‹ Description du Berry et diocèse de Bourges au XVIe siècle. Publiée pour la première fois d'après le manuscrit autographe de la Bibliothèque impériale de Paris avec une notice sur l'auteurChapitre 35 sur 58 · DESCRIPTION ET ANTIQVITEZ DE LA VILLE DE VIERZON · texte numérisé non relu

DESCRIPTION ET ANTIQVITEZ DE LA VILLE DE VIERZON

ViERZON, est vne ville en la Gaule Aquitaine, en la province des Berruyers, grandement louée par Cœsar au XIP de ses commentaires, chapitre 7*, des batailles des Gaules, et par luy nommée Auaricum, laquelle prinse et gastée par les Romains, par les Anglois, et aultres guerres aduenues en France, a changé de nom, et l'a on quelquesfois appellée Versio, oxxhien Euersio^ par ce que plusieurs fois elle a esté destruicte, ruinée et mise en cendres , de manière que l'ancienne situation est en partie transmuée en Vierson , laquelle estant assise oultre le fleuve de Loyre , sur les confins de Berry , n'est esloignée du Conté dô Bloys que d'une lieue et demy , et seize lieues de la ville d'Orléans, que Cœsar nomme Genabum, Vierzon est close et envi-

ronnée do haultes murailles de 18 couldées au plus bas lieu , circuys de xxij tours fortes et anciennes , dont y en a deux fort grosses et, par exprès , me construicte au ciniet d'une petite montagne, par laquelle on descouure le plat pais d'une grande lieue au tour. Au dessoubz de laquelle y a vne contremire, par laquelle on peult faire saillir hors de la ville, qui prend son origine à la caue du viel Cliastel , et qui se poursuit directement, ains par voyes tortues et obliques, l'ont appellée la caue aux fées. Au bas du contand et vallon flue la riuière d'Eure , au fond de laquelle sont encores recognues grosses masures, corne arc d'un pont rompuz, par laquelle on passoit en la forest prochaine, qui est encores de présent bien plantée de bois et abondante en bestes sauluages pour le plaisir de lâchasse. Ducousté de laBize, la ville tenoit anciennement d'estendue, oultre ce qui est à présent ceincl de murailles, plus de COO pas, et en ces endroicts se trouuent mazures et murailles de grande largeur, et plusieurs fondemens de tours. Le long d'iceux se voyent apparence de fossez fort longs demonstrants presque la ceinclure de l'ancienne ville ; au dedans desquels fossez sortent eaues de fontaines. El à l'occidant, au pied de la grosse tour tirant sur le septentrion, estoyent aultres fossez esleuez de grande longueur et- largeur, lesquels esleuez en façon de chaussée récepuoyent les eaues des fontaines et des ruisseaux qui descoulent des contands en temps pluvieux, en manière que lesdictes eaues ainsi soustenues représenloyent la forme des marais. Despui lecdits fossez remplis , la plus grande partie de la ville y est bastie, comme aussy l'Eglise de Nostre Dame, laquelle retenant la nomination du lieu , est appellée Nostre Dame des Fossez. Du costô de Bize y a vne forest d'assez grande estendue , distraicte de la ville, non guerres plus que de mille pas. Deuers l'Occident sont construicts deux ponts de pierre, sur' les riuières d'Eure et Cher, lesquels fleuues rendent auy habitans abondance de bons poissons ; mais d'aullant que souuent ils sortent de leurs fonds et limites, ils inondent et gastent beaucoup du plat pays. L'assiette du lieu est belle et plaisante. L'air y est bon et tempéré. Là est le siège Royal pour la iustice, mais de petit resort pour la dignité et honneur que mérite la ville et le lieu ; laquelle justice est à présent administrée par Claude le Bègue, Lieutenant, et au parauant Preuost, et par Maistre Toussainclz Sogot, Procureur du Roy, et n'y a qu'un seul degré et jurisdiction, d'aul-

tant que Testât de Preuost a esté vny par mort auéc celuy de Lieutenant. Il se Ireuue , par anciens registres , la ville de Vierzon auoir esté presque toute bruslée en l'an 1067, et en l'an 1197, au temps que lesAnglois (anciens ennemys desFrançoys), estoyent espars par la France, leur armée paruenue au pays de Berry, assiégèrent, par troys diuers endroicts, ladicte ville , et après auoir faictz miner au dessoubs des tours, faictz bastillons de touttes sortes, et sappé grande partie de la muraille, entrant par deux diuers endroictz en la ville, fut par eux prinse, pillée et ruinée, dont ne fault esmerueiller, si , de présent, elle ne représente l'ancienne forme d'Auaricum descripte par Jules Cœsar, lequel nom ne se peult attribuer à la ville de Bourges, pour les raisons cy après déclarées.

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