 avril, visite du clocher par plusieurs experts, afin de rassurer la population sur la solidité de Tédifice. (Manuscrit de P. du Grava, notes et preuves, p. 276.)

1 494. Le 25 juin, un des piliers du clocher, vers la croix, est ébranlé par un ouragan. (Notes et preuves, p. 277.)

1495. Construction des petits piliers placés entre les contre-forts. Cette même année eurent lieu quelques réparations aux petites pyramides, appelées par le peuple las filholes deu duchey, que la turméte darroquet, dit du Grava.

1 574. « Le cinquiesme décembre, à minuict, l'orage fut si grand et si impétueux, qu'il emporta le bout du clocher Saint-Michel, le gastant en plusieurs endroits. » {Chronique de de Lurbe, édit. de 1619, p. 46, yo,)

1575. Reconstruction de la voûte du charnier. Ce millésime est gravé sur la voûte.

1589. Les 22 mars et l«r avril, émeute réprimée par le maréchal de Matignon. Les ligueurs s'étaient retranchés dans le cimetière et dans le clocher Saint-Michel, dont le maréchal fît le siège avec deux cents hommes, tant gentilshommes que lansquenets. {Chronique bordelaise, par J. d'Ârnal, édition de 1620, p. 56, v^. ^ Archives historiques du département de la Gironde, 1859, p. 105.)

1635. Les 10 mai et 15 juin, émeute par suite d'un impôt sur les cabaretiers. La tour Saint-Michel est occupée par les troupes du duc d'Ëpernon. (Dom Devienne, Histoire de Bordeaux, i^ partie, p. 257.)

1649. « Lors des troubles de la Fronde, il y eut des assemblées à Saint- » Michel où le peuple était consulté sur les conditions signées pour B apaiser les troubles de la province de Guienne et ville de Bor^ > deaux. » (Fonteneil, Histoire des mouvements de Bourdeaux, p. 126.)

1675. Le 26 mai, nouvelle émeute : le peuple se soulève aux cris de : Mort aux gabeleurs ! vive le Roi sans gabelle î Les séditieux occupent le quartier Saint-Michel et sonnent le befîfroy. (Guienne historique et monumentale, t. II, 3« partie, p. 251.)

1675. Le 22 novembre, les cloches de SaintrMichel et de Saini-Eulalie sont déposées avec les armes des Bourgeois au Château-Trompette. (Dom Devienne, Histoire de Bordeaux, p. 497.)

1676. « Proclamât pour la démolition entière du clocher de la paroisse Saint-Michel, conformément à l'ordre du Roy et ordonnance de M^r le maréchal d'Albret, gouverneur de la province. . . Leu et pu-

SAÎÎfT-MICnEL. %9

blié à son de trompe, le dit jour {12 janvier), par les lieux accoutumés de la présente ville... • Personne ne s'étant présenté pour cette démolition» ce proclamât ftit de nouveau publié à son de trompe, les 25, 29 janvier et l^r février de la même année. {Archives historiques du département de la Gironde, 1862, t. HT, p. 247.)

Le refus de démolir la tour Saint-Michel est un acte qui fait honneur à la population bordelaise du xvii" siècle. Et pourtant quelle époque néfaste que cette année 1676, où la continuité des vexations, Tatrocité des désordres qyi se commirent et l'impunité assurée aux troupes royales, déterminèrent la plus grande partie des habitants de Bordeaux, malgré les ordonnances du gouvernement et des jurats, à quitter la ville. Quinze cents maisons devinrent désertes; la violence, le meurtre, Tincendie, s'accomplissaient impunément, et les jurats écrivaient au secrétaire d'État : « Nous sommes les magistrats d'une ville désolée (^). 5> Cependant, le clocher Saint-Michel resta debout; et les troupes du maréchal JAlbret, qui pillaient les maisons, et qui vendaient les meubles à l'encan, n'osèrent saper la forteresse populaire. « Le roi, dit Dom Devienne, fut touché du refus des habitants à détruire le plus beau monument de la ville. Cette considération, que l'on fit valoir avec plusieurs autres, permit qu'on laissât subsister le clocher Saint-Michel. i> Nous acceptons volontiers ces sentiments de pitié et de commisération, mais observons que l'autorité royale faisait alors procéder à l'agrandissement du Château-Trompette, à la construction du fort Louis ; il était donc tout naturel que ne pouvant obtenir la démolition volontaire du clocher, on eût la pensée de transformer la tour en citadelle, comme le prouve le projet de Vauban, fait à Bayonne, le 16 avril 1680.

P) Dom Dcvirnne, Hixtoire de Bordeaux, l*"» partie, p. 497, i98, 499.

a On peut dire qu elle commande du mousquet tout le quartier des mutins, et que toutes les fois qu'il y aura trente hommes dedans, il est impossible qu'on y puisse faire aucun mouvement ni assemblée considérable qui n'en soit découverte (*). »

1689. Le 22 janvier, la foudre tomba sur le clocher Saint-Micbel. {Antiquifés bordelaises, p. 345.)

1691. Cloches remises dans la tour Saintp-Micbel. « Deux des quatre cloches déposées an Château-Trompette furent rendues à Saint- Michel, seize ans après Témeute. Oe ces deux cloches, Tune se brisa dans le transport , l'autre fut remise en place ; mais nous l'avons en vain cherchée; elle a été sans doute refondue plus tard. • (L'abbé Pardiac, Notice sur les cloches de Bordeaux, p. 52.)

1752. Le 30 janvier, délibération de la fabrique pour faire réparer le clocher, vu son état de vétusté, son importance monumentale, et qu'il sert de balize aux navigateurs. (Archives de la fabrique.)

1755. Du 30 août, projet de Portier, architecte, pour la réparation du clocher Saint-Michel. Ce projet s'élevait à la somme de 41,407 fr. 10 sous. Dans une note, Portier avoue que la dépense sera plus forte que la première évaluation de son mémoire. « Cette réparation, dit Baurein, avait été entreprise par l'influence de M. de Tourny. n y trouva sans doute des difûcultés insurmontables , puisque ses bonnes intentions ne furent pas effectuées. » D'après les archives de la fabrique , ces difficultés provenaient du manque de fonds, bien qu'une quête générale eût été autorisée par Mi' Louis-Jacques- Âudibert de Lussan, le 5 février 1722, et permise par ordonnance des jurats du 17 février de la même année.

1768. Le 8 septembre. Un ouragan renverse la flèche du clocher de Saint-Michel, dont il restait encore 72 pieds. (Bemadau, Annales de Bordeaux, p. 203.)

1769. Deuxième projet de restauration du clocher Saint-Michel; par M. Mansart de Lévy, chevalier, comte de Sagonne, ingénieur et architecte du roy et de son Académie royaUe, en la première classe, ainsy que premier architecte des États et Province de Bourgogne. Ce projet, accompagné d'un devis très détaillé, fait

(') L. de Lamolhc. Actes de l'Académie de Bordeaux, p. 153. 1846.

SAINT-MICHEL. 37t

partie des archives de la fabrique. Le manque de fonds en empêcha aussi l'exécution, et cette circonstance fut fort heureuse, car jamais projet moins en harmonie avec le reste de l'édifice ne pouvait être rêvé pour la restauration du clocher.

1810. Troisième projet de restauration; par M. Combes. (Les plans et devis de ce travail font partie de la collection de M. Jules Delpit.)

1822. Établissement du télégraphe sur la tour Saint-Michel.

1847. Quatrième projet de restauration complète du clocher; par M. Durand, architecte, élève de M. Bonfin fils. (Les plans de ce projet appartiennent à M. Gh. Durand fils, architecte à Bordeaux.)

1853. Enlèvement du télégraphe aérien, par suite de l'adoption du télégraphe électrique.

1858. 19 juillet. Sur le Rapport de M. Balaresque, le Conseil municipal vote une subvention de 80,000 fr. pour la restauration complète de la tour Saint-Michel. (Voir les journaux de l'époque.)

1860. 13 août. Adoption du projet de M. Abadie, pour la restauration du clocher.

Ce même mois, le Conseil d'arrondissement, sur la proposition de M. Calixte Dupont, émet le vœu que le département et rÉtat veuillent bien seconder le généreXix sacriQce que la ville de Bordeaux et la fabrique de Saint-Michel viennent de s'imposer, en votant, la première, 80,000 fr., et la deuxième, 40,000 fr., pour la complète restauration de la tour isolée de Saint-Michel.

Le Conseil général, sur la présentation de M. le Préfet, vote une somme de 15,000 fr. pour concourir au rétablissement du clocher, et M. le Ministre des Cultes alloue, pour le même motif, une première somme de 5,000 fr.

En outre de ces allocations, un appel fut adressé à tous les amis des arts pour compléter les fonds nécessaires à Texécution des travaux. M'*^ le Cardinal Donnet, M. Duffour Dubergier, ancien maire de Bordeaux, M. le Curé de Saint- Michel, MM. les Fabriciens, et la Société française d'Archéologie, furent les principaux souscripteurs. Ces souscriptions produisirent environ 58,000 fr.

HTl ÉGLISE

Enfin, le 29 janvier 1861, commencèrent les premières traces pour rétablissement de la palissade qui clôture le chantier; l e !•' février, la construction des bureaux de l'agence; le 11 avril, les fouilles au nord, au pied de la tour; le 22 du même mois, le transport dans les fouilles des ossements du charnier; le 22 mai, travaux d'arrachements au pied de la tour septentrionale (*), et le 5 février 1862, démolition des ruines de la souche de l'ancienne flèche pour établir la base de la flèche nouvelle. Les travaux s'exécutent sous la direction de M. Paul Abadie, de Bordeaux, architecte du Gouvernement, assisté de M. Antoine Lambert. M. Danjou a l'entreprise générale de l'œuvre.

A cette heure, la vieille tour est hérissée d'échaffauds et de grues; au milieu de matériaux amoncelés, travaillent activement de nombreux tailleurs de pierres; aux divers étages, et jusqu'au sommet du clocher, de hardis ouvriers recimentent les assises et reconstruisent les parties ruinées de l'édifice (*). Encore quelques mois, et la tour Saint-Michel,

(^) Dans toutes les fouilles (aites autour du clocher, les traces du souterrain dont parle l'abbé Baurein {Variétés bordeloises, t. V, p. 153), n'ont pas été retrouvées. (Note de M. Lambert, inspecteur des travaux.)

(*) Au nombre des parties totalement ruinées et qui viennent d'être refaites à neuf, il faut citer l'ancienne galerie du premier étage. Sur la corniche de cette galerie se développait une inscription d'environ 30 mètres de longueur, en caractère du xv« siècle; les lettres sculptées occupaient O^SO ; ce qui porte l'inscription totale à 150 lettres environ. Sur ce nombre, il en restait 4 ou 5 lisibles, 10 à 12 brisées, ou ne laissant voir que des fragments très frustes; le reste était complètement mutilé.

Nous tenons ces détails de M. Lambert, inspecteur des travaux, et nous avons pensé devoir les mentionner, afin d'établir que cette inscription était illisible ; puis les lettres étaient sculptées dans la masse, et tenaient par conséquent aux assises de la galerie. D'après Tarchitecte, l'état de vétusté de cette partie du clocher exij^eant une reprise totale, les fragments de l'ancienne inscription ont dû disparaître.

Mentionnons également la disparition d'une pierre portant un monogramme assez semblable à ceux qui se trouvent au bas des statues de la porte nord et sur le rétable saint Joseph. Celte marque ou monogramme se voyait sur la favado nord-oucsl du clocher, à 15 mètres environ du sul.

SlINTMICHtL. 973

complètement restaurée, embellira de nouveau noire cité du monument le plus imposant et le plus élevé du midi de la France.

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