VERRIÈRE DE L'ENFANT PRODIGUE
XIIIe SIÈCLE.
1er Médaillon. Le Père de famille est assis et le plus jeune de ses deux enfants lui demande la part des biens qui doit lui revenir ; l'aîné, tenant entre ses mains un instrument de travail, regarde ce qui se passe et semble témoigner toute la peine qu'il en éprouve.
2e. Notre jeune imprudent, reçoit de son vieux père, la part de son héritage. Son frère est encore là, dans l'attitude de la douleur et du mécontentement.
3°. Le Prodigue s'en était allé dans une contrée lointaine, où il dissipa tous ses biens en débauches ; on le voit splendidement vêtu, assis sur une sorte de trône et environné de six courtisanes ; deux d'entre elles déposent sur son front une couronne de roses, tandis que la troisième lui présente une coupe de vin, et qu'une de ses complices en remplit une autre.
4e. Ici le Prodigue est emmené, comme malgré lui, par l'homme, au service duquel il s'était mis dans sa détresse; deux femmes, dont l'une porte les attributs de la folie et l'autre verse des larmes, semblent vouloir le retenir.
5e Le Prodigue, dans le plus misérable accoutrement, garde les pourceaux qui l'entourent, dans la campagne, et semble fixer des regards d'envie sur les glands, dont ils se nourrissent.
6e. Dépouillé d'une partie de ses vêtements etdansl'attitude de la plus profonde douleur, le Prodigue, réfléchit sur son triste sort. Trois démons le tiennent enchaîné et ne voudraient
pas lâcher leur proie. Cependant il accomplira son dessein, en retournant à la maison paternelle.
7e. Le Père de famille vient d'apprendre le retour de son malheureux fils, et aussitôt il vole à sa rencontre. On le voit serrer entre ses bras ce pauvre enfant prodigue, qui ne sait comment exprimer ses sentiments. Quelques serviteurs témoins de cette scène paraissent attendris.
8e. Sur l'ordre de ce bon père, un de ses serviteurs apporte une robe magnifique pour revêtir le Prodigue, et un autre tue le veau gras, en signe de réjouissance.
9e. Ce médaillon représente la salle du festin ; le père est assis au bout de la table, puis viennent les convives qui paraissent très-animés. Des musiciens jouent de leurs instruments, avec un grand entrain.
10e. Le frère du Prodigue, qui a entendu la symphonie en arrivant des champs, demande à un serviteur qu'il rencontre, la cause de tout ce bruit ; à côté d'eux, passe un autre serviteur, chargé de plusieurs bouteilles qu'il porte à la salle du festin.
11e. Le père ayant appris ce qui se passait, est sorti; il explique sa conduite à son fils aîné, et, tâche de lui faire comprendre qu'il fallait bien se réjouir, puisque son frère était retrouvé et même ressuscité. Mais celui-ci paraît fort mécontent el semble se plaindre amèrement.
12e. Le père de famille continue ses instances, pour faire entrer son fils aîné dans la salle du festin, dont la porte est ouverte ; il l'a pris par la main pour l'entraîner, mais celui-ci ne cède qu'à regret.
Cette verrière est une des plus remarquables de toutes
celles qui se trouvent encore à la cathédrale de Sens. Le choix et la pose des personnages, Pexpression des figures, le ton général des couleurs si harmonieusement distribuées 3 tout y est digne d'admiration .