‹ Description du parc égyptienChapitre 5 sur 75 · COLONNADE · texte numérisé non relu

COLONNADE

Aussi^ dans tous les temples, le dieu suprême est-il toujours représenté comme le dieu qui s'engendre lui-même dans le sein de sa mère, de telle sorte qu'il est à la fois son propre père et son propre fils. Or les triades ne sont que le développement^ rendu accessible à l'intelligence de tous, de cette grande idée. La première personne estTÉtre par excellence, de quelque nom local qu'on l'appelle (Phtah à Memphis, Ammon à Thèbes^ Chnouphis à Eléphantine, etc.). Après lui vient la déesse, récipient mystérieux de la perpétuelle renaissance du premier personnage. Enfin, au troisième rang, est le dieu fils, sorte de dédoublement du dieu père, et destiné à affirmer symboliquement réternité de. celui-ci. La triade atiorée dans tous les temples a donc son origine dans le dogme de l'éternité. Elle est ce dogme lui-même en quelque sorte rendu visible. Si maintenant le Temple du Parc égyptien est dédié à Hatbor comme déesse principale, c'est qu'on y rend hommage avant tout à la déesse qui joue le rôle de récipient, à celle dans le sein de laquelle s'accomplit, avec le concours du dieu appelé à la fois Horus (comme père) et Hor-sam-to (comme ûls), l'éternelle transformation.

Quatre colonnes décorent chacune des petites façades du Temple; les grandes façades ont sept colonnes de chaque côté. Cette disposition de colonnes en nombre impair est autorisée par divers monuments, entre autres par le Temple de l'Ouest, àPhilaB.

L'architecture égyptienne n'est pas un art chifTré comme l'architecture grecque, en ce sens que les diverses parties d'un monument ne sont pas dans un rapport nécessaire les unes avec les autres. Le plan de notre façade a donc été conçu, non o'après un type résultant de certaines règles, mais d'après le goût de celui qui Ta créé. En d'autres termes, les colonnes auraient pu avoir le même diamètre avec une plus grande ou une plus petite hauteur, Tentablement aurait pu être plus léger ou plus lourd, sans que pour cela la construction ait cessé d'être un type égyptien. Inutile d'ajouter qu'il ne faut pas pousser cette règle trop loin. Si vagues qu'elles soient, les lignes de l'architecture égyptienne flottent entre des limites qu'il ne serait pas sage de dépasser. En les appliquant, le dif-

i8 TEMPLE

ticile est de faire un «hoiK et de s'arrêter à oeUesqniparaisaefil le mieux satisfaire aux exigences de l'art.

Néanmoins, chronologiquement» on pent dire que la façade appariieni à un ordre plulAt qu'à un aulreXes tètes d'Hatbor employées comme menées d*arcbiteGlure remontent jusqu'aux époques pharaoniques. Mais c'est avec les Grecs seulement que te chapiteau se complique ets^épaneait en bouquet de fleurs entrenièlées comme nous le voyeiia ici. Par sa façade, le Temple est done plolémaïque^

C'est, du reste, ce qui ressort aussi de l'étude des baa-relie£B et inscriplions. Comme à Dendérah, les cartouches soni YÎdee, hiisi que nous sachions qu'ils devraient être remplis du nom de Ptolémée^ contemporain de la fameuse Cléopàtre. En outre le stfle négligé des bas-reliefs trahit Tépoque de déeadenoe qui correspond aux successeurs d'Alexandre. Ce qui rend en dfet remarquable le règne des rois de la dynastie grecque» c'est, an milieu de Pélaii considérable que ces rois imprimèrent à toutes les branches des comsaissances humaines, la soudaine et rapide décadence de l'art. A ce moment l'arcliitecture ne perd qu'en partie sa grandeur; mais la sculp^ ture n'est pour ainsi dira plus recoonaissable« Dans le temple récemment déblayé d'AJbydos (XIX* dynastie), on voit des bas*relie& qui frappent d'étoonement par leur finesse et leur grandeur magistrale; à Dendérah, à Ombos, à Esneh» à Phil», et même à Ëdfou (époque grecque), ce n'est plus le même art : les personnages y sont aussi lourds et aussi trapus que les hiéroglyphes y août gaudiement ajustés et confus.

La colonnade qui entoure le TempAe peut étare divisée en quatre parties <pie nous aUons décrire sueceiâvement :

1* La eomiehe a cette ornementation sobre qui appartâeni à la fois aux époques pharaoniques et plolémaîques. A la façade, le soleil est représenté montant dans le ctel^ sons te forme d'un grand disque ailé, flanqué de disux uneus. Sur les côté8> un cartouche vide, accompagné du collier (un des symboles d'flalhor), alterne avec les trois pahnes qui, primitivement, ont dû représenter des plumes d'autruche appliquées sur la oomiche en guise d'ornement. Le liâtel est vide, selon l'ordinaire. C'est le listel que les Grecs ont sonvent utilisé

COLONNAAE 19

pour y placer açffès eoup «les tnscriplâons en leur langue. Deodérah^ Ombos, Philse» ALbcoln, Mit fourni des exemples de ce fait, ^ui sont la richesse de la scîenee.

2<^ llmiahUmmt est décoré selKm le même système. Au centre est une seconde ima^ du soleil s'avançant dans l'espace. Au droit de chaque colonne est romUène sacré d'flathor, représentant la tête de la déesse ornée de ses attributs. De chaque côté Hor-sam-to, sous la forme d'un enfant tenant le astre et le nnmat (soNie de collier), remi hommage 4 sa mère divine. Des pousses de fleurs aux couleurs variées complètent la décoration. Un disque solaire les surmonte. De cha^e côté est un épervier debout sur le caractère w coiome symbole du Nord et du Sud. Ses ailes sont étendues. Il tient dans une de ses serres la paine de victoire (symbole du mal vakiett), dans l'autre le sceau noir, emUème d» réternité.

Le aoffîte, placé sous rentabl^ooent entre chaque colonae, est orné d'une inscdription qui nous donne la dédicace du Temple. Cette inscription est deux fois répétée. Elle part du imlieu de la façade principale et se dirige à la fois par la droite et par la gauche vers le centre de. la fa^de postérieure. Elle est ainsi conçue : UHorus (ici le bmb d'esBei^e en blanc), VHorus vainqueur, le roi de la Haute et de la" BoiSse^Égyptey îe seignewr des deux mmdes, le maUre absolu (ici le nom du ret en blanc). Il a fait (ce temple) en souivemr à sa mère Eathor, dtime de On (Dendérs^), la grande, la meAtresse de rÉtemitéy la fille du Soleil^ la régente^ la, 4ame des flewaeSf de ia terre, des astres, des emix, des montagnes, la di"

vine mère, la dame de qui réside à On, la reatrice des

dieux, la maUresse auguste qui réside à Dendérah, la fiUe du SoleUt la nudtresse de Torer (un des noms de Dradérah), Son fUs est Horus de Hout, seigneur du nel, qui réside à Œi ; il est Harsiésis, qui réside à On; il est le seigneur du ciel et le seigjieur de la terre qui réside à On^ à Torer; il est le dieu gnmd^ père des dieux, le seigneur de rÉternUé à to&iours. C'est ce qu'ti a fait (k Hathcn^) le fils du Soleil, aimé d'Huthor,

3" On sait déià à quelle époque appartiennent les ûolo»nes. Selon Tusage, les chapiteaux proprement dits âont de plusieurs Biodèles. Deux modètay symétnqoement répétés de

chaque côté d6 la porte centrale, ont été employés à la façade. Sur les grands côtés, les chapiteaux sont empruntés à quatre types. On remarquera que les types les plus éloignés du centre trahissent, par l'excès d'ornements dont on les a chargés^ une époque encore plus basse que les autres.

Le nom hiéroglyphique d'Hathor signiûe VhabitaUon cPHoruSf conformément au rôle de récipient éternel attribué à cette déesse par les traditions mythologiques. Un autre nom fréquent de la déesse est celui de Noub, qui signifie cr (aussi les écrivains classiques^ assimilant Hathor à leur Vé^ nus^ Tont-ils appelée quelquefois Venus aurœa). Enfin Hathor ligure dans les représentations des temples sous la forme d'une vache.

Ces explications donnent la clef de l'emblème compliqué dont les chapiteaux que nous venons de décrire sont surmontés. I..e visage de la déesse est doré, car il est celui de la déesse N(mb. Les oreilles de vache rappellent la forme symbolique sous laquelle Hathor est le plus ordinairement adorée. A Pédicule placé sur sa tête se rattachent les idées d'habitation divine qui sont l'essence du dogme dont Hatlior est la personnification.

On voit dans le temple principal de PhiisB des colonnes qui ont conservé la fraîcheur de coloris que nous remarquons ici. C'est dire que toutes les couleurs dont nous avons fait usage pour la décoration de ces colonnes sont autorisées par des exemples antiques.

V II nous reste à parler des tableaux. Les murs d'angle ù pans inclinés qui soutiennent l'entablement et les massifs placés entre les colonnes nous en montrent d'aussi nombreux qu'intéressants. Le sujet en est partout le même. 11 nous suffira de décrire les quatre qui appartiennent à la façadç principale. '

Fremier tableau à droite de la porte d'entrée. — Isis est assise sur son siège divin. Elle tient en main le sceptre de la puissance^ et la croix ansée^ symbole d*éternité. Derrière elle^ Horus est debout, coiffé de la couronne qui marque la souveraineté sur la Haute et la Basse-Egypte. Le groupe divin reçoit l'adoration d'un Ptolémée, debout à l'autre extrémité du ta-

Page 1