‹ Description des œuvres d'art qui décorent les édifices publics de la ville de BordeauxChapitre 45 sur 77 · EN · texte numérisé non relu

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LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE D'ARCHÉOLOCIE A FAIT PLACER CETTE INSCRIPTION SOUS L'ÉPISCOPAT de S. E. LE CARDINAL DONNET. ÉTANT CURÉ M. FELLONNEAU, ET PRÉSIDENT DE LA FABRIQUE M. J. ROUSSEL

SAINT-PAUT. 385

SCULPTURE

Apothéose de saint François-Xavier.

Le maitre-autel de Saint-Paiil doit en grande partie sa magnificence au groupe en marbre placé en arrière du tabernacle, représentât VAp&thèose de saint François -Xavier, Cette scène, biaa mouvementée, empreinte d'un grand sen* timent religieux (comme on le comprenait au xviii* siècle), est une des plus belles œuvres artistiques de notre ville.

Bien que le mérite de ce groupe soit incontestablement accepté, cependant de nos jours, dans notre cité, plusieurs artistes et amateurs le connaissent peu ou point; et, fait plus surprenant encore, ce travail remarquable, qui ne date que du siècle dernier, est signalé dans plusieurs notices sous une attribution fausse ou douteuse. En voi0i quelques exemples : M. Bemadau, dans son Tableau de Bordeaux, 1810, p. 111, s'exprime ainsi : « Sur le maitre-autel de

> réglise Saint-Paul est sculpté, dans un seul bloc de marbre,

> une Apothéose de Saint-Ignace. Que oe morceau soit dû I au ciseau de Coysevox ou à celui de Cousiou Nicolas, I comme plusieurs le croiait, il n'est pas moins reconnu

> pour un chef-d'œuvre. »

Plus tard, le même chroniqueur, dans ses Notices additionnelles pour servir de suite et de complément à la continuation de T Histoire de Bordeaux, 1837, p. 369, écrit les lignes suivantes : c Les Jésuites s'établirent dans cette mai- I son (la Maison-professe) en 1637, et y firent bâtir ensuite

> l'église qui sert maintenant à la paroisse de Saint-Paul. En » 1676, cette église fut dédiée à saint Français -Xaincr,

> dont la statue, chef-d'œuvre de Coustou, orne encore le "b maitre-autel. »

386 ÉtlLISB

De cette manière, & vingt-cinq ans d^intervalle, d'après le même écrivain, cette sculpture ne représente plus le même sujet, n'est plus l'œuvre du même sculpteur.

L'avocat Bemadau peut être excusé d'attribuer indifféreramentun ouvrage de sculptureà deux artislesd'untalentdissemblable; mais on comprend moins que, contemporain de l'auteur de la statue de saint François- Xavi», il ait pu écrire si légèrement Coysevox, Nicolas Gousiou, ou simplement Goi»tou, alors qu'il y a eu trois sculpteurs habiles du même nom.

Cest probablement à ces premières et fautives notices que sont dues des erreurs plus récentes.

Dans le Compte-Rendu de la Commission des MonumetUs historiques, année 1854, p. 46, la description de l'intérieur de l'église Saint-Paul se termine ainsi : < Mais c'est surtout le ï maître-autel qui mérite d'attirer nos regards et qui excitera s Fadmiration de tous les amis du beau. Le nom seul de Tarï tiste auquel est attribué ce fragment remarquable de sculp- » ture suffirait pour commander l'attention. On suppose, en

> effet, qu'il est l'œuvre de Guillaume Coustou; il représente » V Apothéose de saint François-Xavier. >

II serait superflu de citer d'autres écrits, et surtout tes almanachs et les guides de Bordeaux les plus modernes, exprimant une fausse attribution. Il est préférable de remettre en mémoire le passage de d'Ai^nville (^), qui renferme à l'égard de la statue de saint François-Xavier les détails les plus exacts et les plus précis.

«Immédiatementaprès sa réceptionàPAcadémie, Guillaume

> Coustou fut chaîné de faire, pour le maitre-autel de l'élise » que les Jésuites avaient à Bordeaux, V Apothéose de saint » François-Xavier, figure de 7 pieds de proportion, élevée

un nuage et portée par des anges, dont un, placé sur le

'ie des fameux sculplewi drpuis la renaissance des arls, orée fa *•- Il ât Imu-s ouvrages; par il'Argt^nville. 17B8, p. t08.

SAIKT-PATL. 387

> devant) tient une couronne de fleurs. Les nuées groupent avec

> le tabernacle décoré d'ornements de bon goût et distribués

> avec une sage économie. L*envie de se faire connaître enga-

> gea Coustou à sculpter ce morceau en marbre au même prix I dont il était convenu pour Fexécuter en pierre de Tonnerre, i^

Ces lignes détruisent tous les doutes qui pouvaient exister sur la provenance de cette statue, et dispensent d'en donner la description.

Maintenant que la paternité de cette œuvre est constatée, on lira peut-être avec plus d'intérêt quelques détails anecdotiques, acceptables comme légendes, des notes biographiques sur Guillaume Coustou, et la liste des principaux ouvrages de cet habile sculpteur.

A regard de la statue de saint François-Xavier, d'anciens paroissiens de Saint-Paul ont ouï raconter, disent-ils, l'anecdote suivante :

Deux pères Jésuites se promenaient sur les bords de la Seine et y virent un superbe bloc de marbre qui semblait abandonné ou oublié; ils pensèrent que ce marbre serait bien convenable pour la statue du maitre-autel de Bordeaux ; et comme ils avaient quelques accointances auprès du Ministre, ils obtinrent la permission d'enlever le bloc. La police pensa d'abord avoir affaire à des voleurs, et mit son veto sur la continuation du transport, jusqu'à ce que le Ministre eût luimême assuré qu'il avait bien et dûment autorisé l'enlèvement du bloc par les bons Pères. De là naquit le saint François Xavier. Mais une fois hissé sur l'autel, il n'était pas au bout de ses tribulations. La Révolution de 1793 voulut lui faire un mauvais parti; heureusement, un ami des arts eut l'ingénieuse idée de le sauver en le coiffant d'un bonnet rouge (^), et alors il n'éprouva qu'une mutilation légère.

(>) Ce fait est aUesté par plusieurs anciens habitants de la paroisse Saint- Paul. En outre du bonnet rouge, on plaça dans les mains de cette statue une

388 temr.

Dans la masse d'un des nuages se voit encore la base d'une tige de lis ou d'une patme qu'un des petits anges portait dans sa main, et à laquelle on n'a pas fait grâce.

Ënfln, quelques anciens âèves de M. Lacour père, peintre, mort en 1814, disent tenir de leur maître le récit suivant :

«Pendant mon séjour à RonFje, de 1770 à 1774, me D trouvant dans une réunion d'artistes , la conversation fnt » amenée sur le talent de Guillaume Coustou. Des pension- D naîres de l'Académie de France m'adressèrent alors, en 0 qualité de Bordelais, des questions sur la statue de saint

> François -Xavier qu'ils savaient être dans une église de j Bordeaux. Quel ne fut pas mon embarras de ne pouvoir

> répondre à ces demandes, ne connaissant pas la statue » à laquelle s'adressait tant de louanges! Mais aussi plus tard, » de retour dans ma ville natale, je m'empressai de visiter

> le saint François-Xavier de Guillaume Coustou. »

Que ce récit soit vrai ou simplement un conte d'atelier, il est positif que, de nos jours encore, des amis des arts très éclairés ignorent l'existence de ce beau groupe dans l'église S»int-Paul.

La famille des Coustou s'est illustrée dans l'histoire des arts en France au xvui' siècle. Leurs noms se placent au premier rang des sculpteurs de l'école française, immédiatement après Jean Goujon et Pierre Pujet : Nicolas Coustou, 1658- 17Sâ;80nfrère, Guillaume Coustou, 1678-1746, etGaîllaume Coustou, ms du précédent, 1716-1777, furent tous les trois pensionnaires du roi à Borne, et siégèrent à l'Académie de peinture et de sculpture.

Guillaume Coustou, (Ils du sculpteur du même nom et novAu de Nicolas Coustou, naquit à Paris en 1 716. Il suivit

El une liarhe, cl àei maustarhes lui furent faites avec du charbon. Il lie de noter que tous ces actes aTaient pour but la ciinKCvalion de ce qiiable nuvrafe, qui Tnt Miivé par «on Mpecl ridicule.

SAIKT-PAVL. 381)

récole de son père et le rappelle quelquefois par la tournure et le mouvement de ses groupes. Ce jeune artiste obtint le premier prix de sculpture en ilâby el partit pour ritalie, où il séjourna cinq ans. A son retour de Rome, il aida son père malade à terminer les chevaux de Tabreuvoir de Marly, et alla les poser lui-même. En 1742, le 28 juillet, il fut reçu membre de TAcadémie, puis successivement adjoint à professeur en 1743, professeur en 1746, adjoint à recteur en 1765, recteur en 1770, et trésorier en 1774. Coustou eut également la charge de conservateur des sculptures du Louvre, et reçut la décoration de Tordre de Saint-Michel peu de jours avant sa mort, qui arriva le 13 juillet 1777.

Voici la liste de ses principaux ouvrages, en suivant leur ordre de date :

1735. Rébecca reçoit d^Éliezer les présents que lui envoie Abraham. Cette

composition lui fit obtenir le prix de Rome. 1740. Coustou travaille avec son père aux chevaux de Marly, placés

actuellement à Paris, à rentrée des Champs-Elysées, sur la pince

de la Concorde.

1742. Statuette en marbre de Vulcain; hauteur, 0'"750; elle se trouve

aujourd'hui au Louvre. C'est sur cette sculpture que Guillaume

Coustou fut reçu à TÂcadémie, le 28 juillet 1742. Salon de 1742 : n^ 52, deux têtes d'après nature. Sous le n<> 53,

un projet d'autd, représentant V Apothéose de saint Ignace, Bien que

ce projet soit inscrit dans le Catalogue du salon de 1742, sous la

désignation û*Apothéose de saint Ignace, il est présumable que ce

projet était la première pensée du grand autel de l'église de la

Maison-professe.

1743-1744. Statue de saint François-Xavier pour l'église des Jésuites

à Bordeaux, aujourd'hui Saint -Paul. Coustou n'avait alors que

vingt-huit ans.

1750. Fronton pour le château de Bellevue, représentant Galathée sur

les eaux.

1753? Apollon, statue autrefois placée dans le jardin du château de

Bellevue.

1755. Portrait de M, U maréchcU de Coigny,

1757? Marsyas montrant à jouer de la flûte à un jeune liomme,

1759? La Visitation, bas-relief en bronze pour la chapelle de Versailles.

1764. Mars et Vénus, statues en marbre, commandées par le roi de

Prusse pour sa galerie du Sans-Souci. Ces deux statues (brent

exposées au salon de 1769.

1775. Statue de Louis XV, à Ménars.

1776. Mausolée de Monseigneur le Dauphin, père de Louis XVI, et de M°>« la Dauphine dans la cathédrale de Sens (^).

Coustou travailla également aux sculptures de la colonnade du Louvre et à la décoration intérieure du Palais- Royal.

Le plus distingué des élèves de Coustou fut Pierre Julien, de l'ancienne Académie de peinture et de sculpture, puis membre de Tlnstitut, et mort en 1804. Ses principaux ouvrages font partie de la collection des sculptures modernes au Louvre (*).

Suivant quelques biographes, Coustou travailla fort peu pendant les dernières années de sa vie. Il se bornait à surveiller ses praticiens et ses élèves, et la biographie de Michaud (1813) cite un nommé Dupré, mort obscur, qui eut beaucoup de part aux derniers ouvrages de son maître (^).

(*) Le Rapport sur l'état des Beaux-Arts, présenté par la quatrième classe de l'Institut à Napoléon l^, attribue la composition de ce monument an grmveur Cocliin. [Notes des Artistes français à l'étranger, par L. Dusaieux, p. cxxi.)

(*) Dans la collection gravée du concours décennal 1812, se trouve la statue du Poussin, par Julien.

(') Notices biographiques sur Guillaume Coustou : — Voyage pittoresque de Paris, 1770. — Journal de Paris, tfi 196: Funérailles de G. Coustou, 1777.

— Journal de Paris, n« 198; jeudi 17 juillet 1777. — Lettre de M. Renou, peintre du roi, et secrétaire-adjoint de l'Académie de peinture et de sculpture.

— Mercure de France, 7 septembre 1777 : Réflexions de M. Gois, sculpteur du loi, sur le monument de feu Msr le Dauphin, exécuté par M. Goostoa. — Description pittoresque du monument de Ms^ le Dauphin, par M. Dandré Bardon, 1777. — Fie des fameux sculpteurs depuis la renaissance des arts, par d'Argenville, 1788, t. II, p. 407. Catalogues des ea:positions du XVIli* sie-

SlIMT-PACL. 391

Bas-reliefs du cianctuaire.

Des deux côtés du sanctuaire, et concourant à sa décoration, se trouvent deux bas-reliefs de forme elliptique, et représentant, celui de droite, une Prédication de saint François-Xavier, et celui de gauche, la mort de ce missîoanaire : Saint François, affaibli par la maladie, abattu par la fièvre, ayant les yeux tout baignés de larmes et tendrement attaché sur son Crucifix, prononça ces paroles : c In te, Domine, speravi, non confundar in œternum. » Et en même temps, saisi d'une joie céleste qui parait sur son visage, il rendit doucement fesprit (^).

Ce passage du père Bouhours n'explique pas très fidèlement le sujet de cette composition, mais le fait comprendre.

Le Ghrist en croix.

Ce Christ, en bois, de l^'BS de hauteur, placé en face de la chaire, est l'œuvre de M. Lamarque, sculpteur de Bordeaux; il a été acheté par la fabrique le 22 janvier 1851.

Sainte Cécile.

Cette statue, par M. Louis de Coëlfard, couronne le grand orgue. (Voir aux objets mobiliers.)

de. — Nouveau DictUmnaire hUtorique, par L. Chaudon et Delandine, 1804. —Biographie universelle de Michaud, 1813, t. X, p. iZS. —Catalogue des sculptures modernes au Louvre, par M. Henry Barbet de Jouy, 1855. — Les Artistes français à l'étranger, par L. Dussieux. Paris, 1856.~Le journal l'Artiste, avril et mai 1858. (Article d'Arsène Houssaye.) — Archives de Vart français, 1858. 15 mai, p. 291.

(*) Vie de saint François-Xavier, par le père Bouhours, t. Il, p. Î68.

Bus les (les curés de la paroieso.

Dans la sacristie se trouvent les bustes des curés de la paroisseSdint-Paul, depuis la réinstallation du clergé en 1803 : M. Phillippot, M. de Lalande et M. Petiteau; il faut y joindre le buste de M. Noël Lacroix, ancien bénéficier de Sainte- Colonibe, et celui de M. Barault, fondateur de foeuvre des Bons-Livres, ancien vicaire de Saint-Paul.

Ces images, en plâtre, ne sont pour la plupart que la reproduction du masque après décès, et présentent naturdlement un aspect cadavérique. Ne serait-il pas plus convenable que les administrations paroissiales fissent exécuter, du vivant de leur curé, ces bustes en plâtre, bronze ou marbre? Quelques centaines de francs procureraient à la fois le portrait vivant et fidèle du pasteur avec la possession d'une œuvre d'art véritable. Le temps augmentant cette galerie, de pieux souvenirs se confondraient avec Fintérèt qui s'attache aux travaux sérieux; cette suite de bustes serait à tous égards d*un grand prix, et décorerait noblement la salle du oonseil, la sacristie ou le presbytère.

TABLEAUX

Le Ravissement de saint Paul.

Ce grand tableau, de forme circulaire, et placé à l'ouverture de la coupole projetée, fut peint vers 1830, par M. Jean Paul Alaux, ancien directeur de TÉcole de peinture de la ville, né à Bordeaux en 1787, mort dans la même ville le 8 janvier 1858 0).

Antérieurement à celte composition, et au même endroit, était peint le monogramme des Jésuites au milieu de rayons se détachant sur des nuages.

î-.a Transfiguration de Notre-Seig-neur Jésus-Christ.

Le peintre a reproduit, d'après la gravure de Tbomassin, une partie de la Transfiguration de Raphaël, que Ton voit au Musée du Vatican. (H' 2"90, L^ 1°»80, T.)

L'intérêt de ce tableau est dans son origine ; il fut peint par M. Monvoisin (^), vers 1812, pour un habitant de la paroisse, qui en fit don à cette église.

Avant d'être placé dans l'église -Saint-Paul, ce tableau, l'un des premiers essais de son auteur, avait été exposé à l'École de peinture, alors rue Saint-Dominique.

Un des principaux ouvrages de M. Monvoisin se trouve au Musée du Luxembourg, à Paris, et représente YÉlection de Sixte-Quint (salon de 1831). L'église Notre-Dame de Bordeaux

0) Voir la Notice de ce peintre dans le CtUalogue du Musée de Bardeaux, 1103, SI* édition, p. 8».

(') Monvoisin (Raymond-Quinsac), peintre vivant, chevalier de la LégiondHonneur, né à Bordeaux en 1793. Voir la Notice du Catalogue du Musée de Bùrddauai, 1S55, V édition, p. 17i.

possède également un tableau de ce peintre, daté de 1815 et représentant saint Louis m adoration devant la sainte Couronne,

LiU lille de Jaïre.

€ Alors, ayant fait sortir tout le monde, il prit le père et i> la mère de Tenfant et ceux qui étaient venus avec lui, et > il entra au lieu où la fille était couchée.

}» Il la prit par la main, et lui dit : Talitha cumi, c'est à ^ dire, ma fille levez-vous; je vous le commande. ]» (Évangile selon saint Marc, chap. V, v. 41.)

Celte toile (H' 3"25, L'2"10, T.) est signée ; Gautier, i 737. Plusieurs tableaux de ce peintre ont été déjà signalés à Sainte- Croix, Sainle-Eulalie et Notre-Dame, et nous avons fait observer que toutes ces peintures étaient la reproduclioa d'œuvres de maîtres, exécutées par Gautier d'après des gravures. Le tableau suivant, du même peintre, est encore une nouvelle preuve de notre observation.

Jésus au mîUeu des Docteurs.

Jésus, d'une taille et d'une physionomie enfantine, est debout, entouré de prêtres et de docteurs qui écoutent avec surprise les paroles surnaturelles de cet enfant. La Vierge et saint Joseph apparaissent dans le fond du tableau. Signé : Gauler, (ff 3", L'2»I0, T.)

11 existe une gravure de Nicolas Tardieu représentant ce même sujet, d'après un tableau du frère Jean André. La ressemblance de celte composition avec le tableau de Saint- Paul est évidente, malgré quelques changements dans l'arrangement des personnages; aussi doit-on considérer cette

SilNT-PAUL. 395

dernière toile comme reproduisant Fœuvre du frère André.

L'esprit de cette composition appartenant à Tartiste Dominicain, et pouvant, par cette origine, servir d'autorité au point de vue religieux, comme juste interprétation de Tévangile de saint Luc, il est opportun de signaler aux artistes les observations de Fauteur des InstitiUions de l'art chrétien. (2* vol., p. 139).

M. Fabbé Pascal fait remarquer <r que la plus grande partie 1 des* compositions du moyen âge et de Fart moderne qui

> popularisent cette épisode de Tenfance de Jésus, ne repro- ]» duisent pas exactement les paroles de Févangile. Et, en ]» effet, on voit le plus souvent un jeune enfant debout et ]» paraissant discuter avec une autorité surnaturelle. Or, ]» Févangile et les livres saints disent : c Marie et Joseph le

> trouvèrent assis au milieu des docteurs, les écoutant et les

> interrogeant (^) "ù

]» On trouve Jésus au milieu des docteurs, non pour

]» les instruire, mais pour les interroger. (Origène.)

T^ On doit méditer avec attention sur ce que Jésus, âgé de 1 douze ans, est représenté assis au milieu des docteurs,

> non pour les instruire, mais pour les questionner. ]d (Saint Grégoire-le^rand . )

Ces diverses citations montrent clairement que Fœuvre du frère André doit être comprise au nombre des reproductions infidèles du texte évangélique.

Lalseez venir à moi les petits enfante.

Ce tableau décore le centre du rétable de Fautel du Sacré- Cœur. (H' 2-60, L' 2»10, T.) € Laissez venir à moi les petits enfants, dit Jésus, et les

(*) £vangile selon saint Luc, chap. Il, v. 46.

preasaot dans ses bras, il les bénit, u (Évangile selon salot Marc, chap. X.)

Ce touchant et gracieux Bujet a inspiré les plus grands maîtres i l'Albane, ftubens et d'autres grands noms comptent au nombre de leurs [ilus heureuses compositions cette scène de la vie du Christ.

Aux côtés de ce tableau, et placées dans la boiserie, se trouvent les images en pieds de deux jeunes sainU de Tordre des Jésuites : saint Louis-de-Gonzague et saint Stanislas de Kotska. Le choix de ces sujets indique bien le premier vocable de cet autel : il se nommait VAutel de la Jeunesse.

Ces peintures sont attribuées à Etienne Jaurat, né en 1697, mort le 14 décembre 1789, membre de l'Académie de peinture et conservateur des tableaux du roi à Versailles (*).

Plusieurs églises de Paris possédaient, antérieuremeot à 1793, des sujets évangéliques et des représentations de saints par Etienne Jaurat. Mais ce a'est pas dans les ouvrages de style qu'il exécuta ses meilleures compositions; il ne fut après tout qu'un peintre d'un rang secondaire; il possédait des qualités de couleur et d'adresse qui se retrouvent bien mieux dans ses tableaux de genre et de sujets familiers.

Les œuvres de Jaurat ont été popularisées par son frère le graveur.

Marie tenant sur eee genoux le corps Inaoimâ de son divin 1)1».

Bien que ce tableau, par le mouvement de sa composition et le parti pria de son effet, rappelle à distance et en masse une reproduction de l'école de Van-Dyck (*), quelques ins-

' B Painlrfis f^aupaU, par CbuU de Siint-Germiin, IMi. ni le Cnlalogue dei firincipaux ouvrages dt Ton-Dt/ck, donné parDet- •.e sujet est reproduit trois fois : !• Dans l'église des Récolets, i Anvcn, lu d'autel de la cliapcllï des Douleurs représente /eni^^rwl mort wf

SAINTPiUL. 397

tants d'attention suffisent pour retrouver dans le moelleux des draperies, dans la couleur et le modelé de quelques figures, surtout celles des anges, le caractère de cette pein ture £acile et maniérée qui caractérise le xviii* siècle. Et malgré quelques souvenirs des peintres italiens, et peut-être aussi de Yan-Dyck, ce flamand italianisé, cette peinture est bien française.

Il est très supposable que ce tableau, le précédent et les figures encastrées dans les deux rétables en bois du transsept émanât du même artiste.

Nous avons déjà cité Jaurat, désigné par quelques experts; mais nous n'avons aucun renseignement personnel pour appuyer cette attribution. Il est surprenant que ces toiles ne soient pas signées; du moins, malgré toutes nos recherches, nous n^avons pu découvrir aucun nom. Et cependant, au xviii* siècle, comme de nos jours, les artistes qui ne signaient pas leurs ouvrages, bons ou médiocres, étaient de bien rares exceptions.

Saint Jérôaie

Le saint, assis sur une roche, le corps à moitié recouvert d'une draperie rouge, une plume à la main droite et le coude appuyé sur un livre, se retourne au retentissement de la trompette que tient un ange dans le haut du tableau. Aux pieds de saint Jérôme, on voit une tête de mort, et dans

les genoux de sa mère; Ips figures de saint Jean, de la Magdeleine et d'un aoge rentrent dans la composition de re tableau, regardé comme un des plus beaux de cet admirable peintre. 2» Dans le palais de l'électeur Palatin k Bruges, Notre^eigntur mort sur les genoux de sa mère. 3» Chez les Franciscains d'Anvers, Jésus-Christ mort sur les genoux de sa mère; quelques anges sont auprès, ainsi que le portrait do l'abbé Sraglia, qui en avait fait présent à cette église. (T. II, p. 17.)

Tangle opposé un lion couché. Fond de paysage, flgure de grandeur naturelle. (H^ 1»80, L' 2»25, T.)

La provenance de cette toile est ignorée, et son auteur est inconnu. Malgré quelques incorrections, elle porte le cachet d'un artiste habile ; et à son aspect énergique et vigoureux, à sa largeur d'exécution, des noms illustres de Técole italienne ont souvent été prononcés. Si nous nous abstenons de baptiser cette toile, nous n'hésitons pas à la signaler comme une des bonnes peintures des églises de Bordeaux.

Ce tableau mériterait une place plus convenable, après avoir été rentoilé ou tout ou moins nettoyé, ce qui ne veut pas dire restauré, comme on comprend ordinairement ce mot.

Pour les diverses manières de représenter saint Jérôme et Texplication des accessoires qui l'accompagnent, nous renverrons le lecteur aux observations déjà présentées dans la description des œuvres d'art de l'église Saint-Bruno.

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