‹ Description des verrieres de la cathedrale de SensChapitre 32 sur 32 · SUR DES RESTES DE VITRAUX · texte numérisé non relu

SUR DES RESTES DE VITRAUX

DE SAINT-PïERRE-LE-ROND , A SENS.

BU XVe AU XV1B S1ÈCLK.

ire Fenêtre, (bas-côté, à gauche en entrant.)

Il est probable que toute cette verrière était occupée par des sujets tirés de l'histoire de la Vierge, ainsi que semble l'indiquer ce qui reste des vitraux primitifs. On voit en effet dans la partie supérieure de la fenêtre uneYierge, environnée des différents attributs qui rappellent les noms que l'Église se plaît à lui donner et autour des quels on lit: Tour d'ivoires Maison d'or, Étoile du malin, etc. Tout à fait au sommet se trouve le Père éternel paraissant dire ces mots écrits en lettres gothiques : Vous êtes ma bien-aimée et il n'y a pas de tache en vous.

Le premier panneau à droite représente la Nativité du Sauveur dans l'étable de Bethléem ; outre les trois principaux personnages et les bergers, on y voit selon la tradition U Bœuf et lAne, qui viennent réchauffer de leur haleine l'enfant nouveau-né. Ces têtes d'animaux ne sont pas sans mérite, on dirait que malgré leur stupidité naturelle, qui n'a pas du être oubliée par l'artiste, ils semblent avoir cependant quelque intelligence des choses qui se passent devant eux.

Vis à vis, à gauche, on voit le couronnement de la sainte Vierge. Jésus-Christ est revêtu d'ornements pontificaux, sa

main droite s'appuie sur le globe d'où s'élance la croix, et de l'autre il pose le diadème royal sur le front de sa sainte Mère, à genoux devant lui, les mains jointes et les yeux baissés ; des Anges paraissent soutenir la couronne.

Immédiatement au-dessous: Un saint évêqoe, dont la mitre est environnée d'un nimbe, tient d'une main une croix simple, de l'autre un livre et semble parler à un diacre qui se trouve devant lai, tenant également un livre d'une main et une palme de l'autre. Ne serait-ce pas saint Sixte, alors qu'il n'était encore qu'archidiacre de Rome, expliquant les divines Écritures au saint diacre Laurent? Quoi qu'il en soit les ornements pontificaux sont d'une richesse remarquable, le peintre a parfaitement imité les pierres précieuses et les broderies d'or qui relèvent la mitre et la chape. La transparence du verre leur donne un éclat qui, aux rayons du soleil, fait une illusion complète.

Dans l'autre tableau, c'est saint François d'Assises, conseillant à sainte Claire d'abandonner les vanités du siècle, pour se consacrer a Dieu.

2e ET 3e FENÊTRE.

Un assemblage informe de morceaux de verre coloriés, appartenant à des époques différentes et offrant comme l'image d'un champ de bataille où se trouvent pêle-mêle un pied, une tête et des bras, voilà tout ce que Ton remarque dans ces deux fenêtres.

4e FENÊTRE.

C'est ici que la beauté de ce qui nous reste fait vivement regretter ce qui a disparu.

Les trois panneaux du bas sont des pièces rapportées ; dans celui du milieu, c'est le buste de saint Pierre ; dans l'autre, ce sont quelques figures portant l'expression d'une douleur vraiment remarquable ; à gauche, on voit une grande

dame du xve siècle, qui semble mettre sous la protection d'un saint toute sa famille, composée de cinq enfants, à des 3ges différents. On serait tenté de croire que ce sont de véritables portraits de famille tant il y a de naturel dans les traits.

Le reste de la verrière est occupé par quelques scènes de l'histoire de Joseph : il y en a trois surtout qui méritent de fixer l'attention.

La première représente Joseph descendu dans la citerne par ses frères : Jeune, calme et résigné, cet admirable enfant ne fait aucune résistance. Étendu, en travers, sur l'ouverture de la citerne, il est lié par le milieu du corps, et un de ses frères, placé au centre du tableau, laisse couler la corde entre ses mains : deux autres le soutiennent, l'un par les pieds, l'autre par les épaules : ce sont probablement Ruben et Judas, qui avaient donné le conseil de ne pas le faire mourir, car ils le regardent avec les sentiments de la plus tendre compassion ; l'un d'eux surtout, semble faire des efforts pour refouler des larmes prêtes à sortir de ses yeux, et l'on ne saurait considérer cet intéressant tableau sans être vivement ému soi-même Dans le lointain, on voit tuer le chevreau, dont le sang doit être répandu sur la tunique de Joseph, et plus loin encore l'un des frères appuyé sur sa houlette garde les troupeaux au milieu de la verdure.

Dans le panneau du milieu, quelques-uns des frères de Joseph présentent à Jacob la (unique ensanglantée de son fils chéri et semblent lui dire, l'un avec une tristesse affectée, l'autre avec une jalousie mal contenue : Ne la reconnaissezvous pas? Ah ! oui, il l'a reconnue, ce vénérable vieillard, la robe de Joseph, et il est difficile de mieux exprimer la profonde douleur dont son cœur est accablé ! Assis dans un fauteuil il a détourné ses yeux de ce spectacle déchirant; sa tête est penchée, son regard est fixé sur la terre et on croit l'entendre dire ces paroles : Une bête féroce Va dévoré, une béte miellé a dévoré Joseph /... Je pleurerai toujours jusqu'à

ce que j'aille rejoindre mon fils dans la tombe f Un de ses enfants paraît attendri de cette scène de désolation, à côté de laquelle dans le troisième panneau, s'en présente une autre non moins remarquable, mais qui est d'un autre genre.

Représentez-vous à droite, un marchand Ismaélite, à la taille élevée, aux rides profondes, au teint basané ; il porte de riches vêtements ; d'une main il tient sa bourse et de l'autre il présente le prix convenu, à l'un des coupables. Il faut vous figurer celui-ci à gauche dans son costume de berger, tenant penchée sur son bras une longue houlette et avec l'attitude d'un homme qui fait, en déterminé, une action que réprouve sa conscience ; on sent qu'il a hâte d'en finir. Tout autour apparaissent les autres frères coupables, portant sur leurs visages une admirable variété d expressions, la compassion des uns contraste avec la joie maligne des autres, et l'envie dissimulée de celui-ci fait ressortir la colère qui brille dans les yeux de celui-là. Puis, au milieu de ce tableau, dessiné sur un fond de verdure planté d'arbustes, vous contemplez l'innocente et angélique figure de la jeune victime, Joseph, les yeux élevés au ciel, avec une résignation pleine de sérénité semble dire : 0 divine Providence, que votre volonté soit faite!

La beauté de ce travail, le dessin, les couleurs, la perspective , l'expression des physionomies , l'époque à laquelle il doit remonter et d'autres indices encore, ont porté quelques personnes à l'attribuer à Jean Cousin, ou au moins à quelqu'un de son école. Nous souhaitons que des hommes experts dans cet art, puissent, un jour, se prononcer affirmativement sur cette question et restituer ainsi, à notre ville, une page de plus du grand artiste qu'elle est fière de compter parmi ses hommes illustres.

Sens.— Impr. Ch. Duchemin, rue Royale, 7.

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