‹ Description du musée de Vienne (1sère): précédée de recherches historiquesChapitre 10 sur 102 · DIFFÉRENTES DESTINATIONS DONNÉES A L'ÉDIFICE DEPUIS · texte numérisé non relu

DIFFÉRENTES DESTINATIONS DONNÉES A L'ÉDIFICE DEPUIS

JL y avait bientôt treize siècles que, triomp)iaiite et glorieuse, la religion du Ctirist avait pris possession de ce temple, et était venue s'y asseoir sur les ruines du polytliâ^me, son irréconciliable ennemi ; elle en jouissait depuis ce temps sans trouble comme sans crainte, lorsque la tempête qui avait commence à gronder en 1 789 , soulevée par l'esprit de liberté et par le besoin des réformes , vint fondre sur elle en 1793. Le fanatisme anti-religieux, dans sa passion de détruire , qu'avaient imprudemment irritée des résistances prenant leur source dans des intérêts par trop mondains , la renversa de ce siège si long-temps respecté , lui enleva ce trophée qui rappelait plus que tout autre son antique vie-* toire. Un décret abolit le culte de Dieu, et le remplaça par celui de la Raison , honteuse , il faut le dire , d'un tel hommage. Alors notre temple , de même que toutes les églises de France , fut dépouillé de ses ornements , et on le consacra à cet attribut de la sagesse.

De nouvelles dispositions pratiquées à l'intérieur en firent un club. A la place de l'autel où se célébrait le sacrifice divin^ et des stalles oh se tenait le clergé , Ton vit s'élever le bureau et les ^ancs des afiiliés à la société des Jacobins de Paris. Des débris de la chaire évangéllque on fabriqua la tribune oh maint orateur improvisé, Démosthène ou Cicéron artisan , dans son zèle contre toute tyrannie , se mit en révolte ouverte contre celle de la grammaire et de l'acception légilime des mots. Les colonnes qui avaient décoré les chapelles , alternant alors avec des faisceaux de piques, enveloppés de l'éclatant ruban tricolore y. servirent à porter les

i«3 galeries rangées autour de la salle telles qu'elles existent aujourdliiii *, et un public , livré à mille émotions vives , vint chaque jour y sur ce théâtre politique d'une petite ville, assister au drame effrayant de réalité que présentait en France la lutte des partis. Au fond de la salle, au-dessus des galeries, dominait une estrade. Là se faisaient entendre des symphonies guerrières et des chants républicains qui exaltaient l'âme de la jeunesse, et la préparaient à ces héroïques efforts auxquels la France dut tant de triomphes et de gloire.

Les reliques et les images des saints avaient disparu de cette enceinte. On voulut y offrir d'autres objets à la vénéra-^ lioB ; les bustes de Marat, de Challier et de Lepelietier furent placés sur trois consoles qui existent encore, comme monuments de cette époque , au fond de la salle , contre le mur romain. Telles étaient les nouvelles idoles du temple d'Auguste et de Livie, devenu le temple de la Kaison. Bientôt^ à leur tour , elles furent brisées, et leurs débris jetés dans la boue.

Notre temple, disposé comme nous venons de l'expliquer, servit ensuite quelque temps à la solennité si peu goûtée du décimal Décadi ^ et lorsque celui-ci eut rendu à l'antique dimanche ses honneurs usurpés , reprenant le nom de prétoire , le même temple retentit de nouveau des débats des avocats et des plaideurs. Le tribunal de commerce de l'arron-, dissement , et les jug^ de paix des deux cantons de Vienne y établirent leurs audiences. Pendant plus de vingt ans nos huissiers, dans leurs ajournements, n'eurent garde d'oublier la formule : de comparaître dans V ancien prétoire romain.

Enfin l'année 1 832 vit , à la satisfaction générale, ce même monument recevoir , avec une nouvelle destination, un nom cher à tous les amis des arls : celui de Musée.

Gobgle

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