Chapitre 8. — Des méthodes d’enseignement et des corps enseignants
Note sur la langue unitaire et sur l’enseignement naturel des langues en harmonie.
La seconde moitié du 3e et dernier volume contiendra le complément de l’éducation (haute enfance) et déduira la position sociale de la femme dans les périodes harmoniques, la loi de répartition des produits, le système d’opération des armées industrielles de différents ordres, les équilibres passionnels, la grande thèse de physique sociale sur la culture intégrale et la restauration des climatures, etc.
Toutes ces questions ne sont pas spéculations vaines et de pure curiosité. Tout cela est fait pour la pratique, appelé à passer en pratique et à y passer promptement.
Il ne s’agit pas aujourd’hui de suivre une ligne, de tirer conséquence des principes anciens, de perfectionner les choses : il s’agit de rompre avec des préjugés funestes, avec des erreurs séculaires.
Le passé ne vous lègue qu’un seul enseignement’, c’est à savoir : qu’il n’y a pour l’homme que douleurs et misères , tant que s’obstinant dans de fausses voies sociales, il cherche à obtenir le bien par répression des passions, au lieu de le chercher dans l’emploi bon , utile , social et religieux des passions.
Vous avez eu des disputes philosophiques qui ont duré des siècles, des disputes théologiques qui ont duré des siècles , des disputes politiques qui ont duré des siècles, et toujours, toujours vous tournerez dans un cercle vicieux de controverses stériles, honteuses et sanglantes, tant que vous ne cesserez pas de prendre pour point de départ un principe faux.
Comment auriez-vous trouvé et réalisé le bien, puisque vous couriez sur la route opposée à celle sur laquelle il se trouve ?
Comment aurait-on découvert le Nouveau-Monde, si l’on n’eût pas fait voile sur la mer Atlantique, si l’on ne se fût jamais écarté des côtes des anciens continents? Que l’on cesse donc de trouver étrange qu’un homme s’en vienne aujourd’hui donner un démenti à un passé de quatre ou cinq mille ans. En toute branche un inventeur donne un démenti aux opinions de ceux qui l’ont précédé. Et c’est du jour où le démenti est donné, et donné à bon droit, que la science est constituée.
Avez-vous eu jusqu’ici une science sociale ? qui peut dire que le monstrueux fatras de toutes les contradictions morales, philosophiques, législatives , théologiques, sociales, constitue une science? — Toutes ces contradictions, toutes ces aberrations vous attestent l’erreur et l’absence de science ? — Aujourd’hui on vous apporte la science , le principe naturel , la Loi et ses conséquences : ce que vous avez de mieux à faire, c’est d’écouter, car il y va tout d’abord de vos intérêts les plus chers, de votre bonheur.
La découverte des lois du régime sociétaire est plus importante pour vous que la découverte de l’Amérique , de l’attraction newtonienne, de la machine h vapeur, et toute autre que vous pourrez dire.
Énoncer que la découverte de Fourier n’est pas fondée en raison, parce que cela serait trop beau , est une misérable niaiserie, car il n’y a que des badauds qui puissent conclure qu’unechose est fausse parce qu’elle est bonne. Dire que les hommes seront toujours malheureux parce qu'ils ont été malheureux jusqu'ici , c’est encore une sottise : car les misères qui les accablent dans les formes sociales fausses sont la preuve des biens qui leur sont réservés dans la forme sociale vraie. Voudrait-on, par hasard, qu’ils pussent trouver le bonheur quand ils sont hors de leur Destinée ?
Dire que la théorie sociétaire est fausse , parce que si elle était vraie , on Vaurait déjà découverte, c’est encore une sottise, que la routine épaisse et malveillante a jetée de tout temps à la tête de tous les inventeurs, qui a servi de
base à la détraction et aux persécutions dont ils ont été récompensés chacun dans leur siècle, mais qui n’a jamais détruit la valeur d’aucune découverte.
Il y aurait encore beaucoup d’objections de la même force à passer en revue ; mais ce n’est pas ici le lieu, et je conclus en engageant les hommes d’intelligence et de cœur à étudier, et les autres à se taire.
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Il est pour les édifices, comme pour les sociétés, des méthodes adaptées à chaque période sociale.
Ch. Foujuer.
Toutes les idées qu’ils appliquent journellement à leurs besoins, à leurs plaisirs , à leurs commodités , ne portent-elles pas chacune la certitude de l’idée à laquelle elles doivent la naissance. Un livre n’est-il pas le signe du plan qu’un homme a formé de rassembler ses pensées comme dans un même corps? Un char n’est-il pas le signe du plan qu’un homme a formé de se faire transporter rapidement sans fatigue? Une maison n’est-elle pas le signe du plan qu’un homme a formé de se procurer une vie commode , et à couvert des intempéries ?
Saint-Martin.
Les dispositions architectoniques varient avec la nature et la forme des sociétés dont elles sont l’image. Elles traduisent, à chaque époque, la constitution intime de l’état social, elles en sont le relief exact et la caractérisent merveilleusement.
On pourrait poser cette loi en principe, et l’établir à priori ; nous allons en donner la démonstration sensible en jetant un coup-d’œil rapide sur les variations et les mouvements successifs de l’art architectural dans les différentes périodes sociales.
Transportez-vous d’abord au sein d’une peuplade de Sauvages; examinez lekraal d’une tribu noire établie sur les bords d’un fleuve de la terre africaine, ou les wigwams élevés par une horde de Peaux-Rouges dans les clairières des grandes savanes et des forêts vierges de l’Amérique. Là, ni culture, ni industrie, ni propriété ter-
ritoriale : l’insouciance et la liberté sont les traits saillants des moeurs de cette période. Voyez l’habitation, comme elle est en conformité de relation avec ces caractères. Cette habitation n’est qu’une frêle construction de terre, de mousse et de branchages, élevée sans peine et abandonnée sans regret lorsque la chasse ou la guerre commandent le déplacement de la peuplade.
La pêche, la chasse et la guerre sont les seuls éléments de l’activité du Sauvage ; aussi les os de poissons qui lui servent d’hameçon, l’arc et les flèches avec lesquelles il atteint sa proie dans les forêts, et ses armes de guerre, tomawk , zagaye et couteau à scalper , composent-ils avec les crânes des ennemis vaincus, les peaux des quadrupèdes et les dépouilles des oiseaux mis à mort, toute la décoration de sa demeure.
Voilà la construction, voilà la décoration.
Tous les caractères de la période sont là. La hutte vous dit toute la vie du Sauvage. — Dans cet état de faiblesse et d’enfance, l’humanité ne laisse aucune trace de son passage; son pied ne marque pas sur le sol ; elle ne change pas l’aspect des lieux où elle a résidé.
L’Arabe vagabond, lui, porte à dos de chameau sa maison , toujours prêt , dans sa vie errante , à dresser sa tente là où il rencontre une source d’eau vive et des pâturages. La corrélation est telle, que quand vous prononcez ce mot, l’Arabe, vous ne pouvez vous représenter l’homme du désert sans voir en même temps son cheval, son chameau et sa tente. — Le Lapon grossier hiverne dans une hutte enfumée et souterraine, et cette architecture aussi est en rapport avec ses habitudes et ses mœurs. Cette vie dans le sein de la terre, n’est-elle pas la représentation fidèle d’un état social véritablement embrionnaire et fœtal ?
Puis Viennent les tours épaisses et crénelées du seigneur féodal, aux murs lourds et massifs comme sa cuirasse de guerre, le château-fort sur la cime du rocher qu’il étreint de ses fondations de pierre et de ciment ,
comme un milan de ses griffes. Et au-dessous du manoir haut-bâti, qui commande fièrement la campagne à l’entour, surgissent de terre sur le penchant du mont, comme des taupinées, les misérables cabanes des vassaux, qui font une humble chaussure à son pied géant.
Puis c’est la cathédrale du moyen-âge , puissant et mystérieux assemblage de masse et de légèreté, à la fois imposante et gracieuse, aérienne et sévère; la cathédrale qui jette ses ogives aiguës et ses flèches brillantes dans les grandes ombres des nefs où vont s’enchevêtrer capricieusement leurs merveilleux contours.— Ce sont là mille colonettes qui se groupent et s’élancent au ciel comme de hardies fusées de pierre; mille sculptures saintes et sataniques ; mille figures angéliques et grotesques ; des vierges et des monstres ; des chérubins et des animaux immondes ; des choses bizarres... tout cela hérissant l’immense édifice dentelé, découpé, brodé, percé à jour, fragile, sonore, et tremblant au vent, et lourd pourtant dans sa masse réelle , et carrément assis sur sa base. Et au-dessus de ces choses, des tours miraculeusement posées dans les airs, au-delà de l’atmosphère des hommes, et planant dans la sphère supérieure d’où sortent comme des voix du ciel les voix des cloches, mélancoliques, étendues, vibrantes, qui commandent au loin sur la terre et appellent les fidèles au culte du Seigneur. Cette cathédrale, c’est la puissante Théocratie qui a pris sa forme et revêtu sa chape de granit ; cette cathédrale, qui a le pied sur les maisons des hommes et la tête au ciel, est faite pour la célébration des mystères d’une religion de terreur et d’amour, de paradis et d’enfer, comme la hutte de branchages est faite pour l’homme du Cap ou des Florides , la tente pour l’homme du désert, le souterrain enfumé pour l’habitant des régions polaires, le castel crénelé pour le chef féodal.
Dans la hutte, l’humanité dort ses premiers sommeils et s’essaie à la vie; puis, quand la force et l’intelligence commencent à lui venir, elle travaille dans la cabane ,
38 DESCRIPTION DU FDALÀNSTÈRE.
elle guerroie dans le chàteau-fort, elle prie, espère, tremble et s’inspire dans le temple et la cathédrale.
L’Art suit l’homme pas à pas dans ses initiations successives *. sa puissance plastique donne des formes sensibles à toutes les conquêtes progressives que font, sur la nature, l’intelligence et l’activité humaines. Quand il ne sert pas iui-même d’arme pour les faire, l'Art du moins consacre ces conquêtes.
La matière est inerte, et l’esprit actif. L’esprit moule et pétrit la matière. La pensée donne la forme. L’homme, individu ou espèce, se peint comme Dieu dans ses œuvres : et c’est pour cela qu’il y a entre l’état de l’Art chez un peuple et 1 état de ses mœurs et de ses habitudes, entre l’Art et la vie sociale en un mot, un rapport intime, une corrélation infaillible.
Or, l’art qui donne à l’homme sa demeure, est le premier de tous les arts, celui autour duquel se groupent les autres ainsi que des vassaux autour de leur suzeraiu : la Sculpture, la Peinture, la Musique, la Poésie elle-même, ne peuvent donner leurs grands effets qu'à condition d’être coordonnées et harmoniées dans un Tout architectural. L’Architecture c’est l’art pivotai, c’est l’art qui résume tous les autres, et qui résume par conséquent la société elle-même : — l’Architecture écrit l’Histoire.