A II. G. E
M. Serrand (2) donne la copie d'un autre fragment d'inscription, trouvé par M. Creyton dans les démolitions d'un bastion des remparts de la ville ; mais ce monument n'existe plus, et la lecture proposée par M. Serrand nous paraît d'autant moins authentique qu'elle
(1) Le Tnanuscrit original de BeDîèvre se trouve à la bîbHothè<lque de la faculté de médecine de Montpellier. L'Académie de Lyon en possède une copie d'après laquelle a été faiie une édition de ce livre publiée dans la Colleetion des bibliophiles lyonnais,
(2) Hist, d'iifwe, in-12, Villefrancbe, 1845.
— lot —
renferme des lettres d'une forme inconnue aux Romains. Voici ce que portait ce fragment d'après l'auteur invoqué ici :
ODIiSTERJ
VMPSITPRO
TEMPLVMJV
Outre ses murailles antiques, d'où on a exhumé à diverses époques des pierres sculptées, ce qui, par parenthèse, prouve qu'elles ne remontent pas au premier siècle de la conquête, comme le croit M. Serrand, on trouve journellement à Anse des traces du séjour des Romains.
11 est probable qu'Anse servit de camp retranché à la ville de Lyon. Cette circonstance est la seule qui puisse expliquer l'existence de ses murs antiques, qui ont encore dans beaucoup d'endroits, malgré l'exhaussement du sol, ô mètres et plus de hauteur. Leur épaisseur est de 2™,60 à la partie supérieure et de près de h mètres à la base. D'après les vestiges qui restent, ce camp devait avoir 150 mètres de long sur 110 de large* Il fut sans doute construit à l'époque du bas empire pour défendre la métropole des Gaules contre les soulèvements locaux ou les incursions des barbares qui avaient déjà amené la ruine de Ludna.
Le mode adopté pour cette construction est celui appelé isodomum ; c'est-à-dire qu'elle se compose de' moellons posés à plat, ayant au plus 15 centimètres de hauteur ; mais de longueur variable. La hauteur du mur est coupée par des cordons de briques, suivant l'usage pratiqué généralement depuis le règne de Gallien, ce qui prouve que ces murs sont postérieurs au deuxième siècle de notre ère.
La fortification d'Anse se reliait à un fort placé à Saint-Barnard, sur la rive gauche de la Saône, au moyen d'une construction élevée dans le lit même du fleuve, dont elle commandait la navigation. Lorsque les eaux sont basses, on voit encore les fondations de cette construction. Quant aufortde Saint-Bamard^ ou pour mieux dire de Spinosa, car tel était l'ancien nom de la localité (1), il en existe encore des traces dans le sol. Au reste, ce lieu dépendait encore d*Anse avant la révolution, quoiqu'il en fût séparé parla Saône : c'est pourquoi on l'appelait Saint-Barnard d'Anse.
(1) Voyez le Cart, de Saint-Barnard de Romans^ par M. Giraud, chartes 32 et 83.
L'existence de la fortification de cette petite ville lui fit acquérir parla suite un certain développement. Elle devint au moyen âge une possession importante de Téglise de Lyon. Il s'y tint même plusieurs conciles du dixième au treizième siècle. Ces assemblées se réunissaient dans une vieille église dédiée à Saint-Romain, et qui fut complètement détruite en 1752. Cette église était située en dehors des murs de la ville, au nord. Elle datait certainement du cinquième siècle, au moins comme construction primitive, car on possède encore une pierre tumulaire qui en provient, et qui est datée du consulat de Paulinus (1), c'est-à-dire de' Tan 498. Elle était encore naguère encastrée dans les murs de l'église paroissiale aujourd'hui en démolition. Il est probable qu'on lui réservera une place d'honjieur dans le nouvel édifice.
La démolition dont nous venons de parler a mis au jour plusieurs autres fragments antiques, provenant sans doute également de l'église de Saint-Romain, des débris de laquelle l'église paroissiale s'était enrichie à diverses époques. Nous citerons particulièrement un lambeau d'inscription, du môme temps environ que celle rappelée plus haut. Il nous a été impossible d'en rien tirer dans son état actuel, mais peut-être pourra-t-on la compléter plus tard. Voici la transcription que nous devons à M. Peyré :
...OSDEDITAPROLE...
...MENSTAMENA
...OPERAVLITAET....
...ICOLVM
Ce fragment se compose d'une petite table de marbre blanc de 20 à 25 centimètres de côté. Les lettres ont 1 centimètre 1/2 de hauteur. La forme du monument indique qu'il n'y avait rien d'écrit audessus de la première ligne que nous donnons ici.
M. Peyré possède plusieurs autres fragments antiques recueillis sur l'emplacement de Saint-Romain : i^ une main plus grande que nature, en marbre blanc : cette main, d'un beau travail, tient lapoi*
(1) Il est à peine nécessaire de dire que le nom de Paulinus qui paraît ici n'a point de rapport avec celui qui figure dans le nom ancien d'Anse (Asa Pauîini); il n'y a là qu'une coïncidence fortuite. Nous ne croyons pas utile de donner cette inscription , qui a été déjà cent fois publiée ; nous dirons seulement qu'elle est en vers élégiaques et en l'honneur d'une jeune chrétienne appelée Pro^a, morte dans sa sixième année.
gnée d'un glaive et porte un anneau à un de ses doigts; 2<> quelques échantillons de plaques de marbre de couleur, qui probablement avaient fait partie des mosaïques murales de Tabside, ou qui même avaient appartenu à un monument plus ancien auquel paraît avoir succédé réglise de Saint-Romain ; 3'' deux fragments de balustre en pierre commune, sur chacun desquels on voit une figure en relief d'un travail barbare.
En 1843, un agriculteur, en minant une portion de terrain, à la Grange du Biez, ferme très-voisine et au midi d*Anse, aperçut un pavé antique couvert de riches dessins : c'était une belle mosaïque ayant appartenu à quelque villa romaine. M. Peyré, qui a décrit ce monument curieux, s'est assuré qu*il avait originairement plus de 16 mètres sur l'un de.ses côtés. Aujourd'hui, il n'a plus que 9 mètres sur k' Il est décoré d'ancres et de proues. Ces dessins sont formés avec des cubes d'une dimension moyenne d'environ 8 millimètres de face, en marbres rouge, blanc, noir et jaune, circonstance qui démontre que le travail est antérieur à l'époque byzantine, où on employait des cubes en émail de couleurs très- variées. On n'y trouve, au surplus, aucun indice de l'art chrétien.
En 18A&1 on découvrit dans le môme endroit quatre mosaïques, dont une fut malheureusement détruite par le travail de la charrue. Les trois autres recouvrent l'aire de trois chambres conliguës dont les murs sont rasés à quelques centimètres au-dessus du sol. La pièce du milieu a 7 mètres de largeur, et chacune des pièces latérales une largeur égale de k^fiO. La longueur commune de ces trois pièces juxtaposées est de 9'°,2t). Cette disposition présente donc, dans son ensemble, une vaste mossd'que à trois compartiments, qui s'offre sous la forme d'un parallélogramme de 9'»,20 de côté sur 16'°,20 dans son œuvre, et non compris les murs de séparation. Le tout donne une superficie de 1&9 mètres couverte de dessins antiques représentant des oiseaux, des dauphins, des vases, etc., formés avec des marbres noir, blanc, rouge, jaune et vert.
Tout auprès de ces mosaïques, on a encore trouvé d'autres objets dignes d'être signalés. Nous citerons : i^ une statue en marbre blanc, de grandeur naturelle, malheureusement privée de sa tête, et représentant une jeune femme dans l'attitude du repos, les bras pendants, vêtue d'une tunique légère agrafée sur l'épaule : cette statue est terminée en forme de gaine, à la façon du dieu Terme ; 2^ des fragments de colonnes en terre cuite, auxquelles est encore adhérent le ciment coloré dont on les avait recouvertes ; Z° des échantillons de porphyre, de serpentine, de brèches antiques et autres marbres
rares; 4^ des fragments de marbre blanc portant les traces d'une riche ornementation (feuilles d'acanthe, de vigne, etc.), et paraissant provenir de balustrades.
Tous ces débris antiques signalent l'existence d'habitations somptueuses dans les environs d'Anse, et prouvent que cette localité n'était pas une simple station militaire. Au moyen âge. Anse était le chef- lieu d'une circonscription territoriale appelée Ansensis ager (1).
8 3. Trévoux.
Le château de Trévoux date certainement de l'époque romaine ; il dominait le cours de la Saône et Tune des deux routes conduisant de Mâcon à Lyon. Ses fortifications se liaient à celles d'Anse, placées sur l'autre route de Mâcon. Aucun document ancien ne nous fait connaître le nom latin de Trévoux : un acte du dixième siècle l'appelle simplement Trevoa {2), ce qui revient au nom actuel. Il existe encore à Trévoux une tour de construction romaine. Elle est octogone, et présente de distance en distance des cordons en pierre blanche, qui rappellent les cordons en briques des murs d'Anse (3).
S 4. Miribel.
La petite ville de Miribel doit son origine à un château construit en ce lieu par les Romains pour défendre Lyon contre les incursions des barbares, et qui avait reçu, dit-on, le nom de Mire bellum (4). Ce château dominait à la fois la route de Genève et la navigation du Rhône. 11 était relié à Lyon par une galerie souterraine dont nous avons parlé à l'article de Condate (ci-devant, p. 70 et suivantes).
S 5. L'Argentière.
Le territoire des Ségusiaves renfermait des mines de divers métaux. Quelques-unes paraissent avoir été exploitées sous les Ro-
(1) Cart. de Savigny, p. 1071.
(2) Voyez le Cartulaire d*Ainay^ charte 178.
(3) Voyez Notice sur le château de Trévoux, par M. Guigne, in-8», i 856,
(4) Essai historique sur Miribel, par Théodore Laurent, p. 11. Nous devons dire cependant que la plus ancienne menlion latine que nous ayons trouvée de celte localité porte Sanctus Martinus de Mirthello (Cart. de Savigny, p. 1130).
mains et jusque dans le moyen âge; mais la découverte du nouveau monde et la perfection apportée dans les procédés d'exploitation ont fait abandonner successivement ces mines, qui n'étaient plus assez productives. Parmi celles qui sont dans ce cas, nous pouvons citer celle de l'Argentière, commune d'Aveize. L'Argentièfe doit son nom à l'existence d*une mine de plomb argentifère, aujourd'hui complètement négligée. Les auteurs du Compte rendu de Padr* ministration des mines (1866, in-4^ imprimerie royale) disent qu'on voit encore en ce lieu les travaux de remblais exécutés à l'époque romaine pour l'exploitation de cette mine. Du reste, l'Argentière paraît avoir eu une certaine importance, car il a donné pendant quelques siècles, au moyen âge, son nom à une circonscription territoriale, Argenteriensis ager (1), et plusieurs communes voisines le portent encore ; Sainte-Foy-l'Argentière, Saint-Genis-l'Argentière.
Il y a dans le Lyonnais d'autres localités portant ce nom (l'une dans la commune de Boën, l'autre dans celle de Saint-Martin-la-Sauveté) ou un nom analogue (Argental) ; on y trouve même un ruisseau appelé absolument V Argent (commune de Saint-Sixte) ; mais nous ne saurions dire si c'est à la présence du métal du même nom qu'ils doivent leur dénomination.
S 6. Chessy.
Il existe à Chessy {Cassiacus), canton du Bois-d'Oingt» une mine de cuivre qui parait avoir été exploitée sous les Romains. A cent pas de cette mine, on voit encore une voûte souterraine qui a été creusée horizontalement à plus de 65 mètres de profondeur pour extraire les filons d^ ce métal.
A Chevinay, cantoa de Vaugneray, il existe également une mine de cuivre, qu'on croit d'invention romaine ; mais ce fait n'est pas certain,
S 7. GiYors.
On a exploité de tout temps à Givors (2), d'après les auteurs du Compte rendu de V administration des mines (1846, in-4**), des filons de plomb. Le produit de cette exploitation est aujourd'hui presque nul; mais il paraît avoir eu jadis une certaine importance. C'est probablement à cette modeste industrie que Givors doit les nombreux ateliers métallurgiques et autres qui se sont développés dans cette
(i] Cart, de Savigny, p. i07i.
(2) Ce nom s'écrivait autrefois avec un t (Givort).
ville. Noos croyons, en effet, que c*est là qu'était la fonderie d!où provient le saumon de plomb conservé au musée d*Âvignon, et portant le nom des Ségusiaves (voyez ci-devant, p. 1&). On apportait sans doute le produit des autres mines du pays dans cette ville, où il subissait la dernière opération ; après quoi il était livré au commerce. Le Rhône et la Saône servaient de voies de transport économique pour cette lourde marchandise. L'inscription du nom des Ségusiaves sur ce produit prouve qu'il avait une certaine valeur : il devait s'y trouver, en effet, encore beaucoup d'argent par suite de l'imperfection des méthodes employées alors pour le traitement des métaux.
S s. Sail-en-Donzy.
Il y a dans le département de la Loire trois petites localités ayant des sources minérales ou thermales, et appelées «atï ou $alt, du latin aaitîis. Ce mot ne signifie pas ici forêts comme l'a cru de la Mure (1), mais source jaillissante. 11 vient du verbe salire^ dont nous avons fait saillir.
Deux de ces localités sont sur le territoire des Ségusiaves : ce sont Sail-en-Donzy, près de Feurs, et Sail-sous-Gouzan, près de Boën. La troisième, Sail-lez-Ghâteaumorand^ devait être sur les conQns du territoire des Arvemes; mais comme elle fait depuis des siècles partie du Forez, nous en dirons un mot ici. Parlons d'abord de Sail-en- Donzy.
Du temps de de la Mure (2), on voyait encore à Sail-en-Donzy des restes 'de thermes romains pour lesquels on avait utilisé une source d'eau chaude qui jaillit en ce lieu. Un peu avant la Révolution, Richard de la Prade (3) avait pu voir, dans la basse-cour d'un paysan, un bassin d'eau thermale de construction antique. «Le foyer, dit-il, qui entretenait sa chaleur doit sans doute commencer à s'épuiser, car le mercure, étant au treizième degré à la température de l'atmosphère, s'est fixé au dix-huitième dans cette eau, qui ne diffère de l'eau commune qu'en ce qu'elle verdit un peu le sirop de violettes. » Enfin, M. Roux a constaté que a ces eaux, bien que mêlées à des sources froides, sont encore dé trois degrés au-dessus de la température moyenne ; » mais il ne parait pas avoir trouvé de traces des
(i) Hist, dupays de Forez^ p. 82.
(2) Ibid., p. 72. ^ *
(3) Analyse des eaux minérales du Foreu^ p. 96.
anciens thermes. 11 a vu seulement dans le voisinage les restes d'une fortification mentionnée dans un acte du cartulaire de Savigny;, du onzième siècle, sous le nom de castellum quod jam vetustissimum fuit (1), et qui fut en grande partie détruite au siècle suivant pour la construction de Téglise du lieu, dédiée à saint Julien, et située dans le circuit (circuitum) môme de ces vieilles murailles [muras ve-* tustas) (2). 11 ne reste plus aujourd'hui de ce fort, que de la Mure prenait pour un temple païen (3), qu'un pan de muraille et une tour demi-circulaire en petit appareil cubique, dont les matériaux paraissent appartenir aux roches volcaniques de Montverdun. On voit encore dans le mur les trous où s'ajustaient les poutres qui servaient à établir la plate-forme d'où combattaient les défenseurs de l'enceinte (4).
S 9. Sail-sou8'Ck>uzan.
A une petite lieue à l'ouest de Boën, dans une vallée charmante dominée par les ruines du vieux château de Gouzan, et non loin de la rivière du Lignon, célébrée dans le romain de VAstrée, existe un petit village appelé Sail (5) , nom qu'il doit à une source d'eau minérale jaillissante. Cette eau sourd dans un bassin de trois pieds carrés. Elle est froide, très-limpide et fort aérée. Nous ignorons si on a trouvé dans ce lieu des traces du séjour des Romains , mais le nom même de là* localité suffit pour le constater.
S 10. Sail-lez-Ghftteamnorand.
Sail-lez-Châteaumorand se trouvait sur les confins de trois peuples gaulois, les Ségusiaves, les Éduens et les Arvemes; mais il devait être sur le territoire de ces derniers. 11 fait depuis plusieurs siècles partie du Forez et est à huit lieues au nord de la ville de Roanne, dans l'arrondissement de laquelle il est compris. On y trouve cinq sources: trois sont salines, la quatrième sulfureuse, et la cinquième ferrugifaeuse; toutes sont thermales. Les traces de constructions antiques qui y existent, jointes au nom latin de la localité, ne laissent pas de doute qu'elles ont été connues et fréquentées par les Romains. La source saline est même appelée Bain des Romains. On y a trouvé des mé*
(i) Cart, de Savigny, charte 654.
(2) Cartulaire de Savigny^ charte 652.
(3) Hist, du pays de Forez^ p. 72.
(4) Roux, Recherches^ p. 93.
(5) Les gens du pays prononcent Se.
dailles de Vespasien et de Caracalla, qui précisent l'époque de leur exploitation. Au temps de Richard de la Prade (1), ces eaux avaient perdu beaucoup de leurs propriétés par suite de l'abandon où on les avait laissées ; mais des travaux récents leur ont rendu leurs vertus primitives (2 .
S 11. Montouse.
A quelques lieues au midi de Sail-lez-Ghâteaumorand, mais également dans l'arrondissement de Roanne, et à deux lieues seulement à Touest de cette ville, sur la communedeSaint-André-d'Apchon, existent des eaux minérales qui ont été fréquentées à l'époque romaine. Nous ignorons le nom que portait alors cette localité, mais elle s'appelait avant la révolution Montouse, comme on le voit sur la carte de Cassini; elfe porte aujourd'hui le nom de Saint-Alban, dû sans doute à quelque chapelle du voisinage aujourd'hui détruite. Ce nom de Saint-Alban, qui figure déjà sur la carte de Gassini, s'est étendu môme au ruisseau qui traverse ce territoire, et qui s'appelait autrefois ruisseau des Goutaillons. Les réparations exécutées aux puits de ces sources en ld3& ont fait reconnaître qu'ils étaient de construction romaine. Leur curage a procuré un grand nombre de médailles dont le docteur Goin, médecin inspecteur de ces eaux» a donné rénumération dans une brochure publiée par lui cette annéelà (3). Mais c'est tout ce qa*on sait du passé de Saint-Alban.
S 12. SaiAt-Galinier.
A 22 kilomètres au midi de Feurs existe une petite ville très-an* cienne, appelée Saint-Galmier, et possédant des eaux minérales acidulés, connues sous le nom de Fontfort, du latin fam fortis (2i). Cette circonstance, corroborée en apparence par l'intervalle qui sépare les deux villes, intervalle qui correspond à peu près aux neuf lieues gauloises que la Table de Peutinger met entre Potub et A([wb Segeatœ, a longtemps fait identifier cette dernière localité à Saint-
« {i) Voyez son livre sur les eaux du Forez, p. 94 et 145.
(2) Voyez un ariîcle intéressant sur ces eaux publié dans Vlllustration du 5 Juin 1847, par M. F. de P.
(3) Mémoire sur les eaux minéraîee de Saint-Alban^ Roanne, in-8«^ 1834. Voyez aussi un article de M. Baude publié dans le Mercure sègusien (journal de Sainl-Étienne) et reproduit par le Moniteur du 11 août 1835.
( 4) Ges eaux sont aujourd'hui fort en usage à Paris, où on les désigne sous les noms de source Andrée et source Badoit, qui sont ceux des propriétaires des fontaines.
Galmier ; mais an document historique fort curieux, la légende du saint qui a donné son nom à Saint-Galmier, prouve que cette petite ville s'appelait encore au septième siècle AudttiacuM et non pas Aquœ Segestœ. Voici le passage de cette légende qui nous intéresse : « Quodam autem tempore, cum venisset vir Viventius, abbas (Sancti JustiLugd.), adorationem (oratorium?), in vico quodam qui Auditiacus vocatur, et ingressus fuisset, memoratum famulum Christi fiatdome* rum in vilissimo vestitu et calceamento ibidem orantem invenit (1). »
Baldomerus, autrement dit Galmier, ayant été emmené à Lyon par Viventius, abbé de Saint-Just, qui Pavait rencontré, comme on vient de le voir, dans l'oratoire â'Attditiacus, mourut, à ce que Ton croit, le.27 février 660, en odeur de sainteté, ce qui donna lieu au changement de nom de sa ville natale, qui datait certainement de répoque romaine, comme le prouve le passage suivant, que nous eœpnmtons au livre de M. Greppo (2) :
« Longtemps on n'avait connu à Saint^Galmier aucun reste d'antiquité qui indiquât le moins du monde que ses eaux étaient conmies des Romains. Tout doute à cet égard, s'il avait pu en exister, serait levé aujourd'hui par les découvertes importantes qu'on y a faîtes il y a quelques mois (1846), et qui ont mis au jour pour quelques moments une portion des antiques bains. Je dis pour quelques mo» ments, parce que le propriétaire du fonds a congu et exécuté la malheureuse pensée de faire combler de nouveau les endroits fouillés, avant qu'on ait pu en lever un plan exact et satisfaisant. On n'avait découvert d'abord qu'une seule piscine. Plus tard on en trouva deux autres et une portion d'hypocauste, qui montrait assez que les Romains chauffaient les eaux simplement minérales pour les rendre artificiellement thermales
<« La première piscine découverte est un réservoir en parallélogramme, ayant une longueur de 4»,50 sur une largeur de 5»,40. Sa profondeur sur deux côtés est de 90 centimètres, et sur les deux autres de 56. Au point de réunion des angles est placé un tore ou colonnette en ciment, ayant pour but, je pense, d'empêcher l'action de l'eau sur les parois. Trois marches, ayant 30 centimètres de largeur, sont inscrites dans l'un des angles, et les deux parois seulement qui partent de ces degrés sont disposées en gradins. La couche de ciment romain qui les revêt n'a guère que 3 centimètres d'épais-
(i) ActaMnctorum (Bollandiste, février, t. III, p. 633). (2) Etudes archéologiques sur les eaux thermales et minérales de la Gaule, In-S% Belley, 1846, p. 82.
séur : elle est formée de chaux vive et de carreaux concassés. On a trouvé, en déblayant ce réservoir, un amas considérable de briques striées, dont les parois, extrêmement minces et les angles rabattus, indiquent des tuyaux de chaleur. Cette piscine fut découverte à un mètre à peu près de profondeur. Les murs ont approximativement 50 centimètres d'épaisseur : ils sont construits en petites pierres, et dans ceux qui forment gradins sont des tuiles à crochets. La source de la Fontfort est aune vingtaine de mètres de là ; à six mètres plus loin est le nouveau puits, dont la source est à une température plus élevée de deux degrés.
(( Quant aux trois autres piscines, presque aussitôt comblées que découvertes, voici les seuls renseignements qu*ait pu recueillir oralement M. Roux, qui ne put les voir : elles étaient contiguês, et communiquaient entre elles par une sorte de corridor. On a cru se rappeler qu'elles avaient toutes des marches aux angles. Dans la seconde apparaissait le reste d'un tuyau en plomb, dont on n'a pu étudier la direction faute de temps. Après la quatrième piscine on a découvert une salle interrompue par un mur de clôture, et sur l'aire de cette salle, des piliers en brique au nombre de cinq. Un conduit paraissait en sortir, et se diriger sous le mur de séparation entre la première piscine et la seconde. Enfin, au-dessus de toutes ces salles, et presque à fleur de terre , un banc de sable peu profond semblait indiquer que la destruction de ces bains antiques fut le résultat d'une inondation de la Coise, petite rivière qui passe à Saint-Galmier.
<c Si les travaux qui avaient donné lieu à cette importante découverte eussent été continués, on pouvait espérer de nouveaux résultats, plus intéressants peut-^tre^ plus riches surtout; car, il faut bien le reconnaître, les restes de thermes factices établis en ce lieu par les Romains sont tout ce qu'on a trouvé dans ce genre de plus simple, et même de plus pauvre, sur la surface de notre Gaule. Nul autre objet antique n'a été exhumé de ces excavations, si ce n'est un petit nombre de médailles romaines de divers âges, parmi lesquelles on en signale une d'Antonin, une autre de Licinius, et plusieurs de Qaude le Gothique. »
S 13. Saint-Rambert.
Une charte de l'an Ô71, publiée par Le Laboureur (1), nous apprend que Saint-Rambert, avant de porter ce nom, qui date seulement du onzième ou douzième siècle (1), s'appelait Occuuni», et qu'il
(1) Mazures de Visle Barbe, t. I, p. 65.
y avait alors en ce lieu une église dédiée à saint André et une chapelle dédiée à saint Gôme. L*église paroissiale actuelle paraît avoir été bâtie avec des débris d'un monument romain en maçonnerie réticulée. On voit encore dans le mur de la façade, à gauche du portail, qui est d'architecture grecque, deux pierres chargées d'inscriptions antiques; mais elles sont malheureusement trop frustes pour qu'on puisse les déchiffrer. Sur l'une d'elles, composée de trois lignes seulement, nous avons pu lire autrefois le mot ALBANO (2) , qui remplissait la première. Maintenant ce mot même est complètement effacé, sauf la dernière lettre. On aperçoit encore les deux premières. des lignes suivantes (ET. . . et RI. ..).
S 14. La Boaieresse.
Le nom de Boateria^ que nous avon'fe vu employé à Feurs pour désigner la place du marché aux bœufs, parait avoir été donné particulièrement à une localité où se tenait et se tient encore une foire rurale importante. C'est de là que nous semble venir le nom de la Bouteresse, à moins qu'il ne dérive de Bouteria, qui, dans le latin du moyen âge (3), sert à désigner une chaussée. Cette localité a, en effet, de tout temps été traversée par une grande route; à l'époque gallo-romaine elle l'était môme par plusieurs: l® celle de Foms Segusiavorum (Feurs) à Augmtonemetum (Clermont) ; 2<> celle de Forus à AqiuB Calidœ (Vichy) ; 3® celle de Modonium ou AqtuB Segestœ (Moind) à Rodomna (Roanne).
Quoi qu'il en soit, il est certain que la Bouteresse a été habitée par les Romains : on y trouve journellement des débris d'antiquités. Aujourd'hui cette localité est bien déchue de son rang : il n'y reste plus que quelques maisons isolées ; mais elle avait encore le titre de paroisse au dix-huitième siècle.
Il y a quelques années (4), les travaux du labourage mirent à découvert, sur le plateau qui s'étend entre la Bouteresse et Sainte-Agathe, un grand nombre de tombeaux, dont les parois, le fond et la couverture étaient formés de lames brutes d'une pierre qui paraissait provenir des montagnes situées au-dessus de Boën. Ces tom-
(1) Mazures de l'isle Barbe, p. 75.
(2). Voyez notre HisL du Forez^ t. I, p. 123.
(3) Voyez le Glossaire de la basse latinité aux mots Boteria^ Bouteria, Buteria. Nous préférons toutefois la première étymologie, qui nous semble plus naturelle. En changeant une seule lettre du nom moderne, on en fait un adjectif [bouveresse) qui rend parfaitemement le mol Boateria.
(4) Journal de Montbrison du 23 février 1839.
beaux étaient rangés parallèlement dans un certain ordre ; leur Ion* gueur variait de cinq à six pieds et denù ; quelques-uns même n'a* vaient pas plus de quatre pieds de long. La partie destinée à recevoir le haut du corps était plus large que le reste du cercueil. Les pieds étaient tournés du côté du levant. L'intérieur des tombeaux était rempli d'une terre très-meuble, dans laquelle on rencontrait quelques ossements rendus friables au simple toucher. Le nombre des tombes mises ainsi à découvert était de quarante ; mais on put s'assurer, à l'aide d'une sonde , qu'il y en avait beaucoup d'autres plus loin, et que ce cimetière occupait un terrain considérable.
Ces tombes datent d'une époque oiril n'était pas encore d'usage de placer les sépultures près des églises, ce qui remonte à une époque reculée. On crut dans le pays qu'elles étaient gauloises; mais M. l'abbé Cochet , que nous ^vons consulté à ce sujet, pense que ce sont des sépultures franques de l'époque carlovingienne. Quoi qu'il en soit, ce cimetière signale dans le voisinage un centre de population qui n'existe plus depuis longtemps.
On trouve entre Boën et la Bouteresse, mais sur le territoire de cette dernière localité, un petit hameau appelé ^o/taru/ parCassini, elMo- Han par les ingénieurs de la carte de France et par M. GodeGn (carte départementale), hameau auquel nous avons eu un moment ridée d'identifier le Mediolanum de la Table de Peutinger ; au point de vue philologique, cette assimilation est parfaitement admissible ; mais les chiffres de l'itinéraire lui sont tout à fait opposés, et en outre rien ne vient démontrer l'ancienneté de Moliand.
5 i5. Àmpois.
Saint Ouen, qui a écrit la vie de saint Éloy, évêque de Noyon , raconte que ce prélat, se rendant en Provence, au conunencement du sixième siècle, s'arrêta sur le bord du Rhône, dans un lieu appelé Ampudua^ qui parait être Âmpuis, localité située en effet près du Rhône, sur la route de Lyon à Narbonne, et où on a trouvé une colonne milUaire : « Profeclus igitur Eligius, devenit in vijlam quamdam qusB vocatur Ampucius, quas sita est super ripam fluminis Rhodani, et pertinet ad praedium Erchemberti illustrissimi viri (1). »
Nous reviendrons ailleurs sur ce sujet. Au moyen âge, Ampuis était le chef-lieu d'une circonscription du diocèse de Vienne /appelée Ampuicensîs ager (2).
{{) Spicilége ôed'kchery, t. V, p. 205, deTëdit. in-4*. (2) Cart. de Savigny, p. 1102.
$ 16. Usson.
I Quoique Usson ne soit pas sur le territoire des Ségusiaves, nous ne pouvons nous dispenser d'en dire un mot ici , car cette petite ville fait, depuis plusieurs siècles, partie du Forez.
Nous croyons avoir démontré, il y a quelques années (1), qu'Usson était Mddmagvs de la Table de Peutinger, qu'on avait placé jusqu'ici àYssingeaux, à cause d^une similitude apparente de nom. Nous pouvons aujourd'hui ajouter de nouvelles preuves à celles que nous avons produites alors à l'appui de notre opinion.
D'abord nous ferons remarquer que la prétention d'Yssingeaux n'est fondée que sur l'orthographe actuelle de son nom, aucun monument ancien ne venant la confirmer : or, ce témoignage unique est fort peu probant. La finale de ce nom français est tout à fait opposée au son sourd et nasal que réclame celle du mot latin, et qu'on retrouve dans tous les noms jadis terminés en magus : ainsi Rotomagus a fait Rouen; Noviùmagtts, Noyon; MosomaguSy Motizon, etc.; le mot d'Yssingeaux, au contraire, se termine par un son clair et guttural. Mais il y a mieux : des documents du dixième siècle prouvent que ce nom adjectivé s'écrivait Issengaudemis (2) ; or il est .impossible de trouver là place à la finale magus.
Le nom d'Usson, au contraire, qui s'écrivait encore Ussom au moyen âge, se prête parfaitement à l'identification proposée. 11 a perdu, il est vrai, comme Rouen, Noyon, etc., la finale magus; mais comme eux il a gardé le son nasal. Ce témoignage serait de peu de poid.> pour nous s'il était unique ; mais heureusement il n'en est pas ainsi. On conservait encore naguère dans cette ville une colonne milliaire qui constatait le passage de la voie militaire de Forus Segusia vorum à Revessio: Ce monument, dont nous parlerons plus loin , est aujourd'hui perdu.
On voit encore à Usson, dans un mur qui ferme la propriété de M. Sigean, un fragment de statue équestre, de grandeur un peu moins que nature, en granit gris du pays, représentant le train de derrière d'un cheval, avec les jambes du cavalier recouvertes dans la partie supérieure d'une espèce de loriqae ou bas de cuirasse.
On a trouvé d'ailleurs dans cette ville de nombreuses traces du séjour des Romains, vases, médailles, etc. Parmi les médailles nous
(1) Mémoires de la Société des antiquaires de France, t. XYIII, p. 42B.
(2) Yoycz noire édition du Cart, de Savigny, p. ii02.
pouvons citer des bronzes de Trajan, Néron, Domitien, Vespasien, etc. Gomme Rouen, comme Nôyon, dont le nom latin se terminait également par ma^us, le bourg actuel d'Ussôn occupe un terrain déclive, au bas duquel est la rivière d'Anse. On y voit encore quelques parties d'un vaste château qui dominait le bourg, et une chapelle romane, connue sous le nom de Notre-Dame de Chambriac, qui semble bâtie avec les ruines d*un ancien édifice.
Sur le territoire de cette commune et à une lieue environ au sud dTsson existe un village portant le nom de Pont-^Impérat (Pms imperatoris). Ce village doit son nom à un pont jeté sur la rivière d'Anse, et qui remontait, à ce que Ton croit (1), à Tépoque romaine. On voyait dans la culée nord de ce pont , qui s'est écroulé au commen* cernent de notre siècle, un bas*relief représentant un homme assis, et devant lui un autre homme portant sur son cou un animal qu'on croit être un agneau. Ce bas^relief resta pendant quelque temps en la possession de M. Richard de la Prade, propriétaire à Pont-Impérat, qui le donna ensuite au musée du Puy, où il fie trouve maintenant.