SCULPTURES MODERNES, INSCRIPTIONS
L’une des plus grandes époques de notre histoire est, sans aucun doute, celle qui porte le nom d’^oque de la Renaissance. A l’extrémité de l’Europe, les Osmanlis s’établissent dans la ville de Constantin , et refoulent vers l'Occident le christianisme et les restes de la civilisation grecque, tandis que, dans la Péninsule hispanique, les Vieux chrétiens s'arment déjà pour rejeter jusqu’au delà du détroit et l’islamisme et la civilisation orientale. Un mouvement jusqu’alors inconnu s’empare des esj)rits : Fim-
S rimcrie a donne les moyens de répandre partout les écrits es anciens que l’on recherche avec une avidité toujours croissante; elfe multiplie avec promptitude les travaux non moins remarquables des auteurs de ce tèmps, et les langues modernes ont enfin une littérature. Les débris des monumens antiques, qui recouvrent encore ITtalic, sont mesurés, dessinés; des hommes d’un génie élevé veulent ressusciter l’art dont ils retrouvent chaque jour les productions; mais ils sont trop rapprochés des conceptions du moyen âgé, et s’ils ÿteignent quelquefois à celle pureté que les temps antiques avaient assignée comme la véritable ligne de beauté, il sc fait le plus souvent un mélange des deux styles, et de cet accord heureux résultent les plus suaves, les plus gracieuses compositions architecturales. L’art était chrétien ; il s’engage dans une autre voie , et , recueillant ce qu’ü trouve de mieux dans les diOiérens systèmes , il devient en quelque sorte éclectique. L'histoire sainte et la mythologie , la poésie et l’histoire profane lui fournissent à la fois et d’admirables sujets et de délicieuses allégories.
Les provinces du Midi ressentirent, les premières, en France, les elTcts de cette révolution artistique. Déjà, comme je l’ai remarqué, nos sculpteurs avaient, par leurs progrès , devancé les premiers temps de la renaissance ; et quand Bachelier vint, il n’eut plus qu’à imprimer le sceau de
son génie aussi fécond que sublimé à l’érc qui commençait et qui devait s’illustrer par mille chefs-d’œuvre. Auch et ses vitraux éclatans ‘ et ses étonnantes boiseries, saint Bertrand de Comminges et ses boiseries si belles, Assier, Castelnau , Montai et- leurs légères arasbesques et leurs basreliefs précieux, Albi et ses fresques qui n’ont de rivales que dans les loges du Vatican Narbonne et ses maisons monumentales^, Toulouse et ses palais, car c’est le nom que méritent plusieurs des constructions de cette grande ville, nous rappellent ce que furent nos provinces sous le rapport des arts du dessin, durant ce i6.““ siècle, trop célèbre sans doute par des troubles civils , par des guerres cruelles, mais qui montre du moins, comme une palme expiatoire, les travaux de ses architectes, de ses peintres et de ses sculpteurs.
705. Nommer le noble , le vaillant Poton de Xaintrailles , c’est rappeler à la France l’une de ses plus grandes illustrations. Ce vainqueur des Anglais reposait dans un mausolée , élevé dans l’église des Cordeliers de Nérac; mais les Ministres de la nouvelle religion étaient tout-puissans à la Cour de Navarre J ils demandèrent la destruction de tous les temples catbobques, et Jeanne l’ordonna. Rien ne fut épargné : après avoir renversé les autels , on profana les tombeaux ; celui de Poton fut détruit et ses restes jusqu’alors révérés, devinrent, comme ceux de tant d’autres, le jouet d’une populace ignorante et fanatiqilfe. Plus tard les protestons eux-mémes gémirent sur ces coupables excès, et l’on montre encore avec vénération, dans une rue de Nérac, la place autrefois occupée par le tombeau du grand capitaine. La plaque de cuivre placée sous cemunéro, offre l'in- âge d’un guerrier à genoux, ce qui ne désigne riea
I Ces vitraux furent achevés en i5i3. Voici l’inscription peinte surcenx «le la chapelle du Saint-Esprit : Lo xxv de jhuk mil t ceks xni roif acabades LAS FRESENS BERISES EK AUKOUR DE DIEU ET DE BOSTR. SoUS la figUTe de saint Thomas, dans cette même chapelle , on lit le nom de IVuteur de ce magnifique ouvTape, Arnaud de Moles.
a Vid. Vues pittoresques de la cathédrale d’jdlhy, par Chapuy , avec un texte explicatif . par Alexandre du Mègej in-4.® : Paris, 1829, avec lo ])lanches lithographiées. -
y ojages pittoresques, par Charles Nodier et Taylor, etc.
3 La Maison des trois nourrices et autres.
Digili,':’: ry CTIMSgIc
en particulier ; mais une autre plaque, qui sc rajuste à cellc-ei , contient l’écn des Xaintraillcs, et comme le costume indique l’époque ou vivait Poton , on peut conjecturer que ce monument le représente, ou quelque autre chevalier de sa famille. Ce serait dans le premier cas un reste précieux d’un monument élevé à ce prand homme, dans lequel Ma rie- Joseph Chenier a trouvé deux capitaines , lorsqu’il a dit :
Lahirc cependant donnait force batailles ,
Autant faisaient Poton, la Trimouille et XaiiUraiUes.
706. J’ai parlé des boiseries d’Auch ; on a cru devoir réunir, comme modèles à étudier, comme monumens de l’époque, comme preuves du talent des hommes du 1 6 .' siècle , quelques archétypes de cette immense décoration. On voit ici trois des figures qui s’élèvent au dessus des dossiers des stalles supérieures; ce sont celles de la Charité, de la Force et de la Pénitence. Les culs de lampe qui supportent ces figures , sont des chefs-d’œuvre de patience, d’entente de l’art et de composition. La difficulté d’obtenir des moules des montans et des pyramidions qui séparent les bas-reliefs, et qui sont percés de niches renfermant des statuettes, a forcé de mettre entre chacun d’eux, une demicolonne ornée d’arabesques, prise au portail du Nord de l’église de Sainte-Marie d’Auch. Rien de plus gracieux que les ch^itcaux qui les couronnent.
Ces boiseries portent çà et là des dates : j’ai lu le millésime 1 5a5 et celui de i Say sur deux stales. C’est au cardinal François de Clermont-Lodève qui monta sur le siège d’Auch en 1 5oy, et qui mourut à Avignon en 1 54o , que l’on doit et cette boiserie et les vitraux peints par Arnaud de Moles.
707. Cette travée de la boiserie de Saint-Bertrand de Comminges donne une idée assez juste de l’eiFet qu’elle produit extérieurement. Dans l’intérieur du chœur , chaque stalle haute a , comme à Auch, un bas-relief représentant soit imeVertu,soit les Sibylles, les Prophètes et les Saints. Cette boiserie porte la date de l’an 1 533. Elle fut exécutée d’après les ordres de M. de Maulcon, alors évéque de Comminges.
708. L’Annonciation. Cet archétype de l’un des bas-reliefs de la boiserie de Saint-Bertrand, donne une idée avantageuse et du style de celle-ci, et du talent facile de l’artiste. Ce bas-
relief est placé sur un cul de lampe, ou support de l’une des figures des hautes stalles d’Auch.