DÏS MOEURS ET COUTUMES
DES HABITAKS.
Situation phj'sique et §é»i^raphiquè.
JLe pays dont je vais tracer rapidement l'Iiîstoire aDcienne et l'ëtat actuel forme un des points les plus élevés de l'intérieur de la Fraiice. Le sol est généralement montueux , coupé , i ijégal. Les coteaux, les montagnes, y ont depuis 100 jusqu'à 5oo toises ( 200 à 600 mètres ) audessus du niveau de la mer. Les hauteurs du Perche et lesciraes qui séparent le département de rOrne de celui de la Sarthe et de la Manche, forment le point de partage des eaux qui versent au nord dans la Manche, d'elles-mêmes ou par la Seine, et au sud par la Loire seulement dans i'Oce'an.
L'Uisne, l'Iton, l'Eure, la Rille et l'Orne (l'un côtéi de l'autre, la Sarthe, la Mayenne et
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leurs afilaens, prennent toutes leur source dans le Ferche et le département de l'Orne , et se jettent dans la Manche ou dans l'Océaii. C'est le point culminant de cette portion de Tinterieur de la France. C'est là qu'aboutit l'extreV mité de la chaîne primitive qui coupe en deux la Bretagne, part de Brest, et vient finir auprès d'Alençon (Alercum ). Le vent d'ouest est le vent dominant. Tous les arbres sont inclinés de l'ouest à l'est. Les hivers sont plus rudes qu'à Paris ; les printemps plus froids; les automne? très-beaux ; la neige y dure peu ; les • pluies sont assez fréquentes ; les brouillards assez rares.
ConstiUiUon géologique et tmnéralogique.
La constitution géologique elminéralogique dii sol de ce pays est très-Variée, et présente aux sa vans une étude intéressante et facile. Les montagnes sont accessibles et peu élevées.
Elles offrent cependant en miniature l'abrégé complet des Alpes et des Pyrénées. En deux ou trois lieues de marche , vous pouvez parcourir, observer tous les divers systèmes de stratification, depuis le granit, le porphyre,-le gneiss, le calcaire primitif, jusqu'au trapp, à l'amphi- ]>ole, aux couches de schiste, d'argile, de calcaire secondaire, coquilUer, et enfin jusqu'aux
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l^ès modernes, et aaz terrains de transport de la dernière révdlutîon.
Selon que le sol s'élève ou s'abaisse, tous trouvez dans le terrain primitif les métaux, le bérit , le quartz enfumé ( émeraude de Limoges, et diamant d'Âlénçon ); dans les teirains. de formation postérieure , les marbres , les pétrifications , les impressions de végétaux ou . d'animaux sur l'argile^ le calcaire , la magnésie ou la silice. Un géologue, en quinze heures, peut se rendre snr le terrain par la grande route de &-est, et y faire, avec tontes les facilités possibles, des recherches utiles que je n'ai fait qu'indiquer, mais que j'indique avec confiance.
Les autres métaux sont plus rares. Le fer se trouve partout et sous des formes très-variées , même dans les terrains les plus modernes. Les marnes ou carbonates calcaires y sont trèscommunes, et sont exploitées pour l'agriculture. Cette partie du règne minéral ayant été peu travaillée, je la désigne à l'attention des savans. On a trouvé des mines d'or,; diton, près de la Trappe, des pyrites sulfureuses : le gypse ou le sulfate de chaux n'y a pas encore été observé. La hQuille,^ la tourbe, ont été reconnues, mais n'y sont pas exploitées.
La zoologie, l'entomologie et la botanique
peuvent espérer quelques succès de rechtfrdies bien faites dans un sol ailssi varie par sa température, sa constitatioo , ses foi'éts , ses eaux, ses plaines, ses-collines, ses montagnes et ses vallées.
SoD egriculture est aussi varie'e que le pays.
Arthur Young (et c'est une grande autorité) en a fait un pompeux éloge.
P^ie , mœurs, usages , nourriture des paysans.
Les habitans vivent, en général, comme tous ceuxdes pajs de Bocage , dans des maisons isolées , au milieu de leun champs , de leurs prés , de leurs bois , et toujoui-s à côté de teufsteultures. Les villes sont assez éloignées , peu considérables (i); les bourgs plus nombreux, quoique généralement médiocres. Dans ces boiirgs, les maisons sont souvent isolées ; et cependant' la population de ces trois départemens est de plus de i,a5o,ooo âmes. Aussi les mœurs , les usages, la langue des campagnards, restent, depuis 800 ans, presque immuables. La fréquentation des habitans des villes ne polit ni n'use leur langage , leurs manières;, leurs habitudes. Une fois par semaine ,
(1) T.es trois cbcfs-lîeux n'ont, Le Mans, que t8,533; AlençoD, que i3,a34; et Évreux , que 9,338 habîtans. ,
ils vont porter leurs denre'esà.la ville voisine , . oii leur 'voix haute et brusque , leur patois rude, leur immobilité dans la foule, leurs Tétemeasgris, leurs lon^ cheveux sans poudre, leur ont valu le sobriquet de sa/igliers. Un cultivateur, comme au premier temps de la société , comme aujourd'hui dans les forêts de l'Amérique septentrionale , sait ordinairemeat faire un peu de tout. Il est souveut maréchal , chai'ron, charpentier, tonnelier, tisserand , laboureur et marchand de bestiaux tout ensemble.
Le blé, le seigle, l'orge, l'aToine , le sainfoin , le trèfle , les pois , les vesces, les racines, le chanvre et le lin, les pommes, les poires, les taillis, l'éducation des bœufs , des moutons, des cochons , des chevaux , leur amélioration, celle des oies, des volailles, occupent toute l'année le ménage clinmpêlre , et se trouvent souvent réunis dans une ferme de 35 hectares ou Soarpens d'étendue.
Les vieilles mœurs s'y copservent. Dans ce pays , le dicton :
Du côté de la barbe eîl la toute- puissance,
garde encore toute sa vertu. - La fermière , qu'on appelle la maîtresse , et qui aopime son • mari son maître, quelque lawe qu'elle soit, ,ne s'assied jamais h table avec, ses domestiques
mates. Elle- leur fait la cuisine, les sert , et mange debout, ainsi que toutes les femmes ou lit les sans exception. Le maître est à table avec eux , et mange à ta gamelle , comme Abraham avec ses serviteurs et ses esclaves.
31 la maîtresse ( la fermière ) accouche, on demande : Est-Ce un gars? Quand le con- , traire arrive , On dit : Ouen, ce nest qu'une créîatitre ( une fille); et, en effet, un homme a ici quatre ou cinq fois autant de valeur qu'une femme. Telle forte et robuste servante, propre à tous les gros ouvrages, ne gagne que 56 franco et sa nourriture par an , tandis qu'un laboureur est payé de i5o h 200 francs pour t'année. Les domestiques s'ha- )>itlent à leurs de'pens.
Voici qui nous ramène un peu aux moeurs des Hurons et des Iroquois. Il y a trente aQs> ( les moeurs ont gagné ) , on soignait mieux la vache ou la jument que la femme ou la fille. Si l'une des deux Jiètes était malade , on allait vite chercher le vétérinaire et les remèdes. Si la femme ou la fiUe e'tait alitée, on disait : J'espère ( pour je croîs ) qu'elle en mourra , et on laissait la pauvre crêiatwe se débattre avec son pot de cidre et sa fièvre ou sa pleurésie.
Cependant, contraste bizarre, et nouveau rapport avec les mœurs primitives, l'hospitalité, la charité, sont exercées par ces campa-
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gnai^s dans toute leur étendue. Un inconnu, un mendiant de'gueuiUc arrive le soir; on lui donne la place d'honneur au coin du feu. II s assied près du maître, mange les mêmes mets, est servi par la maîtresse de la maison qui reste debout tout le repas, et repart t'e lendemain après avoir déjeune' de même, pour chercher ailleurs la même hospitalité'. Cette confiance , dont il y a peu d'exemples qu'on ait abuse' , fait honneur aux uns et aux autres.
Il y a vini^t ans, qu'un Percheron , habitant les campagnes , n'employait, pour -son habillement, presque aneun produit de l'industi-ie, presque aucun objet manufactucé.
Ses bouleaux, ses aulnes, ses noyers, et surtout ses hêtres, lui fournissaient «t lui fournissent encore les sabots forts et Ic'gers qui sont la meilleure chaussure dans un terrain frais et argileux , sujet , par son élévation , par l'abondance de& arbres dont il est couvert, à .des pluies fre'qnentes; et les pluies produisent beaucoup de boue que l'ombrfige des arbres conserve.
'La paire de gros souliers ferrés qui dure souvent cinq à six ans^ est faite, pour la semelle^ avec deux cuirs de bœuf les plus fais ; pour l'empeigne , avec du cuir de vache , et est presque imperméable à l'eau, et même à la rosée. Il serait bon que les chimistes
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cherchassent la cause de cette difTëi-ence de perméabililé pour le cair eatre l'ean et la rosée. Le fait est constaté. L'explication, je crois, n'en a pas, été donnée. Cette chaussure sert pour les charrois éloignés, pour là chassç»
pour les voyages.
A cheval , le Percheron porte des gallieelleB ou guêtres de cuir , et des houseaux , espèce de botte forte en cuir, sans pied, et qui s'attache avec deux courroies et deux boucles. Se?
bas, ses chaussons sont fabriqués avec dç Xétain , sorte de laine grasse formée de la dépouille mêlée de ses raoutoos, dont un tiers est noir et deux tiers blancs. Ce mélange produit une couleur gris de boue, extrêmemeut. solide , ce qui lui a valu le nom d'étain. La nature elle-même a fait les fr^is de la teinture. La laine blanche Une a pris par extension le même nom. Ses culottes, son gilet, sa veste ou, son habit, sont faits de cette' même laine, filée, pendant les longue soirées d'hiver^ pt^V sa femme ou ses Hlles , tiasue chez lui , et foulée au moulin à eau et h, foulon qui. raout sa monnaie, c'est-à-dire la. somme de grain que la famille consomme en huit jours. Ce mot de patois rappelle le passage de l'état où le commerce se faisait par échange , à celui où les méla«i monnayés ont été introduits.
L'homme ne portait point de craviite;fia tête
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i3 était couTerte d'un bonnet de Inioe grise on rouge. La femme e'tait habillée dé la même étofTc; leurs chemises sont faites avec lé chanvre cultivé. Blé, tissé par eux. Us n'étaient donc tributaires du commerce et de l'indnstrie, les hommes que pour leur mouchoir- de nez ( encore leurs doigts en faisaient souvent l'office); les femmes, que pour leurs mouchoirs de cou et de nez, et pour leurs corps de baleine qu'elles portaient, il y a trente ans, comme du temps de François I".
Le mari avait, ponr les beaux jours , un grand chapeau à la Basile, qui se transmettait de génération en génération.
La-niode a vaincu les vieilles habitudes. Le luxe a gagné les chaumières. Les filatures de coton', établies dans ce pays, y ont introduit le goût et l'usage des cotonnades peintes. Le respectable corps a été abandonné pour un simple corset sans baleine. Les escarpins à cordons , les croix d'or, les déshabillés de toiles peintes, les tabliers de mousseline, les grands bonnets de mousseline brodée , les bas de coton blancs ou bleus, remplacent aux jours de foires, d'assemblées ou de noces, l'antique etsimple parure. Les hommes portent aussi des gilets de coton , des habits de drap manufacturé, de la poudre, les jonrs de cérémonie. On commence h danser n mesure, à jouer assez juste sur le violon des
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contre-danses. Le langage s'altèi'e avec les vieilles coutumes. Les mœurs résisteut encore. Fasse le ciel qu'elles ne suivent pas le torrent du siècle !
Jusqu'ici elles sont assez pures dans les campagnes , et surtout dans l'aristocratie du Bocage ; car il y a des rangs marque's, une vraie noblesse parmi ces paysans.
La noblesse est le corps des fermiers , des propriétaires demeurant aux champs, cultivant les propriétés d'autrui ou leurs propi-es héritages.
Cette classe' se distingue généralement par des mœurs plus pures et plus sévères , plus d'intelligence, d'assurapce et de fierté, plus de droiture , d'obligeance et d'hospitalité. Elle regarde comme au-dessous d'elle les marchands , les ouvriers , on manufacturiers des villes ou des bour^ , s'ils ne sont pas propriétaires fonciers.
Dans cette classe, peu de procès, presque point de crimes on de délits. C'est un phénomène qu'une fille de fermier ait en un amant déclaré , ait fait an enfant avant le mariage. Leur exemple influe sur la classe des servantes. La chasteté est, pour les .6lles ou femmes de fermiers, ce qu'était le poînt d'honneur pour les gentilshommes : vous trouvez ce point d'honneur établi chez les Germains , leurs an-
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i5 cètres , et chez les Gaulois du temps dç Ce'sar ' et de Tacite (i). L'usage a e'tabli des lois sévères qui coQtribuent à la maintenir; car, si une servante de ferme a an amant , et est sur- . prise ou devient grosse^ elle est tout de suite chassée sans pitié , ne peut se placer nulle part» ne peut plus se marier h personne ; si le séducteur , qui n'est pas soumis aux mêmes -peines, ne veut pas l'épouser ^ elle est obligée de nourrir son enfant, et d'aller mendier hors du canton pour soutenir son existence. Lorsque l'accident arrive k une fille de fermier , toute la famille se regarde déshonorée, et porte le deuil pendant deux ans. J'en ai tu; il y a trente ans, plus d'an exemple (a). On sent qu'avec un pareil frein , les écarts doivent être assez rares. -Les habîtans des bourgs, des villes surtout, n'ont pas des mœurs tout-à-fait aussi pures ; et c'est peut-être ua des motifs qui , joint à l'espèce d'oisiveté oîi dos paysans les
(i) M6r. Gerrmm., XVIU-XJX.
(2) En 1^89 , l'aiToadisseineat de Mortagnr, >ar 113,391 habîtans, 3,491 naissances, ne présente. qn« 66 enfansnatarels;
En 1801 , sur iia,So2 habîtans, et 3,338 naissances ; que 1 1 o bâtarils ;
Premier semestre de i8o3, 1,79a naissances, 33 enfans naturels seulement; et les* villes, les bourgs jr sont pour les six sepd^es.
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i6, voient livrés , tenr inspire , pour les bourgeois , poar les citadins , une sorte de mépris.
Cepeadact , avec cette pureté do mœurs et cette régularité dans la condaite , Uyaupe très-grande liberté dans les discours , une trèsgrande crudité dans l'expression. Toutes les choses s'y nomment par leur nom propre. On y appelle un chat an chat.
Lès femmes et les filles sont chargées de l'acr couplement des bestiaux , de la castration des volailles ; elles rient , h gorge déployée , des plaisanteries des hommes et des gars , en font elles-mêmes de fort vives, et n'en sont pas, n'en restent pas moins sages.
Les chansons licencieuses , grossières, obscènes même, se chantent à la veillée, et sont accueillies d'an gros rire franc par les plus honnêtes filles.
Les anecdotes scandaleuses, les accïdens de cocuage, sont contés en patois , sont reçus avec 'délices par l'auditoire. C'est un homme qui raconte^ et ordinairement le héros de l'aventure est un bourgeois, un citadin, on marchand de ville, et surtout un huissier qu'ils appellent un sergent , ou un grenier à coups de bâton.
Sous ce poipt de vue, lesfitles. et les femmes de notre bocage nous retracent trait pour, trait
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I9 fameuse Margaeritc , dliclresse d'Alençoa et l'cine fie Navarre, contant, écrivant les noavelles les plus graveleuses, et menant , btcc les propos les plus libres, la conduite la plus chaste, la plus religieuse, la plus régulière.
Les chansons de ta moisson ou du mois d'août roulent, ou sur les repas que la maîtresse prépare aux ââu/£ronf( les moissonneurs), ou sur l'accident d'une 611e qui a suivi un homme de gueVre , i^ui a quitté le pays, et qui a cassé son sabot ( perdu sa virginité ), ou sur l'histoire d'une pauvrette qui est tombée dans une rivière ou dans un fossé : des gars passent ; elle leur offre cent écus pour la retirer ; ' les gars lui demandent son pucelage; elle aime mieus rester dans la rivière. Ce trait de vertu est aussi unanimement applaudi qu'on a ri de bon cœur des expressions graveleuses dont la chanson est ornée. Ces chansons se chantent en choeur, tous les ans, dans la moisson seulement, et se conservent depuis un temps immémorial.
Nos campagnards aiment les calembours , les allusions , les métaphores ; on demande à une femme si son mari n'est pas du vice ( n'est pas libertin )? Elle répond, ou sa camarade repond pour elle i Je savons ben que changement d'herbaije réjouit le viau ( le veau }; mais' il a eune ( une ) troue'e (. truie ) qui mange Bocage percheron. 2
ben tout son glond ( ^laaA ) , et de rire aux éclats; et la femme serait une Lucrèce. Voici un de leurs calembours qui est digne de Brunet. — • Quel est le lieu oii il y a le plus de chats sans poils? — L'ëglise, parce que toutes les bonnes femmes ont des chapelets ( ckaispelés). Ils appelèrent l'empereur ( Napoléon ) l'empireur. Voilà la tournure de leur esprit. Pour aToir des souliers parfaits qui ne prennent pas l'eau, ils disent qu'il faut que l'em-» peigne sait de gosier de musicien , parce que ça se boit jamais l'eau; la semelle de langue de Jemme, parce que ça ne s'use jamais, et qu'enfin ils soient cousus avec dujîl de rancune de prêtre, ça dure toujours.
Cette pureté de moeurs et cette grossièreté dans f expression se retrourent dans le caractère et le langage des bourgeois peints par Molière. I^es moeurs de celte classe étaient meilleures alors, les mots plus crus ; les mots sont plus décens, les mœurs plus raauraises aujourd'hui dans la même classe de la société.
Les auperetitîons populaires , les croyances «ux reienans, aux esprits, aux follets, aux lloups-^arflus , élaient plus communes , plus fort^t chez les faabitass il y a trente ans qu'fb présent. Ita raison évidente est qu'ils faisaient moios da commerce , marchaient moins la nuit , se &iniliarJrsaient moins avec les objets
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'9 de lears terreiu'3 qu'ils ne le font aujourd'hui. J'ai TU , en I "jiiSf un jeune homme chez mon père, à Landres, mourir de cette crainte. On disait que madame d'Hauteville, l'ancienne propriétaire , revenait dans le paTÏUon sous la forme d'une laitice ou hermine. Le gars fait le bravache ; il se moque de la croyance générale 1 on parie qu'il n'y couchera pas seul ; le pari s'engage : il soupe , rit , tb se couther au
• pavillon dans un bon lit. Le matin ^ on le trouva mort et noir Mine apoplexie, causée par la peur, l'avait tué... On assura qu'il arait été foulé par la bête ou la laitice; et les femmes, encore aujoni-d'hui , ont une grande terreur de ce joli petit animal , redoutable seulement pour leurs volailles. L'hermine est d'un blanc éclatant , marche surtout la nuit , est très-vive dans ses mouvemeos, parait et disparaît dans un clin d'œil. Les châtelaines portaient, l'hiver , des fourrures d'hermine ou laitice. De là l'opinion que la châtelaine revient fin laitice. Cinq à sii femmes m'assurent l'avoir vue rêve* nir encore enlaitïce, le 33 décembre 1819, à le ferme de Landres. Les femmes ne vont jamais la nuit , surtout seules. Les fe,ux des mm-
■ rais> les bois phosphoriques , les souches bizarres , les charognes éclairées- par ces lueurs ^ ont fait naître et perpétuent parmi elles les croyances àejallols , de bêtes, de loups-garous.
Les meuniers, les marchands de bestiaux qui ToysgCQt la nuit , en sont exempts ; les autres doivent encore y être soumis long-temps.
Les baui sont ti'ès-longs , de seize ou de douzç ans ; les bons fermiers se changent peu. J'ai, dans ma terre, deux exemples de fermes occupe'es depuiâ deux cents ans par la même famille, et, pendant ce temps, la propriété' a passé dans cinq à six. mains dilférentes. Aussi se regardent-ils comme propi'iétaires usufruitiers. On les de'signe par le nom de leur ferme, l'homme de Pinceloup^ l'homme du Breuil , l'homme d'Arcisse , etc. L'origine des noms de terre, au onzième ^iècle, vient d'une cause semblable^
Dans cette classe, les crimes , comme je l'ai dit, sont presque inconnus, les délits rares, et même les procès peu communs. Il n'y a guère de contestations que pour des empièteniens , des droits de passage , d'irrigation ; encore sont-elles plus rares que dans l«s autres provinces de France. Tous les champs sont enclos de haies; des bornes divisent les héritages limitrophes. Comme ils n'entendent rien aux lois, les pai;tages, dans les successions, amènent quelquefois des procès. Cependant j'ai vu des enfans de plusieurs lits partager une succession mobilière et immobilière, de valeurs-très-variables, et très-difficiles à apprécier, sans
notaii-e, sans écrit et sans le moindre différent. Les ^iderques , Normands , Manceanx , Percherons , savent très-bien ce que coûte la justice , et ils aiment mieux mettre les frais en engrais sut- leurs champs que dans la poche des gens de loi.
- J'ai dit que nos habitans du Bocage , nos campagnards communiquaient très-peu ayec les citadins , et que leurs mœilrs, leur langage, leurs habitudes ne pouvaient s'altérer iacilement. En effet, un fermier va, les jours du marché, porter ses denrées à la ville. Il mange, et -fait manger, avant de partir, sa bête de somme qui porte sur le sac la botte de foin pour son dîner. La fermière vend les œufs , le beurre , les . volailles ; c'est de son guermant ( de son ressort ). Ils débitent leurs denrées , ne parlent aux bourgeois que pour convenir du prix,- Le cheval est mis à l'auberge oii on paie deux sous pour son placage ; à deux heures , le mari prend sa femme eu croupe, et ils reviennent souvent diner chez eux, sans'avoir bu ni mangé à l'auberge, et sans avoir entamé le profit de leur travail.
L'ordre et l'économie, base principale de toute bonne agriculture, et vertus eâentielle^ h. un cultivatçur, sont portées à «n haut degré dans celte contrée.
I^es communications avec les citadins sont
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presque nulles; aussi les moeurs des campa-.
gnards ont-elles peu change. La révelulloa a passé sur eux comme un torrent; tls n'ont vu que des changemens de propriété , des eolèvemens de leurs enfans (i)', des perséôutions de leurs prêtres. La suppression de la dîme les a flattes. Cependant les propriétaires en ont joui seuls. Les fermiers paient toutes les contributions venues ou k venir en remplacement de la dime et de la taille. Les droits féodaux étaient peu onérenx; ils savent h peine ce que c'est. Quelques fermiers ont profité dn discrédit des assignats pour acheter des biens d'église ou des biens d'émigrés. La masse ne connaît lea propriétés que sous le nom de bon et de mauvais hien (le bien national et le bien patrimonial ) ; et ces dernières ont encore une valeur double des autres, qui trouvent très-peu d'acquéreurs. Du reste , presque tous les biens nationaux sont dans les' mains des babitans des villes ou des bourgs. Une faible portion est disséminée parmi les habitans des campagnes.
Il y a vingt ans, très-peu de paysans , de fermiers, savaient lire ; bien moins savaient écrire. Aujourd'hui les écoles sont pleines. Les pères et mères qui n'ont jamais lu veulent que leurs en-
^} Ils appelaient l'empereur Vempireur, parce qu'il prenait tons les garçoni , et faisait empirer l'agricuItBre.
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tans soient savons, non de l'Académie de^ sciences, ils ne portent pas enCdre lents dé$nr» Si haut, mais qu'ils sachent lire, éct^r«, faireune quittance , toiser un tas cte marne , rédiger an marché. Ils lea mettent , dans la ville toÎ- -sine^en demi-pension, s'eii privent pendant six à sept ans, consacrent tout leue supeffltt & cette grande œuvre, et obtiennent |K)urtartt trè»-peu de 5uccès. La cause en est évidente : l'enseignement mutuel lui-même y échMierait.
Les enfàns, jusqu'à sept ans, appretineîot Is langue percheronne, mancelle ou normande de leurs mères , leurs nourrices , lettrs parens Oti domestiques. On leur apprend, dans l'école, à lire, ik parler français. Ils ont de In peine. Sor~ tis de l'école , ils parlent , on leur parle en patois. U faut nécessairement qu'ils apprennent et qu'ils oublient Sans cesse ; cè sont denz langues à retenir.' Us ont la difficulté qne uons éprouvons à apprendre U latin t le français est pour eox une langue morte; le patoîs est la langue vivante. A treizeou quatoraeans, enfin, ils savent lire, écrire , comptermédiocrement. Ils font leur première communion, revi^iDentàia fwme, et api^enncnt le métier de laboureurs ou de marchands de bestiaux.
lis ne lisent plus, écrivent encore moins, font . peu ou point d'affaires par écrit , manient la faulx ou la charrue, la pioche ou U-hache. Le sa-
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voir de l'ëcole s'en Ta, et à peine, quand ils^é varient , ou qu'ils passent un bail , peuvent-ils sigi^r leur oom.
, .Les. parent qui n'ont peut-être pas fait le i]:i£me:]:aîsonDenieDtque je viens défaire, mais q^ursokut doues d'un instinct de bon sens et d'intel^ËQCe remarquable, cherchent à se rapfv:pc;her de la prononciation actuelle. Ils ne prononcent plus oeil u/ï, £o\i fao, îoi/a, ils disent ua eu , MO fou , ma foi , et peut-être, dans viqgt ans, la langue parlée sera e'teinte.
. ; Le même eiïet doit se faire sentir dans toute la France, et il serait, je crois, très-utile que dans les statistiques d'antiquités^ demonumens^ que le gouvernement fait faire , et que l'académie des inscriptions doit rédiger, on recueillît un f^ocabulaire, avec les définitions, des diffère ns patois, qui servirait à former un Glossaire français , et offrirait beaucoup d'étyraologies , de coutumes, de traditions curieuses. J'en dod' nerai plus loin , dans le Mémoire suivant , des ' çxeniples pouç le pays "qui m'occnpe et que ^habite depuis trente ans.
agriculture, assolemens, clSua-fis , pâturages-^ firbres à fruits.
\l me re^te maintenaut à parler de l'agriculture de ce pays, de Bocage, surtout du Perche f^
a5 la partie la plus montueuse et la plus rebelle a la culture. Mais, labor improbus omnia vihcit.
Tout cède an long travail , et surtout aux besoinf .
Par une bizarrerie singulière, ces campagnards percherons, ne sachant ni lire niecrîre, ' isolés dès connaissances, de l'instrucfion , des socîélés d'agriculture, des nouveaux procède^ de cultivation ou d'assolement, ont devancé, ou ont suivi de très-près les proigrès de i'aniélîbrar: tion de la culture en Francç^ c'est uû fait po^ ' sitif. It s'agit de l'expliquer.
Kul doute que' cette vie solitaire , méditative de la campagne, cette attention continuelle toujours dirigée vers tin même but, 'bt"' non distraite par le libertinage, les causeries oii riyrognerie des bourgs et des auberges, n'en' soit la principale cause. Arthur Youhg , comnie je l'ai dit, a fait un pompeux éloge de la culture du Perche, il y a quarante ans. Cependant , il y a depuis cette époque une améliora^ tion extraordinaire. Je vais tracer l'expcsé de la culture dans ce temps et dans le temps aotuel.
Culture des champs , ily aquaraTiie ans.
Il y a trente-cinq à quarante ans , les terr-ea çt^ient divisées eu trois soles, §t se louaient pour
trois, six ou neuf ans, -au choix du bailleni'. Quelques-unes ëtateot aâermées h moitié ^ le maître fournissait le mobilier, le métayer son. travail, et on partageait chaque année la moitié des produits de tput genre. Les champs étaient plus coupés de haies, les haies plus épineuses, plus larges et plus foi-tes ; les plus grandes pièces de terre étaient de neuf ou dix arpeus (cinq hectares)j il y en avait d'un quart, d'un, cinquième d'arpent ( douze ares ou dix ares).
Xj'espèce des pommiers * des poiriers à cidre, plantés dans les champs, était mal choisie; c'était le plus souvent des sauvageons arrachés dans 1^ bois , et plantés sans ordre et sans soin.
Il y avait beaucoup de friches, de pâtis couvertsd'épines et de taupinières, de In-uyères, de chemins inutile^, de terrains vagues. Les cintres des champs étaient très-larges et fort élevés, souvent an-dessus du terrain en labour.
La première année, on fnmait médiocrement, et 00 semait du méteil ou du seigle , ou du blé etdei'ot^e; peu de blé pur. La deuxième, ou semait, sans fumer, de l'orge, surtout de l'avoine , desmtirs enfin, avec un seul labour, et la. ti'oistème année, la terre se reposait, ou plutôt se cauvrait de nielle , d'ivraie , de chardons , de mauvaises herbes.
Ces vices tenaient essentiellement, i*^. au I peu de durée des baux conditionnels qui, de
p hyGtjogle'
plus, se tronvaient rësitîés parla mort de l'uo des preneurs; s", au peu de profit que pouTaient espererles fermiers, soit dans les baux à moitié, soit dans les locations de trois six ou neuf an« n«es. Les haies se tondaient tous les neuf ans. Les fermiers étaient chargée de planter les arbres à fruits dont ils avaient , en échange , les branches cassées.
' On ne connaissait pas les irrigations, Boit des eavix pluviales , soit des rivières naturelles retenues par des barrages .pour un temps limite- Les maisons, lesétables, n'avaient point de plafond ou plancher supe'rienr j un trou servait de fenêtre : les premières n'étaient point carrelées; une aîi-e en terre tenait lieu de plancher ou de carreau. 11 tiy avait point de chambres distinctes. On sent facilement tout ce qu'un pa> reil état de culture et d'habitation ofire de vicieux.
. Trois choses ont dû frapper Arthur Young dans son voyage agronomique :
; I». La beauté des forêts du Perche, les plus belles , peut-être , de l'Europe four la venue et la qualité des bois.
2°. L'avantage des clôtures qui épai^ne les ■ frais de garde "pour les bestiaux, et assure contre \ leurs ravages les moissons ou les prairies.
3°. L'usage de marner les terres, qui remonte
1 1 en France au delà de l'époque où les Rotiiains '1 connurent la Oaule.. ,
Les plantations d'arbres fruitiers dans les champs ont dil être appréciées aussi par l'habile agriculteur anglais.
I Aujourd'hui, les terres roulent en quatresoles. ' Les baux sont Qsés'en argent, et de seize ou, au i moins, douze ans. La mort des preneurs ne les / résilie plus. On a supprimé les jachères, augmenté l'étendue des prairies naturelles ou arlifîcielles, par conséquent, le nombre des bestiaux et la quantité des engrais.
assolement. — Culture actuelle Prairies
artificielles.
■ La première année , on sème du blé après trois labours de chacun quatre raies de sillon ; on fume assez bien (t). La deuxième année, on ouvre la terre avant l'hiver , de la Toussaint à Noël. On donne deux autres labours avant le mois d'avi'il ou de mai, et on sème ou de l'orge
. et du trèfle, lo liv. de ce dernier par arpent, ou un peu d'avoine, sur un ou deux labours seulement, cequiest blâmable. Le trèfle pousse avec
' l'orge, donne quelques produits la première
(t) Vers Bonnetable et Le Ubds, le sol t'abaisse, est plus chaud. Oa cullire le maïs; ,]es melons vienqeat en pleiae terre.
,^9 année dans la deuxième année du trèfle, la troisième de l'assolement, on en fait deux coupes , l'une en juin, qui, plâtrée, fournit de six à huit milliers par arpfent, 5 à d,ooo kilog. l'hectare. 'La deuxième coupe est à peu près aussi bonne; elle se récolte en octobre, etdonne, en outre , de la graine qui s'exporte ou se Tend j pour la teinture, La quatrième année, le trèfle ' nourrît les bestiaux jusqu'en juin et juillet, qu'on ouvre la terre pour le labour des blés et recommencer la rotation de l'aboiement. On marne les terres tous les vingt-cinq ans. Cet engrais se tire par des puits dont la profondeur varie de vingt à soixante-dix pieds. On i^et par arpent cent banneaux de seize ^ieds cubes. Le prix de l'extraction est de a5 à 40 fr- le cent. La marne se trouve sur tout le sol calcaire dont elle est recouverte.
Nos campagnards envoient à Paris leur beurre et leurs œufs , et en rapportent du plâtre, qui coûte de i5 h 20 fr. les 5oo kilog. ou i,ooo liv. On le moud cru , sans frais, soit dans les moulins , soit dans les moulages de gran'St ' où on écrase les pommes avec lesquelles on fait le cidre, qui est la seule boisson du pays.
Cette industrie, vu l'éloignement, la pesanteur de l'engrais, et la difficulté du transport parterre ( il n'y a point de rivières ni de canaux de navigation), est très-remarquable et très-digne
de louange. Les prairies artificielles pérermes , ou de longue durée, sont le sainfoin. Le sainfoin dure de six à dix ans; la luzerne meurt après quatre ou cinq ans; le banc calcaire est trop près du sol. Dans les fonds , dans les terres plus profondes, on commence \ l'essayer ayec succès. Les pièces de terre, partagées en quatre saisons, sont, selon l'étendue de la ferme , de dis, quinze à trente arpens : le terme moyen est plus commun , les deux autres sont des exceptions.
Clôtures. '
Les pièces ou saisons sont tontes entourées de haies Tires, plantées en marseaux, coudriers, ormes, frênes , charmes, bouleaux ou cfaénes, dont la tonte se fait tous les huit ans ; qui sont plissées, c'est-à-dire entrelacées ou couchées d'nue manière fort ingénieuse, et forment un rempart impénétrable aux animaux.
C'est un de leurs moindres avantages. Dans nn pays conpé de pentes brosques et rapides , comme celui que j'ai déa*it , ces haies arrêtent les engrais , les terres entraînées par les eaux, des hauteurs dans les fonds; elles deviennent une espèce de motte à famier oii pourisseat les feuilles de leurs arbres, de leurs jets, oii croit une herbe excellente pour les bestiaux.
D,£,,t,7P-hyGoo^lt:
Tous les six ou huit ans , on les terrasse, ou on «
' en enlèreun pied de bonneterre, qu'on reporte j
sur lee côtes ou les parties de la pièce amaigries '
par le ravage des pluies. '
Tout le cintre de la pièce, sur lequel on a semé tout de suite de la graine de foin pour contenir la terre, est plus bas que le terrain labouré , facilite l'écoulement des eaux , et contribue par-là à ta fertilité du sol, renouvelé sans cesse par celte terre rapportée.
Ces haies, dont les souches et les balÏTeaux appartiennent au maître et la tonte au fermier, fiTnrnissent À l'un du bois de chauffage ou de construction , à l'autre des fagots pour son fea , des cercles pour ses pipes à cidre , ou pour importer dans les payS de vignobles; elles lui donnent, de [Jus, le moyen d'introduire et essayer toute espèce de culture, sans déranger ses voisins, sans être inquiété par eux.
Les pièces sont donc de dix, quinze à trente «rpens de roi, le demi-hectare à peu près.. On réserve près de l'habitation quelques champs enclos plus petits , pour la culture du chanvre , des turneps, des pommes-dfr-terre, qui rentrent dans la rotation de l'assolement.
j^rbres fruitiers.
Les maîtres se sont réservé les pommiers
oa poirisrs morts et les branches cassées. Ils fournissent en échange tous les arbres fruitiers que le fermier se charge de planter, ëpiner, bêcher, tous les ans , et greffer. On a des pépinières qui, de six à neuf ans, donnent des arbres sains et vigoureux , qu'on plante en ceinture tout le long des pièces. Le produit d'un pommier s'évalue à dix sous par an pour le fermier, à cinq sons par an, par la crue de son bols, pour le propriétaire. Les cours desfei'raes, qui sonvent sont herbées , réunissent les fruits à couteau, à noyaux,. les noyers, les châtaigniers, dont l'ombrage abrite les charrettes , les instramens aratoires, et dont les branches servent de refuge aux volailles, infestées dans les poulaillers par les renards , les fouines et les quatre espèces de nutscela très-communs dans ce pays couvert.
Prés.
Les prairies naturelles ont -été beaucoup améliorées; on a même obtenu artificiellement de nouvelles prairies naturelles.
Nos campagnards, étudiant leur sol , vivant au milieu de 'eurs champs, et comparant leurs produits, ont bien vite deviné la grande théorie de l'agriculture; ils se sont convaincus, i°l que la terre ne se lasse pas et n'a pas besoin de se reposer si on alterne les cultures; 3°. que d'un
P:hyGtît)'^lc
sixièmç de leur terre , bien fume, bien cultreé, ils obtieoaeQt plus de paille, plus de grain, que du tiers Bivec l'année de jachères; 3o, que ce sixième , qu'ils ôtaieut du labour , ieur donnait eu viande, en élève», eu engrais, sans bourse délier, presque autant queje sixième cultiVé en grains. Ils se sont donc appliques à foroxcr des prairies , et le haut prix des céréales^ ces années dernières , n'a pas, ce que je craignais, fait dévier ieur Iwn esprit de la route qu'un calcul j:uste et sûr leitr avait tracée.
Us ont TU que les orages, les graD<ïes iduies qu'ils nomment avtaltiisons , entraînaient des côtes dans les TaLlons> delà terre, que leurs haies arrêtaient, à la Te'pité ; mais> de plus, une eau de jus de fumier, déplâtre, de marne, qui , tombait dans les fonds , y formait des ravins , et allait sans fruit se jeter dans les rivières qu'elle faisait déborder, et qui vasait quelquefois^eurs prés au moment de la récolte. Le Normand, le IVIanceau,.le Percheron surtout, n'aiment à rien petdre; ils se sont aperçus que dans leur sol , partout où il coule un peu d'eau, il vient de- l'herbe-
Ils ont conduit, à mi-côte, des fossés garnis de haies, qui reçoivent les eàus pluviales des parties supérieures ; et , par des barrages , des rigoles successives, les ont distribués toujours dans les parties les plus hautes de leur herbage. Bocage percheron. 3
D,£,,t,7P-h/Goo^le
qu'ils avaient d'abord labouré , bien ameubli , semé abondatatuent en graines de foin, pour étouffer les herbes parasites ; et j'ai tu faucher à pleine faux dans un herbage semblable, fait de cette manière , l'hiver précédent , sur un très-mauvais sol, qui ne produisait presque rien.
Ailleurs , ils ont construit des digues, des chaussées en gros quartiers de pierre, pour dévier des sources perdues, les conduire dans leurs fossés d'irrigation , et abreuver Leurs prés dans la saison sèche.
Sur les grandes rivières du .pays (TUisnie, la Sarthe), ils ont, avec l'agrément de l'autorité, et du consentement des usines, construit des palis, des .barrages solides, qui, pour un temps limité (quarante-huit à cinquante heures) deux fois par an répandent les eaux sur toute la vallée de prairies arrosée par ces rivières.
Les frais de ces prises d'eau ont été réparties au marc le franc sur tous les propriétaires dont les prairies sont arrosées par l'inondation arti- ^cielle. Les moulins sont prévenus quinze jours d'avance. D'ailleurs, ils ont tous des prés, des herbages, et gagnent plus par l'irrigation, qu'ils ne perdent par l'interruption momentanée de leur travail.
Taillis.
Les taillis sont disséminés, au milieu des champs, datis les parties les plus stériles. Ils donnent les mêmes produits que les haies; on en a beaucoup de'fFiché. Le peu de valeur du l).ois en est la cause. Le cent de fagots , pesant 4 à 5,000 Kt, ne vaut que 56 à 64 fr-, rendu à Ift ville. La corde de bois de trois pieds et demi dé long sur huit de couche, et quatre de haut (près de trois stères), ne vaut, en oi7me et charme, rendue à la ville, que 20 à. s^fr.} eu pommier, poirier, frêne ou hêtre, que 18 à 20 fr.j en chêne, que i5 fr. Ce n'est pas le cinquième du prix du même bois de chauffage à Paris ; et la vente brusque et considérable des bois cédés à la caisse d'amortissement en a fait baisser le prix d'un tiers, pu au moins d'un quart.
Les grands taillis, les futaies, occupent les sommités des collines ou des montagnes granitiques, siliceuses, ou calcaires; elles couvrent le terrain le plus stérile, et ne sont pas un des moindres produits de cette contrée.
' Ces biens sont tous dans les mains de l'état ou des grands propriétaires. Les taillis se con- Tertissent en charbon et en bourrées, et entretiennent les forges, les fours à chaux, les tuileries, les fabrications de poteries, de faïence
' 36 ou autres usines. Leur assolement varte depuis dii jusqu'à trente ans; on en tire de l'écorce pour les tanneries , du cercle à pipes qui sert dans le pays^ ou à tonneaux , qui s'importa dans rOrléanais, d'oii Ton rapporte du vin. Les liouleaux, les hêtres, les aulnes, fournissent des sabots, des pelles, des colliers de chevaux; la bruyère même, qu'on de'truit et qui rcTient sans cesse , n'est pas ne'gligée. Elle sert d'engrais pour les champs, de paille pour les bestiaux , augmente le fumier, et permet de nourrir plus d'animaux , en remplaçant, pour leur litière, la paille qu'on leur fait manger par ce moyen. Les taillis sont bien gardés, bien enclos de haies vives , de fossés ; le pacage y est défendu. Les propriétaires, qui sacrifient beaucoup de haies inutiles pour l'amélioration de leurs champs ou de leurs prés , plantent les terrains vagues , les places vides , et regagnent sur les hauteurs le bois qu'ils ont perdu dans, la plaine ou plutôt dans les coteaux inférieurs, dans le bassin , en un mot, enfermé entre les cJiaiaes principales.
Les arbres verts, larizios, pins maritimes, pka» d'Ecosse , m'ont réussi à raervei lie dans un sol ingrat ttd le chêne , le bouleau, e'chouaient , et ou, qnandîls réchappient, ils atteignaient à peine quatre pieds de haut en douze ans. Les
pins du même ^e ont trente f>iectâ ; le.sapto,le mélèze n'y ont pas si bieo r«us^.
La ténacité et répaifiseï»* d'une plante sociale comme ta i>r«yère LuAte contre les efibrts de llwmme et des ^ands arbres , (pii chercheot à U détruire , et «lie fait «ne lieUe défense.
hes/orêts, du Perche surtout , sont un phénomène de Tégëtationj une ^e$ merveilles xie la France.
Ses futaies, composées de chênes et de hêtres (il y a peu d'ormes, d'aulnes, un peu pljO^de frênes et de châtaigniers ),sc coupent de .aent h cent^viogt ans. Les arbres droits» polis, oatrfioavetit cent à cent vingt pie^s ( trente-trois mè~ très) de hauteur, sans braDches.CesûDtl«s^pl<H& belles forêts de l'Europe; du moins, INapoléon, qui avait assez couru le monde, fli^ enpanetturant la forêt de Bellesme , en lâi i , avant Itt campagne dé Russie, qu'il n'avait jamais Ttai nulle part d'aussi . belles futaies. L'hectar< de , haute futaie,, dans un pays qui n'a pas de ^dér^ bouchés, par eau ,.et où le boisde chauifageeet' à aussi bas prix, s'est vendu de i3 à i5,ot>o francs. Les plus belles parties sont dans la forêt de Bellesme et dans celle de Resno , du Perche, de Mesnii-Brout et de Perseigne.
D,£,,t,7P-hyGOO^If
Cesfntaies fouroissent les bois pour la marine, le génie, l'artillerie, pour toutes les constructions et les HBages civils et militaires. ' Il serait à désirer qu'un aussi bon sol pour le boïs fût soigné, amélioré par le gouvernement; qu'on replantât les terrains vagues, les endroits vides; mais la chose publique est toujours plus ou moins négligée , et Ton n'a pas toujours des Sully pour ministres.
fJa phénomène curieux de la longue faculté germinative des graines se reproduit dans les futaies à chaque exploitation. La futaie en coupe n'est composée que de chênes, de hêtres, de quelques châtaigniers, d'ormes ou de frênes dans la proportion d'un cinq centième environ, tes SDUs-arbrisseaux qui végètent seuls à l'ombre deces dômes de vefdure sont le houx et labourgine., en petite quantité. On ne laisse en baliveaux que des ormes etdes hêtres pour semer et reproduire. Cependant , à peine la futaie estelle abattiie, le sol se couvre uniquement , en plintes,en sous-arbrisseaux, de genêts, de digitales, dé séneçons, de vaccinium et de bruyèresj en arbres, de bois blanc, bouleaux ou trembles. On lesabat au bout de trente ans. A ^îne quelques arbres à bois dur; toujours des bouleaux et des ti-embles. Trente ans après i même destruction, même reproduction. Ce n'est qu'à la troisième coupe du taillis, après^
quatre-Tingt-dix ans, que les chênes et les hêtres, les bois durs enfin , ont reconquis leur patrie ; ils restent maitres du terrain sans |jartage, et ils etouifent tous les bois blancs qui voudraient l'usurper. Il faut donc deux cent cinquante ans pour avoir, sur le même t^rain, deux coupes de futaies ; les bois blancs ont occupé le sol quatre-vingt-dix ans; il n'y a pas de bois blanc aux environs; leurs semences ne peuvent y être portées paF les vents. Ce fait, constaté tous les ans, prouve donc que , dans certaines circonstances, la faculté germinative des graines de bouleau et de tremble peut se conserver dans la terre "au moins pendant ua siècle (i).
Habitations rurales.
Je quitte nos majestueusesforêts, pour rentrer dans nos riantes campagnes. Il me reste à décrire l'état actuel des constructions rurales et de l'emploidu temps des hommes, des femmes et desanimaux.L'habitation d'un fermier qui fait,, par an, depuis looojusqu'à 5ooofr. de ferme, francs d'impôt , se compose i". de la maison , c'est-à-dire la cuisine, oii sont deux lits, et dans laquelle on mange, on se chauffe; d'un côté sont deux pièces, ta laverie, et la laiterie, qui sert d'olTice; de l'autre côté est la chambre ok cou-v
, 4o cbent et filent les &Ues ; l'entrée est toujours par la maisofli, ptmr plusieurs bouues raisons. Ges quatre pièces eoat caiTele'es ; elles ont une «u plusieurs feaètres larges , avec des contrevenls.La porte de la maison est douUe, et g&r^ nie d'un htsîseau ou contre-éiuis à daire voie, qu'on ferme seul l'été , pendant le jour.
, 2f>. D'une écurie proporti<Hinée à l'étendue de la ferme ; .
3°. De deux ou trois étables; l'une pour les boeufs, l'autre pour les Taches i lait, l'autre poui* les élèves et la fidèle bourrique ;
^. De*toîts à porc , poulailler , musses pour les oies, canards;
5". D'une ou deux granges à blé et à mars qui contiennent toute la récolte;
6°. D'un vaste pressoir avec un manège ou auge circulaire en granit ou en courbes de chêne, dans laquelle une roue niue par un cheval pile les fruits à cidre qu'on porte sur' le tablet voisin et sous d'énormes arbres de pressoir haussés et baissés par une vis ;
7*. D'une bergerie pour 40 à ïoo moutons;
8'. D'un ou deux celliers ou caves pour mettre les pipes de oidre , soit pour la consommation, soit pour la vente ; .^
9*. D'un bâtiment isolé , nommé fournil, oii l'on pétrit, l'on cuit le pain de mouture ( un tiers de blé, deux tiers d'orge ) qui nourrît les
n,o,t,7P-hyGoO'^le
eultivateHrs. Tous les bâtiraenB sont plafonnés et le plancher supérieur est recouvert de tefT« battue, comme l'aire des gran^. Le soldes greniers est enduit d'une couche de ch&oK de SenoDches, qiiî durcit comme le ciment ,oa carrelé, ou pinnclléië en bois blanc.
On sent facilement tout l'avantage de ces censtructions rurales, tout y est caUulé pour l'utilité, riien peur le Irixe; toutes les récoltes, tous les animauXj y sont à l'abri ; \es foins, trèfles, pailles, se tassent sur les ^/ancAerj oa plafonds jusqu'au haut du toit. Les menues {^raines de foin, trèfle, satnfqin, etc., ne sontpas perdues, et servent aux semis. Il y a vin^t J quarante ans , l'habitation seule des liomirïcs avait un plancher ; les autres b'àtimens n'avaient qu'un sinard formé de perches, de branchages posés sur les poutres, qui ne conservait pas lès graines, et qui exposait les bâtinicns'à être brûlés.
Les domestiques mâles coucheut avec tes animaux dans les lits des étables, des 'écuries. C'est là aussi qu'on abrite les pauvres, le^ meiidians , qui demandent un gite.
Les lits se composent d'une bonne paillasse, àt AéMX couettes ou lits de plume, traversin, oreillers faits avec la plume de leurs pies; le Lit du mmtre, placé Am% la maison eu la cham-
bre,a des rideaux dé serge; tes autres s*en passent.
Les garçons, les filles, couchent deux à deux dans le atême lit. Les sexes soiit séparés , arioiDS les me'nages, et il y en a très-peu parmi les domestiques.
Emploi du temps.
Il est facile de pressentir tout ce que ces habitations offrent d'utile et d'avantageux pour la distribution et l'emploi du temps *et du travail.
Fendant les jours de pluie, de neige ^ de grandes gelées, les hommes sont occupés à battre les grains dans les granges , à faire le cidre, à fabriquer des cercles ou à relier les pi|>es, à rémuer les grains battus , à préparer des paniers, soigner les aoiniaux. Les femmes, moins la mattresse, qui est assez occupée du soin de sa cuisine, de ses volailles, de ses vaches à lait, de sa laiterie, de la fabrication du beurre, du fromage, de la nourriture de ses cochons, veaux, agneaux, etc.; les femmes veuves , ou plutôt les filles, car il y a très-peu de ménages en service , filent au rouet le chanvre cultivé dans le clos qui est ordinairement d'un arpent," et qui recueilli dans Tété, roui, séché, brayé, préparé par elles, leur donne de l'occupation depuis le i". novembre jusqu'au 24 j'^''^^*- ^^
filles fabriquent le pain , aident la maîtresse aui soins du ménage et des bestiaux, et sont obligées de 61er chaque jour deux cent cinquante grammes (une deiui--liTre)de fil de brin, ou une livre de gros. La préparation actuelle du chauTre et du lin emploie beaucoup de temps, offre beaucoup d'ioconvéniens. La machine deM.Christian a été attendue avet^impatience ; on y désire un perfectionnement. Deux de ses machines, exécutées k Paris, et employées, l'une à Alençon, l'autre près de chez moi, n'ont pas rempli du tout les promesses dupro* gramme.
L'exploitation de la marne, qui se tire on à ciel ouvert ou par des puits, et daus des chambres ou voûtes ouvertes à l'extrémité de l'œi/ ou puits, se fait dans l'hiver, et occupe , les jours de pluie , de neige , de gelée.
Les beaux joui's de l'hiver sont employés aux Versailles , aux remuettes , aux premiers labours qui préparent la terre pour recevoir les mars. Alors on tond les haies, ou les taillis; on fabrique les bourrées, les fagots, les barrières ou échaliers qui donnent le passage dans les pièces^ on creuse ou o,n répare les fossés d'irrigation, ou de clôture, les chemins, les cours des fermes; on soigne les fermes à fumier; on fait pourir,- dans les cours, les chènevottes, la. bruyère, les mauvaises pailles. Si l'année a été
abondante, on roitre les meules de foin, dÈ tr^esou de grains qne les bâtimens n'ont pu CQQteai'r au moment dé la récolte ; on approçke hes materîanx nécessaires pour là réparation xm reconstruction des bâiitnens de la ferme; eniin , le didoo de nos colons est : Qu'on itechotnine jamais de quoi faire, et on fait toujours qiKlque chose d'utile.
. Il n'y a pas oepeodant , dans nos Percherons^ DOS Normands, ouvriers on journaliers, l'acti- 7Îte, la promptitude de inouTemens des ouvriers de Paris, ou des habitons des pays à vin . Je ne crois pas que le cidre , mêlé d'ean , boisson froide et acidulé , -en soit la cause; car, lorsque leur intérêt est éveille , dans un ouvrage-marchande, ils se déploieut, et font le double de ti-avail qu'ils n'en eussent fait à journées. Aussi tous, fermiers, propriétaires , emploient maintenant cette me'thode, qui double l'cmifim du temps.
Animaux.
iLes chevaux de labour ne s'élèvent pas dans le pays, moins quelques exceptions. On les tire du VendMttots ou du Maine ; on les achète '. ponlaios , à l'à{^e de cinq à sept mois. Ils tra- ' vaillent ^'un an et demi , et se vendent à cinq ans , poitt* le roulage , la poste , la cavalerie. On gagne moitié sur ces chevaus, et ils oiil
fait l'ouyrage pendant trois ans et demi; On à , aussi une race de bidets propres a«ï. voyages , au commerce , qui Tont le pas relevé , sorte , d'allure aussi douce que l'amble, aussi vite que le trot. Ces bidets ne lèyent pas les pieds , et ont poartant le pas très-sûr; ils font un service étonnant. J'en ai vu un faire , quinze ans, toutes les semaines, le voyage de Mauves à Versailles, trente-sept lieues de poste, en un jour, et revenir de même le surlendemain : il portait pourtant son maître et sa toile, deux cent cinquante à deuï cent quatre-vingt livres pesant. Les vallées de l'Orne et de la Sarlhe , an contraire , élèvent la belle race de chevaux de selle, soit de race normande pure, soit de race normande croisée avec larabe ou l'anglaise. Aujourd'hui le luxe a quitté les seigneurs et a gagné -les rouUers qui recherchent surtout les chevaux gris. Les chevaux de trait sont plus chers à proportion que les chevaux de selle ou de carrosse. Un limonier gris , fort et grand, est payé de 8 à 1,200 francs à cinq f ans, et a travaillé depuis l'âge d'un an et demi. Le cheval de selle ou de carrosse a été nourri flans rien faire jusqu'à cet âge, et ne se vend souvent pas plus cher : je ne parle pas des ex- ' eeptions. La race des ânes, des mulets, n'est pas belle ; on ne s'en sert que dans les moulins ; il y a une bourrique par ferme ; c'est la monture
de la ' maîtresse ; elle fait aussi les menus
chan'ois , et porte la somme.
Sêtes à cornes.
Ces bestiaux varient comme les chevaux dans le pays que je décris. L'espèce générale des boeufs et vaches du sol montueux , siliceux, granitique , est moyenne ou petite ; elle est préférée pour le travail et pour la sobriété-
Les bœufs ne se ferrent point, s'attèlent à un joug par les cornes , couchent souvent l'été , l'hiver , dans les prés naturels ou artificiels. A cinq ans , on les engraisse, et alors ils peuvent donner de 5 à 6 cents livres de viande. Les vallées riches en prairies delà Sarthe , de l'Orne , de la Touque , de l'Uisne et de leurs alïluens , nourrissent une race de bœufs superbes , soit de race normande pure , soit de la race suisse et normande croisée. Ces animaux travaillent jusqu'à trois ans' au plus; ensuite ils deviennent trop lourds ; on les engraisse dans les prés et les regains ; quatre  six mois suflisent ordinairement dans les bous herbages.Le foin, la farine
. d'orge, de pois, de fèves, dejarosses, achèvent leur embonpoint, on les conduit à Sceaux ou à Poissy , où ils se vendent' de 9 ii la sous la livre ( go centimes à 1 20 centimes le kilogramme).
\ Le mélange de ta race suisse et normande
n,o,t,7P-hyGoO'^le
prodait les plus beaux animaux que j'aie tus , pour la forme , la couleur , la disposition des cornes, la grosseur , la grandeur et la proporr tion des membres. Gérard ou Girodet, s'ils voulaient peindre Jupiter enlevant Europe^ seraient obligés de prendre dans nos prairies le modèle de leur dieu du tonnerre. C'est une coquetterie singulière de nos lierbagers; mais, quoique ces animaux soient destinés k la boucherie , ils n'élèvent point les individus mal encornés , de couleur peu agréable ; enfin , ils soignent autant la couleur et les formes de leurs bœufs à graisse, que leurs voisins du Melleraut , le poil , la taille et les qualités de leurs chevaux de luxe et de parade.
J'ai va plusieurs fois, chez un de mes fermiers , des bœufs qui , à cinq ans , avaient six pieds ( deux mètres } de haut , neuf à dix pieds de long jusqu'à la naissance de la queue, et qui, pesés vivans, allaient à deux mille quatre cents , deux mille six cents livres ( douze à treize cents kilogrammes).
Bétes à laines.
Les montons sont une des parties défeclaeu- * ses de notre agriculture. Il y a peu de mérinos, de métis , excepté du côté de Nogeot-le-Rotrou, de Rémalard. L'humidité, la ténacité du sol,
Ja quantité de boue, W qualité argileuse du sol -^ leniaitvais ëtàt des- chetatins d'exploitation peadaut rhivér, s'opposent peut-être à iin« Muélieratitin' proiript>e d« leur race. Quel<|ueG cammuties pourtant, telles <|ue Corbim , Mai»ves, le- Fin, conamëQCent à'parq.uer et à se fwocarer des béliers espagnols (i).
L'espèce du pays eel. grande , haute sur jambes, sans coraes, blaiiobe ou noire; sa toison est longue, rude, peu frisée; plusieurs sont de la variété noaunée dans le pays laioe de ehien. Un mout'OD' donne de deux à quatre livres de cette laine qui, lavée, T&ut de trente-cioq i quarante sous la livre.
j On ne parque pas encore; la division des j propriétés s'y oppose, et l'esprit d'association n'a' pas encore fait assez de progrès.
Les bergeries sont construites d'une manière barbare ; à- peine un trou ou deux dans les murs pour donner de l'air- On garantissait da &oid le mouton ,,aninaal si bien vêtu, avec autant de soin que si c'eût été un chien turc.
Cependant , au défaut dé la laine , nos fermiers ont un prôduk réel sur leurs moiitons ; ils tirent des animaux maigres de la Sebgne , tes mettent , ou mijis de mars , dans leurs champs, et en font ce qu'ils appellent deux et même quelquefois trois levées, (i) Voyez note 3 , page 63.
p-h;Got)'^lc
49^ c'esl-à'dire^ qu'ils engraissent dass une ann^e deitx ou trois troupeaux de moutons (c'est c6 qu'Us nomment des montons de change). Ih gagnent moitié , au moins un quart sur chaque tétfi, profitent do la toison, et font encore ôb profit assez considérable. ' , -
Cochons-
Les poj'cs sont de taille rooyenne, mais cpois* sent et engraissent très-promptement j ^.hu^t mois, ils. pèsent deux cent livres (cent JtJiOf grammes); on les vend de sept à neuf sops la livre; en deux ans, on fait trois Levées deeochonsgras; cela vaut peut-être mieux quÇ' la grande race qui est plus vorace, et demanda d'être attendue deux ou trois ans pour qu'elle obtienne tout son de'veloppement. On appelait jadis les oochons des nobles , soit par allusion à VoifiÎTeté-des gentilsholnmes , soit plutôt à çsias^ de ce calembour usité alors dans le paye»
gue les uns et les autres étaient yêlus de soie,
lies cochonssontyerraf, c'est-à-4ire ont le« uarioes percées d'un fil d'archal pour lés eoiT pêcher de fouiller.
f^olailles. Oie^.
Les oies sont mises au cavçàiB f <m. bridées ,■ c'est-à-dire, on leur attache, on leur coud sur Bocage percheron. 4
5o l'estomac , une petite barre transversale de bois léger, pour qu'elles ne puissent traverser les haies , et fourrager les prés ou les récoltes. On les pluiue vivantes trois fois par an ; grasses, elles valent de cinquante sous à quatre francs. On les mène à pied de même que les dindes à Faris.
Dindons. '
Les dindons forment de grands troupeaux dans les plaines du Thimerais et du Perche- Gouet.
Us ont e'té introduits dans le pays par la fameuse Marguerite, ducliesse d'Alençon , puis reine de Navarre.' Le bail de son château d'Alençon, en i534, tharge le fermier d'avoir soin de ses dindes. Elle assigne, en iS^g, à Pierre Beauchênes, parquier du château, 3i livres 8 sous 6 deniers par chacun an pour l'entretien de six coqs et six poules dindes. Ce fait re'fute l'opinion vulgaire qu'on doit les dindes aux jésuites, et marque une époque plus reculée que celle de i56o et de l'amiral Chabot que BufToQ signale (i), d'après une tradition vulgaire, comme ayant importé les dindons en France.
- (0 ni,234,'é(itt. in-i3.
PouleSj chapons.^
Les volailles du pays sont moyennes, et assez bonnes. On coimait partout la haute réputation des cliapons du Mans, deS' coqs vierges de Falaise; les canards, les oies d'Alençon sont aussi très-estîmés, presque à l'égal des cannetons de Rouen. Le prjx des volailles varie de 8 sous à 5 francs.
Les abeilles sont élevées pour leur cîi'e et leur miel. Il y a quinze à vingt ruches par ferme; elles sont généralement mal soignées. Il n'y a presque plus de pigeons fuyards ; les colombiers servent de hangard, de bûcher, de magasin; les fermiers élèvent quelques pigeons romains , tourterelles et lapins.
Les fuies sont le seul droit féodal dont l'abolition les ait touchés. ,
■ Chiens.
Les chiens que j'aurais dil compter parmi les domestiques de troisième classe, sont très-sobres, très-intellîgens, gardent les chevaux, les bétes à corne, à laine, les volailles, conduisent à Parts les troupeaux , et dans la route font souvent au marchand assis sur sa bidette, et au valet qui le suit , l'office de deui hommes. Les haies, les fruits, les jeunes pommiers à dé-
fendre dans tes champs contre le^ iiisaites, ou la dent des bestiaux , rendent de nécessité première, ce bon animal qui,, de plus, dans tes guérets, détruit beaucoup dé taupes et de mulots.
Chats.
Les chats sont nombreux et ont beaucoup à faire pour combattre les rongeurs (on les appelle verminiers), qui pullulent dans les bùtimens remplis de grains ou de fourrage».
Revenu des terres labourables , Bois , Herbages.
\ Far une circonstance singulière, les terres ; composées, les bois ont doublé de valeur depuis i trente-cinq à quarante ans. Les herbages purs, ' les prés isolés des vallées de la Sarthe et de la Touque, sont restés stationnaires depuis cent ans. Les impôts ont fort augmenté. Les propriétaires de ces fonds, vu l'accroissement du prix des denrées , n'ont donc réellement pa$ le quart du produit de 1720, quoique le revenu ' sait le même. Les terres formées de labour, de prés, de taillis, et closes de baies, ont suivi et presque devancé la progression.
La suppression de la caisse de Foissy , la modération des contributions , des droits d'octroi , deviennent une mesure indispensable pour rendre en herbages, h la propriété, sa valeur naturelle.
Le prix des terres est très-varialile. En vingt ans, il a passé du dénier lo au denier 4ot ^* it commence à descendre. Les herbages ne se -vendent aujourd'hui que le denier 30, 22 ou 25, en biens patrimoniaux. Les terres composées se vendent , en bîens d'émigrés , le denrer 'i5à ao; en biens d'église, 30 à aS. Le bieo patrimonial, le denier 35à,4o^^t même plus; .la base est tirée du prix de la locdtlon. Il n'y a presque de mutations que parmi cette dernière nature de biens.
Nourriture.
Les alimens sont beaucoup plui sains , meilleurs en fout genre dans nos fermes, qu'il y a quarante ans. Les laboureurs mangent trois fois par senjainede La viande de boucherie oji du lard, du cochon salé.
Le pain d'orge et de blé, le petit cidre sont, la base des repas: d'octobre en mars, on fait trois repas; de mars en octobre, on en fait quatre : )e loatin , delà soupeetdela viande pu dv fromage , des légumes , selon les jours gras ou. maigres; à midi^ du fromage, du beurrera quatre heures, de même; le soir, de lu soupe et de la viande ou des légumes. .
P-hyGoO^lf
Santé.
Le sommeil est de six à sept heures dans les jours courts, de quatre à cinq dans l'été' et le temps des récoltes ; cependant , avec cette nourriture et cette vie active, la race s^améliore, se fortifie sensiblement; celle des jeunes gens est plus grande, plus robuste que celle de leurs pères. Les épidémies, les maladies deviennent plus rares. Les parens commencent à écussonner , c'est-à-dire vacciner leurs eofans. L'habitude de grefFer ou d' écussonner les arbres à fruit a rendu cette découverte plus fôcile à introduire dans nos campagnes. La population augmente notablement avec les produits du sol ; ce qui doit diminuer l'inquiétude que pourrait causer cet accroissement.
Lés richesses se sont accrues avec la sente et le travail. Il y a, sinon beaucoup plus d'instruction, du moins plus de disposition à la recevoir. Les croyances de falots, de revenans, ■ de loups-garous ,^s' éteignent , chez les hommes surtout ; mais la croyance religieuse a été un peu ébranlée par la révolution. Les hommes ne vont pas souvent à confesse; les femmes sont plus dévotes. Le manque de pasteurs éclairés et en état d'imposer à leurs ouailles par leur aisance et leurs lumières, se fait sentir de plus en plus chaque jour ; c'est la seule trace mar-
hyGooglc
quante que la révolution ait laissée dans notre Bocage. Les modes nourelleS' ont «mené ides idées nouvelles, des habitudes ignorées ; i'tieagë du café à l'eau devient plus commuo chez les fermiers, et, ce qui en est la suite ordinaire,l'ivrognerie plus rare. Je parle toujours de la généralité , et j'exclus toujours les habitans des villes et des bourgs Ces populations se ressemblent partout , à quelques nuances près , dan» presque toutes les parties de l'Europe.
L'agriculture a donc fait des progrès sensibles chez un peuple qui, par ses habitudes, sa manière devivre,son Isolément dans les champs, semblait très-peu propre à recevoir iesidéfay les pratiques nouvelles; à profiter du bienfait des sciences, des méthodes, des inventions heureuses dont elles enrichissent -chaque jour l'art de cultiver la terre. J'ai promis d'espUquer' ce fait extraordinaire, maïs néaniiuMBS très^.constaté, très-réel. i
, Deux causes principales, oulreriéeUes dont' j'ai parlé plus haut, me semblent y avoir cou-' tribué.
Iriflaencç des grands propriétaires.
, La première est la présence de leurs anciens seigneurs, -des grands propriétaires qui pas— • sent ordinairement huit mois de Tannée sur leurs terres, et quatre mois dans les villes
MÎSWeBîeU:» Paris, et qui, ayaot perdu peu dc.leiurs bien» ( car les familles en général ont Facbet^ les Itienâ de.leil^s. émigrés ) , ont remp^oé pa? un. patronage de bienfaisaDce , ont i^ecrïnquis par- une supériorité de lumières,- (^'fpstriftioD^ l'influence, que leur donnaient sajt leuifi paysans leurs droits et leur rang dans l;t société. Fresque toutes les places grEituiles de maires, adntinÏBtrateursdes hospices, commissaires des chemins vicinaux, etc., sont rempliesfar'la noblesse du Perche, du Maine ou d» la Normandie.
. -Ces hommes, élevés à Paris , jetés hors des a^îites , hors du service , par la révolution ou pÀv leûc opinion , ot|t vécu dans leurs pi'Opriétés, s'j' sont attachés, les ont améliorées , eml>ellies , 'ont répandu dans les campagnes rangent qu'ils dépensaient avant la révolution daiisla capitale, ou dans leurs garnisons. Ils. ont pris , par la force des choses , l'habitude de vie des seigneurs anglais , et commencent à exercei: une influence proportionnée h leurs lumières, à leurs richesses, au temps .diiqael date, si je, puis m'exprîmer ainsi, cette nouvelle institution.
II n'y a pas encoi<e de sociétés d'agriculture : mais les anciens seigneurs font valoir leurs bois , Ont presque tous une retenue autour de lear habitation en terres labourables, en prés ,
pâtures^ etc'. Us oot mis en pratique ce qu'ils avaient lu dnps les livres ; ils ont muItipUé et varié les essais'; ils sont devenus, pour leurs fermiers, leurs campagnards, car les chÂtèaax sont presque tous isolés eu milieu des champs , une école expérimentale de perfectionnement , une théorie vivante d'agriculture. Le» ptotagers se sont peuplés des meilleures espèces de graines ou de légumes, et des meilleures variétés cm espèces d'arbres It fruit. Les jardins du fermier ont gagné de même, sous ce rapport , et le goût généralement répandu des jardins pittoresques a aussi contribué aux progrès de l'agriculture. On a aassi formé des pépinières j on a n^uUiplié les arbres étrangers qui peuvent résister en pleine terre à notre climat. La né- ' cessité des gazons , des prairies naturelles ou artificielles , dans ces jardins d'omemeot , le besoin de les réunir avec les accidéns pittoresques du terrain , d'en couvrir des hauteurs stériles , de les tondre et de les unir à moins de frais possible > a forcé de vaincre la nature, et de recourir à la science pour obtenir ce résultat. De là , l'introduction de meilleurs înstrumens aratoires, ■ l''introductioo du plâtre, des mérinos-, des diverses espèces de fourrages propres aux diSerentes variétés de sols. Les caiopagaards ontrid'abord, et se sont moqués de leurs maîtres ,- ensuite ils ont regardé, ob-
- 58 ' serve, couipai'é; et, selon que l'essai leur a semblé avantageux ou infructueux , ils ont conserve leur ancienne culture, ou adopté les nouvelles méthodes. Ils ont tenté et réussi; ils sont prêts à tenter et à réussir encore. L'usage de la tenue des livres en parties cloubles pour se rendre compte de la recette et de la dépense- , chose si nécessaire en agriculture^ les a surtout frappés; et c'est pour cela surtout qu'ils envoient leurs enfans à l'école, et qu'ils veulent les voir devenir savons.
La seconde cause des progrès rapides de l'agriculture, dans le pays que je décris, tient à cet état mixte de cultivateurs et de marchands qu'embrasse une partie de nos campagnards.
Ils vont, comme je l'ai dit, ou conduire leurs bœufs à Poissy , ou porter leurs cercles dans l'Orléanais , leurs planches dans la Beauce , ou vendre leurs toiles de lin, les cretonnes, à Paris, à Rouen, à Caen , à Orléans. Le mari n'est pas seulement maifchand, il est encore propriétaire ou fermier ; sa femme, sa famille cultive, soigne les champs, les bestiaux peo- <iant son absence : il revient chez lui chaque semaine. On a même observé que c'étaient les ménages les plus féconds; et le dicton , La journée d'un marchand vaut mieux que la semaine d'un sergent, est passé en proverbe dans le pays. -
Ces cultivateurs marcliands vont toujours h cheval. Ils observent, dans leors voyages, les différentes cultures des contrées qu'ils parcourent; ils interrogent , examinent, calculf;ptf comparent les procédés et les produits; ils acquièrent des idées nouyeUes, font des essais à leur retour , et finissent par s'approprier les fruils de l'industrie ou de l'espérience des pays qu'ils ont visités : leur instruction , en un mot , s'acquiert par la vue des choses el des lieux; ce qui,, pour tous les hommes, vaut , -mieux que l'instruction puisée dans les livres ou dans les conversations. Je me hornerai à quelques.exemples. Nos chanips de trèfle produisent spontanément , mais en grande abon^ dance, la gaude et-l'ombellifère, le dipsacum, improprement nommé chardon à Jouions. Ils se bornaieutà faire du fumier de ces grandes plantes, et eu ignoraient la valeur. £n allant à Rouen, ils ont vu des arpens cultivés en dipsacum , pour peigner les laines, rendre jusqu'à d,ooo francs de produit par an ; et, d'autres arpens, cultivés en gaude pour la teinture , produire jusqu'à 6,000 francs. Leurs maîtres leur avaient exposé l'usage et la valeur de ces plantes ; ils les avaient engagés à les recueillir , et n'avaient pas été écoutés. C'est tout simple. Convaincus aujourd'hui , de visu et par leur propre observation , ils ne négU-