‹ Description du musée de Vienne (1sère): précédée de recherches historiquesChapitre 11 sur 102 · OWGINE ET ÉTABLISSEMEIST DU MUSÉE ET DE LA BIBLIOTHÈQUE PUBLIQUE · texte numérisé non relu

OWGINE ET ÉTABLISSEMEIST DU MUSÉE ET DE LA BIBLIOTHÈQUE PUBLIQUE

Ljx coHecâon cTanfiques dont se compose le muse'e de Vienne doit sa fondation à tm étranger, que son goût pour ces restes de l'art romain attira dans cette yille. Pierre Schneyder naquit à Henngen enTliuringe. Après avoir étudié quelque temps à Paris la peinture et Tarchitecture , il partit pour ritaiie 9 entraîné par le désir , toujours si vif dans un artiste , de visiter ce pays , le plus riche des dons de la nature et des productions des arts. Sur le point de franchir les Alpes, il voulut jeter un coup d*œil sur nos ruines célèbres. Il fut surpris de voir qu'elles eussent été si mal décrites et si grossièrement figurées dans les ouvrages des savants , et il résolut de les dessiner avec soin et fidélité. Il se livrait à cette occupation, préhide de travaux plus considérables, lorsqu'il reçut de quelques-uns des principaux habitants un accueil hospitalier et plein de bienveillance. Il leur parla arec enthousiasme de nos monuments , objets de son admiration. 11 leur en fit remarquer les beautés dont jusque-là ils ne S' étaient point doutés , leur montrant le reflet de gloire qui en jaillissait sur la ville qui avait le bonheur de les posséder.

Deux magistrats , auxquels M. Schneyder s'est plu luimême à rendre hommage : MM. G^net et Bernard , sensibles àThonneur de leur patrie , jugèrent utile de fixer à Vienne an artiste en qui l'on distinguait des talents , de l'instruction, et un grand amour pour son art. Gomme professeur de dessin , il pouvait répandre parmi la jeunesse viennoise le goût et la pratique des beaux-arts, sur lesquels repose la

perfection d'un grand nombre d'industries, et .qui, en déve"loppant l'onedes plus nobles facultés de Thomme, le sentiment du beauv forment le complément de toute éducation libérale. Il pouvait faire mieux connaître, enfin, par ses travaux , les monnmenis, trop négligés jusqu'alors , de la ville confiée à leurs soins , et rendre ainsi à cette dernière le lustre qui lui appartient. Ils réussirent à lui persuader de terminer ses voyages à Vienne. Flatté des égards dont il était l'objet, séduit par Tattrait que lui oflratt l'étude de nos antiquités , et peut-étre.aussi par cet espoir , souvent trompeur, de fixer avantageusement son sort, espoir qui nous berce de riantes images , et peint l'avenir des plus brillantes couleurs , il abandonna ses premiers projets , il oublia l'Italie et ses délices , et renonça aux lieux qui l'avaient vu naître. Vienne , au site pittoresque , belle aujourd'Jiui de ses ruines et de ses souvenirs. Vienne, oà abondent toutes productions agréables et utiles , surtout les vins généreux , devint sa patrie , absorba toutes ses pensées et toutes ses affections. £n 1 775 , sur la demande des deux estimables magistrats que nous avons nommés , des lettres patentes du Roi créèrent à Vienne une école royale gratuite de dessin. M. Schneyder en fut nommé profes^ur avec appointements fixes et ^n logemçnt dans les bâtimeals du collège. C'est seulement de son arrivée à Vienne que date , dans c^te viUe , l'enseignement du dessin. Tous les moments qu'il ne devait pas à ses leçons , notre artiste les consacra à la recherche et à l'étude des restes de la grandeur romaine dans Vienne. Il continua de les mesurer et dessiner avec la plus scrupuleuse exactitude. Dès 177^ il avait levé géométriquement le plan de Vienne , et y avait tracé avec soin l'enceinte antique , dont auparavant on connaissait peu l'étendue. Son travaifciNij depuis , servi de base à tous les plans de Vienne antiques que l'on a publiés. La même année il découvrit une fort belle mosaïque dans «ne vigne située i Ste-Çolombe 9 ancien faubouig de Vienne ,

SOT la life droite du Rhône« Le goAt , Tadmirable variétë de' ses compartiments, non moins que sa grandeur, et le tablçau dont elle était ornée, représentant Achille à Scyros, au moment oh il est reconnu par Ulysse , placent cet ouTrage au premier rang parmi ceux de ce genre qu*ait jamais ofierts le sol de ^enne, qui en possède tant et de si beaux. Le dessin quil en fit alors, et qui a été reproduit par M. Artaud dans son ouvrage : Des Mosaïques du midi de la France , est tout oe qu*il en reste.

Plus tard il fit des fouilles dans l'amphithéâtre romain , dessina et mesura les ruines de ce vaste édifice , jusque-là imparfaitement connu. Il retrouva les restes du théâtre, dont Pexistence n'était pas même soupçonnée. Il constata que le massif anciennement appelé Eumedium , et dont le nom moderne est Pipetj n'a pas été un simple fort, mais a dû former le capitole viennois. Dans le but de lever les doutes qui eûstent sur Tancienne destination du monument romain, n(nnmé l'Aiguille, il fouilla le terrain autour de l'édifice, sonda le massif qui le supporte , et pénétra même dans lintérieur de la pyramide au moyen d'une ouverture qu'il fut autorisé à y faire pratiquer. Nous avons vu que , marchant sur les traces de M. Séguier, qui a découvert Unscription antique du temple de Nîmes , il fit revivre celle du temple d'Auguste et de Lîvie. Vienne ne possédait point encore de saMe de spectacle. M. Schneyder en construisit une à ses frais dans Pancien palais des Canaux , dont la ville lui céda , à cette condition , la jouissance pendant sa vie , avec le privilège de percevoir une rétribution sur tous les genres de spectacles qui se donneraient dans cette salle , ou ailleurs. L'ouverture en eut lieu en 1782. Ces derniers travaux furent, pour notre antiquftiipe , l'occasion d'explorer et d'étudier les restes de thenne^^romains qui avaient existé sur l'emplacement du nouveau théâtre.

Du moment qu'H eut fixé son séjour à Vienne , il recudlllt

loigneasement Cous les débris de Tari antiqae, auxquels le hasard ou ses fouilles faisaient revoir le jour, soit dans cette Tille, soit aux environs, et les réunit dans des salles du collège , mises à sa disposition. Il forma ainsi un veritaBle musée , od Ton voyait avec le plus grand intécêt de nombreux et irrécusables témoins de Tancienne magnificence de Tienne. Les artistes, les archéologues , les voyageurs instruits s'empressèrent de visiter cette cellection, et la célébrité qu'elle acquit avertit rAdminbtratîon de Tintérét qu'avait le pays à la conserver. Les dessins des objets qu'elle renfermait composèrent, avec ceux des autres monuments de Vienne , un portefeuille volummeux, dont la science et l'act réclamaient la publicité. M. Schneyder y ajouta une histoire abrégée de Vienne , ainsi qu'une suite de dissertations sur les principales antiquités de cette ville , et n'attendait qu'une occasion favorable de le» mettre au jour. Mais la Révolution amena des changements qui ne lui furent point avantageux. Outre ses protecteurs, il perdit ses appointemeuls. Réduit à de faibles ressources, îl ne ferma pas néanmoins son école : les leçons cessèrent seulement d'être gratuites.

L'un des préfet^ du département de l'Isère , M. Ricard 9 juste appréciateur des travaux de M. Schneyder , avait pris J'engagenent dfemployer s(m crédit auprès dm Gouvernement pour en obtenir les moyens de fatregraver les dessins de cet antiquaire , et pour établir à Vienne ua musée piy>lic <|Qi, indépendamment des antiquités locales*, eût offert toutes les ressources nécessaires k l'étude et à l'enseig^n^nt des beaux-arts. Sa mort prématurée , arrivée en 1 80^ , fit avorter ces projets. M. Schneyder ne lui dut que le titre de conservateur du musée dont it vient d'être question, et dont sa collection devait former la base ^ et il eut la douleur de Toâr lui-même :q>procher le tefne de sa vie s^is qu'il lui eAt été possible de publier ses dessins et le fruit de ses re^ cherches et de ses observations. Get,te publication lui pa-

raissait cependant le couronnement et la récompense Je se» fravanx. Il mourut en 1813, à i'âge de 83 ans, dans un éta fort voisin de la misère.

Puisse ce vénérable vieillard , aussi estimable par son noble caractère et son désintéressement que par son zèle et son savoir modeste, avoir trouvé un adoucissement à Tamertnme de ses derniers moments dans le souvenir des marque» d*estime qu'il reçut des savants pendant sa longue carrière , dans la pensée qn*il avait été ulile à âa seconde pairie , et que ses services ne seraient point oubliés. Sur le point de s*endormir du sommeil de tant de générations dont la cendre couvre le sol de noire antique cité , il dut se rappeler , non sans plaisir , le bonheur qu*il avait goûté tant de fois lorsque , assis sur les ruines de nos remparts , au sommet de oos coteaux , contemplant au loin le fleuve, et les lieux témoins de tant d'événements , ornés autrefois de tant de beaux édifices , il méditait sur le passé , et se promettait de le faire revivre dans ses ouvrages. Quant à nous , nous avons écrit cette notice sur sa vie , non point seulement comme un hommage offert à la mémoire de notre maître , mais encore comme une dette payée à l'artiste estimable qui est venu rallumer le feu sacré des beaux-arts dans Vienne moderne, et l'y a entretenu avec persévérance malgré le malheur des temps, malgré les causes de découragement qui pesèrent 6ur son âme^ à l'antiquaire à qui cette ville a l'obligation d^àvoir conservé et mieux connu ses monuments ; à l'observateur exact et laborieux^ auquel^ tout en profitant de ses tra^ vaux, l'on n'a pas toujours rendu la justice qui lui était due.

Dès 1809, en vertu d'arrangements pris avec M. Scbneyder» sa collection de marbres antiques (1) avait été transportée

(1) L'administration municipale acquit aussi le portefeuille de M^ Schncyder, renfermant les dessins des monuments romains de Vienne,

Ar collège dans Tëglide de rtndenne abbaye de St^Piérrcr» qui n'ëtaii plus consacrée au calte (1). Mais , en 1822 ^ un projet d'établissement indnstriei important , dont cette église devait être le siège , fit songer i la déplacer. M. de Mireraont, alors maire de Vienne^ saisissant cette occasion favovabie, ordonna sa translation dans le temple d*Augnste et de Livie. Il était difficile de faire ciioix d'un édifice pins oonrenable à une telle destination. Il devait, en effet, sourire à l'Imagination de recueiliâr dans le pltis antique monument de- Vienne, heureusement conservé jusqu*à nos jonrs , tous Tes autres débris de son antique magnificence , de les y exposer à l'inrestigation et à l'étude des artistes et des savants , à la eufiosUé des amateurs et aux méditations des philosophes.

M. de Miremont , à qui notre vilîo doit beaucoup d'autres établissements utiles (2), eut aussi l'heureuse pensée d'y réuair la bti>liothèque. Celle-ci ne se compose que d'environ six mille volumes. £lte a été formée, conformément au décret de la Convention , du 8 pluviôse an U, i^ des bibliothèques des couvents supprimés dans le district de Vienne y 2^ de celle du chapitre primatial de St-Mauctce de la même ville; 3® de celle du collège. £lîe est restée déposée dans une salle dépendant des. bâtiments de ce dernier élablibsement iusq]|i*en

•t le manuscrit de son histoire abrégée de cette yïïLe, et de ses dîsser* tations. Ils sont auxourd'hui déposés dans la bibliothèque publique^

(1) M. Schneyder eut poursnccesseur , comme proféssevr de dessin», •t directeur du musée , M. Rey , Fauteur du bel ourrage intitulé : Mo^ numents romains^ et gothiques de Vimne en France , in-f. Il a conservé ces fonctions jusqu'en 1822, époque à laquelle il fut appelé, à la place de professeur de dessin à l'école des beaux-arts de Lyon.

(^ Entr'antref une halle au bîé, la restauration dès aqueducs ro* mains , qui fournissent à notre ville les eanx^les meilleures et les plut abondantes; un abattoir » etc., etc..

no

1822. Transportée, à cette époque^ dans le temple d*Aiigiiste et de Livie, elle a pris place dans les galeries snpérlenres j et le musée dans la partie inférieure* Ces deux collections, mises ainsi plus à la portée du public, et sous une surveillance plus facile , ont été confiées à un seul directeur (1).

(1) M. Cbarernod , chargé le premier de cet emploi , l'occupa Jusqu'en 1827. L'on doit rendre hommage aux soins que cet homme, aussi instruit que modeste, sut donner au nouvel établissement. 11 est à regretter qu'il ait youlu quitter un poste dont son savoir et son zèle le rendaient si digne.

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