MONUXIENS SÉPULCRAUX DES CHRÉTIENS DF.S PREMIERS SIÈCLES
L’une des opinions les plus accréditées parmi ceux qui sont étrangers aux recherches de l’Archéologie, est , sans aucun doute , celle qui établit, comme une incontestable vérité, que les chrétiens des premiers siècles n’ont jamais peint ou sculpté des images .saintes. De nombreux monumens existent cependant encore pour réfuter cette erreur.
1 DCCCX. 7.
Si , à l’époque où Gjnstantin se prosterna devant la croix di? J. les arts du dessin n’avaient j>as déjà perdu tout leur charme , toute leur majesté, les nouvelles croyances leur auraient imprimé un mouvement ascensionnel , et d’autres chefsd’oeuvres auraient illustré la sculpture. Mais celle-ci, déj^adée, ne se rappelait presque plus les leçons des siècles passés : l’art réduit en général , sous (jallien , à produire plus de bustes que de statues, résista peu à l’envahissement des nouveaux systèmes. Il fallut céder enfin à la barbarie, et lorsque la religion, triomphant des tyrans et de leurs satellites, vint s’asseoir siy le trône des Césars, il n’y eut plus de grands artistes pour reproduire sur le marbre eette suite de faits merveilleux qui constituent l’histoire saeréc. Pour déeorer l’arc de triomphe du premier Empereur chrétien, il fallut emprimler les basreliefs de celui de Trajan.
Alors que la sculpture olEcicllc, si l’on peut s’exprimer ainsi , tombait de la hauteur où elle s’était jadis élevée, que devait-on attendre des artistes du troisième ordre cpii , dans les earrières de l’Italie et de la Gaule , façonnaient des tombeaux ? Ils ne pouvaient produire que des monumens médiocresj et d’ailleurs, comme la plupart étaient fait» d’après des dessins pareils, c’était avec l’aide de patrons, de poncLt, qu’ils dessinaient des bas-reliefs sur les blocs qui leur étaient livrés. Ce n’étaient plus, en quelque sorte, que des ouvriers plus ou moins habiles : l’art était nul. Il ne restait plus qu’une imitation éloignée de l’ancien style , comme un souvenir importun qu’on n’avait pu effacer.
En examinant les mausolées chrétiens que possède le Musée de Toulouse, on s’apercevra facilement de la dégénérescence de l’art.
428. Sept personnages vêtus à la romain*, sont placés dans les niches figurées sur la partie antérieure de ce tombeau. Chacun d’eux tient un volumen ou rouleau; ce sont les livres des Evangiles, et ceux qui les portent représentent des apôtres. M. de Montégut avait voulu reconnaître en eux les Décurions de la colonie deToulouse *. Ce bas-relief et deux autres dont je parlerai bientôt, servaient à l’encadrement de la porte de. l’église antique et pittoresque de Saint-Michel duTouch , près
I Slimoim de V Académie de Toulouse, tom. I, i.'« »érie.
de l’amphithéitre. On n’a reconnu que cea marbres n’étaient que des tombeaux , qu'à l’époque où , d’après ma demande , ils ont été retirés de cette église en ruines et placés dans le Musée de Toulouse. Sur l’un des petits côtés actuellement caché par la maçonnerie du socle gâiéral , on voyait le sacrifice d’Isaac.
429. Cet autre tomljeau, en marbre, comme le précédent, est décoré d’un bas-relief qui couvre la face antérieure et les petits côtés. Sur la première , des niches sont formées par des co-
* tonnes à cannelures torses , comme celles indiquées sous len.“ a54- qu'elles supportent ne sont pas à plein
cintre ; ce sont deux lignes droites qui forment un angle , comme ces ouvertures laissées quelquefois dans les murs , et dont le sommet est bâti en encorbellement. On en trouve des exemples à Rome , et entr’autres dans le bas-relief du tombeau de Junius Bassus, retiré du cimetière du Vatican Ces niches renferment des personnages vêtus à la romaine et tenant aussi des volumen ou rorJeaux. Au pied de celui qui est placé au centre , et de celui qui est à l’extrémité du côté gauche , on voit le scrinium , petite cassette que l’on trouve souvent sur les cnonumens antiques , et qui servait à renfermer les livres et les papiers. Pour exprimer le vol des écrits de quelqu’un, Horace dit : Compilare scrinia alicujus. Ici c’était la capsule, le coffre dans lequel on conservait les livres saints. M. cfe Montégiit dit ’ que cette petite cassette nonunée capsula, désigne les Duumvirs , images des consuls Romains dans les colonies. Mais d’abord , il est assuré que le Scrinium n'indique pas plus un Duumvir que tout autre magistrat , ou qu’un simple particulier,surles monumensantiques,et d’ailleurs les bas-reliefs dont il est ici question , ne représentent pas les Décurions, ou le sén4l de Toulouse, mais seulement les Apôtres.
430. Sur ce monument se trouve placé un couvercle de tombeau, aussi en marbre. La partie antérieure est seule élevée , le reste est plat, et il ne pouvait y avoir de petits côtés. On voit sur le devant un bas-relief divisé en sept portions \ au milieu du cadre est une branche de lierre qui forme un ornement courant.
I Bosio, Foma solteranea , 45.
1 Hfémoires de l'^écadèmit des Sriences, Inscriptions el BtlUs-Uurts de Timioiite. i.’e série, 1.8*.
Les six bas-reliefs particuliers, cjui composent (rois divisions de chaque côté du bas-relief du centre, contiennent chacun deux hommes. Dans le second, à droite, l’un de ces personnaj^es présente à un autre une corheille, et celui-ci henit ce qu’elle renferme. C’est la multiplication des poissons. A l’extrémité , à gauche, un personnage dont la tôte parait juvénile, touche d’une baguette, qu’il tient de la main aroite, des corps ronds , marqués d’une croix et placés sur un petit meuble. C'est la multiplication des pains. Dans le bas-relief du centre est un tombeau dont le couvercle est renversé, et dans lequel on remarque un cadavre. Üiie personne à grande taille touche ce cadavre avec une baguette. L’artiste a représenté ici la résurrection de Lazare, .\insi ce monument est évidemment chrétien. Placé autrefois dans la partie extérieure du mur de l’église de la Daurade, près du cimctiène des Comtes , il était connu sous le nom de Tombeau de la Reine Pédauque. Les draperies relevées des deux côtés du bas-relief du centre étaient, selon le peuple, des pieds d’oison, et des légendes singulières expliquaient ce symbole *.
Selon les idées des chrétiens des premiers siècles , la multiplication des pains et des poissonsétait un symbole de la bon té de Dieu qui donne à l'homme ce qu'il lui faut pour soutenir cette vie pa.ssagère, et qui lui assure ensuite un bonheur éternel dans un autre mode d’existence ’. Lazare rappelé à la vie par la parole toute-puissante du Fils de Dieu , est une image de la résurrection, selon les Pères de l’église, et sur-tout saint Ambroise
431. Le tombeau en pierre, placé au-<lcssus du couvercle qui vient d’ètre décrit, provient du cimetière antique de Terre Cavade à Toulouse. Dans le milieu, un cadre circulaire contient le monogramme grec de Jésus-Christ, formé d’un X Chi et d’un P Rho , premières lettres de Xpirltf.
432. Ce tombeau est en marbre. Il fut découvert à Toulouse , dans l’antique cimetière de Saint-Saturnin, nommé, durant le
1 Du Mège| Biographie Toulousaine , 11. rerb. Ranahihie»
3 S, Amhros, in Luc» c» ix.
3 De Fide resurrect. — Oslendil tibi Dominas etiam in Ëvangelio {et jam ad exempta veniumus) quemadmodum resurgas. Non enim unum Latarum , sed fidem omnium suscitaoit. Çuid enim sibi vnlt quod Dominas ad monumenium accessit , magnâ voce clamavit : Lazane, exi foras, nisi ut futurce rtsurreciionis specimen prastareti excmplum darei? ...
JJigitizf h;
( ijG )
moyen âtfe, le Cimetière des Nobles. M. le G)mte J. Dulnrri le plaça ùans son jardin ; plus tard, feu ]\ï. le Docteur Ducasse le fit porter dans son domaine de Soleilhavolp , et d’après ma demande, il en a fait don au Musée.
La face anterieure de ce monument est décorée d’un basrelief divisé en plusieurs portions par des cadres qui ont la forme d’un carré long, et qui renferment les figures des apôtres. Dans la case du milieu, une figure juvénile tient un volumen. C’est sans doute le Christ portant le livre sacré ; c’est ainsi qu'il est représenté sur plusieurs autres marbres antiques.
Sur la face du côté gauche est un berger qui , appuyé sur un long bâton, garde ses brebis. C’est une image de J. C. et de l’âme tranquille qui n’est point tourmentée par le péché ou par le remords. On voit une figure pareille et aussi dans l’attitude du repos sur beaucoup de monumens ‘. La face latérale opposée est ornée d’un bas-relief qui représente un homme armé d’un épieu et attaquant un lion : allégorie que nous retrouverons sur un autre monument que nous allons bientôt examiner, et qui rappelle le combat que l’âme chrétienne soutient contre l’ennemi de tout bien ou contre le péché.
Le couvercle à écailles placé sous ce numéro appartenait à un autre momunent. Sur le devant , dans im cadre , est le monogramme grec de J. C., cantonné des lettres A alpha, et a. oméga , qui rappellent ces mots du Seigneur > : u Je suis Y alpha eiY oméga , le commencement et lajin ; celui qui est, qui était , et qui sera, le Tout-Puissant. » Dans le haut du cadre , on voit deux draperies relevées comme sur le basrelief du numéro 4Jo. Ce sont ce que les bonnes gens de Toulouse , et sur-tout iS'icolas de Boisonnade ^ , nommaient les pieds de la reine Pédauque
433. Ce tombeau est orné d’une arabesque dont le dessin est élégant. Il provient de la porte de l’église de Saint-Micheldu-Touch
1 Roma tolteranea, Sg, 71, gi, etc.
2 Àpocalyps. cap* v. 8.
3 Précis de l'Histoire de la Reine Austris de Toulouse.
4 Une inscription moderne s été grarée sur la lace postérieure du cou- ▼crric.
b Du Mt’gc, Archéologie Pyrénéçnncj Atlfts. 11 planche ic,
434. Des rinceaux de vigne , des pampres, couvrent cet autre tombeau qui, après avoir été retiré du vieux cimetière de Saint-Saturnin , avait été mis dans le cloître de l’abbaye de ce nom. On avait inhumé, au-dessous, plusieurs membres de la famille de du Laurier , et , pour iaire allusion au nom de cette famille, l’inscription qui liÿ était consacrée était environnée d’une guirlande de laurier.
435. Cet autre tombeau est d’une excellente conservation et entièrement couvert de sculptures. La face principale est divisée en deux panneaux. Ceux des extrémités sont décorés de rinceaux de vigne qui sortent d’un culot et qui s’enroulent avec grâce. De petites colonnes à cannelures torses sont dans les angles. Un ornement courant remplit le plat du cadre qui divise les trois panneaux ; cet ornement remplit aussi la plinthe et forme à la partie supérieure une sorte de frise. Le panneau du milieu représente une forêt. Deux personnages en tuniques courtes, placés symétriquement , retiennent chacun im cheval. L’un d’eux tient un épieu; l’autre s’appuie sur un bâton. Au milieu , un enfant, ou un personnage jeune et nu , attaque et perce un sanglier. Cette image , que l’on retrouve sur beaucoup de tombeaux chrétiens , sur un fragment placé dans le mur de face de la Chapelle des Comtes , à Saint-Saturnin, et sur le mausolée numéro 43a de ce Musée, indique, comme je l’ai dit, le combat de l’âme vertueuse contre le vice , le péché , le démon , et la victoire du juste sur ses passions.
Le couvercle de ce monument est aussi divisé en trois comjfertimens. Aux deux bouts, paraissent des branches de vigne chargées de raisihs. Dans le grand panneau du milieu , sont deux génies ou deux anges ; ils supportent une couronne de laurier d'où pendent des lemnisques , et au milieu de laquelle parait le monogramme du Christ. Deux branches de vignes qui s’échappent d’im culot serpentent sur le fond du bas-relief.
Les rameaux de vignes et les raisins sont au nombre des emblèmes les plus répétés sur les monumciis sépulcraux des chrétiens. On y reconnaissai t rpielqucfois un symbole du peuple d’Israël et de la synagogue, nommée souvent, dans l’Ecriture , vigne choisie du Seigneur, comme dans Jérémie : Jügo autem phintavî, et dans les Psaumes : f'incam de Ægypto traiislulisCi, et plantas li cam.Mnls, on crut y l eeonnailre plusparti-
culicrement le Seigneur qui , dans Saint Jean ' 'dit : Je suis la véritable vigne et mon père est le vigneron ® ; il retranchera toutes les branches qui ne porteront point de Jruit en moi, et il taillera toutes celles qui porteront du fruit, a/in quelles en rapportent davantage \ — Je suis la vigne et vous en êtes les Rameaux. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruit Ce sera la gloire de mon père que vous rapportiez beaucoup de fruit Ce mausolée, chargé de rameaux et de fruits , annonce, par ces symboles , que celui pour lequel il avait été sculpté avait vécu clans le Seigneur, c’est-à-dire, dans l’amour de sa loi, dans * l’observance de scs commandemens , clans la pureté de la foi, et que, mûr pour l’éternité, il avait été cueilli pour la gloire céleste. '
436. Ce fragment de tombeau a été trouvé, en 1829, dans l’ancien cimetière de Saint-Saturnin, dont l’origine remontait au cinquième siècle. Il est orné de rinceaux , et au mili eu paraît le monogramme de J. C.
437. Cet autre fragment, brisé en deux parties, était placé dans la tour des Franciscains ou Cordeliers de Valcabrère; on en a retiré ces marbres lorsque les restes de l’église, l’admirable cloître de ce monastère et même les bàtimens d’habitation , ont entièrement disparu vers la fin de l’année 1808. Ces deux morceaux, d’un même bout de tombeau, étaient jetés à une grande distance l’im de l’autre dans la maçonnerie , et ce n’est cpie depuis jpeu de temps qu’on les a réunis , comme ils le furent d’abora. Le bas-relief qu’on y remarque représente les jeunes Hébreux dans la fournaise et un bourreau ejui attise le féh allumé pour les consumer. Cette histoire a été souvent représentée sur les tombeaux des vieux chrétiens. On y reconnaissait un symbole des martyrs de la nouvelle loi ^ , cxtmme on retrouvait en
1 Evangel. cap, XF"a Fers. i.
Z Ibid. a.
4 Ibid. 4. ^
5 Ibid. 8.
C Très pueri prælulerunt figuram sanclorum , qui corpus suumin pettecutionem pro Chrisli nomine obtulerunl. S. Isid. Ilispal. jillegor. in Sanc. Script. F’id Rcma soiuranca , 63, 101 , aâi, a<ji, etc.
Nabnchodonosor le modèle des tyrans oui livraient les fidèles aux plus afireux supplices : le courage aes martyrs était peint « encore par celui des jeunes Hébreux ; et dans leur miraculeuse délivrance , on voyait une annonce , ime figure de U résurrection. La fournaise même où ils avaient été placés était,
Î our les pieux chrétiens des premiers siècles , un type de 'église même *.
438. L’église dont S. Sylvius fit jeter les fondemens , dans le dessein d’y transférer les reliques de saint Saturnin , ayant été terminée par saint Exupère , aussi évêque de Toiilouso et successeur de Sylvius , vers l’an 4o^» > il fut établi , joignant les murs de cet édifice , un cimetière dont j’ai parlé et dont on détruisit les restes en ,1829. C’eft de là qu’on a retiré une partie des monumens que j’ai déerits , et ce sont encore les fouilles faites dans ce lieu qui ont produit la découverte du fragment placé sous ce numéro.
439. Cette plaque de marbre blanc a fait partie d’un bas-relief sépulcral. Dans le compartiment le mieux conservé , on voit le berger céleste dans l’attitude ordinaire du repos : près de lui , un jeune homme monte sur le dos d’un autre pour cueillir des fruits sur un arbre voisin. Cette allégorie incuque le secours dont le chrétien a besoin quelquefois pour atteindre au fruit de vie , à la perfection de son être intellectuel.
440. La partie postérieure de ce tombeau en marbre a été détruite autrefois pour faire servir le reste à des usages domestiques. Il a été donné au Musée par M. de Lacroix , ancien conseiller de préfecture. Les feuillages , les omemens qui décorent S9 face antérieure et ses petits côtés , sont assez bien conservés.
441 . Cet autre tombeau , qui provient du cimetière voisin de l’église de Saint-Sauveur , dans le faubourg SaintrËtienne de Toulouse , était depuis long-temps dans la maison d’un particulier; la Société Archéologique en a fait l’acquisition pour le Musée. Le monogramme de Christ est dans le médaillon circulaire que l’on remarque sur la face principale. Des rinceaux ornent c^puonumenL
X Brat tnim caminus Bcclesia typuê sanctos habeni tripudianUs non domines (amùm, sed ctium angclos. S. CynlL Alex. ep. xxxvii. ad Alyp.
442. Les fouilles faites dans le cimetière de Sainl-Satamin ont aussi procuré la découverte de ce tombeau , ou plutôt de quelques-uns de ses fragmens. . ^
4«. C’est dans l’église de Saint-Orens d’Aucli qu’existait , avant la révolution de ce tombeau, connu vulgairement sous
le nom de Tombeau de saint Clair. Ou le doit à l’amitié dont m’bonore depuis long-temps M. I*. Sentetz * , savant recommandable , qui avait retiré ee marbre du milieu des ruines entassées de cette vénérable église. Cet édifice tirait son nom ^t'Orenlius , savant espagnol , qui fut évêque d’Auch en 4oo de J. C. et dont il nous reste un poème latin. On y voyait des inonumens précieux qui ont tous été détruits; là étaient conservées les reliques de saintClair, évêque d'Elusa vers l’an 5oo, et ce tombeau avait, disait-on, renfermé ses restes.
Un bas-relief continu, mais renfermant plusieurs sujets,
Î ui n’ont d’autre liaison entr’eux que de reproduire l’image e quelques histoires saintes, couvre la face principale. Chaque petit côté est décoré aussi d’un bas-relief.
Au centre de la composition paraît une femme voilée et en forme d'adorante. Ses bras sont élevés, elle prie, et divers personnages semblent se presser autour d’elle. Je crois y reconnaître une image de ràmc de celui qui reposait dans ce sépulcre. Cette image se retrouve sur le tombeau conservé à Narbonne dans la cour de l'bôtel des postes, précieux basrelief sépulcral expliqué par M. de Castellanc , et aussi sur un grand nombre de monumens conservés à Rome En commentant par la droite l’examen du bas-relief, on trouve d'abord Abraham prêt à sacrifier son (ils et, avec lui ,
Tout l’espoir de sa race en lui seul renfermé.
Le glaive est dans la main d’ Abraham ; les bras liés derrière
I On que M. P. Sentetz , Inspecteur des antiquités , Bibliothécaire de la ville d*Auch , etc., réunit au plus haut degré les connaissances archéologiques, philologiques et artistiques nécessaires pour écrire l’hisloire du pays qu’il habite. Sa Notice descriptive et historique de VBgt^e de Sainte • Hfarie d'Auch, est le meilleur écrit que l’on ait public sur les monumens religieux de la Guienne.
•s Roma tctteranea*
le Hos, Isa.ic atlcnil le coup fatal. La flamme "brille sur un autel à pan.s coupés élevé près de lui; mais, sur un rocher (Voisin, paraît un bélier cpii seul doit être immolé. Des Apôtres, de saints personnat^es , tous vêtus la romaine , remjdissent ensuite IVapaee, et tiennent chacun un volutncn. Poison voitle (ihrist. Trois corbeilles sont à ses pieds : il touche et multiplie les pains et les poissons qu’on lui présente. Vient ensuite la femme suppliante, ou l’image de l’àine ; Jésus-Christ
r arait de nouveau, une femme voilée est à scs pieds et l’implore.
.e Sauveur tient de la main gauche un voluinen et de la droite une baguette. En face de lui s’élève un monument; deux colonnes en supportent le fronton. Dans le fond paraît l’image d’un mort. Il^n’est pas difïicile de reconnaître là Marthe implorant le fils de Dieu pour Lazare son frère et J. C. éeoiiüint ses demandes; Lazare va bientôt sortir des ombres du tondjeau.
Sur l’un des petits côtés, le sculpteur a représente ^dam et Eve après le péché; le serpent tentateur s enroule autour de l’arbre de la science du bien et du mal. Sur l’autre face un jeune homme nu , les bras élevés en acte d’adoratiOn , est placé entre deux lions (pii détournent la tète : c’est le prophète Daniel.
Ce monument, très- bien conse.rvé, a i,4i' de long sur 0,4 1 ' de, hauteur. Chaque trait historique représenté sur les trois faces sculptées de ce tombeau , rappelaient aux chrétiens non-seulement une anecdote tirée de l’ancien ou du nouveau Testament, mais encore, sous le voile de l’allégorie, de pieuses pensées et de saintes espérances.
On voit ici, en commenyant par la droite, Isaac prêt à être sacrifié. Les fidèles des premiers siècles s’apercevant que l’image du Sauveur crucifié était un objet de scandale pour ceux qui étaient encore dans l’erreur, figurèrent, au lieu du Crucifix, un agneau placé au pied de la croix ; c’est ce que prouvent beaucoup ue peintures anciennes ; ils choisirent aussi comme image du sacrifice qui avait racheté les hommes des liens du péché , celui d’Isaac , victime sans tache , qui , pour obéir à son père, marcha vers le lieu où il devait perdre la vie, portant lui-même ke buis de son bûcher ; ainsi, disaient-ils, le Sauveur, innocente victime, soumis aux ordres du Père éternel, s’est avancé vers le calvaire portant lui-même la croix sur laquelle il devait expirer. Tertuilien nous a laissé un très-beau
' "y Goook
. pssage à «e sujet *; dans un autre il explique aussi ce que signifie le bélier qui fut immolé à la place du fils d’ Abraham Théophile ^ , a dit que , de même qu’Isaac porta le bois dp bûcher , J. G. porta aussi la croix , et que de même qu’Isaac fut ravi à la mort et le bélier sacrifié par lui , la ^inte humanité souffrit dans le sacrifice du Golgotba, mais que la nature divine ne ressentit ni la douleur ni la mort 4. Les Saints Pères crurent retrouver aftssi dans le sacrifice dlsaac un symbolç de la résurrection et dés-lors on ne doit pas être étôt]i|é de voir ce trait représenté si souvent sur le marbre des sépulcres et les peintures des Catacombes ®. L’Apôtre avait ditaux Hébreux, enleurparlantde la foi, qu’Abrabam n’hésita pas à immoler Isaac , parce qu’il pensait bien que Dieu pouvait le ressusciter, et que c’était pour cela qu’il lui fut rendu comme une figure mystérieuse i.
Lazare rappelé à la vie, est, comme je l’ai dit, une image de la Sésurrection , et les chrétiens des premiers siècles ont extrêmement multiplié la représentation de ce miracle qui leur rappelait les saintes promesses *.
1 Et utiquè sacramenia passionis figurari in pradicationibus oportuerat quanloque incredibiU , tanlo mugis scandalum futurum si undè pnedica-mur, quanloque magnificum, tantà magie obumhrandum , ut difficulias intellectus gratiom J)ei quœrem. Ilaque in primis Isaaç quum à Pâtre hostia ducereiur, et lignum ipse sibi portaret, Christi exHMm jam tune denotabat in pictimam concessi à Pâtre , lignum passionis suce bajulantis^ Teriuli. Advers. Judeeos, c. lo et lib» III. advers. Marcion. c, i8.
a TertuU. de ligna Crucis*
3 Nam prœfigurabat ilium Abraham in oblatione Isaac, et arietis sa*
crificii. Sicui enim ille Isaac, immolatus autem aries , iia et Deus quidem aliehus est à passioru^ in Humana autem natura, et came passas est, Theophyl. in Jo. cap. 8* *
4 Fortassis siciu ilUc Isaac dimissus est , et agnus immolatus e^t, ita et hoc loco divina natura impassibilis mansit ; humana autem. natura ( gotf et agnus dicitur, quia Adœ erraiieçe filius) immolatur. Id. in Jo. c.q. et in Epist, ad Ifebr. c. 12.
5 Fid, S.Bpiphaa. Jmpassibiî. Dial. 5 . — S. Jo. Chrys. 27 in Epist.
ad. Ilebr. — S. Bûcher, in Genes. lib. 2. — Theophyl. in Epist. ad Hebr, Origène, in Genes. cap.ai. hom% 8, dit à ce sujet : Prodidit ergp nobis cogitationes uiri fidelis A postal us , quod fides resurreciionis jam tune haben cœperit in Isaac, Abraham ergo resurrecturum sperabat Isaac, et credidii futurum , quod adhuc non erat factum. ® ‘
6 Roma sottcranca. 45 , 76, 77, 86, 398, etCt ' *
7 Saint Paul. Ilebr. c. n. *
0 liojna sotteranea. 83 , 91, io 3 , i 55 , i 5 q, 287, 398, 395, etc.
On voit de même très-souvent, comme ici, les ima£'es ' d’Adam et d’Eve sur les sépulcres et dans les peintures anciennes des Catacombes Les chrétiens voulurent alors exprimer plusieurs choses par ces figures. En montrant le père de toutes Içs générations, qui, formé de terre selon les saintes écritures, redevint lui-mèrae une terre inanimée et introduisit la mort dans le monde, ils voulaient rappeler la nécessité fatale à laquelle tous les fils d’Adam sont soiunis. Ils eurent aussi l’intention, en offrant la figure d’Adam, de nous faire souvenir que de même qu’après le péché Adam fut appelé pour rendre compte de sa transgression à la loi, de même après la fm d’une vie passagère, chaque homme doit paraître devant Dieu, et rendre compte des fautes qui ont souillé sa vie. Les figures d’Adam et d’Eve représentées, comme ici, près de l’arbre autour duquel s’enroule le serpent qui tient la pomme fatale , leur rappelaient que les biens , les plaisirs dont on jouit durant la vie, contre la volonté de Dieu, sortent de la bouche da démon, sont empoisonnés par lui , et donnent la mort, comme le fruit de la science du bien et du mal , offert par le tentateur, donna la mort aux premiers parens.
Les saints Pères voyaient aussi dans Adam et Eve la figure de Jésus-Christ et de l’Eglise
Daniel dans la fosse aux lions et invoquant le Seigneur, est encore une des images que l’on retrouve le plus .souvent sur les monumens sépulcraux Les chrétiens persécutés par les tyrans espéraient qu’ils seraient délivrés ue leurs peines, ainsi
Î uc, contre toute probabilité, Daniel fut délivré de la fureur es lions auxquels il avait été jeté. Le jeune prophète est ici en prières, les bras élevés , et les fidèles voyaient là un symbole de J. C. les bras élevés sur la ^oix et priant Dieu pour tous les hommes
I Ibid., 45 , 83, q3, 99 , 1 S 9 , i33, 367 , 373 , iSS, 39 . 5 , etc.
a Quia Adam forma erat fuluri , et Adam donnivit quando de ïatere ejut Eva facta est ; Adam in figura C/iristi ; Era in figura Eccletia. XJnde est appellata mater vivemium, Quando fabricata est Eva? Dum dormiret Adam. Quando de latere Chrisli sacramenta Bcclesia prvfiuxe~ runt? Cum dormivit in Cruce. S. August. in Psal. xl.
3 Rema sotteranea. 45, loi , i55, a35, xSq, 359 , 3Û3, x85, 3 q 5, etc..
4 ’^achar, Crysoceful. Oral, in exalt. S. Crucis.
3lO\fJMK\S DU MOYEN AGE.
Les siècles que l’on désii'ne sous le nom de moyen Age , sont , pour les peuples modernes , ce que furent pour les Grecs les irrandes époques illustrées par Homère et par Hérodote. Un culte nouveau et dont la merveillense poésie
} )0uvait fournir de plus suLlimcs inspirations que la mytho- Oî^e décrépite des Hellènes ; des peuples envoyés pour déblayer le sol , pour détruire la civilisation lâche et efféminée (les Romains du Bas-Empire, et pour opérer, sous les bannières de la croix, la rénovation des sociétés ; l’Orient, après avoir donné au monde le divin léj^islateur et le code de paix et d’amour , montrant aux nations le faux prophète de Médine , et marchant à la conepiête de l’univers , par la puissance du glaive et la prédication du Koran ; l’Occident alarmé , repoussant , non sans peine , l’Islamisme et reportant enfin la guerre dans les champs de la Syrie , dans la vallée du Nil et sur les bords africains ', la lutte des grands vassaux contre la centralisation du pouvoir, et, dans notre Midi, la liberté des communes , l’extension du commerce , la cultures des sciences tbéologi(mes , la foi vive et sincère des
E euples et des grands, les dons multipliés de la piété , des éros apparaissant à chaque grand événement ou les faisant nattre , voilà le tableau que présente pour nous le moyen âge. Riche de vertus et de souvenirs , il ne lui a pas même manqué des épopées nationales^ des Chansotis de gestes, que des ménestrels , des jongleurs , redisaient de ville en ville , de château en château , comme jadis les Rhapsodes répétaient dans les cités de la Grèce et de l’Ionie , les vers de Mélésigènes.
En aucun temps on ne vit s’élever un aussi grand nombre de constnictions. Monastères immenses , cloîtres pittoresques, majestueuses basilicpies, tous ces édifices paraissaient surgir comme par enchantement du sol de la France catholique , et leur somptuosité , leur grandeur étaient en un juste rapport avec leur sainte destination. L’Assemblée nationale , excitée , moins par les besoins de l’état (pie par l’esprit du
siècle , déclara que les biens du clergé ajipartenaicnl ,i la cbose publique. C’était prescrire la dcstniclioii de ces monumens , que des acquéreurs avides allaient bientôt renverser. En vain elle voulut que l’on fit dans chaque chef-lieu de département un dépôt, une sorte de Musée, des mausolées, des tableaux, des statues que l’on retirerait des églises. Des administrateurs, en général ignorans ou mal intentionnés, éludèrent ect ordre. Elle n’obtint que la dévastation des temples et des monastères, et la violation des autels et des tombeaux.
Toulouse était l’une des villes de France où l'on conscr\'ait le plus de ces vieux monumens , et il était facile d'en former un Musée digne du plus haut intérêt. On arracha des églises tous les marbres qui les embellissaient , mais ce fut pour les entasser mutilés et confondus , et pour les livrer ensuite à vil prix , à de grossiers ouvriers. Lorsque , vers la fin de l'année 1 796 , le Musée de Toulouse fut ouvert , on n’y aperçut point ces mausolées , ces statues sépulcrales , ces épitaphes qui décoraient naguères les bitimens religieux' ils étaient tous ou brisés , ou relégués dans des réduits obscurs.
Quatre ans après, un enfant ramassa quelques inscriptions dans le cloître de la Cathédrale; il en essaya l’explication, et il les donna au conservateur du Musée. Telle fut l’origine . de la collection que Toulouse possède.
Dans le grand nombre de nos monumens , il en est quelques-uns dont l’àge est peut-être incertain. La transition d’un style à un autre est plus ou moins longue et peut laisser de l’incertitude dans les esprits. On a souvent même désigné comme appartenant à répoque gauloise, des statues, des basreliefs, qui ne 'dataient cependant que du moyen âge. Le docte Montfaucon lui-même n’a pas été k l’abri de ces sortes d’erreurs , et D. Martin a été encore plus loin.
444. Le bas-relief en granit, indiqué ici, rcmonte-t-il aux temps antiques , ou n’est-ce pas plutôt une de ces figures exécutées par des ouvriers ignorans qui , sans aucune teinture de l’art, croyaient pouvoir cependant s’élever jusqu’à lui ? C’est ce que je ne déciderai point. Il représente une femme nue qui donne au moment même le jour à im serpent. Celui-ci s’attache à la mamelle droite de sa mère. *
On connaît plusieurs monumens, assez mal à propos déclarés antiques, qui représentent des l’enimcs nues enlacées par des
scrprns, les allnitnnt, et môme ayant un crapaud suspend à clia«[uc mamelle. La chapelle de Monlmorillon en offre deii de ce "cnre. Montfaucon * prenant pour un temple traulois la chapelle octojiçone qui existe encore à Monlmorillon y de même considéré comme gauloise une des figures que l’o; y voyait de son temps et qui représente une femme qt allaite deux serpens. D. Martin ’ croit que cette femme ej la Lune. Il appuie son explication sur un passage de Julie Firmicus qui dit que les Perses adoraient la Lune sous .1 forme d’une femme enlacée par des serpens , mais ayar trois visages. M. Siauve 4 a parlé aussi de ces monumens mais sans les attribuer aux Gaulois. Il voit dans une femm allaitant deux crapauds et (lui est derrière l’autre, un emhlôm de la nuit. Millin ^ rappelle que quelquefois Isis a été repri sentéc allaitant deux crapauds. Mais cette figure , de mèm que celle qui est enlacée par des serpens , n’est pas une figur gauloise. M. Lenoir ® voit dans ces figures allaitant les deu serpens , la Nature , parce qu'Apidéc montre Isis accompagné de deux serpens. Au portail de l’église de Sainte-Croix ,
' Bordeaux , on voit une femme qui allaite deux serpens ; ma elle n’est pointnuc comme dansnotre monument, etcommeh fiçures de Monlmorillon. Un démon est près d'elle, il lui touch l’epaule , et semble lui parler; c’est peut-être un symbole de 1 luxure ou du vice qu’inspire le mauvais génie. Sous le porch du portail de l’Eglise de Moissac est une femme nue qui allait des serpens qui l’enlacent. Un crapaud est placé sur la {mrti inférieure de l’abdomen. Un démon lui parle , comme su le bas-relief de Sainte-Croix de Bordeaux. Gest encore appa remment un sj’mbole du vice ou de la luxure. Le bas-rclii du Musée de Toulouse échappe à cette explication , et cctl figure , qui vient de la plus haute région habitée d< Pyrénées , où elle décorait le portail d’une vieille chapelle
I Suppl, de l'jfniiq. expliq. II. aai et seqq.
3 Religion des Gaulois, I. 220 et seqq.
3 De Err. Prof. rtl. c. t.
4 Précis d*un Hêmoire sur Voctogone de Etontmonllon , connu sous nom de Temple de Druides. Utrecht, i8o5.
5 Dissertation sur l'Eglise octogone de lUontmorillon , qu’on a cru cl
un temple de Druides. Paris, >3o5, iii-4 '> planches. "
0 Mémoires de T Académie celtique. lU. 28 .
ne sera peut-être jamais bien connue. Aussi faudra-t-il répéter à son sujet ce que Millin ‘ a dit relativement à des objets semblables : « Les portails des anciennes églises offrent une foule de ces images bizarres qu’on ne peut expliquer. »
445. Bas-relief représentant deux femmes assises, et ayant les jambes croisées. L’une tient un bélier, et l’on voit au-dessus de sa tête les mots signum arietis. Son pied droit est nu et appuyé sur une tête de lion; le gauche est chaussé et appuyé sur une pierre taillée en forme t’écailles eomme le couvercle d’un tombcati. L’autre femme tient un lion ; les mots signum LEOMS sont gravés au-dessus d’elle. Son pied gauche est nu et repose SUT une tête de lion ; le droit est chaussé et placé sur la pierre taillée eomme le couvercle d’un tombeau.
On a cru retrpuver dans ce monument un emblème de l’ascension et de la déclinaison du soleil. Le tombeau , si on en reconnaissait un ici , désignerait la caisse dans laquelle Osiris fut enfermé par Typhon y à 'l’époque où le soleil parait avoir
S erdu sa force et sa chaleur. La tète de lion ceinte d'un diaème, sur laquelle repose le pied nu d’une des femmes, est l’image du soleil lorsqu’il commence à remonter vers les signes supérieurs, lorsqu’il quitte en quelque sorte le tombeau. Le bél lier placé sur les genoux de la première femme représente le soleil dans le signe du bélier, epoque à laquelle il r’ouvre en quelque sorte le cercle de l’année, et s’unit à la Nature, ou à Isis, pour la féconder. Isis est ici désignée parla femme qui porte le bélier. Le lion supporté par une autre femme indique l’époque des chaleurs solsticiales, lorsque le soleil, uni à VIsis qui préside aux moissons , répand des torrens de feu ' dans l’espace. La tête de lion, dépouillée d’ornemens, sur laquelle le pied nu de cette seconde femme repose , annonce le temps où le soleil, atteignant le terme le plus court de sa carrière diurne, paraît prêt à s’ensevelir dans les ténèbres, ou dans le tombeau. Les pieds chaussés placés sur le cercueil indiquent, peut-être, que lorsque l’hiver fait sentir sa rigueur, lorsque le soleil est en quelque sorte plongé dans l’ombre du cercueil , on est forcé de se couvrir avec soin. ,
Ce bas-relief était, à ce qu’on croit, placé sur l’ancien portail de l’église de Saint-Saturnin de Toulouse, et au centre d un calendrier tracé suivant le système de Jules-César ; et c'est sans
I Loc, cit»
floiiU- pour cela qu’on lit sur ce marbre : une fuit factum temptmF. jL'Lii c.F^ARis *. Dans des temps plus modernes, ce marbre était dans la ebapelle du Baptistère de Saint-Saturnin. C’est un des débris de l’ancien portail d’une éj^lise , bâtie sans doute avant la construction de celle qui existe. Nous auroi^s l’occasion d'examiner bientôt les arcbétvpes de quelques autres sculptures, jetées rà et là dans l’église actuelle, et qui doivent provenir d’un édibee plus ancien.
410. Bas-relief placé jadis aussi sur le portail de l'éj^lise de Saint- Saturnin. Il représente un épervier ayant une tète humauic environnée d’un nimbe et porünit une crinière de lion : il foule aux pieds un monstre fantastique désigné par le nom de Crocodile, Crocodrilus, gravé près de sa tète.
Ce monument, entièrement coinjiosc dansle .sy.stème égyptien , annonce peut-être le triomphe du Bon Principe , ou au Soleil, désigné par un épervier, sur le Principe des ténèbres, ou le Mauvais génie, ou Typhon , peint dans les temples de l’Kgyptcsousla forme d’un crocodile. On iisaitau-dessusdecette figure, selon Noguier ’, Daydé ^ et quelques autres, ces mots,
Corpus avis, faciès hominis, volucri manet isti.
4'f 7. Fragment d’un bas-relief représentant Antonius , prétendu roi de Toulouse à l’époque où saint Saturnin vint prèclier dans cette ville. Pour réfuter cette opinion , puisée dans les légendaires, ilsulfit de faire remarquer que lorsque Saturnin rougit de son sang les marches du Capitole de Toulouse, celte ville était sous la domination des Romains, et n’avait jioint de roi. Mais peut-être a-t-on voulu , sous le titre de roi , inditpier le magistrat romain cpii commandait dans Toulou.se. Lorsque ce bas-relief était entier, on y lisait ce vers qui formait uue ligne perpendiculaire :
Judicat Antonius Rex servum Regis alius.
En face était un autre bas-relief qui représentait saint Saturnin , et une ligne perpendiculaire , gravée sur le marbre était ainsi conçue :
Ecce Saturninus quem miserai ordo latinus.
1 Jffonumens religieux des Volces , pag. 2-ia et suiv. a Histoire Tolosaine.
5 Uistoira de lUnsigne Eglise abbatiale Sainl-Sernin,
Un autre vers indiquait, disait-on , la conférence du saint avec Anlonius :
Cùm dorct Antonium non iimet ex.ilium.
4'»8. Fragment d'un bas-rdief qui représentait le martyre de saint Saturnin. Tous ces niouuraens sont en marbre.
449. L’établissement du christianisme k Narbonne date du 3.” siècle. La cathédrale fut sans doute bâtie après la conversion de Constantin, dans le /j-' Ayant été consumée par les flammes , Rusticus , qui en était Evêque métropolitain, la fit reliâtir en 44' ? nous avons encore le marbre sur lequel la dédicace de cette église est inscrite. Une maison voisine du mur dans lequel cette inscription est encastrée recelait le monumeift décrit ici. C’est un bloc de marbre orné de quatre bas-reliefs. Il n’est point 4u temps de la consécration de l'église élevée par Rusticus, maison peut croire qu'il appartient au S.' ou au g.' siècle.
Sur l’un de ses petits côtés on voit un saint portant une
K dme : la face correspondante offre une figure pareille, et m croit retrouver là les images des deux martyrs saint Just et saint Pasteur, sous l'invocation desquels l’église cathédrale de Narbonne fut dédiée. Dom Vaisselle ‘ nous apprend (pi'ellc fut fondée et bâtie par Charlemagne. On voit en effet dans une plainte de Béranger, vicomte de Narbonne, contre Quifred, archevêque de la même ville, le passage suivant : Ecclcsiam vero illam olim pius rex Carolus fabricaverat , atque in honores sanctorum Justi et Pastoris consccrare Jecerat. Béranger dit encore que Charlemagne avait rapporté d’Espagne les corps de saint Just et de saint Pasteur, dans le dessein de les donner à cette église : Corpora namque sanctorum Justi et Pastoris , quœ præmcmoratus rex Carolus ab Y spania deferens , atque in via carens , in puefuta in eorum honore œdificata ecclcsia collocarc obtaverat , etc. La charte dont nous tirons ces passages est à peu prés de l'an io5g, ce qui prouve qu’au onzième siècle on reconnaissait Charlemagne comme fondateur de l’église de Saiut-Justdc Narbonne , et c’est un fait qui , par la tradition, a été transmis
I Histoire générait de Languedoc. Il- preuves, aSa.
jusqn’i nous. Cette cj^lisc était d’abord sous l’invocation de la sainte Viertre, et nous retrouvons l’image de Marie sur l’on des grands côtés ; sur la face opposée est un Roi , assis sur un trône, la tète couronnée et tenant un sceptre dans la main droite. La forme de ce sceptre , celle du trône , le style, tout semble indicjuer une sculpture du neuvième siècle, et si l’on adoptait cette idée , le monument dont la forme indique qu’il fut l’un des piliers d’un cloître, serait un reste de celui de l'église de Saiut-Just et de Saint-Pasteur, dont les chanoines avaient embrassé la règle de saint Augustin. Le monarque représenté sera le fondateur de l’église, et ce fondateur est Charlemagne. Que si l’on trouve un peu de vague dans les expressions de Béranger , pius rex Carolus fabricaveraU.,.. on pourrait croire qu'il s’agit, si ce n’est de Charlemagne, du moins de Qiarles-le-Cbauve, ou d’un autre d<S Princes Carlovingiens , et ce monumcntscrait toujours, ou du neuvième, ou au plus lard du dixième siècle. Mais la circonstance des reliques de saint Just et de saint Pasteur retirées d’Espagne dans l'intention de les placer dans la cathédrale de Narbonne, parait indiquer assez bien Charlemagne. Ce serait donc alors ce Prince que l’on aurait, peut-être un peu plus tard, représenté sur ce monument comme fondateur, et l’on sait que l’on manquait peu à la coutume de placer les images des fondateurs et des bienfaiteurs des édiCces sacrés à la porte ou dans l'intér^eiu* de ces édihees.
On remarquera peut-être comme une singularité la petite croix placée sur la droite de la poitrine du monarque que ce bas-reuef représente. Elle est là comme un ordre , comme une décoration de chevalerie. Hauteur du monument, i,33°