‹ Description du Berry et diocèse de Bourges au XVIe siècle. Publiée pour la première fois d'après le manuscrit autographe de la Bibliothèque impériale de Paris avec une notice sur l'auteurChapitre 4 sur 58 · NICOLAS DE NICOLAY · texte numérisé non relu

NICOLAS DE NICOLAY

L'enfance de Nicolas de Nicolay ou Nicolaï , seigneur d'Arfeuilles el de Bel- Air, Yoyageur et géographe, dut se passer en Dauphiné, d*où il est originaire, comme il le dit lui-même en tête de tous ses ouvrages , tant imprimés que manuscrits. En 1542 , étant alors âgé de vingt-cinq ans, il se rendit au siège de Perpignan, à la suite du vaillant et magnanime seigneur d'Andoin, et fit plusieurs campagnes dans les armées de terre et de mer a^i service des rois très-chrétiens , ses souverains et ses maîtres. Il consacra, ensuite, seize années de sa vie (de 1544 à 1560 environ) à parcourir successivement la haute et basse Allemagne , le Danemarck , la Prusse, la Livonie, la Suède, la Zélande, l'Angleterre , l'Ecosse, presque tous les pays du nord de l'Europe , en un mot ; puis l'Espagne , la Barbarie, la Turquie , la Grèce , l'Italie , etc.

Nicolay séjourna pendant un an (1546-1547) en Angleterre, où l'avait appelé le célèbre lord Dudley. Ce voyage, dont il sut profiter, lui permit de s'initier aux mœurs et aux coutumes de ce pays , et de faire , à l'aide du nom sous lequel il abritait ses intentions, une description exacte des côtes d'Angleterre, qu'il présenta au roi Henri II, peu de temps après l'avènement de ce prince au trône de France. Cette description , qui n'a pas été imprimée, et dont il n'existe, à notre eonnaissance , en France et en Angleterre, aucun exemplaire manuscrit, servit d'instruction à Léon Strozzi , général de galères, chargé par son souverain de secourir contre les Anglais la malheureuse Ecosse. Nicolay fut , à cette occasion , délégué auprès de Léon Strozzi , ainsi qu'il nous l'apprend dans sa dédicace de la Navigation du roi d'Ecosse,

A cette dernière époque — 1547 , — Nicolas de Nicolay était revêtu des titres et fonctions de valet de chambre et géographe du Roi.

Au mois de mai de l'année 1551 , Nicolay fut désigné pour accompagner à Constanlinople l'ambassadeur français Gabriel d'Aramont, qui s'y rendait en mission extraordinaire. Né avec une imagination vive , et doué de l'esprit , toujours rare , d'observation, Nicolay profita de son séjour en Orient pour recueillir de nombreux documents sur les pays lointains qu'il était amené à parcourir. Mais ce ne fut que seize ans après qu'il les publia sous ce titre : Les quatre premiers livres des navigations et pérégrinations orientales.

Ce livre eut, dès son apparition, un succès prodigieux : il fut traduit en plusieurs langues ; Ronsard , de Baïf et de Laval chantèrent l'auteur, et le Titien fit , assure-t-on, ou retoucha, au moins , les dessins qui ornent la relation de Nicolay.

Quelque temps après le retour en France de Nicolas de Nicolay, Catherine de Médicis lui donna un logement dans le château de Moulins en Bourbonnais, et le chargea d'écrire pour son usage personnel, sans doute, puisqu'elle est restée manuscrite, la description topographique de plusieurs provinces de France.

Après la mort de Charles IX, roi de France, qui l'avait nommé son chambellan, Nicolay résigna, pense-t-on , ses fonctions publiques pour ne plus s'occuper que de ses affaires privées et des études qui avaient fait le charme de sa vie. — Sou seul enfant connu, Isabelle, épousa Antoine Mathé de Laval, poète forésien , qui l'aimait éperdument et la célébra dans des vers qui nous sont restés.

Les biographes les plus dignes de foi font mourir Nicolas de Nicolay à Paris, le 25 juin 1583, à l'âge de soixante-sept ans. — Sa filiation ascendante est inconnue à ceux mêmes qui l'ont le plus recherchée; mais il est aujourd'hui bien établi que ce célèbre géographe n'appartient pas , comme on l'a annoncé , à la famille des Nicolay du Vivarais.

Nicolay -avait tous les défauts de son époque : il était crédule, naïf , adulateur. La vieille maxime des cours, si connue jadis dans les écoles : Qui ne sait pas dissimuler, ne sait pas régner, lui était devenue familière au point de le porter à décerner des éloges outrés et ridicules aux grands auxquels il dédiait

ses ouvrages. Cette situation d'esprit , malheureusement trèscommune chez les savants du xvi* siècle, le porta même à excuser, dans l'un de ses écrits, la conduite de Philippe-le-Bel à l'égard des Templiers.

Comme la plupart des écrivains de son temps , Nicolay croyait aux prodiges et à l'influence des astres sur les événements de ce monde. Aussi, le voyons-nous dans sa Description du Berry, écrite pour Catherine de Médicis, dont il flattait ainsi les penchants à l'astrologie , tracer de sa main encore verte ces lignes, qui , de nos jours , ne pourraient qu'exciter le sourire :

« Quant à l'Hermaphrodite ou Androgin, avec la pluspart des autres monstres , Sa Majesté très-chrétienne les a peu voir et scavoir, qui faict que ie n'en disourray plus amplement , estant assez notoire qu'ilz nous ont predictes les guerres civiles, mortalitez et famines qui, depuis, ont esté en ce royaulme, que Dieu veuille préserver et garantir. »

Dans ses écrits , Nicolay dévoile tout entier sa nature : ses phrases sont mesurées, sa parole est brève, son ton peu élevé. Jamais il n'aborde la critique , tant le courtisan a conscience de son rude métier, et quand, ce qui n'arrive presque jamais, il se permet la plus légère contradiction, il s'entoure de tant de précautions oratoires, qu'il n'est pas permis de se fâcher à son encontre. Dans ces conditions, les travaux imprimés et manuscrits de Nicolay ne présentent qu'un médiocre intérêt pour l'histoire générale ou particulière du xvi® siècle : cependant ils ont droit aux sympathies des savants ; et, quelque stérile que puisse paraître son récit , nous n'avons pas hésité à le faire revivre afin de rappeler le souvenir d'un Dauphinois, qui se fît, par quelques écrits faciles, une réputation colossale, et obtint , grâce à ses talents comme géographe et à son habileté diplomatique, peut-être, une position considérable à la cour des rois Henri H et Charles IX.

PRII^CIPAIX TRAVAUX IMPRIMÉS ET MANUSCRITS DE IMCOLAY.

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