‹ Description des œuvres d'art qui décorent les édifices publics de la ville de BordeauxChapitre 35 sur 77 · ET UNE MAISON AUJOURD'HUI DÉMOLIE · texte numérisé non relu

ET UNE MAISON AUJOURD'HUI DÉMOLIE

Bien que le bas-relief dont il est ici question ne soit pas d'une grande valeur, nous aimons à signaler cet acte de conservation dont on ne saurait trop recommander Texemple.

Dans la chapelle Bonne-Nouvelle est un bas-relief en plâtre, signé : de Coèffard, i854. (Louis de Coëffard, artiste vivant, résidant à Bordeaux, élève de M. Maggesi.)

Cet ouvrage, qui a pour sujet Les funérailles de la Vierge, est ainsi composé : Le corps de la sainte mère du Sauveur, placé sur un brancard, occupe le centre de la composition ; les douze Apôtres et deux enfants portant des flambeaux, forment le funèbre cortège; un ange ouvre la marche.

La disposition de cette scène est inspirée d'un vitrail de la cathédrale de Munich, disposition qui avait été imposée à Tartiste.

Ce projet de bas-relief devait faire partie de Tensemble d'un autel en style du xv" siècle, coniposé par M. Ferrand, ancien architecte du mobilier de la fabrique Saint-Michel. Des difficultés administratives étant survenues, Tarcbitecte crut devoir se retirer, et ce projet n'eut pas de suite.

Vers 1856, un nouveau projet d'autel fut dressé par M. Lafargue fils, architecte de Bordeaux. L'ensemble de cet autel devait être en métal; quatre bas-reliefs décoraient le rétable, et derrière le tabernacle, sur un trône, apparaissait une Vierge-Mère, assise et tenant Tenfant Jésus bénissant le Monde. Les frais que nécessitait ce projet en arrêtèrent tout d'abord l'exécution. Les bronzes seuls furent modelés par M. de Coëffard. Plus tard, la reconstruction du sanctuaire a motivé l'ajournement des œuvres complémentaires de l'autel de la Vierge.

Bas-relief de la chapelle du Saint-Sépulcre.

La chapelle dite du Saint-Sépulcre emprunte son nom du bas-relief qui décore le rétable de cette chapelle. Ce bas-relief a pour sujet : l'Ensevelissement de Jésus-Christ.

Au premier plan, le Christ, de grandeur naturelle, roidi par la mort, est étendu sur un linceul. Joseph d'Arimathie supporte la tête du Sauveur, et Nicodème soutient les jambes. Ces deux personnages sont agenouillés et richement vêtus, pour rappeler leur qualité de sénateurs. Derrière le Christ, la sainte Vierge , les bras croisés sur la poitrine, regarde son divin Fils avec douleur; à droite de la Vierge, saint Jean tient la couronne d'épines; à l'opposé, Marie-Magdeleine et Marie, mère de Jacques, portent des vases de parfums. Ces quatre personnages sont également agenouillés.

Dans le fond de la scène, et debout, apparaissent les saintes

SAINT-UlCnEL. 293

femmes Salomé et Véronique; à rarrière-plan^ les trois croix du Calvaire et les deux larrons attachés sur leurs croix.

Ce bas- relief est entouré d'une grande arcature ogivale flanquée de deux petits pinacles. Sur les moulures prismatiques de Tarcature se détachent six bustes d'anges, soutenus par des nuages et tenant dans leurs mains les instruments de la Passion ; au sommet de Togive, Dieu le Père, la tète couronnée du nimbe, porte le Monde symbolisé par une boule, et bénit à la manière latine.

Cette sculpture est intéressante par le caractère des personnages, dont les sentiments de douleur sont naïvement exprimés; mais Texécution manque de moelleux, de souplesse, et rarrangement des figures est trop symétrique. Bien que Tarcature et les l^endes inscrites sur les bordures des vêtements de Joseph d'Arimathie et de Magdeleine indiquent le style du xv^ siècle, le type des figures et le choix des costumes appartiennent évidemment à la première période de la Renaissance.

Ce bas-relief, d'après M. de Lamothe, était autrefois couvert de peintures qui ont été enlevées vers 1840. Ce nettoyage a dû bien certainement altérer le modelé des figures et des extrémités.

Sur les crédences placées aux côtés du tombeau (ce dernier ouvrage est moderne), se remarquent deux écus : l'un porte une maison ou château, couronné de trois pignons, et Tautre est composé d'un chevron accompagné de trois étoiles en chef et en pointe d'un croissant. La couleur du champ est effacée.

Bas-reliefs en alb&tre provenant de la chapelle Saint- Jean.

Vers 1840, l'ancien rétable de la chapelle Saintr-Jean fut mis à découvert par l'enlèvement de quelques boiseries. Dans ce rétable figuraient neuf petits bas-reliefs en albâtre, style

'J9i tOLISB

du xV siècle; ils ont été placés dans te soubassement de l'autel Saint- Joseph.

Ces sculptures, abritées sous de petites arcades trilobées, proviennent de l'ancienne chapelle Saint-Jean , ainsi que nous venons de le dire; mais elles appartenaient évidemment à ta décoration d'un ancien autel de la chapelle de la Viei^, comme le prouvent les sujets de la plus grande partie de ces compositions.

1° Saint Jean le Précurseur, portant Pagneau sur aon bras gauche.

2° L'Incarnation. La Vierçe debout, vêtue d'une robe très ample, la tête couronnée, se retourne vers l'archange Gabriel, qui tient une banderolle flottante. Dieu le Père, sous ta flgure d'un vieux roi, apparaît en avant de Farchange. L'Enrant-Jésus sort de la bouche du Père étemel et se précipite dans le sein de la Viei^.

Au bas de la composition, de<jx thuriréraires, à doubles paires d'ailes, vêtus de cottes de mailles comme l'ange Gabriel, encensent la divine Mère.

3* La Nativité. L'Enfant-Jésus debout , tenant la croix, est entouré d'un nimbe rayonnant; la Viei^, saint Joseph et deux autres personnages sont en adoration devant TEnrant divin. Au-dessus de la tète du petit Jésus se voient le bœuf et l'âne de l'étable de Bethléem, et l'ange annonçant aux bei^rs la naissance du Sauveur.

A' L'Adoration desMages. L'Enfant-Jésus,taiaQtsa crois, repose sur les genoux de sa sainteMëre. Dans Tangle inférieur du bas-relief, sur la droite, au-dessous de la Vierge, est assis suint Joseph-, à Tangle opposé, un des rois-mages, après avoir déoosé sa couronne à terre, s'ag^ouille dev-ant l'Eafant-Diru Ssente un calice d'or.

cond plan se trousx>nt deux autres rois, debout, is et (Hirtant l'encens ot la myrrhe ; dans le fond appa-

SAlfiTMICflEL. 295

raissent deux autres personnages secondaires, puis Dieu le Père et l'ange annonciateur.

5^ La Résurrection. Le Christ sort de son tombeau, tenant sa croix de la main gauche. Au premier plan, deux gardes endormiSy et sur les côtés du tombeau, deux autres gardes semblent éprouver un vif étonnement mêlé d'effroi; à la hauteur de la tète du Christ, deux anges agitent leurs encensoirs. Cette composition occupait le centre du rétable ; elle est de dimension plus grande que les autres bas-reliefs.

6* L'Apparition de Jésus. Le Christ apparaît au milieu de ses apôtres, au nombre de onze; Thomas n'était point encore avec eux; et bien que le texte évangélique ne parle pas de Papparition de Jésus-Christ à sa Mère, sur le premier plan se présente la Vierge, en costume de reine, exprimant un grand ravissement à la vue de son fils. Comme dans le bas-relief précédent, deux anges agitent leurs encensoirs.

7* L'Assomption de la Vierge. La Vierge, nimbée et couronnée, s'élève radieusement. Des anges entourent l'auréole; et dans le haut de la composition. Dieu le Père et Jésus- Christ.

8* Le couronnement de la Vierge. La Vierge, qui, dans tous les sujets précédents, était représentée en costume de reine, est ici plus magnifiquement vêtue, et sa tète est ornée d'une tiare ou triple couronne, surmontée d'une croix. Dieu le Père, portant la boule du Monde, est placé à droite de la Vierge; à sa gauche est le Christ, tenant le signe de la Rédemption. Tous deux indiquent par leurs gestes qu'ils viennent de couronner Marie. Dans le haut de cette scène, deux anges agitent leurs encensoirs, et le Saint-Esprit, sous l'emblème d'une colombe, plane sur la tête de la Vierge; aux angles inférieurs, deux anges tiennent des instruments de musique.

9* Statuette de saint Joseph, travail moderne en plâtre.

Plusieurs églises de Bordeaux et du départemfflit possèdent de ces petits bas-reliefs en albâtre, qui datent presque tous du XV* siècle. Signalons entre autres ceux de Saintr-André et Saint-Seurin, et ceux des ^lises rurales de Gaslelnau, Soussans, Moulis et Avensan, dans le Médoc. Malheureusement ces curieux objets d'art ont été enlevés aux anciens autels qu'ils décoraient, et se trouvent aujourd'hui appendus aux murailles des églises, ou enchâssés dans des rétables avec lesquels ils n'ont aucun rapport de sujet, aucune harmonie de style, comme le prouvent ceux que nous venons de décrire.

Les bas-reliefs de l'église Saint-Michel ne sont pas comparables aux bas-reliefs de l'ancien maitre-autelde la collégiale Saint-Seurin, mais néanmoins ils ont un intérêt réel, et nous ne comprenons pas que dans tous les nouveaux projets d'auto pour la chapelle de la Viei^, on a'ait pas eu la pensée de replacer ces anciennes sculptures; elles auraient toujours eu l'avantage sur les œuvres modernes, et, quelle que soit l'habileté de ces dernières, d'être contemporaines de TédiSce, et d'exprimer, au point de vue de l'art, sinon la plus haute, du moins l'expression vraie d'une époque.

Dans le has-cAté nord, placé sous uo dais, décoré d'arca-

tures et de clochetons, se trouve un Christ en bois de 1*30 de

hauteur, et qui date du xv* siècle. La tète eal pleine de

calme et de simplicité; le torse et les jambes, bien que d'une

anatomie peu savante, offrent une certaine énerve d'accen-

*""*'"" Pour les bras, il est plus que douteux qu'ils aj^r-

: à l'ensemble de la figure; leur exécution est d'une

molle et d'une maladresse qui n'existe pas dans les

arties du Christ.

SAiNT-mcnEL. 397

Cette statue est recouverte de plusieurs couches de peinture qui nuisent à la finesse du modelé. Au-dessous des arcatures géminées du dais qui recouvre le Christ est un ange, tenant un blason, dans un état bien fruste, mais qui est sûrement celui du donateur.

Anciennement ce Christ était placé le long du pilier qui sépare les chapelles du Saint-Esprit et de Bonne-Nouvelle.

Statues isolées.

A Textrémité du transsept nord et au-dessus de la baie de la porte, sont placées les figures en ronde -bosse d'Adam et d'Eve, puis un Ecce Homo, accompagné de la Vierge et de saint Jean. Ces statues nous paraissent émaner des artistes qui exécutèrent Tornementation extérieure du portail septentrional; elles en ont le même faire, les mêmes proportions et les mêmes caractères.

Dans la chapelle des fonts baptismaux se trouve provisoirement déposé une Pièla du xv* siècle, groupe en pierre de grandeur naturelle et recouvert en grande partie de peinture. Le Christ est d'une exécution peu remarquable; la figure de la Yiei^ ne manque pas de vérité , mais elle est d'un type trop vulgaire.

Ce groupe était autrefois dans le clocher, dont il décorait une chapelle placée au-dessus du caveau. Lors du transport de cette sculpture , des manœuvres maladroits ont brisé le bras gauche du Christ et la main de la Vierge.

Une autre statue en pierre, mais anciennement mutilée, provient également du clocher ; elle est déposée dans la chapelle des fonts, comme le groupe précédent. Cette statue, richement vêtue, recouverte d'un ample manteau sous lequel se groupent de nombreuses petites figurines, représente

sainte Ursule, fille de Nothus, roi de Bretagne , allant de Rome à Cologne pour y subir le martyre, accompagnée de vierges et de saints évoques.

Autel de la chapelle Saint-Joseph.

L'autel Saint-Joseph, en pierre de Taillebourg, est une œuvre bien supérieure à toutes celles que nous venons de signaler, soit par Timportance de Tensemble, soit par le nombre et le fini des détails. Puis cet autel, d'une ornementation si gracieuse, est cependant un monument funéraire.

Nous n'avons pas la prétention de décrire cette riche composition ; en voici seulement les dispositions générales :

Le rétable s'élève en placage sur le mur oriental de la chapelle; il en occupe à peu près toute la surface. En arrière d'un tombeau d'autel en bois, tout moderne, se dévdoppe un soubassement de ^"'ôS de longueur, ^'"SS de hauteur et 35 centimètres de saillie. Deux colonnettes et deux pilastres placés aux angles, supportent une corniche dont la frise, ornementée de rinceaux, présente, au centre, une tête vue de profil et coiffée d'un casque pourvu d'ailes. Cette figure, suivant notre avis , n'exprime point l'édificateur du monument, comme quelques écrivains l'ont avancé; elle nous paraît plutôt une image symbolique, et placée là au même titre que les médaillons des côtés latéraux, les pélicans, les cerb et divers autres emblèmes qui se reproduisent dans toute l'ornementation.

Au milieu du soubassement est un encadrement rectangulaire où se trouvent enchâssés les bas -reliefs en albâtre que nous avons déjà décrits (p. 294). Dans cet encadre* ment devait être dès l'origine la figure, le bas-relief ou l'inscription qui désignait le personnage en l'honneur du-

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quel ce monument avait été édifié. Ces dégradations^ dont les vieillards de la paroisse n'ont pas conservé le souvenir, doivent remonter aux troubles populaires du xvii' siècle, alors que le clocher Saint-Michel était le quartier général de la révolte.

Au-dessus du soubassement se développe le rétable composé de trois niches à fonds plats, séparées par des colonnettes en spirales et à chapiteaux feuillus. Au droit des pilastres du soubassement, s'élevant à la hauteur des colonnettes, se dressent de nouveaux pilastres, évasés dans leur centre afin d'y recevoir des statues (projetées ou disparues). Dans les trois niches se trouvent trois figures, grandeur demi-nature; au centre, la Vierge portant FEnfant-Jésus, et au-dessus de la Vierge, deux anges tenant une couronne. A droite de la Vierge , sainte Catherine ayant à la main gauche une épée nue et s'appuyant sur la roue de son martyre; à gauche, sainte Barbe près d'une tour et tenant un livre ouvert. Ces statues reposent sur des consoles, ou plutdt sur des monceaux d'ossements ; elles sont abritées sous de petits dais arrondis en forme de coquille, et ces dais se terminent par une superposition de petites colonnettes et de petits pilastres sur lesquels s'étagent de microscopiques statuettes. Enfin, sur le sommet de ces dais élégants sont posées trois couronnes. La niche du centre a plus d'élévation que les deux latérales ; cela donne à l'ensemble de la composition une forme plus pyramidale et partant plus gracieuse. Sur le flanc de l'autel, du côté de la nef, est une jolie crédence, ciselée comme une pièce d'orfèvrerie. Les meneaux de la fenêtre qui éclaire la chapelle ; les nervures des voûtes retombant sur des consoles décorées des images symboliques des évangélistes ; des clefs pendantes attachées aux points d'intersection des arcs qui s'entre-croisent aux voûtes, rappellent dans leur masse les données gothiques, mais, pour les détails, reproduisent l'or-

nementation du rétable, où des traits gracieux s'enlacent avec la plus abondante fantaisie. Les diverses parties de Fautel sont recouvertes de festons empruntés aux mouvements capricieux des branches et des fleurs, et s'épanouissent dans une fécondité qui lasse Tobservateur. Mais n'oublions pas de bien constater que les éléments les plus nombreux qui concourent à Fomementation de ce monument et en caractérisent la vraie signiQcation, sont des crânes et des ossements humains. Ces lugubres objets ont été disposés d'une façon si ingénieuse, que, loin d'attrister les regards, ils plaisent par leur arrangement et participent puissamment à TefTet gracieux de F^isemble.

Les trois statues qui occupent le milieu du rétable présentent trop d'exagération dans leur pose; les tètes accusent Fétude du modelé, mais elles ne s'attachent pas parfaitement aux corps. La plus naturelle de ces statues, et dont l'exécution nous parait mieux comprise, est celle de la divine Mère, qui a de l'analogie avec une statuette en ivoire de Catherine de Médicis reproduite sous les attributs de la Vierge, et que Ton soupçonne être l'œuvre de Germain Pilon (^). Nous ne prétendons pas attribuer à ce maître ou à quelques-uns de ses élèves les statues dont nous venons de parler. Nous ne faisons ici qu'un rapprochement pour mieux expliquer le caractère général de ces figures qui trahissent Finfluence des grands maîtres de la Renaissance (^). Puis il est présumable que nous ne voyons pas ces statues dans leur état natif; elles ont dû subir, comme l'ensemble du rétable, bien des mutilations; et souvent, sous le prétexte de les restaurer, le râcloir et le badigeon, ces moyens heureux pour remettre à neuf nos vieux monu-

0) Cabinet de M. Goelhals Danel, à Courtray.

(') Sur le flanc méridional de ce rétable est un monogramme <pii a beaucoup d'analogie avec ceux placés sur les socles des statues des Rois, à la porte nord, et celui qui était autrefois encastré sur la face nord-ouest du clocher.

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ments, n'ont sans doute pas été négligés. Et devons-nous en être surpris» lorsqu'en plein xnc* siècle, après les foudroyantes apostrophes des Victor Hugo et des Montalembert adressées à toutes les écoles de vandales, nous avons vu ravaler les frontons des hôtels de la Douane et de la Bourse, sous le prétexte que cette couleur sombre de la pierre déplaisait à des yeux délicats.

Revenons au beau rétable de Téglise Saint-Michel. Après rintérêt artistique de Tœuvre, un intérêt non moins grand préoccupe l'observateur. Quel a été Tordonnateur de ce monument, et quel est le personnage qui en a motivé Tédiflcation? Nul document, jusqu'à ce jour, n'aide à répondre à ces demandes ; la tradition reste muette, et nos vieux chroniqueurs, qui ont enregistré soigneusement l'époque où des loups, étant entrés dans Bordeaux, y dévorèrent des chiens, et l'étoile brillante qui apparut en plein midi en 1566, ont négligé de nous apprendre les motifs de la fondation de cette splendide chapelle. A défaut de titres authentiques, voici le résultat de notre examen, mais que nous ne présentons qu'à titre de conjecture :

Le monument de la chapelle Saint- Joseph doit être un cénotaphe, c'est-à-dire un tombeau-vide, érigé vers la fm du xvi* siècle, à la mémoire d'un personnage de la famille royale de France, ainsi que semblent le prouver la couronne et l'écu placés sur le côté méridional, au-dessus de la crédence.

Les statues qui décorent ce monument représentent la Vierge-Mère, sainte Barbe et sainte Catherine; elles ne peuvent avoir été arbitrairement choisies par l'architecte, le sculpteur ou l'ordonnateur de l'œuvre : ces statues rappellent donc évidemment ici le souvenir d'une princesse. La Vierge, cette protectrice née des affligés, devait naturellement figurer sur un monument élevé par la douleur; sainte Barbe a été souvent invoquée pour préparer à une bonne mort, et la présence de sainte Catherine s'expliquerait comme étant la

patronne d'une princesse dont la mémoire était liée à cette fondation. Il est facile de prévoir la déduction de ces remarques. Ce cénotaphe aurait été érigé, soit en souvenir de Catherine de Médicis, sous le règne de son fils Henri III, dont le nom se trouve inscrit dans la balustrade extérieure de Tancienne chapelle Saint-Marc (^) ; ou bien à la mémoire de Charles IX, qui, lors de son passage à Bordeaux, avait institué deux foires franches, institution pour laquelle les habitants de la paroisse Saint-Michel (centre du commerce bordelais) durent être particulièrement reconnaissants, et dès lors très sympathiques au jeune roi . La nouvelle de sa mort affreuse dut impressionner les marchands et les bourgeois de Bordeaux; ils s'unirent pour élever à ce prince une chapelle funéraire, et siu* laquelle ils pensèrent devoir ériger, au point de vue du droit et de la politique, Timage de sainte Catherine, patronne de la reine-mère.

Après tout, si nos conjectures doivent être anéanties par des suppositions ou des recherches plus heureuses, nous nous féliciterons de les avoir provoquées.

(^) Cette balustrade ornée devrait être placée à Textërieur de la chapelle Saint -Joseph, et c'est sans doute le peu d'écartement des contre-forto de cette dernière chapelle qui a nécessité Tobligation d'insérer dans la balustrade de la chapelle Saint-Marc l'inscription ci-après : henri de valois rai. Ce dernier mot est diversement interprêté. La lettre R paraît être accouplée d'un v, et formerait alors, au lieu de Rai (pour Rey, Roi), le mot vrai qui, joint au motif d'ornementation qui suit et peut-être considéré comme un zéro, composerait une épigramme à l'adresse de Henri III.

Au-dessous de ces lettres ornées, sur la corniche du chëneau, se trouve une longue inscription, datée de 1581, et qui doit très probablement se rattachera la fondation de la chapelle Saint-Joseph. Nous n'avons pu lire cette inscription, vu son état fruste et sa hauteur du sol ; mais nous la signalons, afin que la lecture n'en soit pas négligée lorsque les circonstances en permettront le relevé.

Dans la tourelle occidentale du portail nord , en descendant quelques degrés, se trouve la porte d'un caveau placé sous la chapelle Saint-Joseph. Ce caveau a été comblé , dans le cours du siècle dernier, pour l'ensevelissement de prêtres bénéficiers, comme l'indique un ancien plan conservé dans les archives de la fabrique, et la visite de ce caveau ne serait actuellement possible qu'après quelques travaux dispendieux.

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VITRAUX

Uaspect intérieur de Péglise Saint-Micbel, avons-nous dit déjà, est d'un effet imposant et grandiose; mais grâce surtout aux nombreuses fenêtres des chapelles, de la nef, du transsept et du chœur, resplendissantes de verrières, ce monument possède une juste supériorité sur toutes les églises de notre ville.

Puis, il résulte de la présence d'un si grand nombre de vitraux dans Téglise Saint-Michel un heureux moyen d'étudier les deux écoles modernes de nos peintres verriers, dont voici les principaux caractères : Tune, plus spécialement archéologique, et qui puise ses inspirations dans Fétude des vieux maîtres de Bombes, du Mans et de Chartres; et Tautre, qui s'abandonne parfois au réalisme le moins châtié, et, bien que s'inspirant des grands artistes vénitiens de la Renaissance, possède un sentiment très individuel.

Nous diviserons en trois parties la description des peintures sur verre de cette église : Vitraux anciens, vitraux de M. Maréchal, de Metz, et enfin les vitraux de notre bordelais d'adoption, M. Joseph Villiet.

Vitraux anciens.

 part le vitrail de la chapelle Bonne-Nouvelle représentant Y Arbre de Jessé, et celui de la grande fenêtre absidale où sont figurés les patriarches : Noé, Abraham, Isaac, Jacob, Joseph et Moïse (^), tous les vieux vitraux de l'église Saint-

(^) Les noms soulignés indiquent les figures refaites par M. Villiet en 1853 ; le même artiste a également réparé en grande partie le vitrail de Tarbre de Jessé.

Michel ne s'offrent à nous que dans un état de délabrement. Le chœur, le transsept et la nef ne possèdent que des fragments de composition ou des panneaux incomplets. Ces vitraux appartiennent au xv^ et au xvi* siècle, et, probablement [ comme à Chartres et à Bourges , furent offerts par d'anciennes corporations ou de généreux donateurs, au nombre desquels se trouvent Charles VIII et Anne de Bretagne.

Ce don royal occupe le bas-côté méridional du transsept ; il représente la sainte Vierge, accompagnée d'un évêque, d'un roi et d'une reine. Les donateurs du vitrail sont à genoux. Au sommet de l'ogive est un écusson parti de France et de Bretagne; au-dessus des armes se trouve le monogramme du peintre-verrier.

Deux autres anciennes verrières sont placées dans le chœur : l'une a pour sujet de décoration un saint Antoine et un saint Christophe, et l'autre saint Michel, en costume de chevalier du moyen âge, le heaume sur la tète et armé de toutes pièces. Dans le même vitrail est une deuxième représentation de saint Michel, également revêtu d'une armure, mais la tète nue; puis deux anges, avec chasubles et des ailes de paon; saint Jean-Baptiste et saint Sébastien.

Ces derniers vitraux, provisoirement enlevés pour la reconstruction du chœur, sont actuellement démontés et mis dans des caisses, et leur description n'a pu être faite qu'à l'aide de faibles souvenirs.

Dans le transsept méridional, à la fenêtre orientale divisée par quatre panneaux, se voient sous des dais, en demi-coupoles, les bustes suivants : Un évêque tenant sa crosse, saint Joseph, la Vierge-Mère et saint Michel. Au-dessus de ces trois dernières figures se trouvent des blasons, et dans les meneaux de l'ogive des anges, une fleur de lis et diverses pièces provenant d'autres verrières.

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Dans le transsept nord , à Tune des croisées au levant, se voient les restes d'un ancien vitrail de la fin de la Renaissance; des anges occupent les ogives; au-dessous de petits frontons , d'autres anges soulèvent des rideaux et découvrent deux médaillons elliptiques renfermant les bustes d'un roi et d'une reine vus de profil.

Dans la nef, toujours sur le côté nord, aux fenêtres des dernières travées, se remarquent encore des fragments de vitraux du xv* siècle, bien supérieurs aux précédents : leur couleur est plus vigoureuse, et quelques tètes sont pleines de caractère. A la première baie est un personnage à genoux, vêtu richement; c'est évidemment le donateur du vitrail; derrière lui, saint Pierre tenant les clefs, puis un saint Michel terrassant le démon.

A la seconde croisée , les quatre panneaux présentent les sujets suivants : 1** la Vierge et l'Enfant- Jésus essayant ses premiers pas dans une promène à roulettes; ^ le donateur; S"" un saint Évêque ; 4° le Christ sur les genoux de la Vierge- Mère. Au sommet de l'ogive, le Christ crucifié; dans les meneaux, la Vierge, saint Jean et des anges tenant les instruments de la Passion.

Malgré l'état de ruine de tous ces vitraux, espérons qu'ils seront soigneusement conservés. Ces divers fragments, ce monogramme, ces blasons, ces costumes, sont des documents pour notre histoire locale. Nous ignorons si ces vitraux ont été peints par des artistes de la localité; cela pourrait être, et alors il y aurait un fait curieux à constater : En 1462, Bordeaux, qui avait au plus 50,000 âmes, trouvait dans son sein des peintres-verriers pour décorer ses nombreuses églises; en 1862, cette même ville, à la veille de compter 200,000 habitants, est obligée d'avoir recours à des artistes de Metz ou de l'école de Clermont. Quoi qu'il en soit, souvenons-nous des instructions ministérielles sur l'entretieu

des vitraux coloriés, et ne suivons pas les conseils c de certaines gens qui déclarent qu'il est inutile de réparer ces vieilles vitres disloquées, puisque, disent-ils, aujourd'hui on a retrouvé le secret pour en faire de toutes neuves ! i> {Principes d* archéologie pratique, 4'* édit., p. 189.)

VITIUCX PEINTS PAR M. HARÉGHAL.

M. Maréchal (Charles-Laurent), né et résidant à Metz, élève de Régnault, est un des artistes les plus distingués de Fécole moderne. Nous nous bornerons à rappeler qu'il est Fauteur des peintures sur verre de l'église Saint-Vincent-de-Paule, à Paris ; des vitraux de l'Hôtel-de-Ville et de la cathédrale de Metz, et des immenses verrières qui décoraient le Palais de rindustrie lors de l'Exposition universelle de 1855, dont les sujets étaient : La France conviant les nations à l'Exposition universelle, et l'Équité présidant à l'accroissement des échanges. M. Maréchal est également l'auteur d'un grand nombre de beaux pastels qui ont eu, aux Salons de Paris, de grands et légitimes succès (^). Aussi, malgré les critiques plus ou moins . fondées que les archéophiles et les puristes peuvent adresser à M. Maréchal sur les vitraux de Saint- Michel, nous n'hésitons pas à féliciter la fabrique du choix heureux qu'elle a fait de cet artiste pour concourir à l'embellissement de son église.

L'église Saint-Michel possède jusqu'à présent onze vitraux de M. Maréchal. Nous en commencerons l'énumération par ceux du chœur, les premiers en date, et sur lesquels sa fixent les regards dès l'entrée dans la nef.

(*) Voici la désignation des récompenses obtenues par M. Maréchal aux expositions de Paris : Médaille de 3« classe, 1840; niéd. de 2* cl., 1841; de Ire cl., 1842; chevalier de la Légion-d'Honneur, 1846.

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Vitraux du choeur.

Dans la fenêtre de Tabside, divisée en trois panneaux, le panneau central a pour sujet la Saùite Trinité : Dieu le père» en costume de pape; Dieu le fils, et, dans Togive, le Saint- Esprit les ailes déployées. A droite, saint Michel terrassant le démon, et à gauche, l'Apparition de Tarchange au pape Grégoire-le-Grand, apparition qui eut lieu à Rome sur remplacement du tombeau d'Adrien , aujourd'hui le château Saint-Ange. (Voir la Légende dorée, de J. de Yoragine.)

Ces vitraux ont été exécutés dans les années 1850 et 1851; la fabrique en a fait tous les frais.

La chapelle de la Vierge, au nord de Fabside, a deux fenêtres. Le vitrail de Tune représente la scène de Y Annonciation; il a été donné par M. Guichard, ancieu trésorier de la fabrique. L'autre vitrail, ayant pour sujet le Couronne" ment de la Vierge, est un don de MM. Guillaume Moraud et Louis Collas.

Ces verrières, comme toutes celles de M. Maréchal, sont des vitraux-tableaux, avec personnages de grandeur naturelle.

La chapelle au midi du sanctuaire, sous le vocable de SaintrJean-Baptiste, présente les deux scènes suivantes, datées de 1 852 : la Prédication dans le Désert et saint Jean rendant témoignage de la divinité de Jésus -Christ. Les donateurs sont M. Tardieu aîné et demoiselle Jeanne Jaubert, à condition par cette dernière que les noms des époux Funereau , ses anciens maîtres, seraient inscrits sur le tableau des bienfaiteurs de réglise Saint-Michel.

La chapelle Sainte-Anne ne possède qu'un vitrail, qui a pour motif : la Présentation de la Sainte-Vierge au temple de Jérusalem; sainte Anne et saint Joachim accompagnent Marie, qui est reçue par le grand prôtre Zacharie. Don de M. Promis aîné.

Verrière du Iranssept.

La grande fenêtre du transsept méridional, au-dessus de la porte de Canteloup, est décorée d'une verrière représentant saint Michel pesant des âmes, composition qui se trouve fréquemment au Moyen Âge sur le linteau ou le tympan des portails.

c Saint Michel est habituellement figuré avec une balance. ]» CTest, dit Eckius, afm que les simples puissent comprendre 3» que cet archange a le droit de recevoir les âmes et de ^ peser leurs mérites. Il est certain que TÉglise attribue à » saint Michel la fonction de recevoir lésâmes. Cela résulte

» des paroles de Toffertoire pour la messe des morts

1^ L'allégorie de la balance est autorisée par des passasres ^ analogues de nos livres saints. Ainsi, Job a dit : c Que ^ Dieu me pèse dans sa juste balance et connaisse ma ]» simplicité (^). 3»

M. Maréchal n'a pas suivi l'exemple des vieux imagiers : ils figuraient un démon s'efforçant de faire pencher la balance en sa faveur, c Ceci, comme le dit M. l'abbé Pascal, loin d'offrir une image édifiante et grave, tombe dans le burlesque. :» Ces détails iconographiques pouvaient avoir leur raison d'être au bon vieux temps; mais, à notre époque, serait-ce une idée bien heureuse de les reproduire?

Cette grande verrière a été exécutée, en 1856, aux frais de la fabrique et à l'aide du produit d'une souscription particulière, à laquelle contribuèrent généreusement MM. Montané et Arman, membres du Corps législatif.

(1) L*abbé Pascal, Institutions de l'art chrétien, t. II, p. 9S.

Chapelle du Sacré-Cœur (ancienne chapelle Saint-Marc).

La fenêtre de cette chapelle est ornée d'un vitrail, divisé en deux parties, c'est-à-dire le texte biblique au-dessous du texte évangélique : VOblaiion du pain el du vin par Melchisedech, roi de Salem ; — Abraham voit en esprit le nouveau sacrifice. Dans le haut du vitrail, la Cène.

A l'extrémité de Togive apparaît le Christ dans une gloire et la Hagdeleine; au-dessous de la fenêtre est Tinscription suivante :

L'an m.dccc lviii, m' le curé, les dames de charité

ET plusieurs dames BIENFAISANTES

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