Musée proprement dit subdivisé en
A. Statues et Caisses de momies 38
B. Cage? 50
§ I. — Considérations génébales.
Les personnes qui ont visité l'Egypte trouveront peut-êlre le nom de Temple bien ambitieux^ appliqué au monument que nous allons décrire. Le Temple a, en effets 18 mètres de façade et 48 de profondeur, de la porte d'entrée à la colonnade du fond. Mais le Temple de Karnak (Thèbes) mesure, dans les
moines conditions, 370 mètres; le Temple d'Edfou en a 144, le Temple de Dendérah 190, le Temple d'Abydos 162. Le monument principal du Parc égyptien ne mérite donc pas, tout au moins par ses proportions, le nom de Temple; on l'appellerait une Chapelle avec beaucoup plus de raison.
Le programme que nous avions à remplir, quand TExposition a été décidée, était celui-ci : élever dans le Parc une construction qui, par la disposition de son plan, puisse servir d'abri à la collection d'antiquités égyptiennes envoyée de Boulaq, et qui en même temps soit pour le Parc un embellissement.
Pour remplir ce programme, nous n'avons trouvé rien de mieux à faire que de bâtir un Temple sur un des modèles que les Pharaons nous ont laissés.
Le Temple du Parc égyptien est donc avant tout un musée.
Mais, chemin faisant, nous l'avons utilisé pour essayer de donner au visiteur une idée de ce que fut l'art égyptien à ses trois époques les plus caractéristiques. C'est ainsi que la salle intérieure représente la plus ancienne de ces trois époques, celle qui fut contemporaine des Pyramides. L'art du Nouvel- Empire, celui des Séti et des Ramsès (on sait que Ramsès est 'e roi sous lequel naquit Moïse) a sa place sur les murs extérieurs de la même salle. EnQn, la décoration de la colonnade qui enveloppe l'édicule central est tout entière empruntée au règne des rois grecs successeurs d'Alexandre, c'est-à-dire des Ptolémées.
Le monument du Parc égyptien est donc bien ce que nous avons voulu qu'il fût : un musée qui serait à la fois un tempie, et un temple qui, du noyau à la circonférence, nous présenterait un résumé chronologique de l'art qui florissait sur les bords du Nil antérieurement à la venue du Christianisme.
On devine déjà que, pour satisfaire aux diverses conditions qui nous ont été imposées, nous n'avions qu'à reproduire, en le copiant dans son ensemble et ses détails, un des ternîmes de l'Egypte. A tous les points de vue, la conâtruction du Paie égyptien devenait ainsi irréprochable. Mais nous n'avons trouvé en Egypte aucun édifice qui fût ou assez grafid,ou asMS petit, ou assez conservé, ou conçu sur un plan assez clair, pour que
CONSIDÉRATIOKB GÉNÉRALES 11
noos puissions Tutiliser. Noos a^ens donc été obligés de substituer à la reproduetiott pure et simple d'un édifice donné ce qu'on dvit regarder comme une étude é'archëologie égyptiem^e. Â cet effet, nous nous sommes inspiré de ces tenvples de petites dimensions que ChampoiHen a appelés des Mammisi, et dont on trouTe de si jolis spécimens à Dendérab, à Edfou^ à Ësneh, à Ombos. Le Temple de VOuest^ à Philae^ est surtout celui qui nous a serri pour établir les lignes du mcmament que le Parc égyptien offre à la curiosité des visiteurs.
En résumé, notre Temple est donc^ comme nous ravoms dit, une restitution, dépendant^ comme plan^ comme dis^ition générale^ comme harmonie des proportions, »non comme détails de sculpture, il reproduit le Temple de f Ouest dePhUœ d'assez près, pour qu'on puisse l'appeler, avec une suffisante exactitude, une imitation de ce célèbre monument.
Pour être à r*bri de toute critique, l'étude dont nous parlons aurait dû être faite dans certaines conditions, imprâées par le but même à atteindre. Il aurait fallu que tous les modèles, sans exception, ehapitesoix, b«s-r^iefs, itiscriptions, aient été moulés dans des creux en plâtre, et que, dans ces creux en plâtre; on ait tiré à Paris des épreuves appliquées ensuite sur le monument lui-même. Nous aurions eu sinsi un temple en quelque sorte détaché du sol égyptien, el transporté au Champ-de-Mars.
Mais cet idéal, tout digne que nous Tayons jugé de nos efforts, n'a pu être réalisé. La construction du Temple a été décidée trop tard. En outre, le commencement des travaux pvéparatokes que nous avons dû faice en Egypte a coïncidé a!V6C l'inoadition du Nil, qui complique ângulièrement la question éesixansports. Envoyer à deux cent cinquante li^ies du Caire, dans un pays qui n^a pas de routes, le mauvais plâtre d'Egypte que la moindre humidité gâte, trouver des ouvriers mouleurs (le pays n'en a pas) qui affrontent en plein désert la chaleur de cette période de Tannée, enfin ramener au €aîre, moitié par eau, moitié à dos de chameau, des creux encore plus fragiles que pessmls, ce sont là des opérations que nous n'aurioBS ra^Dées que très difficilement à b^ne fin, eussions nous eu le temps de les faire.
i2 TEMPLE
Hâtons-nous d'ajouter que^ néanmoins^ malgré le temps et les moyens d'action qui n'ont pas été tout à fait ce que nous aurions voulu^ la construction a été faite à Paris dans des conditions qui peuvent donner toute conGance aux visiteurs. Le Temple n'est pas^ en efiTet^ une œuvre quelconque, née du désir d'embellir inutilement l'Exposition^ c'est une tentative savante, faite avec l'intention de montrer ce qu'était un Temple égyptien au temps de sa plus parfaite conservation. Pour les couleurs, les tons ont été échantillonnés sur les bas-reliefs eux-mêmes. Aussi souvent que nous l'avons pu, le mode de moulage en plâtre a été employé, et on en trouvera des exemples dans la quatrième des cinq stèles de l'intérieur du.Temple. La photographie nous à aussi prèle son aide, et c'est sur des épreuves photographiques^ complétées par des mesures minutieusement prises sur les lieux, que toutes les colonnes du pourtour du Temple ont été exécutées. Enfin les estampages en papier (i), réunis au nombre de près de 400, ont servi à faire d^excellents modèles qui, mis entre les mains des peintres, leur ont fourni une sûre esquisse des nombreux sujets qu'on
( 1) Rien de plos commode, de plas sûr, de plas authentique, et en même temps de plus facile à faire qu'un estampage. On prend une feuille de papier, d'aussi grandes dimensions qu'on voudra, gris ou blanc, pourvu qu'U ne soit pas collé. On Totale sur une table ou une pierre, et, au moyen d'un mouchoir ou d'une éponge, on rbumecte légèrement. On l'applique ensuite sur le bas-relief ou l'inscription qu'on désire estamper. Pois, avec une brosse, on frappe sur le papier, qu'on force ainsi à pénétrer dans tons les <ïreux que présente le monument. Une fois sec (il est mieux de laisser sécher sur place), le papier garde indestructiblement l'empreinte qu'on vient de lui faire prendre. Veatron avoir une épreuve plus solide i on étend sur la feuille de papier, toujours adhérente à la pierre, une couche de colle de farine, et sur cette couche on place une seconde feuille de papier, qu'on frappe comme l'autre avec la brosse. Si, à cette seconde feuiUe de papier on en ajoute une troisième et une quatrième, on obtient une sorte de carton, qui coc serre admirablemelit les creux, les reliefs, et Jusqu'aux moindres accidents du monument qu'on a, pour idnsi dire, moulé.
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES i3
trouve reproduits par la peinture dans les différentes parties de notre monument.
Voilà le caractère sous lequel la construction principale du Parc égyptien se présente au visiteur. Ce serait dépasser la mesure que de donner le Temple pour un jnodèle achevé et irréprochable; mais tel qu'il s'élève au Champ- de-Mars, il offre, par les soins et la conscience qu'on y a mis, ioute garantie à ceux qui voudront l^étudier avec la même conscience et les mêmes soins.
Gomme nous y sommes autorisés par beaucoup d'exemples, le Temple est supposé avoir été construit à des époques diverses. Ici, notre programme trouve sa pleine réalisation. Le sécos, c'est-à-dire la salle intérieure de î'édiflce, est de VAncien'Em'pire{\), Des peintures du Nouvel-Empire occupent les
(1) L'Histoire d'Egypte, la plus longue des histoires que nous connaissions, est ainsi divisée :
1° Ancien-Empire, L'Ancien-Empire commence à Menés et se termine à la XI* dynastie. On aura une idée suffisamment exacte de l'antiquité de cette période de l'histoire égyptienne, quand nous aurons dit que la XI* dynastie est encore antérieure de quelques années à Abraham. A l' Ancien-Empire appartiennent les Pyramides.
2° Moyen-Empire, Il cotnmence à la XP dynastie et se termine avec la XVII*, qui fut contemporaine de Joseph. Dans le Moyen- Empire se place la fameuse invasion des Pasteurs.
3* Nouvel-Empire, Le Nouvel-Empire voit l'Egypte arriver à l'apogée de sa puissance politique (XYIII^ dynastie). Moïse naît sous Ramsès II (XIXe dynastie). Au commencement de la XXII*, Sésac s'empare de Jérusalem. Sous la XXIIP, un empire nouveaa, TÉthiopie, parait au sud de l'Egypte, à laquelle il va bientôt donner des rois (XXV*). Gambyse et ses successeurs forment la XXVIP dynastie. Le Nouvel-Empire se termine enfin par la conquête d'Alexandre.
k" Grecs et Romains, Les rois grecs, successeurs de celui des lieutenants d'Alexandre qui avait eu l'Egypte en partage, régnent sur les bords du Nil jusqu'au moment où le dernier d'entre eux lègue à Rorne^ par son testament, 2'antique terre des Pharaons. L'Egypte devient province romaine.
Pour plus de détails, nous renvoyons ceux des visiteurs que ces
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murs du séeos, tandis que la (eôlonnade est tout entière du temps des Ptolémées* Le Temple résume doue bien les trais âges principaux de l'art égyptien. C'est ce qak va résQUer de la description plus détaillée à laquelle nous consacrons les cliapitres suhrants.
§ II. — Porte d'entrée.
PhilaBj Karnak, Dendérah offrent des exemples de portes d^entrée semblables, c^est-à-direqui n^ont jamais été finies. De chaque côté de notre porte, il faut supposer deux tours rectangulaireSj à faces symétriquement inclinées, qui s'élèveraient à peu près au double de la: hauteur de la porte ellemême \ c'est ce qu'on appellerait un pylône. Mais notre pylône, pas plus que ceux qui viennent d'être nommés, n'a été construit, et la porte du milieu est restée seule, comme une sorte de porte triomphale.
La porte d'entrée du Temple a 8 mètres de hauteur; sa larg^r totale est de 5 mètres 60; elle a 3 mètres de profondeur.
Sur la corniche et l'entablement est le disque du soleil, deux fois répété. Il est flanqué à droite et à gauche de deux vipères, emblèmes du sud et du nord, et des grandes ailes qui servent à noter symboliquement la marche ou le vol de l'astre dans le ciel. Le disque ailé, dont on trouve de très-fréquents exemples sur les monuments égyptiens, est donc l'image du soleil montant dans l'espace au-dessus de nos tètes, entre les deux horizons du sud et du nord (1).
§ III. — Allée des Sphinx.
Une allée de sphinx terminée, selon l'usage, par deux statues faisant face au visiteur, conduit du pylône à la porte principale du Temple.
questions intéressent à VAperçu de VHistoire cPÉgup^e, q«i ac» cempagne la ipréaentQ Description du Parc égyptien,
(1) Les mâts placés en avant de la porte sont destinés à servir fPenseigne à l'Exposition YiceAoyale égyptieoDe,et non au Ttomple.
ALLÉE D£S SPHINX i5
La porte j^rincipale ei le pylône sont d^epoqae ptolémaïque. Pour constf ver à la parlie antérieure du Temple son unité, il eût fallu par conséquent que les statues et les sphinx fussent également d'époque grecque. Mais les monuments de ce temps sont si rares qu'à peine si on en connaît quelques-uns. D'un autre côté, eussent-ils été plus nombreux que nous ne les aurions pas eus sous la main. 11 a donc fallu nous contenter du beau sphinx du Louvre dont on nous a permis de prendre un moulage, et qui remonte à une période^e Thisloire égyptienne bien éloignée de la domination grecque, puisqu'il appartient à la XIIl»* dynastie (1).
Même remarque en ce qui concerne les deux statues de la façade. A défaut d'une F^tatue représentant le Ptolémée auteur de cette parlie du Temple (2), c'est encore un monument de la Xliï'"® dynastie (usurpé plus tard par Ramsès II, dont il porte les cartouches) que nous avons du faire mouler au Louvre.
Il n'y a pas de règle pour Tintervalle à metUre entre chaque sphinx. Au Sérapéum, cet intervalle est de 6 mètres; à Karnak, certaines allées ont des sphinx placés à 3 mètres, à 2 mètres 50, et même à 2 mètres Tun de l'autre, c'est-à-dire que les monuments, en raison de leurs proportions vraiment colossales, semblent se toucher. Ici le chemin ouvert entre les sphinx est de 2 mètres 60.
On ne peut pas non plus formuler de règle pou^ la lon-
En Egypte, les mâts appliqués contre les pylônes ont un autre dessin et d'autres dimensions.
(1) Les sphinx et les deux statues de la façade ont été coulés en stuc formé de ciment Portland et d'éclats de marbres divers concassés. L'imitation du granit ainsi Obtenu est parfaite^ La solidité et la durée de la matière sont aussi un argument en faveur de l'excellence du procédé employé.
Jusqu'ici, le stuc dont nous avons fait usage n'avait âervi qu'à des travaux de dallage. Il est appliqué ici, pour la première fois, à des CBUvres d'art. Le succès est dû aux soins et à la diligence de M. Chevalier, eaXTepren^uT chnenlier, roe€oiistou, 5, Paris-Moaftlaartre.
(2) Il n'en existe pas .
gueur de Tallée, qui est nécessairement très-variable. L'allée de sphinx du Sérapéum^ vue et décrite par Strabon, a près de mille cinq cents mètres; l'allée construite en face de rentrée principale de Karnak n'en a pas trente. C'est, du reste^ par exception qu'on rencontre^ comme ici^ une allée placée entre le pylône et le Temple proprement dit. Pour être tout à fait conforme aux habitudes des monuments égyptiens^ il eût fallu que notre allée précédât le pylône. Mais le pylône borde un chemin public qui déjà n'appartient plus au Parc Égyptien. Le symbolisme du sphinx n'a pas encore été suffisamment éclairci. Dans l'écriture égyptienne, le sphinx, dès la XX"** dynastie, sert quelquefois à écrire le mot neb, seigneur. Selon les Grecs, cet animal symbolique représentait la force par excellence, puisqu'on lui se trouvent réunies la force physique symbolisée par le corps du lion et la force intellectuelle symbolisée par la tète d'homme. Mais ces explications ne donnent pas le sens vrai du symbole. Ce qui est certain, c'est que le sphinx représente toujours, sous la forme d*un lion androcéphale, le roi qui Ta fait exécuter. On connaît une exception à cette règle : c'est le grand sphinx de Gyzeh. Qu'originairement le grand sphinx de Gyzeh ait représenté ChéphrenflV"** dyn.), son constructeur, c'est ce qui est possible. Mais sous la XVIII°*^ dynastie il est l'image d'Armachis (une des fornles d'Horus), et plus tard, sous les Grecs, il devient la représentation de la planète Mars, nommée en égyptien Armachis, comme le dieu lui-même.
§ IV. — Colonnade.
La hauteur totale du Temple est de 9 mètres, sa largeur de 18, sa profondeur de 25.
Comme le Temple de Dendérah, le Temple du Parc égyptien est dédié à une triade composée d'Hathor comme déesse principale, d'Horus et d'Hor-sam-to. On sait ce que c'est qu'une triade. Au sommet du Panthéon égyptien plane un dieu unique, incréé, immortel, invisible, auteur du ciel et de la terre. L'attribut le plus caractéristique de ce dieu est Téter* nité : il n'a pas eu de commencement et il n'aura pas de fin.