RÉSUMÉ
Bien que la presque totalité des vitraux qui nous restent à la cathédrale appartiennent aux xme et xvie siècles, cependant, il ne serait pas impossible d'en signaler quelques échantillons de toutes les époques, à ceux qui voudraient se faire une idée de la transformation de la peinture sur verre, durant les siècles qui se sont écoulés, depuis son apparition jusqu'à notre temps.
Les trois fenêtres de l'abside du chœur montrent l'art dans son enfance. Elles sont formées de pièces de verre teintes dans la masse et ressemblent à des mosaïques translucides, sur lesquelles les images sont distinctes , au moyen de simples traits en couleur noire, sans nuances et sans ombre.
Les douze fenêtres du chœur nous offrent un modèle de vitraux à grisailles comme on en faisait à cette époque, ce sont des lacis de fleurs et des enroulements qui se dessinent sur un fond gris.
Quand aux baies en plein cintre du bas-côté, elles sont
(1) Les armes sont : 1° D'or à 5 fasces de sable , à la bande de gueule chargée d« 3 merlettes d'argent qui est de. . .
ornées de verrières qui rappellent ce que le xme siècle a laissé de plus parfait.
Il ne reste du xive siècle que quelques fragments dans les deux premières chapelles du bas-côté sud de la nef, qui reconnaissent Etienne Bécard, archevêque de Sens, pour leur fondateur (1). Le dessin est plus correct, mais les couleurs n'ont pas résisté comme celles des siècles précédents. Vous avez, dans la première, une vierge avec l'enfant Jésus, saint Philippe, puis saint Jacques qui en est le patron. On aperçoit dans la seconde une Vierge et sainte Marguerite.
Les dernières années du xve siècle nous ont laissé les verrières du transept du midi. Les morceaux de verre deviennent plus larges, les médaillons sont remplacés par de grands tableaux, les personnages sont presque de taille naturelle et les verrières semblent vouloir rivaliser, par les tons, les nuances et le fini du dessin avec la peinture à l'huile , dont elles reproduisent souvent les chefs-d'œuvre.
Le xvie siècle qui se fait déjà remarquer dans les derniers vitraux dont nous venons de parler, s'étale aux regards dans la brillante rosace du nord , et dans la chapelle de Saint- Eutrope. C'est ici surtout que la renaissance nous apparaît avec son arc cintré peint en grisailles, ses génies peu chastes et ses anges bouffis. Les nouvelles découvertes de la chimie et l'invention du diamant à découper le verre, se joignirent au courant des idées pour opérer toute une révolution dans l'art.
Aussi le xvne siècle a-t-il complètement perdu les anciennes traditions ; il se plaît dans des espèces de miniatures qui n'ont plus rien de la gravité mystérieuse du moyen-âge,
(1) 1° De gueules à 2 haches adossées d'or qui est de Bécar de Penouil. 2° Du chapitre (4 crosses seulement).
3° Parti au 1 d'azur, au calice d'or, au 2 d'azur, à 3 chandeliers d'or, 2, 1 . 4° De Bécar de Penouil.
vous en trouverez quelques morceaux placés comme pour boucher un vide, au bas de la fenêtre de la chapelle Saint- Jacques.
Comme le xvme siècle s'est principalement signalé par son zèle à enfoncer les verrières antiques, les remplaçant par des verres blancs, afin qu'on y voye plus clair (sic), nous ne saurions rien vous en dire, s'il ne nous eut légué un spécimen de son savoir-faire dans la chapelle Sainte-Colombe. C'est un grand Christ dont la physionomie purement humaine et les membres athlétiques, s'harmonisent complètement avec les formes sensuelles de la Madelaine, qui semble pleurer au pied de la croix. Le fond est de verre blanc et on lit, dans un écusson, la date de 1743.
Nous voici maintenant au xixe siècle. Bien que nous ne puissions encore montrer des verrières complètes de cette époque dans la cathédrale , on y trouve cependant des preuves convaincantes du retour de la peinture sur verre aux saines traditions. Ainsi le vitrail de Saint-Eustache a été refait dans le style du xme siècle à partir du bas de la fenêtre presque jusqu'à la moitié , et plusieurs panneaux de la légende de saint Etienne ont été remplacés clans le style du XVe siècle. Ces réparations ont été accomplies avec tant de bonheur par les verriers de notre diocèse (1), sous l'habile direction de M. Lefort, notre collègue, qu'il est presqu'impossible d'établir une différence entre les anciens médaillons et les nouveaux.
Félicitons notre temps de cet heureux retour et n'oublions pas que les Sociétés Archéologiques peuvent revendiquer une large part dans ce mouvement de résurrection !
(1) MM S'aissières, à Seignelay (Yonne).