A DROITE
La verrière que nous avons maintenant devant les yeux, n'est que la continuation de celle que nous venons de consi-
dérer. Elle renferme les images de seize archevêques qui sont comptés après saint Savinien et saint Potentien, parmi les Saints que l'Église de Sens honore. Ce sont : saint Ursicin, saint Ambroise, saint Agrice, saint Eracle, saint Paul, saint Léon, saint Arthême, saint Loup, saint Humbert, saint Honulphe, saint Emmon, saint Wulfram, saint Géric, saint Ebbon, saint Gombert, saint Aldric, saint Anastase.
Pour avoir la série complète, il faudrait encore ajouter : saint Amé, saint Egilon, le bienheureux Evrard.
Parmi ces saints personnages, les uns sont revêtus de la chasuble antique, et les autres portent la chape ; tous s'appuient sur une croix qui leur sert de bâton pastoral.
Quelques auteurs ont cru que Jean-Cousin n'avait pas été étranger à la confection de ces vitraux, principalement de ceux de la rosace, qui, sous tous les rapports, sont bien supérieurs aux autres ; mais il est évident qu'il n'a pas pu en être ainsi, puisque ces travaux, dont les auteurs sont nommés, ont été confectionnés vers l'an 1504, et que, d'après les renseignements de famille les plus certains, ce grand artiste ne serait né qu'en 1501 ou 1502.
Mais d'un autre côté, nous sommes persuadé que ce n'est pas sans raison que le vitrail de Notre-Dame de Lorette dont nous avons déjà parlé, et surtout celui de la chapelle Saint- Eutrope (la troisième du bas-côté sud de la nef), sont attribués par une constante tradition, au talent de Jean Cousin.
La dernière de ces chapelles porte sur sa belle verrière la date de 1530, et l'on sait de ia manière la plus positive que l'autre fut construite de 1540 à 1556; c'est en cette dernière année quelle fut consacrée.
Or. le génie de notre célèbre artiste était à cette époque
dans toute sa force et nous apprenons par les comptes de la fabrique qu'il travaillait alors pour la cathédrale. On le voit en 1530 « racoustrer et repeindre une ymaige de Notre- « Dame, près la porte du chœur, devant le Trésor, ainsi que « son épitaphe. En 4551, il dessine des orfraies et fait ung « portraict et renseignement pour élever la table d'or sur « le grand autel, et l'année suivante il reçoit six écus sol pour « ung portraict d'ung fus d'orgues. » (1)
De ces faits authentiques nous tirons, par induction, la presque certitude que Jean Cousin est l'auteur des verrières des chapelles de Notre-Dame de Lorette et de Saint-Eutrope, faites à cette époque , et cela malgré l'objection spécieuse que l'on pourrait tirer de la citation précédente. On pourrait dire, en effet, comment se fait-il que les comptes de la fabrique se taisent sur des ouvrages aussi considérables que les deux verrières en question, quand ils relatent avec tant de soin, de simples r acoustr âges , por (raids et renseignements avec le prix qu'ils ont coûté, et le nom même de Jean Cousin, leur auteur.
La raison nous en paraît bien simple : les deux chapelles dont nous parlons ont été l'une construite et l'autre restaurée, aux frais de deux vénérables chanoines Nicolas Frittard et Nicolas Richer. Or, la fabrique n'avait pas à enregistrer des dépenses qu'elle n'avait pas faites ; et il est probable que si nous pouvions retrouver les comptes des deux bienfaiteurs de la cathédrale, on y verrait figurer à côté du prix des verrières le nom de Jean Cousin. Enfin toute espèce de doute devra disparaître quand nous saurons que Jean Cousin était neveu de Nicolas Frittard lui-même.
Mais dirigeons-nous vers la chapelle de Saint-Eutrope dont les vitraux sont encore entiers, malgré quelques maladroits racoustrages, et nous y trouverons une nouvelle preuve qu'ils
(l) Notice historique sur la cathédrale de Sens, par M. Quantin, p. 32.
sont de la main de notre célèbre artiste, dans la perfection du dessin, la science des perspectives, la disposition des couleurs, la nature et la forme des feuillages : traits caractérisques que l'on retrouve à peu près dans toutes ses œuvres de peinture sur verre, dont celle-ci est probablement une des premières.