C. Uur nouvellement construit
On y aperçoit seulement des trous destinés à recevoir une char-
pente mobile ; car dans le théâtre de Moind, comme dans la plupart de ceux qu*on a découverts jusqu'ici, les agencements intérieurs n'étaient point fixes. Les banquettes étaient en bois, et, pour éviter les détériorations qu'auraient pu leur faire subir les intempéries des saisons, on les enlevait après les représentations pour les déposer dans un local ad hoc jusqu'au moment où l'on devait s'en servir de nouveau.
Il y avait sans doute une distance immense entre ces établissements et ceux du même genre qui décoraient certaines villes, telles qu'Orange, Arles, etc. Toutefois ces derniers et particulièrement celui d'Orange, qui est le mieux conservé, peuvent donner une idée assez exacte des premiers. On retrouve dans les uns et les autres les mêmes dispositions générales ; il n'y a de différence que dans les dimensions des édifices et dans les matériaux qui y ont été employés. Seulement, les théâtres de construction fixe étaient toujours bâtis sur des collines, dont on utilisait les pentes pour asseoir les gradins en maçonnerie. Cela n'était pas nécessaire pour les théâtres mobiles dont nous venons de parler ; il« pouvaient être construits sur un terrain plat : c'est ce qui a eu lieu à. peu près à Moind.
On voit encore dans la partie du mur subsistant l'une des portes donnant accès au public. Elle ne se trouve guère qu'à deux mètres du sol intérieur, ce qui prouve que l'aire du théâtre doit être beaucoup plus basse que les terres. De la position de cette porte on peut induire qu'il en existait deux autres semblables, et correspondant ainsi qu'elle à des couloirs qui coupaient en quatre parts l'étendue des banquettes. On parvenait à ces portes, de l'extérieur, par des escaliers ou eschiffes. On voit encore les fragments de l'un de ces derniers sur le dessin n° 2. Il a été coupé de notre temps pour la construction d'un mur de clôture ; mais il était encore en bon état il y a quelques aanées, et nous l'avons gravi bien souvent étant écolier.
On remarquera l'orientation singulière de ce théâtre. 11 semble qu'on ait voulu éviter aux yeux des spectateurs les atteintes des rayons du soleil, dans le cas où on n'aurait pas dressé le velarixan destiné à couvrir l'édifice. En effet, si les représentations avaient lieu dans l'après-midi, ce qui semble l'heure la plus convenable pour le spectacle, la vue d'aucun des spectateurs ne pouvait être incommodée. Quant aux acteurs, qui seuls auraient pu être gênés, il est probable qu'ils étaient toujours garantis soit par un petit velarium^ soit par une toiture fixe qui couvrait toute la scène, et avait de plus l'avantage de renvoyer la voix aux spectateurs. L'existence de cette toiture au théâtre de Moind semble démontrée par la configuration des constructions de l'angle nord-buest de l'hémicycle, où on voit
comme un hors-d'œuvre destiné à supporter une charge pardcullère (voyez la première vue, n® 4).
Mais ce qui surprend le plus dans le théâtre de Moind, c'est l'existence même, près d'une localité que rien ne signale dans le passé, et dont la population agglomérée ne s'élève pas aujourd'hui à 500 âmes (1), d'un monument de ce genre, qui pouvait recevoir dans certaines circonstances plusieurs milliers de spectateurs. En effet, en comptant 0"»,63 pour chaque gradin, on trouve pour HO mètres de hauteur 63 gradins, ou seulemept 60 en nombre rond. Le développement du premier gradin étant de 125»»
ou 120™ en déduisant les couloirs; le gradin inférieur, de. , 20™
la moyenne 70™
multipliée par 60, nombre des gradins,
donne 4,200™ de développement;
soit. 8,i00 personnes, à 0™,50 chacune.
Si on trouve ce calcul exagéré, on peut le réduire de moitié ou môme des trois quarts sans rendre moins extraordinaire l'existence du théâtre de Moind,
Le peuple donne à ces ruines le nom de murs des Sarrasins : on sait que dans son langage le mot de sarrasin sert assez généralement à désigner les monumeats anciens, de Quelque époque qu'ils soient; or celui qui nous occupe a tous les caractCres d'une construction romaine, du mode appelé isodomum. Le mur subsistant présente sur ses deux faces un revêtement de moellons de 11 centimètres de hauteur et d'une longueur qui varie entre 15 et 40 centimètres , disposés en couches horizontales. Ce n'est pas là le beau travail réticulaire des aqueducs de Lyon, mais ces lignes régulières de moellons ne sont pas non plus sans grâce. Au niveau de la porte figurée sur le dessin n^ 3, et à partir de ce point jusqu'au sol, mais à
(1) Un recensement fait en i790 donne à la paroisse de Moind une population de 825 âmes; mais cette paroisse ayant perdu durant la Révolution la portion de son territoire qui faisait partie de la ville de Monlbrison, elle ne comptait plus en 1806 que 513 habitants. Le recensement de 1856 donne à la commune entière de Moind 862 liabilants. Cette augmentation doit être attribuée à la proximité de la ville de Monlbrison, aux dépens de laquelle elle a lieu, les habitants de celte dernière trouvant commode de se soustraire à l'octroi municipal en changeant de demeure presque sans changer de domicile.
l'intérieur seulement, la maçonnerie est plus grossière : elle paraît avoir été refaite à une époque postérieure : les moellons ne sont pas même équarris. Dans cet endroit, le mur a 6™, 20 de hauteur; presque partout il a ln»,30 d'épaisseur. On n'aperçoit nulle part les cordons de briques si communs dans les constructions romaines à à partir du rëgne de Gallien.
Malheureusement on ne sait rien sur cet édifice, bien fait pour piquer la curiosité des archéologues, sinon qu'il était désigné sous le nom d'ancien palais (palatium vêtus) dans les actes du moyen âge. La tradition dit qu'il s'étendait jadis jusqu'à une église située à rentrée du bourg, sur le bord de la route de Montbrison, à gauche. Cette église est, en effet, appelée dans les actes anciens maison du palais (domus palatii), et on y retrouve des portions de murs d'une construction analogue à celle du théâtre ; elle ne sert plus au culte aujourd'hui, mais elle était jadis dédiée à Sainte-Eugénie, et a été, dit-on, bâtie sur les ruines d'un temple païen. Peut-être, en effet, le théâtre et le temple étaient-ils rattachés l'un à l'autre par des portiques destinés à recevoir la foule dans le cas où la pluie survenait au milieu des jeux. Mais qu'est-ce que ce palais dont parlent les actes et dont dépendait le théâtre? Quand fut-il bâti? Pour quel fonctionnaire? L'histoire est muette sur ce point, et pas une inscription n'est venue jeter quelque lumière sur le passé de Moind. Les débris d'antiquités qu'on découvre chaque jour dans les environs de ces ruines prouvent seulement que les Romains y ont habité long- *temps.
M. Plaisançon, propriétaire à Montbrison^ qui a laissé quelques notes sur ce sujet, décrit ainsi une pièce de monnaie qu'il possédait, et qui avait été trouvée dans l'enceinte des Sarrasins^ autrement dit du théâtre : « C'est un gros sol qui, sur un côté, porte deux têtes avec une couronne en feuilles. Les deux têtes, en forme de masques, sont supportées sur un seul cou, et au sommet, entre les deux têtes, est une petite flamme. Au revers est une carène de vaisseau. D'un côté ni de l'autre point d'inscription. »
Cette description semble se rapporter à un denier de Pompée (1) et faire remonter le théâtre de Moind aux premiers temps de la conquête, e'est-à-dire au premier siècle avant notre ère. L'absence de cordons de briques dans la construction vient à l'appui de cette opi-
(i) Ces deniers portent deux courtes légendes, mais l'exemplaire de H. Plaisançon était sans doute fruste..
nion, ou prouver du moins que cette construction est antérieure au règne de Gallien (milieu du troisième siècle).
C'est probablement aussi de Moind que provenait originairement un grand médaillon en marbre de Paros représentant le buste de Nerva, avec cette inscription placée autour : NERVA. CAES. AVG, P. M. TR, P. COS. II. {Nerva Cœsar Aîigustus^ Pontifèx maxîmus, tribunitia potestate [funciua], consul bis), qup M. Comarmond, son possesseur, dit avoir été trouvée à Montbrison (1).
Moind n'eut probablement jamais de rôle politique à jouer, car il n'est cité par aucun écrivain. Mais à quoi faul-il donc attribuer, dira-on, son importance ancienne, qui est démontrée par le monur ment dont nous nous occupons 7 Nous croyons qu'il faut l'attribuer uniquement à l'existence sur son territoire de plusieurs sources d'eaux minérales. On sait, en effet, que les Romains faisaient un grand usage des eaux médicinales comme moyen curatif. Vitruve (2), Sénèque (3) et Pline ont traité ce sujet avec détail. Le dernier y a consacré presque tout le trente et unième livre de son grand ouvrage sur l'histoire naturelle.
Alors comme aujourd'hui les malades ne se rendaient pas seuls dans ces localités privilégiées : la mode y attirait tous les oisifs du voisinage, qui venaient y chercher un agréable passe-temps. Or, le besoin de distraction pour cette foule de prétendus malades, riches et bien portants, réunis dans des lieux souvent fort éloignés des centres de population , y avait fait instituer des jeux de toute espèce, au premier rang desquels il faut mettre les représentations dramatiques, si on en juge par les traces de théâtre qu'on a retrouvées près de plusieurs sources thermales ou minérales (4). Strabon nous apprend que le plus grand nombre des visiteurs des célèbres eaux de Baies étaient attirés bien plus par l'amour du luxe et des jouissances, l'habitude de l'imitation , le désir d'une vie molle et douce, que pour le besoin de leur santé (ô).
(1) Description du mmée lapidaire de la ville de Lyon, par M. Comarmond, p. 426, n* 16. Ce monument est un de ceux que M. Comarmond a eu le tort impardonnable de vendre en Angleterre.
(2) De archifect.y VIII, 3.
(3) Nat, quœst.,m.
(4) Voyez sur ce sujet le curieux livre de M. Greppo, intitulé : Études archéologiques sur les eaux thermales et minérales de la Gaule à Vépoque romaine. 1 vol. in-8«, 1846.
(5) Strabon, Géogr., V, iv, 5, etpoSsiw. — Voyez aussi Dion Cassiu?» Hist. rom , XLVIII, 51; losèphe, ilnttg., XVIII, Vu, 2.
Les débauchés -accouraient aussi avec empressement dans ces lieux, où ils trouvaient à satisfaire leurs passions loin de leurs familles. C'est ce que nous apprennent tous les auteurs anciens. Sénèque écrit à un de ses amis qu'il a cru devoir quitter Baïes le lendemain de son arrivée ; car « c'est un lieu qu'il faut éviter, dit-il , malgré tout ce qu'il possède d'avantages naturels, parce que la débauche en a fait son séjour favori.... C'est le rendez- vous des vices... Les hommes que la fortune du peuple romain investit les premiers du pouvoir suprême, Caïus Marins, Cnéius Pompée et César se bâtirent, il est vrai, des maisons de campagne sur le territoire de Baïes ; mais ils eurent soin de les placer sur la cime des montagnes. Il y avait quelque chose de plus militaire à dominer ainsi sur tout le pays d'alentour. Examinez la position, l'assiette, la forme de ces édificeâ, et vous les prendrez plutôt pour des forteresses que pour des maisons de plaisance. Pensez-vous que Caton se fût jamais établi dans le Mica pour voir sous ses yeux naviguer des femmes adultères, pour suivre de ses regards des essaims de barques de toute espèce et de toute couleur sur un lac parsemé de roses, pour entendre pendant la nuit des voix confuses de chanteurs (1)? »
Martial est plus précis encore ; il s'attaque aux individus mêmes. Il raconte l'aventure d'une dame qui, en buvant les eaux de Baïes , s'est sentie embrasée d'une vive flamme, et, abandonnant son mari, a suivi un jeune amant. « Arrivée Pénélope, dit-il, elle est partie Hélène (2). » Ailleurs, cet auteur rapporte l'accident arrivé à un ivrogne qui, invité à souper aux eaux de Sinuessa, et regagnant fort tard son logis de louage, faillit périr en roulant du haut en bas d'une longue suite de degrés. « nymphes, dit-il. Philostrate n'aurait pas couru un si grand danger s'il avait bu de préférence l'eau de vos fontaines (3). » Mais il y a, comme dit le proverbe, un dieu pour les ivrognes : Philostrate en fut quitte pour quelques contusions.
On le voit, notre époque n'a pas le méiHte d'avoir inventé la mode des eaux. On peut même dire que sous ce rapport nous ne sommes que des enfants auprès des Romains. Ils avaient déjà atteint les dernières limites de la civilisation en ce genre. L'usage des eaux était si commun chez eux , qu'il avait donné naissance à ce proverbe rapporté par Cicéron : « Tant qu'on va aux eaux on n'est pas mort (4).»
(1) Sénêque, Epist. LI.
(2) Martial, Epigr.^ lib. I, Lxiii.
13) Jbid.f lib. XI, lxxxii.
(4) Cicéron, De Oratore^ lib. II, cap. 67 : a Quandiu adaquas fuit, nunquam est mortuus. »
Il n'existe presque pas de source d'eaux minéfales ou thermales dans toute l'étendue du territoire qu'embrassait leur vaste empire qui n'ait été fréquentée par eux (1). Le pays des Ségusiaves en particulier renfermait une dizaine de localités dans ce cas (2). Anciennement, chaque fontaine était placée sous le patronage d'une divinité spéciale, et plusieurs donnèrent môme naissance à des villes. « Par elles, dit Pline (3), des noms divers ont grossi la liste des dieux ; pour elles on a bâti des villes, témoins Pouzzbles en Campanie , Statyelles en Ligurie , Aix dans la province Narbonnaise. »
Si les villes de Pouzzolles,de Statyelles, d'Aix, et beaucoup d'autres que Pline ne cite pas, doivent leur origine à leurs eaux, pourquoi Moind ne devrait-il pas également la sienne, ou du moins celle de son théâtre, à ses fontaines? Les Romains ont certainement fait usage de ses eaux. Voici, en effet, ce qu'écrivait au siècle dernier Richard de la Prade, en parlant des eaux de Moind (4) : « On y trouve trois sources minérales : la première, que j'appellerai la Romaine, parce que les Romains l'avaient renfermée dans une petite enceinte soutenue par plusieurs colonnes, qui sont aujourd'hui détruites par vétusté : cette enceinte, dont on voit encore quelques vestiges, est voisine d'un temple dédié à Cérès (5) , situé près du village de Moingt (6) ; la seconde fontaine est à cent pas ou environ de la pre-
(1) Voyez le livre de M. Greppo déjà cité.
(2) De là vient que le nom de fontfort (fonsfortis) est encore donné dans nos contrées à loules les sources d'eaux minérales acidulés, qui y sont en grand nombre.
(3) Hist. nat., lib. XXXI, 2.
(4) A l'article Montbrison, p. 61, de son Analyse des eaux minérales du Forez (in-i2, Lyon, 1778). Il eût été plus exact de nommer Moind, car les trois sources mentionnées ici se trouvaient, au dix-huitième siècle, dans la paroisse de ce nom ; mais, comme cette localité était peu connue et fort proche de Monlbrison, notre auteur a cru pouvoir sans inconvé* nient les confondre.
(5) C'est le temple auquel a succédé l'église Sainte-Eugénie, doi|t nous avons déjà parlé. Son aliribuiion à la déesse Cérès n'est fondée que sur un fait que nous allons expliquer.
(f>) Celte source se trouve dans une propriété particulière , à droite en regardant la porte de l'église ; mais elle n'est plus en usage. Il y a quelques années, on eut l'idée de la déblayer des terres qui l'encombraient. Cette opération mit au jour un bassin d'un mètre carré, de construction romaine, formé d'une pierre de fond et de quatre pierres taillées, posées de champ.
mière, dans une terre appartenant à l'Hôtel-Dieu (de Montbrison) (1); la troisième est sur le bord du lit de la petite rivière de Vé^zizé (2), ».
Certes, nous n'avons pas la prétention de comparer Moind aux fameuses localités stigmatisées par Sénèque, Martial, etc. : il y a des degrés dans la gloire comme dans Tinfamie. Nous ferons remarquer toutefois que Baies devait bien plutôt sa célébrité à sa proximité de Rome qu*à la vertu de ses eaux. Moind ne pouvait être recherché que par les riches Ségusiaves que leur goût ou leurs intérêts retenaient au pays, lesquels abandonnaient Tété Feurs, la ville des affaires, pour les villas qu'ils avaient fait construire aux environs de Moind, comme les Romains illustres aux environs de Baies. Toutes proportions gardées, bien entendu, Moind était pour les Ségusiaves ce qu'était Baïes pour Rome , une ville de plaisir ; c'était le Vichy du temps. Du reste, Moind ne jouissait alors, non plus que Vichy aujourd'hui , d'aucune importance politique ou administrative , et voilà pourquoi les monuments historiques n'en parlent pas, un excepté, que nous allons faire connaître. La population nomade qui occupait Moind pendant quelques mois de l'année ne pouvait lui donner aucune influence, et lorsque le christianisme eut changé les habitudes des peuples gaulois, qu'achevèrent de transformer les in-vasions des barbares, cette localité, qui n'avait probablement pas un corps de municipalité, s'éteignit peu à peu sans nous léguer ni inscriptions ni souvenirs.
On opposera peut-être au rôle que nous faisons jouer aux eaux de Moind dans le passé leur peu de vertu .actuelle. Nous n'entreprendrons pas de faire l'analyse de ces eaux : c'est un soin que nous laissons aux chimistes. On trouvera d'ailleurs celle des eaux de Moind dans l'ouvrage de Richard de la Prade déjà cité. Mais nous ferons remarquer que l'état actuel des choses ne prouve rien pour le passé. Si les fontaines de Moind sont sans vertu, c'est qu'elles ont perdu leurs qualités primitives, soit par des circonstances naturelles, soit par l'incurie des hommes. Ainsi, pour ne citer que cette dernière
ayant chacune environ 80 centimètres de hauteur et 10 d'épaisseur. L'une de ces pierres ne joint pas celle du fond comme les autres : aux deux extrémités se trouvent des interstices dans lesquels on peut passer la main, ce qui permet à Teau minérale d'arriver.
(1) Nous reparlerons plus loin de celte fontaine, qui est publique aujourd'hui.
(2) Ou Y%zé%% ou Fesstse, car on donne indifféremment ces trois noms à la rivière de Montbrison. Celui de y%%éz\ est le plus commun. La source placée près de celte rivière est aussi publique.
cause, il est certain que des constructions mal entendues faites autour de chaque source et rétablissement d'une chaussée sur la route de Montbrison, près de Moind, chaussée qui empêche récoulement de la fontaine dite la Romaine^ ont considérablement nui à ces eaux (1). Nous avons une preuve positive de leur vertu ancienne, ou pour mieux dire de la vertu qu'on leur attribuait encore au, moyen * âge, dans rétablissement d'un hôpital de lépreux qui fut fondé au douzième siècle près de la seconde de ces sources (2), et qui lui a même laissé le nom de Fontaine des Ladres.
Comme nous venons de le voir, Pline dit que les sources d'eaux médicinales, placées toutes sous le patronage de quelque divinité, ont considérablement accru la liste des dieux (3). Le nom de plusieurs de ces divinités, en effet, n'est mentionné que sur les inscriptions des monuments votifs découverts dans les localités où se trouvent des eaux thermales ou minérales. A ce titre, Moind devait avoir sa divinité; on a ignoré son nom jusqu'ici, mais il se trouve inscrit sur un monument très-connu, qu'on n'avait pas encore interprété convenablement (4). Nous allons essayer de le faire.
La tradition rapporte que l'église de Sainte-Eugénie, construite près de la fontaine dite la Bomaine^ fut élevée sur les ruines d'un temple païen qu'on croit avoir été dédié à Cérès (5). Mais cette attribution n'est fondée que sur l'explication erronée d'un fait trèscurieux et tout à fait caractéristique consigné dans l'ouvrage de de la Mure (6) : « C'est un sentiment vulgaire, dit-il, que l'église de Sainte-Eugénie a esté construite sur les ruines et mazures d'un temple ancien, dédié à Cérès, qui estoit une autre de ces fabuleuses divinités qui présidoit aux bleds, pour marque de quoy on a toujours tenu à la cime de cette église une faux à couper les bleds, comme Von Vy voit encore aujourd'hui (1674). »
(1) « Comme la fontaine la Romaine n'a point d'épanchoir, écrivaif Richard de la Prade en 1778, parce que le chemin de Moingt, dans lequel^ elle couijait autrefois, est aujourd'hui au-dessus du niveau de la source, elle est toujours malpropre; c'est pourquoi on n'a pu faire exactement l'analyse de ses eaux. » (Ouvrage cilé, p. 62.)
(2) Voyez les détails historiques que nous avons donnés sur cet hôpital dans le recueil des Mémoires de la Société des antiquaires de France^ t. XIX.
(3) Pline, Hist, nat., lib. XXXI, 2.
(4) M. Roux est le premier qui l'ait tenté. Voyez ses Recherches^ p. 80 et suivantes.
(5) Voyez le palsage du livre de Richard de la Prade, cité p. 91.
(6) Hist. du pays de Forez ^ p. 49.
C'est Texistence seule tîe cette faux ou faucille historique sur le fronton de Téglise de Sainte-Eugénie qui a porté les érudits à penser que le temple en question avait été dédié à Cérès, car rien ne le constate ; mais cet attribut convient aussi à une autre divinité, moins connue, il est vrai, Ségeste(l), également déesse des moissons
'et divinité particulière du laboureur. Or, la Table de Peutinger place dans ie*pays des Ségusiaves, à dix-sept lieues gauloises il7dû?mfl^î/5 (Usson), et à neuf lieues gauloises de Forus (Fenrs), sur la route de Revessio (Saint-Paulien) , c'est-à-dire précisément au point où se trouve Moind aujourd'hui, une localité dont le nom est écrit à Tablatif Aqu'is Segete. Le second mot n'est pas un adjectif qualificatif, car autrement il serait écrit Segetis (2). C'est un nom propre féminin au génitif (on sait qu'au moyeu âge la diphthongue œ est généralement remplacée par l'^ simple ou 1'^ avec cédille) ; il faut donc écrire Segetœ ou mieux Segestœ, suivant l'orthographe adoptée dans un autre endroit de la Table de Peutinger, car ce document nous fait connaître deux localités du même nom , l'un près de Forus (Feurs), l'autre près â'Âgetincum (Sens). Ces deux Aquœ Segesiœ de la Gaule désignent évidemment deux localités distinctes dédiées à la déesse Ség:este, comme Aquœ Bormonis près de Decise, et Aquœ Borvonis près de Toul, désignent deux localités dont les eaux étaient placées sous le patronage du dieu Bormo ou Borvo, lequel présidait aussi aux Aquœ Nisinciû II y a cette différence, toutefois, que Borvo
. a laissé son nom aux trois localités que je viens de citer, et qui s'appellent aujourd'hui Bourbon-l'Archambault, Bourbonne-les-Bains et Bourbon-i.ancy, tandis que celui de Ségeste a complélement disparu. Mais cela peut s'exphquer : Borvo était une divinité topique, tandis que Ségeste était une importation" ou tout au moins une traduction romaine. On sait en effet que c'était l'usage des Romains de donner les noms des dieux de leur Olympe aux divinités gauloises qui avaient des attributs analogues. Ainsi de Tentâtes, ils firent Mercure ;
'^e Bélénus, Apollon, etc. Sans doute ils changèrent de la même ma-
- nière le nom de la divinité topique de Moind, et les Séjusiaves durent accueillir d'autant plus facilement la déesse Ségeste que son nom
(1) On écrit le nom de cette divinité de différentes manières (Segesla^ Segetia^ Seia^ etc.) ; mais nous ne pouvons mieux faire que d'adopter rorthographe de la Table de Peutinger, qu'on trouve également dans Pline. M. Roux {RechercheSj p. 83) pense que Ségeste et Cérès sont la même divinité, ce qui simplifierait fort la question.
(2) Comme calidis et siccis^ joints également au mot AquiSj et qui ont formé le nom de Vichy [Vicus calidvs) et de Seiches, ^rès de Toulouse.
avait dn trait de ressemblance avec celui de la nation. Toutefois ce nom ne pût prévaloir : ici encore c'est le nom gaulois qui a survécu ; car Moind vient évidemment de Modonium.
Mais pourquoi, dira-t-on peut-être, ce double nom de Modonium et dUAqiuB Segesfœ? La chose est facile à expliquer. Moind n'offrait sous les Gaulois qu'un groupe de maisons placées autour d'une fontaine d'eaux minérales ; c'est ce qu'indique son nom, dont le radical, mod, signifie en kymrique : cercle, clôture, enceinte. Après l'arrivée des Romains, le grand usage qu'ils firent de ces eaux transforma la localité. Ils y construisirent un temple et un théâtre, deux établissements qui, chez eux, marchaient de front ; puis, comme les eaux de Moind étaient tout pour eux, ils délaissèrent son vieux nom de Modonium, qui ne rappelait rien à leur esprit, et lui imposèrent celui d*Aqîiœ Segestœ, qui avait à leurs yeux Je double avantage de faire connaître la spécialité de cette localité et sa situation près du temple de Ségeste. C'est ainsi qu'ils avaient remplacé le nom gaulois de Mediolanum par celui de Forus Segusiavorum, Seulement ici le nom romain a prévalu, grâce aux habitudes administratives et aux monuments. Pour Moind il n'en fut pas ainsi. Les Romains seuls se servirent sans doute du nom d!Âquœ Segestœ, et les habitants du lieu continuèrent à employer celui de Modonium, qui seul est resté. Oh pourrait encore expliquer ce fait par une autre cause, la diminution de la vertu des eaux de Moind (et par conséquent de leur réputation) de fort bonne heure. On a remarqué, en effet, qu'on ne trouvait guère à Moind que des monnaies des premiers empereurs (1).
Quoi qu'il en soit, il nous semble impossible de rejeter l'identification proposée des AqtuB Segestœ avec Modonium, En effet, nous trouvons à Moind toute les conditions réclamées pour Âquœ Segestœ : distances indiquées et monuments.
A propos de ces derniers, nous avons quelques observations à présenter. On se demandera sans doute pourquoi l'un de ces monuments a reçu le nom de vieuj; palais (palatium vêtus), qui semblerait rappeler une résidence impériale. On aurait tort, croyons-nous, d'attacher ce sens à la dénomination donnée par la tradition aux ruines de Moind. Cette dénomination indique seulement un bâtiment d'une certaine somptuosité qui a existé jadis en ce lieu, et dont on retrouve chaque jour des traces, a De son fond aussi bien que des lieux voisins, dit de la Mure (2), on tire plusieurs pièces de marf)re en forme de piliers; comme aussi plusieurs autres pierres de prodigieuse
(1) De la Mure, Hist. du pays de Forez, p. 51.
(2) Ibid., p. 50.
grandeur. » D'ua autre côté, Hector Dulac s'exprime ainsi : d Dans les vignes qui ont été plantées sur une partie de remplacement de ce vieux palais se trouvent des pierres énormes, et taillées. Depuis des siècles on en transporte à Moingt, où elles servent à la construction des maisons qu'on édifie, et conservent encore dans leur nouveau placement des traces de leurs anciennes destinations. On y rencontre également des tronçons de colonnes, des débris de granit à fond rouge, qui ont sans doute appartenu à quelques monuments d'architecture, car ce pays n'en produit point de cette espèce. On trouve aussi journellement beaucoup de médailles d'empereurs romains, mais surtout de ceux qui ont régné dans les premiers siècles de l'empire (1). »
iA. Guillien , qui a exploré avec soin, il y a plusieurs années, le territoire de Moind, nous apprend qu'on découvrit alors près de la fontaine romaine, dans l'enclos même de la maison du palais, une mosaïque dont le propriétaire ne voulut pas permettre le déblayement, de sorte que ce monument existe probablement encore en place sous la terre ; tout auprès étaient des restes de thermes, ou plutôt d'hypocauste, car les' eaux de Moind étant froides avaient besoin d'être chauffées pour être employées en bain. On sait, du reste, que les Romains ont pratiqué ce procédé dans d'autres lieux. Tout cela explique parfaitement le nom de Palais donné à ce bâtîment : ici comme à Feurs il désigne ^seulement un édifice somptueux, appartenant peut-être au même personnage, Caius Julius JuUus, prince de la cité des Ségusiaves.
Près de Moind se trouvait un monticule où avait été élevé un autel à Briso, déesse des songes.- Cet autel, visité sans doute pap les buveurs d'eaux à^Aquœ Segestœ^ qui venaient se reposer dans les environs, fut remplacé plus tard par une chapelle dédiée à la Vierge Marie, chapelle qui a donné naissance à la ville de MontbriscHi. Cette ville a sijccédé à Moind, qui n*est plus qu'un village de sa banlieue ; mais elle doit peut-être sa fortune à la source d'eau minérale qui se trouve sur les bords de la rivière de Vizézi, la plus éloignée de Moind, celle qui est mentionnée la dernière dans le passage de Richard de là Prade que nous avons donné plus haut.
S 6. ïjnâna.
La Table de Peutinger place entre Lyon et Mâcon une station unique, portant le nom de Ludna, située à 16 lieues gauloises de la
(1) Précis historique et statistique du départ, de la Loire^ t. I, p. 237.
première ville, et à lA seulement de la seconde. L'Itinéraire d*Antonin, de son côté, mentionne une station du nom de Lunna, située à 10 lieues gauloises de Mâcon, et à 20 de Lyon, où on parvenait en passant par une autre station appelée Asa Paulini, omise sur la Table de Peutinger. On a longtemps disputé pour savoir si le Ludna delà Table n'était pas le Lunna de l'Itinéraire. En définitive, on avait admis l'identité des deux noms, et placé l'une et l'autre localité à Belleville, parce que cette petite ville se trouvait au point indiqué pour le Lunna de l'Itinéraire, qui semblait en cette circonstance plus précis que la Table. Des découvertes récentes sont venues démontrer qu'ils étaient exacts tous deux, et qu'ils mentionnaient deux localités distinctes par le nom comme par l'emplacement.
En 1853, les travaux du chemin de fer de Paris à Lyon ont mis à découvert, un peu au nord de3 Touraelles de Flandre, entre Villefranche et Saint-Georges-de-Reneins, appelé jadis absolument i?onincum, et à la distance même où la Table de Peutinger porte Ludna, les ruines d'une villa gallo-romaine dont les traditions locales ne conservaient aucun souvenir, dont aucune trace même ne subsistait à la surface du sol, si Ton en excepte une multitude de fragments de briques et de tuiles à rebords mêlés à la terre (1).
L'origine gallo-romaine de ces ruines n'est pas contestable. On y à trouvé un très-grand nombre de monnaies anciennes, quelquesunes gauloises, mais la plupart romaines, et appartenant au haut empire. Ce fait est digne de remarque, car il semble prouver que Ludna fut détruit de fort bonne heure, ce qui explique son omission sur l'Itinéraire d'Antonin, ou plutôt son remplacement sur ce monument par une autre station d'un nom analogue, mais romanisé, Lnnna,
En effet, parmi ces médailles, dit M. d'Âigueperse, qui a parfaitement démontré l'existence distincte des deux localités dans un Mé* moire lu à l'Académie de Lyon en 1857 (2), « nous en avons trouvé deux consulaires des familles Julia et Comelia (la dernière porte le nom de Lentulus Spinther et de G. Gassius). La suite des impériales s'arrête à Philippe dit l'Arabe, qui parvint au trône en 244, et fut tué en 249. On ne trouve aucune médaille appartenant à ses succèsseurs. Il est vrai qu'il s'en est trouvé une de Gratien, qui régna de 375 à 383 ; mais comme, malgré toutes nos recherches, nous n'a-
(1) Voyez la noie publiée sur cette découverte par M. Peyré, de Villefranche, dans la Revue du Lyonnais du 30 juin- 1853^ . (2) Nouvelles et dernières recherches sur remplacement de Lunna, in-8«.
vons pu en voir aucune des empereurs qui ont occupé le'trône dans rintervalle de 126 ans écoulés depuis la mort dé Philippe, en 249, jusqu'à Tavénementde Gratîen, en 375, cette médaille isolée ne prouve absolument rien, pas plus que celle d'un pape du moyen âge trouvée également dans ces fouilles. L'explication de ce fait est des plus simples : la route ayant continué de passer sur l'emplacement de la ville détruite, ces monnaies ont été perdues par des voyageurs et non par des habitants de l'ancienne ville, qui n'existait plus. Comment expliquer autrement l'absence des médailles de Trajan Dèce, de Valérien, de Gallien, de Claude le Gothique, mais surtout de celles si communes d'Aurélien, Probus, Dioctétien, Maximin, Constantin et ses fils. Il est donc rationnel de penser que la destruction de cette ville a eu lieu de 2/^5 à 250, si c'est le résultat d'un simple accident, comme serait, par exemple, un incendie, dont il existe de nombreuses traces (1). Mais si l'on veut i voir une de ces catastrophes si communes dans les Gaules à cette époque de guerres civiles et étrangères, on peut aussi assigner cet événement soit à l'année 250, où Dèce alla en personne apaiser les troubles de la Gaule, soit à l'an 260, où Postumus se fit proclamer empereur dans la même province, et en chassa les hordes germaniques qui la ravageaient. »
Et ce qui vient justifier cette hypothèse, c'est le peu d'importance que paraît avoir eu cette ville au point de vue de la richesse des constructions. Si l'on s'en tient à ce qui jusqu'à présent a été mis à découvert, on est forcé de reconnaître que, sauf quelques portions de murs et de parquets, revêtus de stuc, presque aucune de ces constructions ne donne l'idée d'une localité habitée par des gens riches ; au lieu de ces murs connus sous le nom de grand et petU appareil^ à'opua reticulatum^ àOsodomum^ etc., aa lieu de ces parquets en mosaïque qu'on trouve si souvent dans leff villes gallo-romaines, on ne voit ici que des fondations ou des voûtes composées de pierres brutes du pays, et absolument semblables aux constructions communes de notre époque (2).
Ces constructions et le nom même de Ludna, tout démontre que nous avons ici une localité gauloise, où les Romains établirent une station, mais qu'ils habitèrent peu. Ils préféraient, en effet, le voisinage deâ grandes villes à ces résidences éloignées des centres de population, où oii pouvait manquer des aisances de la vie.
(1) Voyez la noie de M. Peyré déjà citée.
(2) Voyez le Mémoire de M. d'Aigueperse déjà cité.
Quoi qu'il en soit, cette ville, qui parait s'être développée comme une seule rue le long de la route, ayant été détruite par un événement inconnu, on dut songea à la remplacer, et comme la distance entre Lyon et Mâcon était trop considérable pour deux journées ordinaires de marche, on eut Tidée de la partager en trois. Pour cela faire, on reporta la station de Ludna un peu plus haut au nord, et on établit une nouvelle station au midi, à Asa Paulini. La route fut alors partagée en trois marches de dix lieues gauloises chacune : c'est rétat de choses que nous fait connaître l'Itinéraire d'Ântonin. (Voyez les observations de l'intendant d'Herbigny, p. 137.)
DEUXIÈME SECTION
LOCAUTlSS 0*0RI61IfE 6ALL0-R01fAIN£.
S i«. Lunna (Belletille?).
Nous venons de voir qu'après la destruction de Ludna on ayait reporté cette station un peu plus au nord, dans un endroit qui, du vieux nom romanisé, fut appelé Lunna. En effet, tout concourt à prouver que le Lunna de l'Itinéraire d'Antonin se trouvait sur remplacement actuel de Belleville, que traversait jadis Içi route de Mâcon, et qui est fort ancien. Cet endroit, qui se trouve bien à la distance indiquée par Tltinéraîre, et un peu au midi de Dracé-le- Panoux, appelé dans les actes du dixième siècle Dradacua in Pudiniaco (1), était parfaitement choisi; car c'est là que venait aboutir une autre route allant directement à Âuguatodunum (Autun) à tra-: vers les montagnes du Beaujolais. « Un peu au nord de Belleville, au hameau de la Gommanderie, situé près de l'Ardière, on a trouvé et on trouve encore assez fréquemment divers débris ou objets d'antiquités romaines , tels que mosaïques , statuettes et médailles. La présence de ces antiquités, d'accord avec les traditions unanimes du pays, semblent prouver que la ville romaine s'étendait jusque-là (2) . » Quant au nom actuel de Belleville, on pourrait supposer qu'il a été emprunté à une villa voisine de la station 'de Lunna^ qui, ayant pris du
(1) Cart de Savigny, ch. 40.
(2) Recherches sur remplacement de Lunna^ par J.-Ai-B. d'Aîgueperse* !n-8o, 1844.
développement, a par ia suite englobé cette dernière. Ce qu'il y a de certain, c'est que Belleville est fort ancien. Ses murs d'enceinte en briques, dont il existe encore des rentes, et sa belle église, dont le style d'architecture est romanrbyzantin^ semblent même attester que cette ville fut autrefois plus importante qu'aujourd'hui.
f 2. AoM.
L'Itinéraire d'Antonin marque, à dix lieues gauloises de Lugdunum, sur la roule conduisant de cette ville à Matisco (Mâcon), une station appelée Asa PauHniy dont l'emplacement correspond parfaitement à celui de la ville d'Anse. Cette petite ville, en effet, ne garde pas seulement le nom de l'ancienne station romaine, les murailles qui Tentourent remontent elles-mêmes à cette première période historique. C'est ce que constatait il y a trois siècles le président Bellièvxe dans son Lugduntmi priscum : « Ansa oppidum,,., in quo adhuc visuntur reliquiae murorum aperte testantium locum fuisse apud antiques insignem. » Le même auteur nous signale un fragment d'inscription romaine qu'on voyait de son temps dans la même ville, mais qui est aujourd'hui perdu : « In quo (oppido) tamen, » dit-il, « ultra dictas murorum reliquias, nihil antiquîtatis superesse vidi praeter unum majusculis caracteribus inscriptum lapidis fragmentum, quod effîcit partem ostioli positi super alveo molendinorum quae sunt in fossa ejus oppidi (1). » Voici la copie de ce fragment d'in* scription, dont il nous parait impossible de rien tirer :