DESCRIPTION DU MONUMENT
JLb temple d'Auguste et de Jivie est, après la Maison- Carrée de Nîmes ^ le monument de ce genre le mieux con« serve que possède la France. Il se trouvait anciennement^ «iiué sur le ÂiMé occidental d'un forum 5 ou grande place, 4imé de majestueux porUques dont on voit encore une arcade en partie enterrée , près de l'Hospice , à l'entrée de la cour du théâtre actueL
Sa forme «st celle d'un parallélogramme* Seize colonnes corinthiennes cannelées , isolées , et posées sur un stylobate portant -tout l'édifice 9 décoraient (rois de^es faces seulement , aavoir : les ailes et le frontispice , et faisaient régner sur les côtés correspondants de la ceila un riche péristyle. Au fron- .^spice 9 tourné vers le soleil levant , six colonnes couronnées d^un entablement et d'un fronton s'élevaient noblement audessus d'une rampe de douze marches , qui occupait toute in largeur de cette face principale entre deux acrotères oui |»rol6ngements du stylobate. Un simple mur avec refend et sans ouvertives , deux pilastres , i^voir : un à chaque angle 9
«n entablement ef un fronton y fonnaiènt là fiicepostâîeiir«on occidentale. Ce mur faisait retour à angle droit snr leaailes ou faces latérales. H y remplissait l'espace de deux colonnes et de leur intervalle 9 et, à la place de ces supports 9. présentait deux pilastres» Ainsi tes aites se composaient eha^* enne de six colonnes^ et de deux pilastres à la file de cellesei, espacés comme elles sur le mur en retour dont nou»- Tenons de parier^^Quantàla-cena^ on eBC^itei»acrée, elle* loignait, par ses murs latéraux^ le mur du fond de l'édifice^ et s'aTançait jusque vis-à-vis la quatrième colonne^ès ailes... Une grande porte s'ouvrait dans lé mur de devant ^ et le pronaos , ou porche antérieur, compris entre celui-ci y lesquatrepremières colonnes des ailes^, et celles du fronti^lce^ offirait une a&e plus vaste que l'intérieur de la cdia.
Voici les principales dimensions de cet édifice. Sa limgueur, prise à la plindie de* la base du stylobate pétait de 27 mètres^ sa largeur , de 15 mètres. ^
Hauteur du styloBate; .... .3 mètres 707 milUmv
Jd. dés colonnes. ....... ^^ 870*
Id. de l'entablement. ..... 2 03d.
Jd. du fronton 3 747"
TotaK . . . ^. 17 360
Ainsi Ta hauteur totale ^à partir du pavé antique du fûnn» usqu'au sommet du fronton ,. était de 17 mètres et 360 mil^ Smètres.
Le diamètre mférieur des coionne»^ est de I mètre 30 mif-^ fimètresr^
Les entre-colonnements varient entre Si modales S7 pariie» 1/3 et 3 modules 13 parties; le terme moyen est^ à peu de* chose près ^ d'un diamètre et den^.^
La largeur du péristyle, entre les coI(Hmes dès faces latétaies et les murs de la cella f était de % mètres 45 centimètf es^
La pierre avec laqaeUe a été construit cet édifice est un calcaire d'un blanc jaunâtre , prenant avec ie temps nne teinte brune. A cassure grenue, non susceptible de recevoir le poli,, elle est, par sa ténacité , très-propre à la sculpture. £lle ressemble beaucoup à la pierre de taille que Ton exploite dans le département de Yaucluse , et nous la croyons apportée de cette localité. La corniche et la base du stylobale^ ainsi que les plinthes des colonnes qui ont. des bases , sont en choin de Fay, pierre dure, et susceptible de prendre le poli du marbré 9 souvent employée par les Romains dsui» notre ville.
Ce monument porte aujourd%ui les tristes marques de la. barbarie des siècles qu'il a traversés. De nombreuses muti-^ lations et dégradations le défigurent dans toutes ses parties.
On ne voit plus les colonnes se dessiner avec grâce dans le vide , ni Tair et la lumière se jouer entre elles. Plus de péristyle , plus de pronaos, qui invitent à se promener sous leur abri. Ces supports si riches , si sveltes, sont aujourd'hui noyés dans une grossière maçonnerie qui s'étend de l'un à l'autre. La cella a entièrement disparu ; les murs en ont été démolis pour agrandir l'enceinte consacrée , dès le moyenâge, au culte chrétien. Des fenêtres et des portes , les unes h plein cintre, les autres à ogives, ont été pratiquées dans les murs nouveaux, non sans endommager considérable* ment les colonnes , dont un marteau vandale a , en outre , abattu les cannelures pour dresser les parements. X5n chétif et ridicule perron a remplacé la large rampe qui s'étendait devant le frontispice. La porte carrée moderne qui s*élève an-dessus était , avant 1793 , surmontée d'une niche renfermant une madone. De plus , la partie postérieure de l'édifice, celle qui est la plus intéressante , se trouve engagée de quelques pieds dans des constructions modernes, et le sol, exhaussé par les ruines et les cendres d'autres édifices antiques,
iBMAt enUèremeni !• siytobatt i^naotiéy «t y à nialtie' , de l^autre.
Tel est rëtat actuel de ce mofiaineiit..Ce chasgementi cesdégradations^ présentent un aspect affligeant. On d'Indigos contre l'Ignorance et la barbarie; mais on est frs4;)pé daca*!» ractère de' dignité et de grandeur qui s'est conservé dans cet édifice, en d^it des outrages successifs du temps et des^ hommes. Tel estle {Mrivilég^ die^ous les o»vcag^ jomains.^. et le résultat d'une ordonnance simple , de remploi des granr des lignes accliitecturales sagement cjpmbinées»^
HEMARQIIE& DIVERSES^
Om a éfé^ long-temps sans se fàfre une juste idée dé ft forme primitiye de ce monument. Jusqu'à là publication dt l'ouvrage de M. Rey^fntitulé: MonumenVf romains et go^ thiques de Vienne en France , etc. , on n'ètt avait donné'quedes dessins barbares. M. Scfineyder (1) , il est vrai , dessina, avec exactitude les parties qu'il avatt^pu observer, ainsi^qu'oit en peut juger en parcourant son portefeuille fnédit) itaafs- Pëdifice é(ant aK>rs' consaCTé" au culte , Beaucoup deparflés^ se trouvaient masquées. Mi Rèy^ plus heureux, a trouvélêmonument plus dégagé, et a pu faire les f&niHes dont il avait besoin pour s'éclairer. Avec la connaissance de i'anti-» quflé, le talent et Ta sagacité qui le distfnguent, il a pu re^ pre^senter l'édifice tcf qu'il devaitrêti-e, très-probabrêment,.. dans son origine , et téf que nous l'avons décrit plus baut. Ses dessins sont accompagne's de la dissertation d'un savant
(1) Voyez plus bas la Notice bfograpfiique sur M. Scfineyder àzn% l'article intitulé : Origine et établiteement du Mitsie et de la BiUliofhéfve p%iblique.
et babile arUste , M. YietU , qui y a eiaminë le monumeiit sons le rapport de Tart.
M. Sehneyder crut d^abotd que ré<Mce ëlàit décoré de colonnes sur les quatre cdtés , et qu'il en présentait six sur la face postérieure , comme sur le devant , et huit sur chacune des ailes; qu'il n'avait point de cella , ni de stylobate j mais qu'il reposait , comme les temples grecs , sur un certain nombre de marches régnant tout autour. C'est ainsi qu'il l'a représenté dans une peinture qui se voit dans une salle de l'Hôtel-de-Ville. M. Rey rectifia les erreurs de M. Sehneyder. Au moyen d'une fouille qui enveloppait l'angle nord-est , il constata que le monument reposait sur un stylobate , et of-frait, sur le devant, une rampe de douze marches entre deux acrotères. Témoin de cette fouille , nous fîmes alors la même observation. Plus tard 5 en 18^7^ dans des travaux exécutés contre la face postérieure de l'édifice , nous eûmes l'occasion d'observer la continuation du stylobate sous le mur qui forme cette face.
Sur quelques indices qu'il ne fait pas connaître dans son ouvrage , ou par une conjecture qu'autorisait suffisamment l'usage des anciens , M. Rey jugea que notre édifice avait une cdla ^ ou enceinte sacrée. Il la figura dans le plan qui accompagne ses dessins , et en prolongea les murs latéraux jusque vis-à-vis la troisième colonne des ailes , à compter de celle des angles antérieurs.
A l'époque oh. l'on exécuta les travaux nécessaires pour l'établissement de la bibliothèqi^ publique et du musée dans le même édifice , nous fîmes une observation qui vient à l'appui de sa conjecture relativement à l'existence d'une ceila. Nous remarquâmes e^-dedans , sur le mur occidental , des arrachements qui nous parurent ceux des murs latéraux de celle--ci. L'espace qu'ils laissaient entre eux et la portion du mur de la face postérieure qui fait retour sur les faces laté^ raies , comme nous l'avons expliqué ci-dessus $ était justc-
mefit de la même mesure que la laif^eur attribuée par M. Rey au péristyle ; et le mur du fond , dans cet espace , est orné de refends conune ses autres parties extérieures. En 18^9 , ayant en nous-méme à faire poser une mosaïque antique dans le musée, nous en primes occasion d'exécuter une fouille pour reconnaître s*il existait encore quelques restes des murs de la cella. Une excavation fut pratiquée vis-à-vis de la troisième colonne des ailes 5 mais nous n'y découvrîmes rien. Nous poursuivîmes alors la fouille jiisque vis-à-vis de la quatrième colonne , et là nous trouvâmes , à environ cinq pieds de pro-« fondeur , les angles du mur de devant de la cella que nous cherchions. Ainsi fut confirmée l'existence de celle-ci , et rectifiée la légère erreur de M. Rey , qui faisait avancer le mur antérieur jusque vis-à-vis de la troisième colonne des ailes.
On doit distinguer dans cet édifice , abstraction faite des constructions modernes et du moyen-âge , deux parties trèsdifférentes l'une de l'autre par l'âge et le style. L'une comprend tout le frontispice et cette portion des ailes qtie constituent les six premières colonnes et l'entablement au-dessus. L'autre se compose du reste de l'édifice , c'est-à-dire de la sixième colonne de chaque aile, du bout de mur orné de deux pilastres , qui suit , ainsi que de leur entablement , et de toute la face postérieure.
La première , la plus étendue des deux , présente à tous ceux qui ont étudié les monuments antiques un style d'architecture évidemment d'une époque de décadence. Elle accuse également dans tous ses détails , soit dans les chapiteaux, soit dans l'entablement, la chute du goàt et les malheurs du temps. La corniche n'a même jamais été terminée , car ni les modillons ni le plafond du larmier ne sont sculptés.
Dans la seconde partie, l'architecture graeco-romaine se montre, au contraire, dans toute sa pureté. C'est malheureusement la moins cousidérable • la plus dégradée ^ et celle
qui s'offre la dernière aux regards 9 étant pretqae to«(e ca-^ gagée dans des constructions modernes*
En l'étudiant on remarque les belles proportions de ses* chapiteaux, Télégante simplicité de son entablement. Oir trouve beaucoup de rapport entre ce dernier et celui du pan-< théon d'Agrippa. Dans Tun et dans l'autre la cimaise de la corniche et la frise sont lisses, sans ornements ; les seules parties enrichies de sculptures sont le plafond du larmier et les modillons* La corniche de notre monument se distingue en outre par l'absence de denticules , et même de face denticulaire } ce qui lui donne des proportions plus légères que celles qui sont ordinaires à la corniche de l'ordre corinthien^
On a bien de la peine k comprendre comment MM. Rey et Vietti ont pu juger comme une grossière et ignoble scuplture lombarde « exécutée dans le 9® siècle , celle des rosaces et des mpdillons de cette partie de l'édifice; car elle, est évidemment fort belle et d'un bon temps. 11 faut que ces artistes^ quand ils ont étudié et dessiné le monument, aient été privés des moyens de l'observer d'assez près sur ce point.
Nous déterminerons plus bas l'âge respectif des deux parties que nous venons de distinguer.
La partie postérieure est encore remarquable par sa disposition , dont nous ne connaissons aucun autre exemple ; nous voulons parler de ces deux murs en retour de celui du fond ^ alignés avec leurs pilastres sur les colonnes des ailes , et formant des deux côtés, en-<lehors de la cella, et aux extrémités occidentales du péristyle , deux espèces de culs-de-sac , qui étaient peut-être des sacella destinés à recevoir les statues de deux divinités. Peut-être cette disposition singulière n'a^ vait-elle d'autre objet que d'harmoniser l'ordonnance du tem^ pie avec les portiques du forum , dont les arcades étaient ornées de pilastres corinthiens, ainsi que nous le montre le magnifique reste qui se voit encore près de Phospice actuel..
Entre autres particularités de la décoration de notre monument, nous ferons remarquer les plinthes qui existent sous les bases des deux pilastres de la face postérieure , et des deux qui suivent sur les faces latérales. Les deux premières colonnes des faces latérales 9 et celles du frontispice 9 en ont également. Les bases des quatre autres colonnes de chaque cdté posent immédiatement sur le stylobate. Ce défaut d'unité peut-il être expliqué en disant, comme M. Yietti, qu'il Tient peut-être de l'idée que les façades doivent être plus ornées que les côtés? Il ajoute, dans une note, qu'à cette raison, qui lui parait la meilleure , est peut-être réunie l'intention de débarrasser le passage tians tespace du pro^ naos. Nous croyons qu'il. eût été mieux de dire : dans /'etendue des deux péristyles latéraux.
L'on juge bien, sans qu'il soit nécessaire de le démontrer, que la lourde et informe cimaise qui recouvre la corniche romaine tout autour de l'édifice n'a rien d'antique* Elle a vraisemblablement été ajoutée dans le moyen-âge.
La face principale du monument offrait anciennement des ornements en bronze doré , selon l'usage des anciens. C'est ce qu'indiquent les trous creusés dans le tympan du fronton et dans un espace de 1 mètre 45 centimètres au milieu de la frise. L'ornement du fronton pouvait être un bas-relief. M. Scbneyder a présumé que celui de la frise était un aigle , les ailes à-demi déployées. La disposition des six trous que l'on voit sur cette.partie , des deux qui existent au-dessous , sur la face supérieure de l'architrave, et des deux autres qui sont au-dessus , sur la face des modillons , enfin le larmier de la corniche , entaillé en forme de cintre , comme pour recevoir la tête de l*oiseau , rendent cette conjecture très-probable.^
L'on aperçoit aussi sur la frise et sur l'architrave de la même façade , comme sur beaucoup d'antres édifices antiques , une suite de petits trous que Ton dirait d'abord dis-
tribaës att hasard et «ans aacmi ordre. On a reconnu depuis long4emps que ces sortes de cavités servaient à attacher les lettres de t>ronze d'une inscription. Des tenons soudés à ces lettres , ou coulés avec elles , s'engageaient dans les trous^ dont il s'agit. Ceux-ci, qui sont seuls restés , ont dû conduire à faire retrouver la forme des lettres qui y étaient fixées , et à restituer les inscriptions qu'elles formaient. Cette découverte avait de l'importance , étant le plus souvent le seul moyen de connaître la destination particulière des monuments antiques. C'était justement le cas de celui de Vienne ^ car la tradition qui existait à son égard n'avait aucun caractère de certitude.
Nous allons expliquer de quelle manière M. Schneyder est parvenu à remettre au jour llnscription de ce monument ^ et , comme sa découverte a été mise en doute par des savantsqui n'avaient pas une connaissance suflBsante de son opération , nous exposerons celle-ci avec assez de détails^ pour que toutes les incertitudes soient levées.
DÉCOUVERTE DE LWSCRIPriON DE L'ÉDIFIGE.
XEIRESC paraît avoir eu, le premier , Tidée de faire revivre les inscriptions de ce genre qui avaient été détruites. Il pens» avec raison qu'il suffisait , pour cela , d'étudier la disposition des trous dont nous venons de parler , disposition qui devait être en rapport avec la forme respective des lettres qui s'y attachaient. On cite dans la vie de ce savant (1) l'application qu'il fît de cette idée à une inscription du temple d'Assise ^ dédié à Jupiter , et amsi conçue : lOVI. OPT.. MAX*r On y
(1) Via de Peiresc par Reqaier, p. 84.
parle aussi de ceUe qa*il se proposait de faire à la Maison- Carrée de Nîmes. Le même projet , formé également par l'abbé Barthélémy (1), fut exécuté par Séguier. Ce fut à l'imitation de ce dernier que M. Schneyder essaya sur le monument de Vienne une o|)ération semblable, qui lui réussit. Voici rinscription qu'il découvrit sur le frontispice après un examen sévère et consciencieux.
CON. SEN. DIVO AVGVSTO ::::::: OPTIMO MÂX1M0
ET DIViE AVGVSTiE.
« Du consentement du Sénat: au dieu Auguste ::::::: trèsf ce bon y très-'grand ^ et à la déesse Augusta. »
La première ligne élait sur la frise , et la seconde sur l'architrave. Les lettres avaient un pied de hauteur.
Avant M. Schneyder on avait déjà lu la seconde ligne telle que nous venons de la reproduire , et , en 1769 , un savant voyageur , après avoir étudié avec soin le monument, trouva dans la première ligne les mots DIVO AVGVSTO , et crut y voir aussi le mot C^SARI. C'est ce que nous apprend l'auteur de l'histoire de l'église de Vienne, Charvet, dans son ouvrage inédit , intitulé : Fastes de la ville de Vienne , page 51.
A l'aide d'une échelle , avec laquelle il s'éleva jusqu'à l'architrave et à la frise , M. Schneyder dessina , en 1772 , les trous que l'on y voyait. Mais il reconnut ce premier travail insuffisant , et , en 1775 , pour procéder avec plus d'exactitude , il fit établir un échafaud à la hauteur convenable. L'expérience ne tarda pas à justifier l'avantage de ce dernier moyen ; car il remarqua beaucoup de trous jusque-là inaperçus , et remplis , les uns de mortier , les autres d'un ciment qui lui parut antique. Après les avoir soigneusement
{!) Voyage en Italie , W édition , pp. 0, 10 > 230 , 338.
dégarnis y il les frotta sur les bords y ainsi qae tous les autres , avec de la pierre noire ^ il étendit d'abord sur la frise , ensuite sur l'architraye 9 une bande de papier blanc , et se procura Tempreinte des parties frottées en appuyant le doigt sur chacune successivement. Mais comme , en retournant le papier, l'empreinte se trouvait à rebours , il obtint un dessin dans le vrai sens en suivant cette empreinte avec un crayon sur le côté opposé du papier ^ qu'il plaça y pour cela , entre son œil et la lumière.
Possédant par cette opération préliminaire le relevé le plus exact qu'il soit possible de se procurer , il étudia à loisir la disposition des trous. Il commença par l'architrave. Il n'eut pas de la peine à y trouver les mots : ET DIViE AVGVSTiffi, qui s'y présentent d'une manière si claire que , avec une vue ordinaire et un peu d'attention , chacun peut aisément les lire d'en bas de l'édifice.
Il est important de s'arrêter à quelques remarques que fait M. Schneyder. 1® Dans les deux premiers mots: ET DIV^ , tous les trous s*aJaptent parfaitement à la forme des lettres. Dans AVGVSTiffi il y a un trou de trop après le premier Â; mais, selon M. Schneyder, il est tellement hors d'œuvre , que l'on y voit évidemment l'effet d'une méprise de l'ouvrier chargé de placer l'inscription. De plus, il manque un trou au second Y , qui devrait en avoir trois comme de coutume. M. Schneyder explique l'absence de ce trou par l'absence d'un crampon correspondant à la lettre de bronze*, et comme toutes les lettres du même mot , excepté celle*-là , se présentent de la manière la pins claire , il est impossible de lui en substituer aucune autre,
U passa ensuite à la frise. Nous rappellerons qu'un certain espace , au milieu de celle-ci , est couvert de trous dont l'arrangement n'a pas le moindre rapport avec la formé d'aucune lettre , et qu'ils doivent certainement avoir servi à attacher tout autre chose.
' Noiis aJAutorônt qaeVà gauehe de cet espace , qaatrè de» lettres de l'inscription ont laissé leurs empreintes , c'est-àdire probablement que les quatre lettres de bronze correspondantes ayant , par llnattention àe celui qui les avait fabriquées , une trop forte sailHe , on avait été obligé , en les posant, de creuser la pierre au ciseau pour diminuer cette saillie. Cette beurense circonstance devait donner une grande facilité pour découvrir la partie de l'inscripUon où elles se trouvent. C'est vraisemblablement ce qui engagea M. Schneyder , qui l'avait observé , à commencer par cette partie , en allant de droite à gauche , afin d'éviter toute préoccupation* Le mot AVGVSTO se découvrit bien vite à lui; et l'on n'en sera pas étonné quand on saura qu^ les quatre lettres dont U s*aglt en font plus de la moitié, et sont celles que nous indiquons , ainsi qu'il suit , par des majuscules: auGYStO (.1). Ces lettres en creux ne laissent aucun doute sur celles de métal qui s'y adaptaient, et l'on ne serait pas admis à prétendre qu'aucun autre nom ait pu occuper la place de celui À la composition duquel elles concourent. Mais l'une d'elles , le S , donne lieu à M. Schneyder de faire une remarque qui n'est pas sans importance : c'est que cette lettre ne présente qu'un trou , an lieu de deux quelle aurait dû avoir. Ain^ se trouve justifié ce qui a été dit ci-dessus , relativement au second Y du mot AYGYSTi!E«
Après le mot AYGYSTO M. Sdineyder lut sans difficulté le mot DIYO ; quant au reste de la légende , à gauche de ce dernier , la pierre se trouvant écaillée et cassée dans la
(1) H. Schneyder» dans sa dissertation manuscrite, en citant les mêmes lettres dans cet ordre: OSYG, qui est Tordre renversé selon lequel il avait procédé, annonce que ces lettres sont désignées par une astérique dans son dessin; or, dans celui-ci elles le sont par le signe indiqué de cette manière: YGSO. Nous le remarquons par fiespecl pour Texactitude , sans qu'il nous paraisse possible d'en tirer ancmia censéquence importante.
partie qu*il occapait , notre anttqnaire coATient n^avoir pa faire un dessin parfait des trous. Il y lut cependant CONS , oîi la lettre C ne figure que par supposition ; car j par suite de la cassure de la pierre ^ aucun trou n'établit qu'elle ait eiisté. Considérant ces quatre lettres comme le sigle de la dernière moitié de Senatâs consulto^ il jugea que, pour compléter le sens, la lettre G avait dti être précédée d'un S avec un point entre deux.
Sans s'arrêter davantage , pour le moment, à cette partie de l'inscription , M. Schneyder porta son examen sur celle qui est à droite du milieu de la frise. Il y remarqua d'abord un écartement plus considérable des trous sur un point , ce qui lui indiqua qu'il y ayait eu deux mots. La première lettre à gauche lui parut un O , et il reconnut que les deux mots se terminaient chacun aussi par un O. Ensuite les lettres T , I , M s'offrirent à lui de la manière la plus évidente dans le premier mot, et les lettres M, Â , I , M , dans te second. Il ne lui restait plus qu'une lettre de chacun à découvrir. C'était la seconde du premier mot, dont il avait déjà les cinq que voici : TIMO , et la troisième du second , dont il avait déjà les cinq suivantes : MA IMO. Il ne fallait pas beaucoup d'efforts pour deviner les deux litres qui se montraient plus rebelles ; mais , une fois trouvées , elles devaient s'adapter convenablement aux trous qui s'y rapportaient. M. Schney** der , après s'être livré à un examen tel que l'exige une sévère critique , demeura convaincu que les deux mots placés à la partie droite de la frise ne pouvaient être qtie OPTIMO, MAXIMO. C'est ainsi qu'il eut la joie de compléter sa découverte.
Nous ne devons pas cependant le dissimuler plus qu'il ne l'a fait lui-même : la frise présente un certain nombre de trous sans emploi , auxquels il est impossible de rapporter aucune lettre. M. Schneyder explique leurexisten^ce par la maladresse et la méprise des ouvriers chargés de mettre en
place llnscriptioii , et observe que celle de Ntmes, restitaée par M. Séguier , en offre bien davantage.
Il aurait pu observer encore que Pon voit de ces trous inu^ tiles près des lettres du nom AVGVSTO , surlout près de celles qui , étant tracées en creux sur la pierre , ne laissent dans Tesprit aucune incertitude. Par*là il aurait prévenu Tobjection qui tendrait à faire considérer comme supposée l'Inutilité qu'il attribue à ces mêmes trous. Ainsi , quelle que soit la cause de ces trous sans emploi 9 leur existence est un lait constant , duquel on ne peut rien inférer contre la réalité de la découverte de M. Schneyder.
Notre antiquaire, après avoir achevé son travail, voulut le communiquer à M. Séguier lui-même , et consulter ce savant , au jugement duquel il attachait , avec raison , beaucoup d'importance. Il désirait connaître son opinion sur quelques points qui faisaient naître des doutes dans son esprit , savoir : 1 ® sur les trous superflus dont nous venons de parler ; ^^ sur les titres optimo , maximo , attribués j selon ce quil semblait, à Auguste par Tinscription , et qu'il croyait cependant avoir toujours élé réservés à Jupiter •, 3<> sur le sîgle CONS qu'il avait lu au commencement. C'est pourquoi Il lui envoya un dessin très-exact, accompagné d'un mémoire.
M. Séguier lui fît la réponse suivante (1) :
« Je vous félicite , Monsieur , de ce que vous êtes parvenu k prendre avec exactitude l'emplacement relatif des trous de l'inscription du temple de Vienne, et que par ce moyen vous avez découvert la véritable destination de cet ancien édifice. Il n'y a pas de doute , à présent , que ce monument n'ait été consacré à Auguste , et à Livie , sa femme. Vous avez trèsbien remarqué que les mots OPTIMO , MAXIMO , qui ter* niinent la première ligne de l*inscription , ne pouvaient se rapporter à Auguste ; qu'ils convenaient à Jupiter 9 à qui les
(1) y. p. tô du manuscrit de M. Schneyder.
i^omàh» avalent donné les litres de très-t)on et de très-grand. En effet, ils lui appartiennent , puisqu^il faut suppléer dans •^espace vide (1), qui est entre les mots AVGVSTO et OPTIi^IO, ceux-ci: et lOVÏ , et lire: DIVO AVGVSTO ET iaVI OPTIMO MAXIMO. Quand même on supposerait que Aes deux mots ET lOVI ne devaient pas remplir tout l'espace, cela ne fait pas qu'on ne doive pas Içs admettre , parce qu'on ^ pu les rapprocher de GPTIMO sans qu'il soit nécessaire 4e remplir tout le vide intermédiaire.
ce n ne doit pas paraître étrange que l'on ait associé le plus grand des dieux du paganisme avec un empereur déilié. On a des exemples d'un semblable usage. Lorsque les habitants de Chalcis élevèrent, sous l'empereur Tite (2)^ le gymnase de cette ville , et le fameux édifice qui portait le nom de Delpbinium , ils mirent à l'inscription du premier t ji Tite et à Hercule^ et au seconde A Tite et à Apollon j comme nous l'apprend Plutarque dans la vie de Flaminius. Le nom de l'empereur, qui était vivant , précédait ceux d'Her-
(1) On doit se rappeler qu'a y a, ainsi que nous l*aTon6 fait remarquer plus liaut , un espace au milieu de la frise , où les trous que Ton y voit ne peuvent se rapporter à la forme d'aucune lettre. C'est à cause de cette dernière circonstance que M. Séguier le nomme un espace yide.
(2) Il y a ici une erreur échappée ^ la plume de M. Sérier, qui né f eût point laissé subsister s'il eût relu sa lettre. Ce n*est point sous le règne de Titus » ni à cet empereur, que les Chalcidiens firent la dédicace dont il s'agit ici , mais sous la Répuhlique., et en l'honneur de Titus Quintius Flaminius » celui qui , après avoir vaincu Philippe , roi de Macédoine, fit, pendant les jeux Isthmiques^ proclamer la liberté âes peuples de la Grèce. Les Chalcidiens lui rendirent l'honneur dont il est question parce que , étant lieutenant du consul Manius Àcilius , illes sauva de la colère de celui-ci , qui voulait les punir d'avoir ouvert leur ville à Antiochus. — Voy, Plutarque dans la vie eitéeu
cille et dTApollon; et ainsi, (knf eehil de Viemie : ^ Au^ ^ste et à Jupiter,
M Vous avez remarqué que , après les quatre première# lettres CONS , il y a la marque (]*uii trou que vous soup^ çonnez être celui d'un point; mais cela ne saurait êlre^ puis<qu*on ne s'en est pas servi dans tout le reste de l'inscription. Vous avez ensuite observe qu'après ces quatre lettres 9 et «ntre la dernière et le D , il y a des traces de quelques aur 4res trous y ce qui me fait soupçonner qu'ils pouvaient bien 4ivoir servi pour un £ et un N , lesquels , en les joignant k 4a lettre S qui précède , formeraient la syllabe S£N 9 laquelle, «n la séparant du mot CON 9 désignerait une abréviation ou «n sigle 9 comme disent les antiquaires 9 qu'on expliquerait ^dsément par SËNalus; et alors on pourrait lire facilement : -CONsensu SENatùs 9 conformément à la formule qu'on trouve sur une médaille d'Auguste déifié 9 que j*al , ok Ton voU la tête d'Auguste avec ces mots : DIVVS AVGVSTVS<, et 9 au revers 9 le même empereur assis , qui est la repré-^ sentation de la statue d'or que le Sénat et les cbevaliers ro^ mains lui dressèrent dans sa jeunesse, avec la l^endoj CONSENSV SENATVS ET EQVESTRIS ORDINIS. Et de là je conjecture que 9 lorsque Auguste eut été déifié 9 et que Livie fut placée par le Sénat au rang des Dieux 9 on làiQpça sur le temple de Vienne que cela avait été fait du consçnte^ ment du Sénat. Pour mieux confirmer cette 4:onjecture9 je vous prie d'examiner attentivement si après la syllabe CON il y a un peu de vide pour désigner que le S sert pour le sigle qui suivait 9 et si 9 après ce S, l'espace qui est k présent fruste et écaillé pouvait recevoir les lettres EN 9 pour j lire SEN-
c< A regard des trous superflus que vous avez remarqués dans cette inscription 9 je ne m'en mettrais pas beaucoup en peine. L'impéritie et la maladresse des ouvriers qui , dans les provinces , posaient aux édifices les lettres de métal 9 leur
^ fftit commettre ^laslears tautef grosstères que le hpi ùm lemps non? a découvertes, et auxquels il suffis<iit que la ^nite des lettres fût biea apparente et suivie. Tous les faux 4rons étaient comptés pour rien^ et on n*«fl faisait aucun <€as. Il serait trop long d*enlrer ici dans le détail de ce qui a pu les occasionner^ je me borne à remarquer qu'après l'O du mot DIVO ^ qtie suit la lettre A ^ on voit clairement que l'ouvrier avait fait trois trous trop près de cet O pour y placer ^on À; -^*il ^t obMgé d'en refaire trois autres un peu plus 4oin 9 et alors un dès premiers se trouva sur l'orbe de TO v 4]ui semble en avoir trois , tandis qu'il n'en a que deux dans toutes les antres lettres semblables. J'û marqué par des points cette bévue. Celle de la lettre T du mot AVGVSTO «st encore plus lourde. Il semble , à n'en pouvoir douter^ ^ue4'ighorant ouvrier a formé les trous pour un Trenv^sé, 'et que^a personne qm l'en fit apercevoir lui marqua par deux petites traces, que j'ai aperçues dans votre dessin^ sur la traverse du T, l'endroit oh^s devaient être. Je ne vous parle :pas des autres méprises: vous les connaissez ^ elles ne vien- -nent que du peu d'attention des ouvriers qui avaient trop ^rapproché lés lettres , qui devaient être un peu plus ^loîjgnéesléê unes des autres (1).
^«c Je ne fats aucun cas des petits trous qui sont hors de Talignement des lettres , et je les regarde comme des dofauts de 4a pierre , ou comme des dégradations postérieures.
€€ J'oubliais de vous parler de l'S du mot AVGVSTO , ^ui vous /ait quelque peine. Si l'on con^dère exactement
(1) Nous avons déjà dU que , lorsque M. Scbneyâer voidut procéder au relevé des trous , il trouya J>eaucoup de ceux-ci bouchés avec un mastic qui lui parut antique. Il est fâcheux que » avant de les déf arnir» il n'ait pas eu la pensée de 4es marquer d*un signe pour les reconnaître. Cette précaution eût peut--étre servi à constater qu'il n'y avait ée bouchas que ceux qui , étant mal placés , se trouvaient inutiles.
fâaï ce qxn parafi , on roft (TaBord que VS qui snK le V nefut s'y placer parce qu'elle aurait élé f rop prës de ce V , et' qu'elle aurait enjambe'. Cet ouvrier ignorant se brouille avec le T qui suit , il renvers#-celui-ci , et n^attache l'S que par^ im seul tenon , s'embarrassant fort peu que l'autre manquât^ parce que ce déC&ut ne pouvait être aperçu;
« L'amoiu* que vous avez pour les beaux restes <îe Tan— fiquîié qu'an a découverts , par votre nroyen , à Vienn« , nevous a pas permis de dififérer davantage it recherxîher les expédients^ les plus courts pour en venir à bout. Je loue infi— ttiment la résolnlion que vous avez prise de faire dresser un» échaiaud pour vous mettre à portée de voir de près ce qufc restait des traces de l'inscriplion de ce beau monument. Jesuis bien aise que vous ayez mis à exécutioâ^ ki méthodedont je m'éta»^ servi pour celle de notre tempFe des César$^ Caïus e% I^cius , petits-fils d^Xagus^. Ëlle-a^ u]z:^avaiitag;r sur toute autre qu'on peut imaginer : c'est qu'elle fournit une grande facilité pour prendre avec exactitude et promp-* iitude l'emplacement de tous lés trous qui restent aux anciens édifice», oà t'oirs^étalt servide lettres de bronze. J'en» ai découvert depuis peuritn autre àr Arfes>, et , par^cc que î?en connai» dq|à , gai vu qpe le nont de Constantkr^ qur 3P était ne, est sur ce qui reste dela^ frise dfe^ cet édifice.^
<c Je vous offre Iff conlinuation de mes services ,^ sf je pufs^ vous être utile à quelque autre chose; Je s^rai charmetle tous. communiquer tout ce quemes petites connaissance» de Tànllquité peuvent me suggérer. Vous avez Bien de I» bonté-de vouloir déférer à mes lumières. Je ne doute pas que l'Aca^ déinie de Lyon, k laquelle vous appartenez, n'appfaudisse a toutes vos recherclies ,^ et ne ^nde j^ustiee k vos connaissances.
ce Je ne me suis point arrêté à parler de Livîe, qui , (Fanscette inscription , porte le titre de DIVA AVGVSTA. H y » iotn^-temps que M« Schmidt me communiq^ la position. d^Sr
frons qui ont fait connaître le relevé de ce^ deux mots, et )e lui marquai alor» que cela seul indiquait que c'éiait uif temple dëdié à Livie (1) , qui ^ sur plusieurs de ses médaillesf porte le titre de DivaAugusta^ et qui y est réprésentée avec la tête T(Hiée pour marque de la divinité.
<f L'histoire nous a aussi transmis tout ce qu'Auguste fit pour elle ^ tous les honneurs que Tibère lui décerna , et ce qu'il fit ensuite pour abolir le décret de sa consécration , quff Claude, son petit-fils, rétablit. Tous ces faits historiques méritent d'être examinés pour mieux fixer l'époque du temps auquel le monument de Vienne fut élevé. Mais enfin , grâce à vos recherches, les fausses idées qu'on s'était faites sont entièrement détruites , et ce n'est à présent que le temple d'Auguste et de Livie. »
Apres avoir reçu cette lettre , M. Schûeyder, déférant k tinvitation de M. Séguier , examina de nouveau l'endroH oit il avait d'abord cru reconnaître le sigle de Senatûs consutto^ placé au commencement de l'inscription. Il essaya de faire cadrer cetnt-ci i CON SEN, proposés par le savant de Nîffles^ Ne les trouvant point en contradiction avec lâr disposition des trous ^ il les adopta. Mais il avoue dans sa dissertation que la dégradation delà pierre ne laisse point àt cette partie de sa découverte la même clarté et la même évidence qui frappent dans tout le reste.
Quant aux mots ET 10 VI ^ que M. Séguier suppose avoir existé entre AVGVSTO et OPTIMO , M. Schneyder observe qu'ils n'ont pu être placés de la même manière que les autres , i'iisi y ont existé. Les grands trous que l'on voit en
(1) Ce que dit ici M. Ség^uier montre la yérité de la remarque que nous avons faite plus haut i savoir : que les mots DIY^ AyGYêT^ se lisent facUement d'en bas du monument, dar M. Schmidt» pour fStire le l'élevé des troiis qui sd t'ai>()ortent à ces mots , n*avait point h\K dresser d'échafaud*
€€( endroit y et qiit'sont accompagnés de quelques autres sur ks parties correspondantes de la coraidie et de l'architrave, au-dessus et au-dessous , n'ont , comme nous l'avons déjàr remarque, nul rapport avec la forme d'aucune lettre, et paraissent avoir servi à attacher un ornement considérable en bronze , peut-être un aigle , fe» ailes à-demi déployées. Il pensait néanmoins que les mots £T lOVI avaient pu être p&pcesrde quelque façon dans cet oi*nement, quel qu'il fiSl?
D'après les détails- dans desquels nous sommes entré rela^ tivement à l'opération de M. Schneyder, et aux données qui lui ont senû àt résoudre le problême qu'il s*était proposé , et d'après la* savante lettre de M. Séguier , juge compétent, s'il en fut jamais , sur cette matière , on ne conservera plus, nous le croyons , le moindre doute à l'égard de l'inscription de notre monument. S'il pouvait encore rester quelque fi»> certitude , elle porterait seulement sur les points les moins intéressants , sur la question de savoir , par exemple , si et comment les mots ET lOVI ont été placés entre AVGVSTO et OPTIMO ; si l'inscription commençait par les. sigtes de SENATVS CONSVLTO , ou par ceux de CONSENSV SE- NAT VS, qui, au fond , expriment l'a même chose , c'està-dire une décisiott^ du Sénat. Tout ce qu'il importait prîn— cipalement de connaître , ce qui caractérise le monument ^ porte les marques de la certitude , et est incontestable. Ainsi, point de doute , selon nous^, sur les mots WV^ AVGVS— T^ , qui sont si faciles à lire ; encore moins sur les mots DIVO AVGVSTO, puisque quatre lettres, sur sept qufcomposent le dernier , ont laissé leurs traces creusées dans^^ la pierre, et que , en conservant Tordre de ces lettres , aucun autre mot latin ne pourrait être mis à sa place.
On peut juger maintenant du peu de fondement des critt— ques qui ont été fartes de la découverte de M. Schneyder;: Voici ce qu'en dit M. Millin (1)r
et) MilHn. Voyage au midi de la France , l.Il.^
<c Cette explication ne me parait qu'une conjecture abso^ « lument destituée de fondement* D'abord la distance de» ce clous est une indication trop incertaine pour donner antre « cliose que des probabilités. Les même» lettres ne sont €€ pas toujours attachées aux mêmes points , ainsi que j'ai c( eu occasion de m'en convaincre dans plusieurs inscription» « de Nimes, qui , comme nous le verrons , mettent la chose « hors de doute. Depuis la découverle de M. Séguier, plucc sieurs personnes ont voulu lire l'inscription du temple de c< Vienne ^ mais , ainsi que j'ai pu m'en assurer par la cor-- « respondance de M. Seguier, que l'on conserve dans la <c bibliothèque de Nîmes , les trous de cette inscription sont^ c< dans les copies qu'il a reçues , places de plusieurs manié-* ce res différentes. 11 y a un très-grand nombre de ces trous M dont on ne tient aucun compte. »
Il est aisé de voir que M. Millin n'avait aucune connais-* sauce des données sur lesquelles repose la restitution de notre inscription , et que le jugement qu'il en porte n'est que le résultat d'une observation superficielle , incomplète ^ et faite en courant. M. Millin , à son passage à Vienne , ne vit point M. Schneyder , qui , étant absent , ne put lui donner aucune explication. Il ne se mit point , d'ailleurs , eii mesure d'avohr un relevé exact des trous doBt il «'agit, soit au moyen d*un échafaud, soit au moyen d'une simple échelle ^ il n'aperçut aucune des lettres tracées en creux dans la pierrcr Ce qu'il dit des copies des mêmes trous , envoyées à M. Séguier , et qu'il a trouvées dans la correspondance de ce savant , prouve seulement que ceux qui s'étaient occupés de notre inscriptiou avant M. Schneyder n'avaient pas su f comme lui , en faire un dessin fidèle. On voit , d'ailleurs ^ qu'il ignorait complètement la lettre de M. Séguier à l'antiquaire Viennois. Peut-être , en la lisant , eût-il changé de sentiment. Quant à son opinion sur l'incertitude du résultat que peut donner, en général ^ l'observation des trous laissé»
par les inscriptions en lettres de bronze , elle indique 9 selon nous , qu'il ne s'était jamais livré à une étude sérieuse et approfondie de cette partie de Tarchéologie.
C'est donc avec raison que ^ dans un de ses ouvrages (1),- M. Artaud ^ ancien directeur du musée de Lyon , regrette que M. Millin ait formé des doutes sur notre inscription. L'opinion de ce savant antiquaire est d'un grand poids dans cette matière , car il a souvent observé nos monuments ^ et il n'hésite pas à déclarer que cliacnn , avec un peu d*atlention , peut facilement lire l'inscription dont il s'agit.
11 résulte de tout ce qui précède que l'inscription de notre monument présentait bien véritablement les mots DIYO
AVGVSTO OPTIMO ftUXlMO , ET D1V.4E
AVGVSTiE, au dieu Auguste très-^bon^ très^
grande et à la déesse Augusta. Il ne nous paraît pas moins certain qu'on y lisait aussi , à une certaine époque 9 les mots ET 10 VI , et à Jupiter , selon l'opinion émise par M. Seguier. Nous pensons en effet ^ comme ce savant , que les qualifications de très-bon et de très-grand ne peuvent se rapporter à Auguste, et font supposer le noni de Jupiter dans l'espace vide qui existe en Ire les mots AVGVSTO et OPTIMO. Le même savant n'est entré dans aucun développement à ce sujet dans sa lettre à M. Schneyder. Sans prétendre suppléer à son silence , nous ferons ici quelques remarques pour prévenir les objections oiseuses. On sait que ces sortes de questions se décident par l'observation des usages suivis par les anciens dans leurs monuments. Nous ne nous écarterons point de cette règle.
Il serait , sans doute , contre la vérité de prétendre que les titres de très-bon et très-grand n'aient jamais été donnés qu'à Jupiter, car nous les voyons , dans plusieurs inscrip-
(1) Discours sur les médailles d'Auguste et d^ Tibère, au revers de Tautel de Lyon, ^otes , p. 13 (a).
fions romaines , appliqwfs à des empereurs. Pline-fe-fennir affirme , dans son panégyrique de Trajan (1) , que ce princer fut le premier qui reçut le titre de très-bon. Mais on doit entendre qn^ii fut le premier à qui le peuple et le Sénat le décernèrent solennellement 5 en témoignage de reconnaissance ; car le même Pline , en rapportant dans une de se» lettres (2) un ancien décret du Sénat en fàyeiir de Fallas ^ aFffranchi de Tempereur Claude , nous y montre la qualité der très-bon expressément attribuée à ce dernier avec celle der père commun. Une des extravagances de Caligula était de" se gratifier lui-même d'un grand nombre de titres , tels que ceux-ci : le pieux , Venfant des camps , le père des armées ; il se donnait aussi ceux de César très-bon et très-grandl On n*a pas lieu d'en être surpris , car l'on sait que cet empereur en démeneer aimait à se faire rendre 1^9" honneursdivins , tantôt comme à Jupiter , à Neptune , ou à Hercule y tantôt comme à Junon , à Diane , ou même à Vénus , prenant tour-à-tour, dans ces espèces de mascarades , où le rire pouvait être mortel , les vêtements et les attributs propres à chacune de ces divinités. L'histoire nous apprend aussi qu'iF s'était fait bâtir un temple où était sa statue , et que Ton n'y sacrifiait que des oiseaux rares (3). On sait encore que le surnom de très-bon avait été donné , long-temps auparavant^ à Scîpion Nasica (4).
Mais il est certain que dans les recueils dlnscrîpttons on n'en découvre aucune où lès titres de très-bon et de trèsgrand soient joints au nom d'Auguste. Le nom de Pempereur Trajan est, en effet, le premier que l'on y rencontre accompagné de ces deux qualifications réunies (5). On les y voit
(1) I»aneg. , c. 88.
(2)Lib. Vnï,ep. 6.
(3) Suet. Tranquil. , C. Cœs. Calig. rfta, 22; Dio. Cass. , l. Wè,
(4) L. II , D. , de orig. jur. , § 37* (^)Grut.,CCXLVir,2.
snr
€iistii(e , encoi^ ensemble ^ avec les noms des empereur» Adrien (1), Antonîn-le-pieux (2) et Dioclétien (3).
Le titre de très-bon 5 seul ^ ou accompagné d'un autre que celui de très-grand , y est donné à Tra)an , à Marc-Aurèle y à ^Jius , à Septime Sévère , à Gordien III. Ceiui de trèsgrand , seul aussi , ou accompagné d'un autre que celui de très-'bon , se trouve avec les noms de Claude-te-gothique , de Constantin , de Valeniinien, de Valens et de GraCien.
Ainsi , de ce que les titres de très-bon et très-grand n'ont jamais été donnés à Auguste , et de ce qu'ils ne se montrent ainsi accolés ensemble, dans les inscriptions romaines, qu'avec les noms de Trajan, d'Adrien , d'Antonin-le-pieux, et de Dioclétien, découle la juste conséquence que , dans rinscription de notre monument , les mêmes qualifications t OPTIMO MAXIMO , se rapportent non à Auguste , mais k Jupiter , à qui il était d'usage , chez les anciens , de les donner, ainsi que le témoignent une foule de monuments. Cette induction si rationnelle devient une vérité encore plus frappante quand on réfléchit que la place destinée au nomt de Jupiter est restée vide entre les mots AYGVSTO et OP- TIMO. On doit remarquer aussi que , toutes les fois que les Romains ont orné les noms des empereurs des titres de trèsbon et de très-grand , ils y ont ajouté celui de prince , en cette manière : TRAIANO OPTIMO MAXIMOQVE PRIN- CIPl, à Trajan^ très-bon et t rès-gr and prince ; montrant clairement par-là qu'ils ne les inscrivaient pas comme des attributs divins , mais comme les titres glorieux d'un homme. Nous expliquerons plus bas pourquoi , selon nous , la place cil devait être le nom de Jupiter ne présente pas de trous qui aient pu servir à attacher des lettres.
Dans tous les cas, l'exposé qui précède nous parait ayoir
(1) Gmter. , CCXLIX , 2 et 5 ; Reines* , XIII , 3 ; Murât , 233.
(2) Gruter. , CCLVI , 10 ; Reines. , CXXVIII , 6. (3)Gruter.,CCLXXIX,4,
suffisamment prouvé que la découverte de M. Schneyder n'était point illusoire , mais qu'elle repose sur des données certaines. Ainsi le monument dont il s'agit ici était consacre"non-seulement à Auguste et à Livle, mais encore à Jupiter^