‹ Description du Musée des Antiques de ToulouseChapitre 64 sur 102 · TOMBEAUX , STATUES ET PIERRES SÉPULCRALES · texte numérisé non relu

TOMBEAUX , STATUES ET PIERRES SÉPULCRALES

Les églises , les cloîtres de Toulouse , offraient de toutes parts des mausolées, des tombeaux, décorés quelquefois avecmagnificence. Des statues en cuivre doré et ornées d’émaux, existaient dans plusieurs monastères. De nombreuses épitaphes couvraient les murs; mais, dès les premiers mois de 1790 , on profana les tombes pour en retirer le plomb des cercueils,

et, plus tard, tout fut renversé : les temples mêmes furent cbanj^és en magasins de fourrage , en éeuries j les terres lessivées pour en retirer du salpêtre , et les ossetnens rejetés au loin. Alors , comme l’a si bien dit un illustre poète ‘ né à Toulouse :

Digne sujet d’horreur pour les races futures !

Des temples transformes en étables impures ,

Se virent par la fange obscurément flétris ;

Ciel vengeur ! des chevaux pour les combats nourris , Hennissaient sous la voûte où des voix pacifiques Du Dieu de Tunivers entonnaient les cantiques ,

Et de leurs pieds d’airain , en leurs fougueux transports , Battaient le marbre antique où reposaient les morts. . . .

Les morts ! Ils n’étaient plus dans leurs couches d’argile ;

Le u’irae osa forcer ce redoutable asile

Ën vain on transporta dans les magasins du Musée presque tous ces marbres , tous ces monumens arraches au sanctuaire ; ils furent , comme je l’ai dit , livrés à de grossiers ouvriers qui les rendirent bientôt méconnaissables , et l’on n’a pu , qu’avec peine , réunir les objets qui décorent la Galerie des tombeaux.

565. La face principale de ce monument est ornée de pampres et de deux écussons chargés de six besans. Au centre de la face antérieure et dans un cadre circulaire , on remarque un guerrier à cheval et qui court , l’épée haute à la main. Le bouclier et la housse portent le même blason.

566. Le monument placé ici était autrefois dans l’église de Saint- Jean. C’est un tombeau très-bien conservé et tres-orné. Sur la face antérieure , on remarque l’àme du défunt que des anges transportent dans les cieux. I.a tête placée à la droite de l’àme représente sans doute le père de celui auquel le jnonument fut consacré. Le buste de gauche doit représenter la mère du défunt Des deux côtes on voit l’écu de la célèbre famille de, Lévis-Mirepoix. Ce tombeau est supporté par deux lions.

567. Débris du tombeau de Bertrand du Clusel , chanoine de Saint-Etienne et prieur de Sauvimont. Un écusson est sculpté à chaque extrémité de la face antérieure. Au milieu est une

I M. Baour-Lormian , Poème du RélabUssement du Culte.

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inscription , «l.ins laquelle on donne & cet ecclesiastique le litre de Monarque dans le droit civil et dans le droit canon. Nous veiTons bientôt dans l'épitaphe d’un archevêque de Toulouse , les mots : poctaruni inonarcha les deux épitaphes sont peut-être de la même main. Il est assuré qu’elles datent à peu prés du même temps. Voici celle de Bertrand du Glusel :

Clawlitur asirkto doctor Bertrandus in antro,

Suhnmontr prior. Scdls canonicus hujus.

Rfliÿiune sarer. Clusetli dura propago,

(lu jus fuma vigel srriplis. Legum ilte monarcha ,

Canonis et sucri. Sed Papce audUor et annis Bis dénis fahit. Sludii derus ilte legendo Cnnonis edo' uil scriem. Preelara suorum Nobilitas et fuma manet celebranda per orbem.

Le tombeau de B. du Clusel était dans le cloître de l’église de Saint-Etienne ; mais on ne s’était pas contenté de ce monument, on avait, dans la Chapelle de l'invocation de la Sainte-Croix , dressé , à gauche de l’autel , un cénotaphe où rinscri[)tion qu’on vient de lire était aussi gravée. * Aujourd'hui , des boiseries et des peintures le recouvrent en entier.

568. Statue sépulcrale en pierre, et armée de toutes pièces, de Bernard IV , comte de Comminges , tué près de Saint-Gaudens en 1 1 5o. Ce monument provient de réglisë de l'abbaye de Bonnefont. C’est tout ce que l’on a pu conserver de l'un <les plus beaux établissemcns religieux au Midi de la France. Les Bénédictins, dans leur orage littéraire , ont parlé de ce monument. Il était alors dans le milieu de l’église', je, l’ai retrouvé, en ï8oy, dans le coté gauche de la croix, et le tombeau sur lequel reposait cette statue était moderne.

569. Statue de Raimond de Falgar ou de Miremont , évêque de Toulouse. Une ^wrtion de cette statue, aujourd’hui trèsmutilée, était jadis recouverte d’une légère lame de cuivre, de dorures, de peintures et d’émaux. On lisait sous ce monument les vers léonins que voici :

Cujiis erat yUndus Mirus Mans hinc on'uudus ,

J'erbis /ârundus , nuignus sensusque pro/ùndus.

Ordo Jacit fra\vem,fratrum prooinria patrem ,

I M. d’.-Udt-jjulerj Mémoires de la Sodé lé Archéologique, I. 126.

^follS Pessulanus ipsum dr/ratre prionl ,

Seiie Totosunus ralhedrali dénis honorât : f 'irgo Maria Dn , j)rœsrnlr.l hune fadû ,

Ut sil'Jiatei die miserere mei.

Ce fut sous l’épiscopat de Raimond de Falgar, ne dans le lieu de Miramont ou de Aliremont, que l’inquisitioa fut établie à Toulouse.

570 . Cette statue, si bien conservée, si précieuse par ses détails et même par l’ensemble, provient de l’abbaye de Cassan. On a cru, mais je n’oserais garantir, qu’elle représente Guillaume de Roeozel, d’abord chanoine du monastère de Notre- Dame de Cassan , dans le diocèse de Beziers. Il fut élu en 1188 abbé de Saint-Afrodise , et en 1199 il suecéda sur le siège de Beziers à Gaufrid , de Marseille. Ayant refusé de se joindre aux légats du Pape, qui allaient sommer le comte de Toulouse, Raimond VI, de chasser les hérétiques de ses domaines, il fut déclaré suspens, et cette sentence fut confirmée par le Pape le 18 février i2o5. G. de Roeozel se relira dans la solitude de Cassan, où il avait pris l’hahit monastique, et il y fut assassiné le 22 avril 1 2o5, par deux de ses domestiques. Une petite pierre était placée au-dessus de sa statue sépulcrale dans It cloître de Cassan. Ce monument est aujourd’hi à Pezenas, dans le cahinet de M.Mazel, savant numismate et correspondant de l’Académie de Toulouse. Voici ce que M. de Castellane a lu sur xm fac simil<?H.e celte épitaphe.

Factus in his terru Ahbas , Pnzsuique L’ùterris Transiit in ChrisXo mumlum Giiiile/mus ah isto.

Qui radiis morum cumuluns henrfacta prioram ,

Frclesia /este , hona fccit , vieil honeiXe ,

Nam pius alh/eXa, quasi Martyr sii<e ProphcXn Ahslulily errorcs multos patiendo lahovcs Denique, scrvoruni deeeptus fraude suoram ,

Corruit in /atum, post cessum pontiJu.iXxsm.

Christe vira parce , summa qui cernis ah arce ,

Vivat in cz/erDum translatas adesse ju^ernum

Amen.

Anna Dominico M. C C. V, Decimo halendas madiî , ohiil

Dominus GuUlelmus de RocoseUo, Ditlerensis Episcopus.

571 . Jean de la Teissandière avait, comme je l’ai déjà dit, son tombeau dans la chapelle ou petite église de Rieux, qu’il avait

fait bâtir à Toulouse. Cette statue, eu marbre des Pyrénées,, représente ce prélat. Elle est très-remarqnable et par l’expression et par le travail des draperies et de la mitre.

572. Pierre de la Jugée ou de la Jugie ( de Judiciis'j, était issu de la maison du seigneur du lieu qui portait ce nom dans la province du J^imousin et la paroisse d’Errain , près de Rosières. Il fut d’abord religieux cfe la congrégation de Cluni,

S uis abbé du monastère de .Saint-Jean d’Angeli et de la rasse , ensuite archevêque de Sarragosse , et de là transféré sur le siège de Warbonne en l'J/JG. Huit ans après, ayant eu quelques dilférens avec le chapitre de son église , il abandonna celle-ci et Septimian le remplaça pendant environ deux années. U reprit ensuite possession de l’arehevècbé. En i3j4, le pape Grégoire XI, son cousin germain , le transféra à l’arehevèchc de Rouen. Au mois de. décembre i3^5 , il fut fait cardinal du titre de saint Clément. ((On croit, dit LafTont *, que ce fut par reconnaissance de ce qu’il devait à ce pontife, lils de Guillaume de Rosières, qui était comme lui Limousin , qu'il joignit à ses armes celles de Sa Sainteté, et ayant pour cet effet parti l'écu de sa famille, il mit à la droite celles de ce pontile(qui porLiit d’argent à la bande d’azur, accosté de six roses de gueules, trois en chef et trois en pointe, posées en orle), comme les plus honorables , et, à gauche, les siennes, qui éUiient d’azur à la fasce d’or , telles qu’on les voit à l’église de Sai n t- Just sur son tombeau ; enfin, continue le môme auteur, le cardinal archevêque, Pierre, fithéritier le chapitre de Saint-Just, fonda dans la même église une Messe de morts pour chaque mois de l’année, et suivit le pape Grégoire XI, son parent, en Italie, lorsqu’il y transporta le saint si(’gc d'Avignon à Rome, en i 3y6. Il mourut en ce voyage , à Pise , le 2 1 novembre de la même année. Son corps fut rapporte dans l'église de Narbonne, et mis dans le tombeau qu’il y avait lui-mèine préparé : et de fait on voit encore aujourd’hui du côté de l’épitrc et près de Tune des portes pour entrer dans le choeur de ce côté-là, son tombeau de marbre, aveeses armes, d’unesculpture admirable, qu’il y fil, c(jmme l’on tient, faire de son vivant et lorsqu’il était archevêque de Narbonne, sur lequel son efligie est pontificalement

I Il's'oin des /inherèijaes d( Nurbonne,

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représentée sans pourtant aucune épitaphe. Autrefois était suspendu sur le couronnement de ce beau tombeau, le chapeau rouge du cardinal Pierre ; il fut naguère tiré de là et mis dans le petit sacraire de l’église par ordre de feu Monseigneur le cardinal de Bonzi, lorsqu’il fit abattre les pyramides de ce couronnement.»

Le révolution a brisé le mausolée du cardinal de la Jugée; sa statue, sciée en^ rande partie, a été retrouvée parmi les débris d'un atelier de marbrerie; le couronnement en albâtre et d’un travail si délicat , placé derrière sa tête, avait servi de ruche dans un jardin. C’est, de même, exposés à tous les agens destructeurs, tpie j’ai retrouvé six portions du bas-relief en albâtre qui décorent le devant de ce tombeau, que l’ona placé au fond de la Galerie du Moyen âge, sous l’arc de l’ancienne porte du chapitre de la Daurade. Chacun de ces morceaux représente un évêque placé dans une ogive, décorée de pyramidions; dans la haut et de chaque côté de la niche est un écusson; il est composé, comme Laffont l’indique dans le passage que j’ai cité, parti d’argent à la bande d’azur, acostée de six roses de gueules et d’azur à la fascc d’or.

573. Pierre tombale sur laquelle est sculptée la figure de P. de Cuguran.

574. Autre pierre tombale sur laquelle on voit l’image de Guillaume Jean de Montastnic, décédé en i'36o. L’inscription gravée en une seule ligne sur le côté gauche de la pierre doit être lue ainsi :

In nominc Domini, Ista scpultura est Guülelmi Johannis de Monte Astruco, quiobiit anno mccclx.ii, mensit augusti.

575. Pierre sépulcrale de Jean de Cardaillac, archevêque de Toulouse. Il était issu d’une des plus anciennes familles du Qucrcy. «Il fit à Toulouse ses premières études, et y professa ensuite le droit civil. Il entra, peu de temps après, dans les ordres sacrés, et son mérite attira sur lui les regards de Clément VI , qui le nomma en 1 33 1 évêque d’Orensé en Galiec. I! fut transféré, en i3yi à l’archevêché de Braga en Portugal. Grégoire XI lui conféra le titre de patriarche d’Alexandrie, et le fit administrateur du diocèse de Rodez. Cinq ans après, U lui doona l’administration perpétuelle de l’arehe-

véclié de Toulouse. » Il mourut le j octobre 1 3po. « Son t beau , dit Catel , est le troisième en ordre du côté de l’épiti Voici l’inscription qui y fut gravée et qu’on ne lit plus qu’s difficulté. Hic est scpultus in xpo (C hristo) Dominas, Dom. Joannes de Cardcdhaco, Dei gratia Patriarcha Alcxan nus, Administrator perpétuas et Archiepiscopatus Tolos, gui obiit die vij mensis octobris anno donùni m. ccc. xc. a anima requiescat inpacc. Amen. ^

576. Monument de Pierre de Saint-Martial , archevêque de 1 lousc, mort le i." décembre de l’an i4oi. L’inscription i \'éc sur cette pierre sépulcrale doit être lue ainsi :

Anno Domini jr. cccc. /. die prima decembris, obiit verendissimus in Christo Pater Dominas Petrus de Sat Martiale, Archiepis copus Tolosanus, egregius Doctor, ci

anima in pace requiescat cum Dei in perpetuum. An

Pater noster et Ave Maria dicant omnes devote. Amen

577. Pierre sépulcrale de Vital de Castelmaur, archevéqu( Toulouse, mort dans cette ville le !."■ août i4io. V l’inscription gravée sur sa tombe :

Hic jacet sepultus rccolendœ memoriœ Revercndùsù in Christo Pater Dominas , Dominas F'italis de Ca: Maurono, decretorum exintius Professor^ divinâ gratiâ ^ chiepiscopus Tolosanus , qui prias fuerat prœpositus is Ecclesiœ , qui obiit i die mensis augusti anno Don M. cccc. X.

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