‹ Description du pays des Ségusiaves, pour servir d'introduction à l'histoire du LyonnaisChapitre 34 sur 36 · LIB · texte numérisé non relu

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ATTIGO

« Ce monument, dit Cochard, élevé à la mémoh*e de Marcus Sextius Primus, affranchi d'Atticus (Hsez au contraire : A Marcus SextiusAtticus, affranchi de Primus), ne fut restitué à la lumière (1) que pour être employé à Tâtre d'une cheminée. Ainsi l'ignorance détruit chaque jour quelques-upes des preuves de notre histoire. »

Mais le monument le plus intéressant de cette voie antique est une colonne milliaire qui existait jadis à Ampuis, sur le bord du ruisseau et de la route actuelle. Elle servit longtemps dé pilier de justice; mais, au commencement de la Révolution, elle fat renversée, de sa base et employée comme support d'une planche destinée au passage du ruisseau. En 1807, le préfet du département, sur la demande de Cochard, la fit transporter au musée de Lyon, où elle se trouve

(l) Il avait été (rouvé au-dessous de la Maison-Blanche, sur ie bord du Rhône, par un habitant de Varenay, village situé entre Saint-Cyr et Ampuis,

aujourd'hui. Malheureusement, les vicissitudes diverses qu'elle a éprouvées ont tellement altéré Tinscription qu'elle portait, qu'il est presque impossible de la restituer (1). On voit seulement qu'elle est au nom de l'empereur Maximin et de son fils, très-noble prince de la jeunesse, et. que la distance y était indiquée en milles romains. Quant au chiffre, il est en partie effacé. On voit seulement un I (M .P.!....). Cochard, d'après la version d'Artaud, proposait de lire II; mais il faut au moins IlII, car il y a près de cinq milles entre Vienne et Ampuis.

Ce monument a beaucoup de rapport avec les colonnes milliaires que .nous avons décrites prédécemment (p. 24); mais il n'offre pas le même intérêt, ne portant pas, comme ces dernières, le nom de la nation sur le territoire de laquelle il était élevé.. Et le fait est d'autant plus regrettable que quelques personnes, ^ur la foi de deux monuments épigraphiques fort peu précis, ont attribué, à tort suivant nous, ce canton à un peuple appelé Canderates, dont le nom serait resté à Condrieu (2).

Le passage de cette route à Ampuis est encore constaté par un document écrit, la vie de saint Éloy, évêque de Noyon vers le commencement du sixième siècle,. « Profectus igitur Eligius (dit saint Ouen, auteur de cette légende), devenit in villam quandam, quae vocatur Ampucius, quae sita est super ripam fluminis Rhodani, et pertinet ad prœdium Erchemberti illustrissimi viri (3). »

De là, la route gagnait Condrieu (Rhône), Chavanay (Loire), et continuait ensuite le long du fleuve, jusqu'à ce qu'elle atteignait la route de Nîmes, d'où elle allait à Narbonne.

S 12. Route de Roidomna à àqda Galidje.'

Cette route sortait de Roanne par la Porte d'Or, située sur la place. Boufg-Neuf, gagnait Saint-Haon (4), en passant près d'un monument

(4) Voyez-en un fac-similé très-exact dans l'ouvrage de M. de Boissieu {Inscript, ant. de Lyon^ p. 369).

(2) Voyez les ouvrages de MM. Walckenaër, de Boissieu, Roux, eic. Avec plus de raison, il nous semble, nous rapportons ces monuments à Condate, pages 73 et suiv.

(3) Spicilége de Dachery, t. V, p. 205, de l'édit. in-4»; t. II de l'édit. in-fol. (Vie de saint Gilles, ch. xi.) "

(4) Ce Jieu servait encore d'étape, il y a deux siècles, aux troupes à pied se rendant de Lyon en Bourbonnais. Voyez, p. 436, l'extrait du Uémoire de l'intendant d'Herbigny sur la généralité de Lyon.

druidique appalé le palet du Diable^ et atteignait ArfeuiUe, que nous croyons être VArioliea de la Table de Pôutiiigeri placé qu'il est à la distance voulue (12 lieues gauloises) de Roanne (1). De là elle allait à Saint-Christophe, où on trouve encore (Quelques restes d'une ancienne chaussa pavée, et à Vichy, qui est à ce que Ton croit Aqua CcUidœ : on fait, en effet, venir son nom actuel de Vicua Calidus, Arrivé là, des routes conduisaient dans diverses directions; Tune d'elles allait directement à Augusionemettmi (Clermont).

S 13. Route i« RokDOkNÀ è Modonioii ou Aqojb SEMttJc.

Cette route sortait de Roanne par un faubourg qui paraît avoir été considérable du côté du Rivage. On voyait encore au dix-septième siècle, sur le bordée cette voie, à l'entrée de la ville, en un lieu appelé le Boirat, près de Bravard, un petit édiûce romain qui passait pour être un tombeau (2). A partir de là, la voie antique suivait une direction qui nous est indiquée par la route actuelle de Roanne à Montbrison. Seuleiuenti au lieu de passer à Boën, comme aujourd'hui, le chemin venait directement à la Bouteresse, où sa voient encore les ruines d'un po^t sur le Lignoo. De là la route gagnait Marcoux, appelé villa de Mercurio dans un acte du cartulaire de Savigny du onzième siècle, puis Marcilly^le-Châtol ou le Pavé, qui doit ce surnom à une ancienne chaussée. Cette localité, dont le nom latin, Marciliacus^ est tout romain, .offre d'ailleurs de nombreuses traces d'antiquité. « On voit, dit de la Mure (3), sur la petite porte de l'église du lieu, en relief et de mesme pierre que le reste de l'église, une femme ayant des serpens près d'elle. » Malheureusement aujourd'hui cette sculpture est tellement fruste, qu'on n'y peut rien distinguer. Mais il y a d'autres pierres sculptées dans cette église. Un étang voisin de Marcilly porte le nom de César. La tradition dit que c'est parce que ce général y a fait boire son cheval.

La route venait sans doute rejoindre à Fory la voie antique de Forus à Modûnium, et arrivait dans cette dernière localité après un parcours de 22 lieues gauloises. Aussi croyons-nous que le chiffre XXII, inscrit sur la Table de Peutinger à la suite du mot Roidomna^

(1) Yoyes ce que dit à ce sujet M. Roux dans ses RechercKes^ p. 79-80.

(2). De la Mure, Hist, du pays de Fore»y p. 124.

(3) Manuscrits de la bibliot. de Monlbrison. De la Mure parle aussi do cette pierre dans son Hist. du pays de Fore»^ p. 140 ; mais, par erreur, il la place à Téglise de Marcoux, qui n'offre aucune trace d'antiquité.

indique la distance de cette ville à Modonivm^ et non celle de Roanne à Feurs. Pour expliquer ce fait, il suffit d'admettre Fexistence d'un trait de plume reliant Eoidomna à Aquœ Segestœ, localités qui ^ont précisément Tune au-dessus de l'autre dans la Table de Peutingm*.

1 14. Routé de tlOIftOmiA à CoilAAtB(LlJQDONOM).

Cette fôute, dont il ne noua reste aucun monument, mais dont l'existence ne nous semble pas moins démontrée, ne fût-ce que par l'association des Nantes de la Saône et de la Loire, dont nous avons parlé précédemment (p. 71 et 77), devait suivre d'abord, au sortir de Eoidomna, la vieille route gauloise de Mediolarwm^ autrement dit Foru» Segtmavùrum ; puis longer la rivière du Rhins jusqu'à Hégny, que le Mémoire de d'Herbigny (p. 136) nous apprend avoir été une étape des troupes d'infanterie au dix-séptième siècle, et Amplepuis; de là elle venait sans doute gagner la vallée de i'Azergues près de VÉtra^ localité dont le nom semble rappeler l'existence d'une route romaine (strata) sur ce point.

Il y avait certainement d'autres routes que celles que nous venons de faire connaître sur le territoire des Ségusiaves ; mais leur direction n'est pas certaine. Ainsi il existait jadis un pont de construction romaine à Pinay, sur la Loire. Ce pont,-qui devait desservir une route inconnue, avait cinq piles encore en assez bon état au commencement du dix-septième siècle. Papyre Masson, qui en parle dans sa Description de la Gaule par les fleuves, imprimée en 1618, mais écrite longtemps avant, nous apprend qu'il était alors question de rétablir cette voie de communication entre les deux rives du fleuve, et cela à la demande des habitants du Forez. Un architecte s'offrait même de faire la besogne pour 30,000 livres et le privilège de percevoir uiî droit de passage. La construction de la digue de Pinay. a fait disparaître les piles de ce pont ; mais il en reste encore quelques traces que Cassini a signalées sur sa carte. Il paraît qu'on songeait môme encore au dix-huitième siècle à établir un passage à cet endroit, car on voit dans le haut de la digue des corbeaux destinés à recevoir des poutres pour un pont de bois. Quoi qu'il en soit, on ignore complètement l'usage du pont de Pinay. Peut-être serVaitil à mettre en communication Feurs avec mie ville antique qui pa-

ratt avoir existé dans le lieu occupé ai]^ourd'hui par le bois' de Sierve, commune de Dancé (1).

On voit encore les restes de deux autres ponts sur la Loire, Tun au-dessus de Pinay, à Salnt-Rambert, l'autre au-dessous, à Saint- Maurice; mais<:es ponts ne datent pas de Tépoque romaine. Le premier, qui a desservi longtemps la joute de Lyon à Toulouse, n'était pas encore construit au onzième siècle, si Ton s'en rapporte à la légende de saint Rambert (2). Quant à celui de Saint-Maurice,- il paraît avoir été destiné seulement au service d'une chapelle bâtie sur un îlot de la Loire.

En somme, nous avons retrouvé les quatre routes dont Strabon attribue la création à Agrippa, et toutes celles portées siu* la Table de Peutinger et sur l'Itinéraire d'Antonin. Nous en avons décrit plusieurs autres qui ne sont mentionnées nulle part, mais dont Texistence est démontrée par quelques monuments ou même par la force des choses, car sur certains points les monuments font défaut.

Et maintenant que le terrain est bien préparé, nous pouvons aborder résolument Thistoire du Lyonnais.

(1) Voyez noire Hist. du Fore%^ l. Il, p. 22.

(2) Le Laboureur, Ua%ures dt Visle B4»rbe, t. I, p. 79.

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